Les deux tours de France de Maurice Garin

Posté par Le Lensois Normand le 28 juin 2013

A l’occasion du départ du centième Tour de France, revenons quelques années en arrière sur les deux premières épreuves et rendre hommage à leur vainqueur, le lensois Maurice Garin (même s’il fut déclassé par la suite du second) dont l’histoire de la vie et de la carrière a déjà été relatée dans ce blog ( à lire ici )

Il est dommage qu’aujourd’hui à Lens, aucune manifestation ne célèbre cet homme qui fut durant et après sa carrière un   »sacré personnage ». Des idées avaient été avancées mais n’ont pas été retenues. Alors, retournons quelques instants sur les routes des Tours de France de Maurice Garin.

Le Tour 1903 :

Les deux tours de France de Maurice Garin dans Histoire mg003Le départ est donné devant l’auberge du Réveil-Matin à Montgeron (Essonne) à 5h 15 le 1er juillet 1903. Les soixante concurrents prennent la route de Lyon pour une étape de 467 kilomètres.

mg005 1903 dans Lens

Dès le départ, Maurice Garin, parti avec le dossard numéro 1, imprime un train d’enfer. Seul le jeune Pagie arrive à le suivre. Vers 9 h 00, ils franchissent ensemble la ligne d’arrivée. Un correspondant du journal  ‘L’Auto’, présent au départ de la course, se rend ensuite par le train à Lyon pour assister à l’arrivée des coureurs. Lorsqu’il rejoint le contrôle d’arrivée, les premiers ont déjà quitter les lieux depuis un momemnt pour rejoindre leur campement.

Son plus dangereux adversaire, Aucouturier, victime de douleurs à l’estomac, abandonne. Comme le veut le règlement, il pourra participer aux autres étapes mais ne plus concourir pour la victoire finale à Paris.

Le jeune Pagie est élogieux pour Garin : « C’est grâce à Garin que je finis second. C’est un chic type. Il m’a même donné à manger dans les moments difficiles ».

Garin est le premier leader du premier Tour de France. Mais pas de maillot jaune pour lui : celui ci ne sera instauré que beaucoup plus tard. Le lensois est reconnaissable dans le peloton à sa veste blanche et son brassard.


affiche1903 1904 dans Les Hommes

La seconde étape démarre de Lyon quatre jours plus tard à … 2h30 du matin. Aucouturier fait partie maintenant des ‘partiels’ (coureurs engagés pour une ou plusieurs étapes mais qui ne concourent pas pour le classement général). Pour la victoire finale, il se met au service d’Emile Georget. Les deux coéquipiers arrivent ensemble à Marseille où Aucouturier, surnommé Le Terrible à cause de son mauvais caractère, l’emporte. Maurice Garin, victime de deux crevaisons et d’une chute, termine à 31 minutes en compagnie de Pothier.

mg004 déclassé dans Les Sports

Son jeune compagnon d’échappée de la veille, Pagie, arrive avec plus de trois heures de retard.

Henri Desgranges, l’organisateur de l’épreuve, n’est pas satisfait. Il fulmine contre les ententes illicites entre les ‘qualifiés’ (ceux qui luttent pour la victoire finale) et les ‘partiels’ . Il modifie le règlement : le peloton est scindé en deux groupes les ‘partiels’ partiront une heure après les autres.

Garin perd dans cette histoire un appui de taille en la personne de son plus jeune frère Ambroise qui ne s’était engagé que pour deux étapes dans le seul but d’aider son aîné.

Le 8 juillet, départ pour la troisième étape. Aussitôt, Garin emmène le groupe des ‘qualifiés’. Peu avant Nîmes, il se trompe de route et perd un quart d’heure sur d’autres coureurs. A Béziers, il est revenu dans le groupe de tête tandis que l’un de ses grands rivaux, Georget, malade, est à la dérive.

A 17h00, à l’arrivée à Toulouse, c’est un certain Brange qui bat Garin au sprint. Aucouturier arrivant avec 28 minutes de retard seulement est déclaré vainqueur de l’étape pour avoir donc repris 32 minutes aux hommes du premier groupe.

A Bordeaux, c’est un Suisse, Charles Laeser qui l’emporte.

bordeaux garin

L’arrivée à Bordeaux du Suisse Laeser

Maurice Garin remportera les deux dernières étapes à Nantes et Paris. Cependant, dans l’étape Bordeaux-Nantes, un incident entre coureurs est à déplorer. Quatre hommes sont en tête : Garin, Pothier, Pasquier et Augereau. Ce dernier est le seul à ne pas faire partie de l’équipe ‘La Française’. Avant Montaigu, Angereau crève et change de machine. Ceci n’est pas du goût de Pothier qui le pousse et le fait tomber. Garin s’arrête et piétine le vélocipède d’Angereau, le rendant inutilisable. Mais le coureur est têtu, emprunte une autre machine et rejoint les leaders. Garin le menace de nouveau et victime d’une nouvelle crevaison, le malheureux Angereau préfère rester à distance des échappés et ne terminer que quatrième à Nantes.

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Augerau (en sombre) suit les 3 coureurs de ‘La Française’

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L’arrivée de Garin à Nantes

Alors que lors des étapes précédentes, les coureurs avaient le droit de se faire aider par des entraîneurs à vélocipède ou à motocyclette, la dernière étape est, elle, disputée sans entraîneurs. L’arrivée officielle se situe à Ville-d’Avray à quelques kilomètres de Paris. Les 20 rescapés qui composent le peloton restent groupés pendant toute l’étape. L’ainé des Garin l’emporte au sprint devant Augerau et Samson.

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Garin, tout sourire après sa victoire à Paris

Il devient le premier vainqueur du premier tour de France et entre ainsi dans la légende. Ayant parcouru les 2397 kilomètres en 94 heures et 33 minutes, il devance son dauphin, Pothier de 2 heures, 49 minutes et 45 seconde, ce qui constitue toujours le record du plus gros écart enregistré dans le Tour de France. Les primes attribuées au vainqueur de l’épreuve lui rapporte 6 125 francs de l’époque.

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Maurice Garin, sa tunique blanche et son mégot avec son entraîneur Delattre

Le 25 juillet, Maurice Garin est de retour à Lens. A sa descente du train à 18h00 près de 6000 personnes l’attendent sur la place de la gare. Lorsqu’il apparait auréolé de son écharpe tricolore, il est acclamé par une foule en liesse. Des délégations de toutes les sociétés sportives de Lens le couvrent de fleurs. Il prend place dans une voiture automobile accompagné de son manager Delattre pour rejoindre l’hôtel de ville. Précédé par la Fanfare Municipale, escorté de 500 cyclistes, le cortège traverse les rues de la ville jusqu’à la mairie où Emile Basly, le Député-Maire, l’accueille avec un bouquet de fleurs, rend hommage son énergie et offre le verre de l’amitié. Puis le cortège se reforme pour arpenter les principales rues de Lens sous les ovations jusqu’à sa destination devant le commerce de Maurice Garin, rue de Lille.

Le Tour 1904 :

Après le succès de la première édition, Henri Desgranges organise un an plus tard le second Tour de France du 2 au 24 juillet.

Le départ de Montgeron. Garin reconnaissable à sa tunique blanche.

Le parcours est le même que l’année précédente. Afin de ne pas retrouver les tricheries dues aux coureurs ‘partiels’, le règlement est modifié : les cyclistes qui abandonnent ne peuvent prendre le départ dans une autre étape. Et cette fois, la course est suivie par trois voitures du journal ‘L’Auto’ qui effectuent des contrôles volants.

tour-1904

98 coureurs, dont 72 français, se présentent au départ à Montgeron. Garin part favori mais aura fort à faire avec Aucouturier qui s’est promis de prendre sa revanche sur le sort.

Déjà, des rumeurs crient à la tricherie. Il est dit que César Garin et Pothier, membres de l’équipe La Française, ne s’alignent que pour aider l’aîné des Garin à gagner le Tour, ce qui est formellement interdit par le règlement. Certaines rumeurs accusent aussi Maurice Garin et son frère César de se faire ‘remplacer’ par leur cadet Ambroise (qui ne s’est pas engagé cette année là) sur certaines portions d’étape.

Dès la première étape, Coup de théâtre : une chute provoquée par des cyclistes amateurs met au sol une dizaine de coureurs dont … Aucouturier ! Garin, qui s’est vite aperçu que ‘le Terrible’ n’était plus dans le peloton accélère l’allure aidé par son frère César. Au contrôle de Gien, Aucouturier passe avec 90 minutes de retard.

Aidé par Pothier (qui était pourtant dans la chute avec Aucouturier et qui est revenu sur la tête si rapidement que certains se posent des questions), Garin accélère encore et l’emporte à Lyon avec 2 h 30 d’avance sur son rival Aucouturier.

Cette première étape a été marquée par le premier incident sérieux. Alors que Garin et Pothier roulent ensemble, ils sont rejoint par une voiture dans laquelle se trouve quatre hommes masqués. Pendant six kilomètres, ils tentent de renverser les deux champions. Devant finalement abandonner, ils s’éloignent en menaçant : ‘On aura ta peau, Garin !’.

Desgranges prend les premières sanctions à Lyon. Un coureur nommé Chevalier, distancé lors de l’étape et accusé d’être monté dans une voiture pour rejoindre la tête de la course est exclu du Tour. Pothier, convaincu de la même tricherie, n’est lui que sanctionné d’une amende de 500 francs. Ces sanctions différentes auront une grande importance par la suite.

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Lors de la deuxième étape, un incident grave se produit. Arrivé vers Saint Etienne, le coureur local Fauré s’échappe et prend quelques longueurs au peloton. Sitôt son passage, une centaine d’individus munis de pierres et de gourdins fait barrage au autres coureurs. Les frères Garin et d’autres coureurs sont violemment frappés et blessés. Un coureur italien nommé Giovanni Gerbi a un doigt sectionné. Le groupe d’assaillants ne se disperse que lorsque les suiveurs tirent des coups de pistolet.

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Giovanni GERBI

Le peloton des favoris, composé de neuf coureurs, reste groupé pour rejoindre Marseille où Aucouturier remporte le sprint.

Après enquête et déclarations de commissaires, Desgranges décide d’exclure du Tour le dénommé Payan d’Alès. Aussitôt, les organisateurs reçoivent des menaces qui sont confirmées lorsque l’étape suivante approche de Nîmes. Des clous jonchent le sol et les crevaisons sont nombreuses. Dans la ville, une troupe d’émeutier fait barrage à la course. Les coureurs sont une nouvelle fois insultés, frappés, menacés de mort. Ils s’en sortent grâce aux soldats qui font fuir les assaillants et aux revolvers sortis des poches des accompagnateurs.

Mais la course reprend. A Toulouse Aucouturier bat sur la ligne Cornet, son compagnon d’échappée. Garin et Pothier arrivent ensuite avec 8 mn 43 de retard.

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Henri CORNET

Les détracteurs du Tour de France accusent plus ou moins Desgranges d’être à l’origine de ces événements. Les sanctions différentes infligées aux participants pour des motifs similaires amènent ces questions : la société de cycles ‘La Française’ étant à la fois engagée et sponsor de la course, ses coureurs ne sont ils pas avantagés par la direction de la course ? Le fait que ce soit Desgranges et non l’Union Vélocipédique de France qui juge et sanctionne n’avantage t-il pas les coureurs de ‘La Française’ ?

Au départ de Toulouse pour Bordeaux, Maurice Garin dit : « Si je ne suis pas assassiné avant Paris, je gagne ce tour ». Au vélodrome de Bordeaux, quatre hommes arrivent ensemble : les frères Garin, leur coéquipier Pothier et Beaugendre, seul coureur qui n’est pas équipé par ‘La Française’. Lors du sprint dont Maurice Garin se désintéresse, son frère effectue une embardée qui rejette Beaugendre contre les balustrades permettant ainsi la victoire de Pothier. La réclamation de Beaugendre est repoussée par la direction.

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L’arrivée de Maurice Garin à Bordeaux

Quelques incidents, heureusement moins graves, se produisent encore lors des deux dernières étapes. Par exemple, un homme est arrêté à quelques kilomètres au nord de Bordeaux : il était en train de placer sur la route des planches munies de clous.

C’est dans ce climat d’extrême tension que Hippolyte Aucouturier reporte les deux dernières étapes et que Maurice Garin son deuxième tour de France. De nouveau, on entend dire que les deux hommes se sont concertés : à chaque fois, le peloton des favoris arrive groupé. Ceci arrange les deux hommes : Aucouturier pour faire valoir sa pointe de vitesse lors des sprints et Garin évite des échappées qui pourraient menacer sa place de leader.

C’est sous l’orage que Garin et les autres arrivent ensemble au Parc des Princes sous les acclamations de la foule venue nombreuse saluer les héros. Le lensois remporte son deuxième Tour de France en ayant couvert les 2388 kilomètres en 93 heures et 6 minutes à la moyenne de 25,649 km/h.

Pothier est second à 3 minutes 28, César Garin troisième, Aucouturier quatrième et Cornet cinquième.

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Mais l’histoire du Tour de France 1904 n’est pas terminée. Trois commissaires de course envoient un rapport à l’Union Vélocipédique de France. Ils ont constaté des irrégularités qui n’ont pas ou peu été sanctionnées par la direction d’Henri Desgranges.

Une enquête est réalisée. Déjà en septembre, des coureurs ont été disqualifiés de la course Bordeaux-Paris : Léon Georget, Petit-Breton, César Garin, Rodolphe Muller arrivés dans cet ordre sont mis hors course pour avoir été entraînés par motos ou poussés.

Début décembre, Maurice Garin ne se doute pas de ce qu’il allait lui arriver lorsqu’il fait le pari d’entrer à bicyclette dans la cage au lions de la ménagerie du cirque installé sur la Place de la République de Lens.

Le 2 décembre, l’UVF annonce son verdict : les frères Garin, Pothier et Aucouturier et d’autres concurrents sont disqualifiés. Des suspensions sont aussi prononcées : Pothier et deux autres coureurs sont radiés à vie, Maurice Garin écope de deux ans.

C’est donc Cornet qui est déclaré vainqueur.

Les motifs des sanctions sont un peu flous. Ils font référence à des articles de règlement mais sans citer vraiment de faits. par exemple : ‘Untel est déclassé pour avoir effectué une partie du parcours en voiture’, mais sans préciser la date et le lieu …

Certains pensent qu’il s’agit là d’une sorte de revanche de l’UVF envers La Française ou Henri Desgranges. Ce dernier envisage sérieusement d’abandonner définitivement l’idée d’organiser à nouveau un Tour de France. Mais il se ravisera et le Tour 1905 eut lieu ainsi que ses nombreux suivants.

Entre temps, Maurice Garin déclare à la presse :  »Je ne courrai plus. Je rentre à Lens m’occuper de mon commerce de cycles« . Il n’admettra jamais la sanction et sur la photo qu’il dédicacera à l’occasion du cinquantenaire du Tour en 1953, il fera imprimer :

« Maurice Garin, vainqueur des Tours de France 1903 et 1904″

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Pierre Mauroy

Posté par Le Lensois Normand le 8 juin 2013

   Pierre MAUROY s’est éteint, vendredi 7 juin, à l’âge de 84 ans. Il était hospitalisé depuis le 1er juin dans un établissement de la région parisienne.

   Pour les gens de ma génération, Pierre Mauroy fait partie des symboles de l’immense espoir créé par la victoire de François Mittérand en mai 1981.

   Premier ministre de 1981 à 1984, ce sont ses gouvernements qui ont fait voté les lois sur l’abolition de la peine de mort, la décentralisation, l’impôt sur les grandes fortunes, la cinquième semaine de congés payés, les 39 heures…

  Pierre Mauroy est venu plusieurs fois à Lens, la dernière lors de l’inauguration du Louvre-Lens le 4 décembre 2012. C’était un ami d’André Delelis, l’ancien maire qui fut lui-même ministre de l’artisanat dans le premier gouvernement Mauroy.

Une partie du Gouvernement Mauroy 1. Derrière Pierre Mauroy, André Delelis :

Pierre Mauroy dans Le Nord-Pas de Calais mauroy-2

Pierre Mauroy, Michel Rocard et André Delelis dans les mines de Lens :

mauroy-3 delelis dans Les Hommes

Dans les rues de Lens avec François Mitterand et André Delelis :

mauroy-1 lens

A Liévin en mai 2001, la dernière photo de Mauroy et Delelis ensemble pour les 30 ans de l’arrivée de la gauche au pouvoir :

mauroy-5 mauroy

Dernière visite de Pierre Mauroy à Lens le 4 décembre 2012 :

mauroy-6 ministre

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