Quand un Wagon déraille en mairie de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 29 décembre 2013

   Ce texte ne relate en aucun cas un accident ferroviaire. Ici, le Wagon dont il est question n’est autre qu’Alfred Wagon, maire de Lens de 1892 à 1896.

  Alfred Joseph Wagon est né le 4 mai 1849 à Oisy-le-Verger, près de Marquion dans le Pas-de-Calais.

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  Fils de médecin, il fait des études de pharmacie et en 1874 ouvre une officine dans le Grand Faubourg de Lens (qui allait devenir le Boulevard des Ecoles puis le Boulevard Basly) . Là, il habite avec son épouse et ses trois enfants.

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   Alfred Wagon travaille également auprès de la famille Decrombecque pour qui il effectue des recherches sur l’amélioration de la nourriture animale par la chimie.

   Pharmacien réputé, il accueille souvent dans son commerce de jeunes stagiaires qui viennent profiter de son expérience. Le plus connu est sans aucun doute Auguste Béhal qu’il prend sous sa protection pendant trois ans. Amant Valeur, autre savant lensois, effectue également un stage chez Alfred Wagon.

   Excellent musicien, Wagon est aussi le président de l’Harmonie des Enfants de la Plaine de Lens créée par Guislain Decrombecque.

   Il est conseiller municipal depuis plusieurs années lorsque le maire Auguste Frémicourt-Douchet, un négociant en vin de la Grand’Place, donne sa démission.

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   Auguste Frémicourt est un radical modéré. Dès 1889, il s’oppose à l’utilisation des troupes contre les mineurs grévistes. Il réitère sa position lors des grèves de 1891 et 1892 déclarant qu’il préfère démissionner plutôt que de donner des tickets de logement aux militaires.

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   Frémicourt, Wagon et Basly sont pourtant de la même famille politique, le tout récent Parti Radical dirigé par Georges Clemenceau. Ce parti hétéroclite est composé selon la presse d’alors de politiciens ‘’sachant louvoyer pour se faire élire en dehors des partis traditionnels’’. On y trouve des anti-royalistes, des anti-bonapartistes, des anticléricaux, des anti-anarchistes ….

  En 1891, lors d’une réunion à Carvin des membres de ce parti, Frémicourt soutient Basly contre Wagon pour la désignation de leur candidat aux élections législatives du 21 février. Les adhérents élisent cependant le pharmacien. Cette décision entraîne des heurts violents entre les partisans des deux candidats.

  Finalement Basly se présente tout de même …. avec l’étiquette socialiste et est élu aisément, dès le premier tour de scrutin, obtenant 8.895 suffrages contre 5.477 à Alfred Wagon. Ce dernier créée alors à Lens ‘la Ligue Radicale’ aux idées ‘très avancées’ selon la presse d’alors.

  En août 1892, un nouvelle grève des mineurs se déclare à Carmaux et s’étale rapidement à tous les bassins miniers. A Lens, Frémicourt s’oppose de nouveau à l’utilisation de la troupe. Il n’hésite pas à envoyer l’officier qui lui transmet les ordres de réquisition de logements chez Edouard Bollaert, le Directeur de la compagnie minière qui avait sollicité l’intervention de l’armée auprès du gouvernement.

  Le 2 septembre, jour de quinzaine dans les mines, Frémicourt remet officiellement au préfet sa démission du poste de Maire de Lens, n’étant plus soutenu par la majorité des conseillers municipaux.

  Alfred Wagon est alors désigné maire par intérim. Il prend définitivement ses fonctions en octobre.

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La mairie de Lens

   La Société des Mines de Lens a maintenant les mains libres pour réprimer les grèves comme elle l’entend. Lors d’un nouveau mouvement en 1893, les responsables du Syndicats des Mineurs protestent auprès du maire de Lens contre l’utilisation des militaires et leur cantonnement dans les propriétés privées lensoises. Alfred Wagon leur répond qu’il ne peut ni s’y opposer ni légiférer contre une décision nationale.

   Pourtant, c’est bien un Arrêté Municipal qui ordonne à la Gendarmerie d’expulser les grévistes des établissements publics de la ville.

  Dès lors, entre le maire de Lens et le Député de la circonscription, c’est la guerre. Les deux hommes n’hésitent pas à déclarer publiquement la haine qu’ils ont l’un de l’autre.

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   C’est alors que des bruits se rependent en ville et que des lensois commencent à parler de malversations financières à la mairie, Basly voit là une occasion de se débarrasser de Wagon. Il parvient à faire parler le Receveur Municipal. Et il en apprend !  Le Député s’arrange pour que la presse locale reprenne ces accusations et refuse de se rendre à une réunion locale le 9 février au cours de laquelle Wagon promet de s’expliquer.

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   Après avoir monté un dossier complet, inattaquable, Basly intervient auprès du Président du Conseil des Ministres Léon Bourgeois à qui il dépose une plainte contre Alfred Wagon pour malversations financières dans la Caisse Municipale de Lens. Bourgeois demande au Préfet du Pas de Calais et à la Cour des Comptes d’effectuer des enquêtes.

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   Le 1er février 1896, un inspecteur général des finances et un agent de la Sureté Nationale investissent la mairie de Lens et épluchent les comptes municipaux. Les faits sont rapidement établis.

   En 1892, 1893 et 1894, Lefevre-Blondiau, Directeur de la salle de l’Alcazar, établit des factures prétendues couvrir  les frais de location pour l’organisation de banquets municipaux du Nouvel An. Or ces banquets n’ont jamais eu lieu. Malgré l’opposition du Receveur Municipal, le montant de ces factures a été remis en espèces à Alfred Wagon par le comptable. Le maire se défend et, tout en ne niant pas avoir encaissé cet argent, prétend qu’il sert à couvrir ses frais personnels de représentation.

   Wagon a aussi prélevé de l’argent dans la caisse pour régler de fausses factures d’entreprises de Mont Saint Eloi pour la fourniture de bordures de trottoirs bien que celles-ci n’aient jamais été livrées à la ville.

   Le budget des dépenses municipales est passé de 170.000 francs en 1890 à 670.000 francs en 1895. D’autres malversations apparaissent dans la comptabilité de la commune :

-          la disparition d’une partie de la recette de la location d’emplacements des marchés de Lens,

-          le détournement de ‘’deniers provenant de souscriptions particulières pour la création de l’Institut Pasteur de Lille’’ dont la liste de souscription a mystérieusement disparu,

-          l’absence de factures pour des locations d’établissements municipaux réglées en espèces,

-          le paiement du salaire d’une femme travaillant au service personnel de Wagon avec des bons du bureau de bienfaisance municipal,

   Outre cela, bon nombre de notes manuscrites afférentes aux budgets des années 1892,1893 et 1894 ne sont pas soldées.

   Le 13 février 1896, Emile Basly rencontre de nouveau Léon Bourgeois. Il lui apprend qu’il va interpeller le Gouvernement à la Chambre des Députés au sujet de la gestion des deniers de la ville de Lens par Alfred Wagon. Bourgeois demande au Préfet du Pas de Calais de suspendre à titre conservatoire Alfred Wagon de ses fonctions de maire de Lens..

   A l’issue de son enquête, la Cour des Comptes conclura lors de son jugement du 21 juin 1897 : ‘’Le sieur Wagon, ancien maire de Lens, est déclaré comptable des deniers de la commune dont il a eu le maniement irrégulier pendant les années 1893,1894 et 1895’’.

   Le 2 mars 1896, le Président de la République Félix Faure accepte et signe le décret de destitution proposé par Léon Bourgeois. Les biens ‘actuels et futurs’ d’Alfred Wagon sont saisis jusqu’à concurrence du remboursement à la ville de la totalité des sommes détournées.

   Alfred Wagon abandonne la vie publique, vend sa pharmacie quitte Lens avec sa famille. Il décèdera en 1928 à Vercelli (Italie) à l’âge de 80 ans.

  Basly ne prendra pas pour autant la mairie puisque c’est Eugène Courtin, administrateur des Mines de Liévin et Président de la Caisse d’Epargne de Lens qui remportera l’élection municipale du mois de mai 1896. Basly aura sa revanche et deviendra Maire de Lens en 1900.

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Le triste Noel de Lens de 1915

Posté par Le Lensois Normand le 21 décembre 2013

   4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elles y resteront quatre années. Aussitôt, pour la population, ou plus exactement pour les lensois qui n’ont pas voulu quitter la ville (18000 sont partis), ce ne sont que privations et humiliations.

   En ce Noël 1915, les lensois n’ont pas le cœur à réveillonner, n’ont pas de quoi faire un repas de fête, n’ont pas de jouets à offrir aux enfants. Depuis 15 mois, l’ennemi est dans leurs murs et leur pille tout et depuis plus d’un an des obus tombent sur la ville et les corons.

   Les soldats allemands sont partout en ville, dans les corons. Ils ont fait leur les habitations abandonnées par les lensois partis en exode. Les officiers ont pris les plus belles maisons du centre ville, les simples soldats habitent ‘’chez l’habitant’’, souvent dans les maisons des mines.

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   Dans la plupart des familles de mineurs, le papa n’est pas là. Il est parti quelques mois auparavant, ‘la fleur au fusil’. Peut être est il dans une tranchée en Champagne, en Belgique, à Verdun ; peut être est il blessé dans un hôpital ; peut être est il mort …..

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   Ce Noël 1915 ne peut être un Noël ordinaire. Chaque jour, dans les corons, les femmes doivent faire preuve d’imagination pour donner à manger aux enfants : avec le moulin à café, moudre du mauvais blé glané dans ce qu’il reste des champs pour qu’un peu de farine de mauvaise qualité aide à leur donner du pain, utiliser des trognons de choux ou des feuilles de pissenlit pour aromatiser la soupe épaissie par quelques pommes de terre ramassées dans la boue et le froid de cet hiver.

   Pour les aider, le maire de Lens, Emile Basly a mis en place une épicerie municipale en ville dans les locaux de la Banque de France et la commune alloue 30 francs aux plus démunis.

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   Mais la ville, c’est loin pour celles qui vivent dans les corons, habitent dans des maisons déjà pratiquement en ruine. Il faut parfois traverser les lignes entre les armées. Les plus chanceuses reviennent avec leurs maigres victuailles, d’autres sont dévalisées sans vergogne par d’avides soldats, d’autres encore sont blessées par des tirs sans savoir s’ils sont allemands ou français, d’autres ne reviennent jamais nourrir leurs enfants …

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   Pourtant, Noël, c’est Noël ! Il faut célébrer. Les messes ne peuvent être dites dans les églises qui ont déjà reçu les cicatrices de la bêtise humaine. L’église Saint Pierre dans la cité 11 est inutilisable, trop dangereuse avec ses plaies béantes et sa tour décapitée. Les lensois des corons devront rester chez eux et se réunir dans les caves pour prier et chanter.

   Une famille entière ne fêtera pas Noël, celle d’un mineur nommé Moisse. Le 22 décembre  un obus allié tombe sur sa maison de la fosse 1. Lui est grièvement blessé et sera amputé d’une jambe. Sa femme et ses quatre enfants sont morts sous ses yeux. Le même jour, Rue de la Paix (joli nom pour l’époque), c’est un cheminot, Paul Leflon, sa femme et l’une de ses filles qui sont tués alors qu’ils se croyaient en sureté dans leur cave. A trois jours d’un bien triste Noël !

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  Malgré les privations, quelques gamins de la ville peuvent aller à l’école. Des classes sont installées dans les sous-sols d’une salle des fêtes. Emile Basly veut récompenser ces élèves particuliers qui apprennent à lire en vivant comme les taupes. Il demande à ses administrés de rechercher des livres parmi les décombres. Le jour de Noël 1915, dans ces conditions exceptionnelles, il donne un peu de joie à ces enfants en organisant une distribution des prix.

   On apprend que la Comité Américain fait don à chaque habitant de 100 grammes de farine. Mais comme on ne trouve pas d’œufs, il n’y aura pas de coquille de Noël cette année. Quant au bâton de sucre d’orge qui accompagnait la coquille avant la guerre, il y a bien longtemps que les enfants en ont perdu le goût. Il n’y aura pas de viande non plus, on n’en trouve plus depuis plusieurs jours à Lens. Peut être que les allemands se sont servis.

   Pourtant, en ville, on voit beaucoup de sapins, de décorations. Les Allemands veulent faire la fête ! On voit des soldats arriver en voiture porteurs de paquets cadeau pour les officiers. Ces mêmes officiers qui interdisent aux lensois de recevoir le moindre colis.

  Le soir du 24 décembre, dans les estaminets de la ville où se retrouvent les soldats, ce ne sont que chants paillards et beuveries. Les officiers sont eux sur la Grande Place, à l’hôtel des Voyageurs dont ils ont fait leur lieu de détente. Ils réveillonnent en compagnies de quelques jeunes lensoises de petite vertu. Ils assisteront à ‘leur’ messe de Noël à l’église Saint Léger où pourtant un obus a détruit l’un des piliers quelques jours plus tôt tuant deux soldats allemands.

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   Le jour de Noël, alors que sur certaines zones de combats, les soldats respectent une trêve et font ‘ami-ami’ comme l’année précédente, il n’en est rien à Lens. Les soldats allemands assisteront à ‘leur’ messe de Noël à l’église Saint Léger où pourtant un obus a détruit l’un des piliers quelques jours plus tôt tuant deux de leurs hommes.La grande messe de Noël pour les civils est dite à la chapelle de l’hospice mais peu de lensois osent s’y aventurer.

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   De nombreuses bombes tombent sur le Boulevard des Ecoles, sur la Place du Cantin. Le nord-ouest de Lens est aussi bombardé. Le lendemain, un communiqué officiel des forces alliées parlera d’un bombardement ‘efficace’ sur la gare. Réussi peut être militairement mais toutes les rues avoisinantes sont touchées et on relève bon nombre de victimes civiles.

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   Il y aura encore un autre Noël à Lens, en 1916, encore plus triste. Puis plus rien, les autorités allemandes évacuent toute la population en avril 1917. La prochaine fois que des lensois fêteront Noël dans leur ville, ce sera en 1919 …. dans ce qu’il restera de Lens.

Documents utilisés principalement :

‘’Dans la fournaise de Lens, journal du notaire Léon Tacquet’’, édité par Gauheria dans son dossier n° 7 (2004)

‘’Le martyre de Lens’’ d’Emile Basly aux Editions Plon 1918

‘’Lens, son passé, ses houillères’’ d’Alfred Bucquet, Edition Centrale de l’Artois 1950

‘’Mineur de Fond’’ d’Augustin Viseux pour Terre Humaine, Edition Plon 1991

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 »Le Boulevard »

Posté par Le Lensois Normand le 18 novembre 2013

   Au 17ème siècle, il faisait partie du Grand Chemin d’Arras à Lens et se terminait à la Porte d’Arras (au niveau aujourd’hui du croisement des rues Decrombecque et de la Paix).

   Au 18ème, il prend le nom de Grand Faubourg puis plus tard, après la construction des écoles Condorcet et Campan et de l’Institution Michelet, il devient le Boulevard des Ecoles.

   Depuis le 7 avril 1928, il se nomme ‘Boulevard Emile Basly’. Pour nos parents (et même encore pour certains aujourd’hui), c’était simplement ‘le boulevard’.

        – Lieu de rassemblement autant pour les 15 000 mineurs écoutant le discours d’Emile Basly, leur Maire Délégué lors des grèves de 1906 ou les milliers de supporters vêtus de sang et d’or lors de sa remontée par les Champions de France 1998.

       – Lieu d’études pour ceux qui, comme moi, passèrent plusieurs années ‘à Michelet’ à suivre les cours de professeurs inoubliables tel Christian Daubresse.

         – Lieu de rendez vous pour les mineurs et de leurs familles lors des consultations médicales dans l’immense dispensaire de la Caisse de Secours des Mines.

        – Lieu de promenade et de shopping pour ses nombreux commerces : on pouvait y trouver aussi bien une mobylette ou un fusil de chasse chez Carpentier qu’un costume trois-pièces chez Blondeau en passant par les montres de chez Roussel, le Paris-Primeur, la Poissonnerie Moderne, les oiseaux de chez Europrix ou encore les landaus de La Renommée des Voitures d’Enfants sans oublier, bien sur les Nouvelles Galeries, précurseur des supermarchés qui allaient bientôt s’élever en périphérie des villes.

         -  Lieu de détente et de souvenirs car c’est ce boulevard qu’arpentait notre bande de copains et copines le dimanche soir après la séance de cinéma à l’Apollo. Un arrêt obligatoire de toute l’équipe au n°118, au ‘Basly’ de chez Monsieur Pénin : menthe à l’eau pour les filles, demi-pression pour les garçons ; dans une ambiance enfumée par nos paquets de Royales ou de Françaises, certains flirtaient, d’autres se disputaient des parties de baby-foot au son des tubes de Claude François, de Johnny, des Beatles ou de Polnareff que diffusait le juke-box.

     C’était ‘le Boulevard’,  c’était le début des années 70 à Lens.

    A suivre, quarante cinq clichés retraçant plus de cent ans de la vie du ‘Boulevard’.

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15 Juin 1952 : Madame Auriol à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 9 novembre 2013

   Il fut un temps où les compagnes des présidents de la République Française n’assuraient pas leur notoriété en grattouillant une guitare ou en envoyant des tweets.

   Il fut un temps où les compagnes des présidents de la République Française méritaient de par leur comportement et leurs actions le titre de ‘Première Dame de France’.

   Ce fut ainsi le cas de Madame Vincent Auriol, née Michelle Aucouturier. Fille d’un ouvrier verrier, créateur d’une entreprise coopérative où tout le monde est ouvrier et tout le monde est patron. Elle-même membre de la SFIO, elle épouse à 16 ans un jeune avocat, rédacteur en chef du ‘Midi Socialiste’ nommés Vincent Auriol.

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   Lorsque son mari est élu Président de la République en janvier 1947, Michèle Auriol ne veut pas se contenter de jouer les potiches. Elle est très active dans le domaine social et ouvre les portes du Palais de l’Elysée à tous les français, quelque soit leur rang.

   C’est donc sans surprise que cette ancienne résistante accepte en 1951, à l’invitation du Maire de Lens Ernest Schaffner, de venir parrainer l’année suivante les fêtes du Centenaire du début de l’exploitation charbonnière dans la capitale du pays minier.

  Ces fêtes dureront deux semaines encadrées par des spectacles au stade Bollaert (voir l’article sur les fêtes de Lens en 1952 à cette adresse : http://lelensoisnormandtome3.unblog.fr/2012/06/21/1952-les-fetes-du-centenaire-du-charbon-a-lens/ ).

  Le 15 juin dans la matinée, la ‘Delage’ dans laquelle a pris place Madame Auriol arrive à Lens. Paul Ribeyre Ministre de la Santé publique et de la Population l’accompagne. Elles est accueillie par Georges Phalempin, Préfet du Pas de Calais, Ernest Schaffner, Maire de Lens et Jean Michaux, Directeur du Groupe Lens-Liévin des HBNPC.

   La journée ne fut pas des plus reposantes pour Madame Auriol. La matinée commence par l’inauguration du nouveau centre médico-scolaire de la rue Arthur Lamendin puis elle se rend Route de Béthune où elle procède à une autre inauguration, celle du grand complexe du centre de Formation des Mines de Lens et de sa ‘mine-image’.

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   Puis Madame Auriol se rend au centre médico-social pour y saluer deux des dernières femmes à avoir été mineurs de fond. Après le déjeuner officiel offert par la municipalité, le cortège officiel se rend au stade Félix Bollaert où sera donné un spectacle réalisé par les enfants des écoles de Lens.

    Madame Auriol est accueillie par vingt mineurs médaillés du travail qui lui font une haie d’honneur. Selon la presse de l’époque, l’épouse du Président de la République porte un tailleur gris et un chapeau ‘bois de rose’ garni de noir.

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   Ce fut d’abord les fillettes des écoles des cités 4, 9, 11, 12 et Berthelot qui miment la chanson du Petit Quinquin. Puis les garçons de l’école Carnot, habillés en mineurs, retracent les différentes activités du travail de la mine.

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   C’est ensuite le tour de trois groupes de jeunes filles des centres d’apprentissage des mines qui, habillées de bleu, de blanc et de rouge, rendent hommages aux trieuses, ces femmes de la fosse.

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   Arrive alors le tour des filles de l’école Campan. Elles effectuent plusieurs danses représentant les loisirs des mineurs au cours des quelles elles évoquent les combats de coqs, La Napoule, les parties de belote et le jardinage.

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   Enfin, la principale représentation de ce spectacle est constituée des mouvements d’ensemble effectués par un millier d’écolières lensoises et dirigés par M. Vermeesch, Responsable du service d’éducation physique à la ville de Lens.

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   La presse n’hésite pas à souligner l’enthousiasme de Madame Auriol  »qui se lève plusieurs fois pour applaudir’ et qui possède  »l’art de gagner tous les cœurs par son charme discret et sa gentillesse souriante ».

   En fin d’après midi, la Delage emporte Madame Auriol vers Paris en traversant les rues de la ville pavoisées, ovationnée par les famille de mineurs à qui  »elle répondait simplement d’un signe de la main ».

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La Rue de Lille

Posté par Le Lensois Normand le 9 novembre 2013

   Anciennement rue du Rivage puis Rue de la Porte de Lille, cette artère lensoise, l’une des principales de la ville, se nomme depuis 1946 et une décision du Conseil Municipal d’Auguste Lecoeur, Maire communiste de Lens de l’époque, ‘Rue René Lanoy’.

   Mais pour les gens de ma génération et beaucoup d’autres encore aujourd’hui, on l’appelle toujours la ‘rue de Lille’.

   Alors, en trente photographies et sans aucun commentaire, revivons plus d’un siècle d’histoire de la

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Les amis du lensois normand

Posté par Le Lensois Normand le 30 octobre 2013

   A ce jour, l’ensemble des tomes du blog du lensois-normand a recueilli plus de 320 000 visites. Alors, rien que pour vous, quelques liens et nouvelles d’amis de ce lensois-normand.

   Sur Internet, retrouvez d’abord un site superbe (bien que toujours en construction m’a dit son auteur, la petite fille du fondateur de la société) sur les transports Abel Biervois de Lens. Un historique complet, des documents inédits et une galerie photos superbe. C’est à voir sur : http://www.biervois.fr/

 Les amis du lensois normand dans La ville biervois

  Autre site : le Racing Club de Lens vu autrement.  »TeamFoot offre une tribune d’expression aux passionnés » annonce la page d’accueil du blog créé par un supporter du RCL exilé au Québec. C’est ici : http://www.teamfoot.fr/

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   Une artiste lensoise mérite qu’on aille à sa rencontre. Après avoir exposé ses peintures et sculptures à Liévin cet automne, Guislaine LEROSIER sera de la fête lors de l’inauguration des nouveaux vitraux de l’église Saint Amé du 3 de Lens à Liévin le 4 décembre prochain. Une exposition inspirée de la vie des mineurs. Admirez ses œuvres ici : http://guislaine.over-blog.com/

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   Noël approche et la Société Chorale Lensoise (son histoire sur le blog du lensois normand : http://lelensoisnormandtome3.unblog.fr/search/chorale) va donner comme chaque année plusieurs concerts  »Trompette, choeurs et orgue » dans la région. Les dates arrêtées pour l’instant sont :

      – Le 6 décembre à l’église St Théodore de Lens (cité du 9).

      – Le 13 décembre au Temple d’Hénin-Beaumont

      – Le 14 décembre à l’église St Denis d’Avion

   Vous pouvez retrouver la Chorale Lensoise sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Chorale-Lensoise/105714189490859?fref=ts

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    Un autre lien qui n’a rien à voir avec Lens (si, un peu quand même !) et dont je connais parfaitement l’auteur. Le travail du bois par le chantournage permet de réaliser jeux, jouets, décorations ….  Quelques idées cadeau pour Noël ? C’est à voir ici : http://chantournage.over-blog.fr/

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    Enfin, le site des archives de la ville de Lens avec de magnifiques vidéos anciennes qui nous rappelleront l’histoire de Lens (les géants, les ducasse, l’Apollo, le patrimoine minier, le Tour de France, etc …). A voir absolument (http://www.villedelens.fr/histoire/les-archives-municipales.html)

   Dans le cadre du centenaire du début de la Première Guerre Mondiale et de l’occupation de Lens par les allemands le 4 octobre 1914, le Services des Archives recherche toutes sortes de documents d’époque (objets, textes, photos, correspondances …). Si vous en possédez, contactez le service des archives par mail : adavid@mairie-lens.fr

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Depuis mille ans, l’église Saint Léger domine Lens

Posté par Le Lensois Normand le 25 octobre 2013

   On ne peut voir Lens sans la voir. Bien implantée face à la Place Jean Jaurès, tout près de l’Hôtel de Ville, l’église Saint Léger domine de toute sa hauteur la ville.

Depuis mille ans, l'église Saint Léger domine Lens dans Histoire stlg001

   Imaginons nous à Lens au dixième siècle. La ville est rattachée à la Flandre et fait parti du comté de Boulogne et de Lens (ces deux comtés furent réunis qu’un jusqu’en 1049). La vie essentiellement rurale y est rude et l’homme vit dans un dénuement complet. Dans le bourg fortifié, les mendiants, les malades hantent les rues. L’insécurité est partout. Pour faire face à cette délinquance, les terribles sanctions sont prononcées par le tout puissant et omniprésent clergé qui possède le pouvoir de contraindre et de punir.

    Les habitants redoutent, non seulement, les cataclysmes célestes et terrestres, signes de la colère divine, mais aussi les épidémies de lèpre et de peste noire. Ces épidémies sont vécues comme une punition du péché…

    Face à ces tribulations, un seul espoir : la vie éternelle et paisible après celle vécue sur terre ! Pour prier et implorer la bonté divine sont construits des édifices religieux de plus en plus imposants. A Lens, on voit alors s’élever la Collégiale (où se trouve aujourd’hui le rond-point Van Pelt), l’église Saint Laurent (aux environs de l’Université Perrin) et l’église Saint Léger.

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   D’après ce que nous apprend Louis Dancoisne dans son ‘Précis de l’histoire de Lens’ paru en 1878, l’église Saint Léger est érigée dans la première moitié du dixième siècle. C’est vraisemblablement sous Eustache Premier, comte de Boulogne et de Lens qu’elle est construite.

   On ne sait pas quelques sont les raisons qui ont donné le nom de Saint Léger à l’église de Lens. On peut supposer qu’elle fut érigée sur un sanctuaire dédié à Léodégar (nom franc de Saint Léger) dans les années qui suivirent sa mort en 680.

   L’église possède quatre étages, un vaste portail, deux tourelles carrées avec un toit en forme de flèche, une tourelle d’escalier, le tout surplombé par un impressionnant clocher possédant à sa base un chemin de ronde et terminé par une flèche posée sur un toit à bulbe.L’étage renfermant les cloches est ouvert par de larges fenêtres sur ses quatre faces.

   La Collégiale toute proche, tenue par des chanoines et des chapelains dépend du château. Une semaine par an, elle est ouverte au public et ses reliques exposées dans l’église Saint Léger. Là, elle sont vénérées par les pèlerins tandis  »qu’un jongleur doit chanter jour et nuit devants les corps saints ». (Alfred Bucquet, Lens, son passé, ses houillères).

    Un dessin paru dans les albums de De Croÿ nous fait découvrir Lens au début du dix-septième siècle. On y voit l’imposante église Saint Léger en plein centre du bourg fortifié. En 1647, Lens appartient alors aux Espagnols, l’église Saint Léger rayonne de toute sa splendeur.

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   Mais les guerres successives et les nombreux sièges dont fut victime Lens finiront par avoir raison de cette église.

   Le 3 octobre 1647, après une lutte farouche, l’armée française mené par le maréchal Jean de Gassion (qui mourut lors du siège) reprend la ville de Lens aux espagnols. Un an plus tard, Lens est de nouveau espagnole après une bataille repmortée par l’archiduc Léopold de Habsbourg. Arrive alors la célèbre bataille de Condé et la victoire des armées françaises qui mettra fin à la guerre de trente ans.

    Ces longs conflits ont laissé des traces. Lens et les lensois sont dans la misère. La ville n’a plus un sou et on ne peut réparer l’église totalement délabrée.

    Il faut attendre la fin du dix-septième siècle pour que l’on se décide à la restaurer car elle menace de s’effondrer entièrement. L’architecte douaisien Anselme, qui est chargé de remettre en état la base, utilise une méthode originale : suspendre le clocher et le toit de l’église afin de travailler à sa base. Mais l’homme décède alors que les travaux sont à peine commencés. Ses successeurs n’ayant certainement pas le même talent, prennent moins de précautions et le tout s’écroule, ne laissant que ruines. C’est ainsi que disparaît la première église Saint Léger.

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   Lens reste alors plus de 300 ans sans église paroissiale. Ce n’est que le 28 mai 1776 qu’est posée la première pierre de la nouvelle église Saint Léger au même emplacement que la précédente. Les travaux sont financés par les biens propres de la paroisse et les dons des fidèles sans aucune aide extérieure. Ce sont les frères Leclercq, bâtisseurs à Aire sur la Lys qui construisent l’édifice.

    Le 18 janvier 1780, dans ce qu’on appelle alors la Rue Large de Lens est inaugurée la nouvelle église Saint Léger. Imposante, tant par son architecture de style ‘Jésuite’ que par sa capacité, elle surplombe déjà le reste de la ville.

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   Composée d’un corps en longueur de 45 mètres et d’une tour, l’église est remarquable par sa façade. De part et d’autre d’un grand porche, se trouve la large tour carrée dont le premier étage comportant les cloches est ouvert sur chaque face par des fenêtres cintrées. Au dessus, on trouve l’horloge, présente également sur les quatre faces, qui est surmontée d’une toiture arrondie et d’un clocheton. Les soubassements latéraux sont en grès et supportent des contre-forts faits de briques et de pierres. Chaque côté est muni de cinq grands vitraux.

    Jusqu’à la Révolution, un cimetière est attenant à l’église, près du presbytère, entre l’arrière de l’église et la rue de Douai. Plus tard, les défunts dépendant de la paroisse seront enterrés au cimetière de l’Hospice jusqu’à l’ouverture du cimetière-est vers 1830.

    De nouveau, cette église va subir les faits de l’histoire de France. En 1789, la Révolution éclate : les églises appartiennent à l’Etat et les prêtres, élus par le peuple, doivent prêter serment à la Constitution.

    Dès 1793, sous la Terreur, Mirabeau parle de la nécessité de la ‘déchristianisation de la France : des prêtres sont déportés ou assassinés, d’autres contraints à abjurer leurs vœux, les croix et images pieuses sont détruites et les célébrations et fêtes religieuses interdites. Les objets religieux de Saint Léger sont enlevés et envoyés aux monnaies de Lille ou de Paris.

    L’église prend alors le nom de ‘Temple de la Raison’. On y célèbre aussi des fêtes civiles et des ‘clubs révolutionnaires’ s’y réunissent. Le culte de la raison a pour vocation de remplacer le christianisme sous la Révolution française. Robespierre y mettra fin en mars 1794 et instaurera le culte de l’Etat Suprême.

    On trouve aussi d’autres utilités à ce grand édifice : on le transforme en fabrique de poudre et on y emmagasine du fourrage.

    Il faut attendre l’arrivée de Bonaparte qui, en ratifiant le Concordat du 8 septembre 1801, permet la restitution des édifices religieux au clergé. Saint Léger revient dans le giron de l’église catholique en 1803 et son premier curé en est le chanoine Leviez.

    Arrive 1852 et le début de l’épopée charbonnière. La ville de Lens s’agrandit, le nombre d’habitants augmente considérablement en peu de temps. A elle seule, l’église Saint Léger ne peut accueillir autant de monde, surtout que pour être bien considéré par leurs patrons, les ouvriers mineur doivent assister à tous les offices du dimanche.

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   Alors, on voit apparaître en périphérie de la ville, dans les corons, d’autres églises construites par la Compagnie des Mines de Lens : Sainte Barbe dans la cité de la fosse 4 en 1896, Saint Pierre (cité du 11) et Saint Edouard (cité du 12) en 1901, Saint Théodore (cité du 9) en 1910 et Saint Vulgan (Cité du 2) en 1912.

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   1912 : Emile Basly, maire socialiste de Lens, décide de faire construire une nouvelle mairie à la place de celle bâtie en 1822 devenue trop petite. Pour cela, il réquisitionne le presbytère de l’église Saint Léger (situé où sera construit la poste après le guerre, rue Diderot) pour y installer les services municipaux.

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   Le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elle occuperont la ville exactement quatre ans jusqu’au 3 octobre 1918.

    Dès qu’ils prennent le contrôle de la ville, les autorités germaniques décident de ne réserver l’église Saint Léger qu’à leur seul usage, l’interdisant totalement aux civils français. Léon Tacquet, dans son journal publié par Gauheria sous le nom de ‘Dans la Fournaise de Lens’ rapporte qu’ayant sollicité des allemands le droit de suivre la messe dans ‘son’ église, il y fut invité. Certainement afin de l’intimider ou de le ridiculiser, les allemands le firent placer au premier rang. Il dut ainsi, seul civil, écouter une messe interminable dite en allemand par un prêtre militaire devant 1500 officiers et soldats.

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   Pour les civils français, les messes sont dites dès mars 1915 dans les locaux de la maison Pollet-Dekoster rue Voltaire. A partir de Pâques 1916, les offices ont lieu dans les sous-sols de cette entreprise aménagés par des ouvriers chrétiens. Le chanoine Ocre décide d’appeler ce lieu ‘Saint Léger sous Terre’.

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   Car l’église Saint Léger, que les allemands appellent ‘Die Kathedrale’ reçoit rapidement les premiers obus. De nombreuses fois visée car étant à la fois un lieu de rassemblement et un poste d’observation pour les allemands (qui peuvent observer jusque Lorette), elle subit les premiers dégâts dès 1915. Sur la Grand’Place, les beaux commerces d’avant-guerre sont détruits, des débris, des pierres jonchent le sol. L’église a perdu l’une de ses tourelles, le chemin de ronde est inutilisable et les fenêtres du clocher sont éventrées.

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   A l’intérieur, les dégâts sont considérables : Les statues, le mobilier, la chaire, les orgues et les autels sont réduits en miettes.

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   L’église est complètement détruite lors d’un bombardement le 19 janvier 1916. Selon le notaire Tacquet et le chanoine Ocre, curé de Saint Léger, c’est entre 15 et 16 heures que les plus gros obus sont tombés sur l’église. L’édifice est percé de part en part, il ne reste plus un seul vitrail. Les voûtes se sont écrasées sur les dalles du sol. De cet édifice qui faisait la fierté des lensois, il ne reste qu’un lugubre squelette vacillant.

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    Lorsque les soldats anglais finissent par libérer Lens le 3 octobre 1918, ils ne découvrent que des ruines. Le premier journaliste à entrer dans Lens libéré, Albert Londres, écrit qu’après avoir découvert dans les décombres quelques pierres de soubassement en grès,  »Nous avons décrété que c’était l’hôtel de ville et par là, nous avons reconnu que la petite montagne de brique tout à l’heure était l’église ».

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   Tandis que les premiers lensois revenus dans leur ville commence à rebâtir la cité, l’église, qui est devenue le tas de pierres et de débris le plus haut de Lens, reçoit la visite de nombreux ‘pélerins-touristes’, visiteurs venant de partout en France en voyage organisé et qui, contre une obole, peuvent venir ‘admirer’ les dégâts occasionnées par la guerre !

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    En attendant la reconstruction d’une nouvelle église, dès le 7 octobre 1919, les messes d’après-guerre sont célébrées dans un baraquement provisoire rue Diderot mis à la disposition de la paroisse par Félix Bollaert et son épouse.

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   En 1923, une chapelle provisoire en bois est inaugurée route de Béthune. Elle porte de nom de Chapelle Sainte Elisabeth et deviendra le lieu de rassemblement des catholiques polonais. En attendant la reconstruction de l’église du centre ville, elle sert d’église paroissiale.

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   A Lens, tout le monde n’est pas convaincu de la nécessite de reconstruire l’église Saint Léger. Le 17 juin 1921, il faut l’insistance d’Emile Basly (pourtant connu pour son anticléricalisme) pour que le Conseil Municipal vote à une très faible majorité l’adhésion de la ville à la société coopérative diocésaine d’Arras (créée quelques jours plus tôt afin de financer les reconstructions d’édifices religieux à l’aide d’emprunts), permettant ainsi de lancer le dossier. Le 9 juin 1923, le projet de reconstruction est accepté et signé par le maire de Lens.

   Le 8 juin 1924, jour de communions solennelles, la première pierre de la nouvelle église Saint Léger est posée. (Source Gauhéria, dossier n°8, La Renaissance de Lens de Ginette Haÿ, 2007).

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   Près de deux ans plus tard, le 24 mai 1926, lundi de Pentecôte, Eugène Julien, l’évêque d’Arras procède à l’inauguration de la nouvelle église Saint Léger.

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   Ressemblant beaucoup à la précédente, son emplacement a été reculé de plusieurs mètres dans le cadre de l’élargissement de la Place Jean Jaurès. Face aux risques engendrés par les galeries de mine passant sous la ville, la structure n’est plus en pierres mais en béton armé et les murs sont ainsi moins épais, le portail d’entrée a été agrandi, des pierres d’angle blanches donne du relief à la façade. Au dessus du porche, une simple inscription : ‘‘Eglise Saint Léger – Détruite pendant la grande guerre 1914-1918. Reconstruite et inaugurée en 1928 ».

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    L’église est ainsi moins massive, plus élancée, les matériaux de couleurs différentes donnent un aspect plus moderne à l’édifice tout en conservant son style jésuite. Les travaux ont été effectués par l’entreprise Hoelbeke et Flitz de Béthune.

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   Sur les façades latérales, dix vitraux représentant des saints ont été offerts par des notables comme Félix Bollaert, Léon Tacquet, des entrepreneurs ayant participé à la construction et de simples paroissiens.

    La chaire est inaugurée en 1928 et les grandes orgues terminées en avril 1930. Seul vestige de l’église d’avant 1918 : la statue de la Vierge Marie retrouvée dans les décombres, a repris sa place dans la chapelle des morts de la Grande Guerre où sont inscrits les noms des 726 militaires et 298 civils lensois tués lors du conflit.

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   En 1940, Lens est de nouveau occupé et les bombardements sur la ville vont reprendre. Le 23 mai 1940, une torpille éclate à l’intérieur de l’église, détruisant le mobilier et faisant éclater les vitraux.

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   En juin 1944, les lensois sont avertis par voie d’affichage que la présence qu’en cas d’alerte d’un guet dans le clocher de l’église Saint Léger signifie pour eux un  »danger extrême » et qu’ils doivent rapidement rejoindre les abris. Le 11 août, Lens est de nouveau bombardé. Sur la place Jean Jaurès, la mairie chère à Emile Basly, reconstruite après la première guerre n’est plus qu’un tas de ruines et l’église toute proche est sérieusement endommagée. Mais cette fois, sa structure n’est pas détruite et ses blessures ne sont pas irréversibles.

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   En 1956, les 25 vitraux sont remplacés. Créés par Louis Gauffault, maître verrier, ils sont tous de forme géométrique. Celui représentant Saint Léger se trouve au fond de la nef et les vingt-quatre autres sur les faces latérales sur deux niveaux.

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   Les derniers travaux ont consisté au remplacement du dôme en 1981 et l’édifice a été totalement rénové en 1996.

    L’église Saint Léger fait parti du paysage lensois depuis près de 1000 ans ; sans elle, il est certain que Lens ne serait pas Lens !

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Visite présidentielle à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 20 mai 2013

    Sadi Carnot, élu Président de la République le 3 décembre 1887 effectue lors de son mandat de nombreux voyages en provinces. Du 3 au 4 juin 1889, il visite le Pas de Calais en compagnie de Yves Guyot, Minsitre des travaux publics. Le 1er juin, il est de passage à Lens où les habitants lui font un accueil triomphal.

Visite présidentielle à Lens dans Histoire siteon0

   Arrivé la veille à Arras, c’est dans le train présidentiel qu’il quitte le Chef-Lieu du Pas de Calais à 9h23.


arras carnot dans La Mine

 Vingt minutes plus tard, le convoi spécial entre en gare de Lens.

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   Il fait un temps splendide, la foule est nombreuse sur la place et fait une ovation au Président de la République. Sadi Carnot refuse la voiture mise à sa disposition et décide de rejoindre la mairie à pied.

   La ville a été décorée : chaque commerçant, chaque particulier a tenu à orner la devanture de sa maison avec drapeaux, lanternes vénitiennes et écussons.  De nombreux mineurs se pressent sur les trottoirs pour apercevoir le Président et le saluer par des  ‘Vive Carnot‘  et  ‘Vive la République‘ . 6000 d’entre-eux ont revêtu leur tunique blanche des jours de fête.

   De nombreuses sociétés musicales se sont installées le long du parcours et entonnent ‘la Marseillaise’ au passage du Président.

   Une vingtaine de portes en forme d’arc de triomphe sont disposées le long du parcours. Chaque société a composé la sienne. Les Sapeurs-Pompiers ont confectionné une tour au sommet de laquelle trois d’entre-eux présentent les armes. Celle de l’agriculture et de la meunerie est formée de meules de paille et de sacs de blé. Les commerçants et l’hospice de Lens ont aussi la leur.  Sur une autre, on peut lire :  ‘A Monsieur Carnot, la fabrique de l’église de Lens‘.

   L’ambiance est à la fête. Aucun incident ne viendra rompre le charme de cette journée. Seuls, une soixantaine de gendarmes a été mobilisée et n’aura pas à intervenir.

   A la mairie, Sadi Carnot est accueilli par M. Marmottan, Président du Conseil d’Administration des Mines de Bruay, M. Vuillemin, Président du Comité Départemental des Compagnies Minières et M. Frémicourt, Maire de Lens et négociant en alcools.

   Ce dernier donne le coup d’envoi du grand défilé : Sociétés de musique en tête dont la grande fanfare des Mines de Lens suivie des fanfares des autres compagnies minières. Puis viennent les autres sociétés dont l’Harmonie des Enfants de la Plaine chère à Guislain Decrombecque et qui est emmenée par M. Alfred Wagon , pharmacien et futur maire de Lens.

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  Arrive le moment des décorations remises par le Président de la République. La Légion d’Honneur pour Emile Vuillemin et André Louis Deprez, le Maire de Harnes, Palmes Académiques pour Louis Schmit, Maire de Liévin, deux médailles militaires pour des gendarmes et des médailles d’honneur pour deux sapeur-pompiers.

   A 10 h 45, Sadi Carnot arrive chez Arthur Hugot, petit fils et successeur de Guislain Decrombecque, le grand agriculteur lensois décédé en 1870. La sucrerie, équipée des toutes dernières technologies est l’une des plus importante de la région. La ferme qui lui est adjointe est également bien agencée pour les 200 bovins à viande, 50 chevaux, la quarantaine de bœuf de labour et l’énorme troupeau de moutons.

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   Arthur Hugot accueille le Président dans sa cour, une centaine d’employés font une haies d’honneur. Après la visite, le cultivateur-industriel remercie le Président et assure le Gouvernement de la sollicitude du monde agricole. Avant de partir, Carnot remet à Arthur Hugot sa seconde médaille de la journée, celle du Mérite Agricole, devant des ouvriers qui applaudissent chaleureusement les deux hommes.

   Le Président se rend ensuite aux Bureaux Centraux des Mines de Lens en passant par le Boulevard des Ecoles où les élèves des écoles Condorcet et Campan, montés sur les tables installées sur les trottoirs, ovationnent le cortège et hurlent : ‘Vive Carnot, vive la France‘.

   Sadi Carnot emprunte ensuite un train spécial des Mines de Lens qui emmène la délégation visiter la fosse 5 située sur le territoire d’Avion. Cette fosse, mise en service en 1875 est un modèle de modernisme et de production.

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   Le président est accueilli par Elie Reumaux, Ingénieur en Chef des Mines de Lens, Edouard Bollaert, Agent Général et Piéron, le Maire d’Avion. Après avoir salué douze mineurs en tenue qui lui font une haie d’honneur, le Président visite la fosse.

   Il visite le chevalet où il assiste à l’ascension d’une cage comportant des berlines de charbon puis continue par  l’atelier de criblage où de jeunes femmes lui souhaitent la bienvenue en lui offrant un bouquet de fleurs. Les ‘Vive Carnot‘ se font de nouveau entendre.

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   Il se rend ensuite à l’entrée du puits où une cage remonte les seize plus anciens ouvriers de la fosse. Le plus âgé remercie le Président et lui offre une gaillette extraite le matin même. Une autre cage remonte les douze plus jeunes galibots à qui le Président offre 100 francs à se répartir.

   Puis Carnot reprend le train spécial qui le conduit à la Cité Dumoulin toute proche où, sur une estrade installée en pleine rue, il remet à vingt-et-un mineurs des Médailles du Travail.

    Le Président se dirige alors vers la maison d’un couple de mineurs, M. et Mme Douanne, parents de huit enfants. Il visite leur maison qu’il juge ‘très propre et bien entretenue‘. N’apercevant que deux filles, il demande aux époux où sont les six autres enfants de la famille ? C’est la femme qui lui répond qu’ils sont tous au travail à la mine. Carnot offre aux époux cent francs pour leurs enfants.

   Ovationné par les voisins, Sadi Carnot reprend le train pour se rendre à la fosse 2 où a lieu un grand banquet offert par le comité des sociétés houillères.

   Là, une table de 400 couvert l’attend. L’aubade est interprétée par les fanfares des Mines de Lens, Liévin et Courrières. MM. Emile Vuillemin et Léonard Danel (Président du Conseil d’Administration des Mines de Lens) prononcent chacun un discours auquel répond Carnot qui les félicitent pour la qualité de leurs entreprises et leur ‘paternelle sollicitude’ envers les mineurs.

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   Apparemment pas encore repus, Sadi Carnot et son escorte se rendent ensuite au magasin Hugot où cette fois ce sont les ouvriers des Mines qui lui offre un banquet. Ils sont 1200 convives. C’est André Louis Despretz qui prononce le discours d’accueil en remerciant le Président de sa venue et d’avoir bien voulu fraterniser avec les ouvriers de la mine et de l’agriculture. Ce à quoi Carnot répond : ‘Je salue une population laborieuse et fière, attachée aux libres institutions qui lui ont assuré une ère de paix, d’ordre et de progrès’.

   Tous les ouvriers se lèvent alors et crient : ‘Vive Carnot, vive la République‘.

   Puis M. Carnot félicita le Maire de Liévin, M. Schmit et M. Viala, Directeur des Mines de Liévin venus apporter leur concours à cette fête. Il fit ensuite l’éloge des Compagnies Minières ‘qui savent maintenir d’une manière exemplaire l’union et la concorde dans la grande famille formée par les corons où les grèves sont inconnues‘.

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   Avant de partir pour Béthune, M. Carnot fait remettre à la Compagnie des Mines de Lens la somme de 1500 pour les mineurs nécessiteux. La même somme est remise à M. Frémicourt pour les pauvres de la ville.

   Vers 15h00, la délégation présidentielle remonte dans le train spécial et emprunte la voie de chemin de fer des mines pour se rendre à Béthune avec un arrêt à Violaines.

   Les déclarations de Carnot sur la ‘paternalisme’ des Compagnies et ‘l’union et la concorde dans les corons’ se voient rapidement contredites : le 10 octobre 1889, soit un peu plus de quatre mois après son passage, les mineurs de la Compagnies de Lens se mettent en grève, grève qui s’étale rapidement à l’ensemble du bassin pour une augmentation des salaires et contre les longues coupes (qui obligent les mineurs à un temps de travail augmenté en échange de plus de primes). D’autres suivront en 1891 (augmentation des primes et reconnaissance des syndicats). Pour faire face à ces dépenses supplémentaires, les Compagnies embauchent des mineurs venus de Belgique qu’ils payent nettement moins que les Français. Ceci déclenche une nouvelle grève et de graves incidents dans les corons de la région lensoise en août et septembre 1892.

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  Le Président Carnot est assassiné le 24 juin 1894 lors de l’Exposition de Lyon par Sante Geronimo Caserio, un anarchiste italien qui le poignarde au foie. La Ville de Lens donnera le nom de Sadi Carnot à une école communale d’abord installée rue de Lille puis déplacée sur la place du Cantin après la première guerre mondiale.

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Le Parc de la Glissoire

Posté par Le Lensois Normand le 19 février 2013

   Au début des années 70, la production charbonnière du Nord-Pas de Calais touche à sa fin. A Lens, les fosses 1,2,12 et 14 sont fermées, d’autres conservent un semblant d’activité. A cheval sur les communes de Lens et Avion se trouve un terrain marécageux de 55 hectares appartenant aux Houillères, attenant à la fosse 5 et sur lequel se trouve deux terrils, une décharge sauvage, une usine à concassage de schiste, une ancienne voie ferrée des mines et une portion embourbée du canal.

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   Cet espace pourrait être transformé en une zone d’activité comme d’autres délaissés par les houillères (les Renardières, la fosse 4, …), mais l’état du terrain marécageux et inondable et les nombreux affaissements miniers ne le permettent pas. C’est donc un autre choix que font les élus des deux communes concernées : reconquérir le site pour en faire une zone de loisirs afin de donner une autre image de ce que l’on appelle encore trop souvent ‘le Pays Noir’.

   Pour cela, un ‘Syndicat intercommunal de Lens-Avion (SILA) ayant pour objet l’aménagement du secteur dit des Glissoires en espace de loisirs’ est créé par les communes de Lens et d’Avion. Le Conseil Municipal de Lens donne son aval à ce projet le 22 octobre 1971 et l’ arrêté préfectoral du 31 janvier 1972 valide la création du SILA. Son Président est le Maire d’Avion, Léandre Létoquart (dont la commune possède plus des deux-tiers du terrain), Le Député-Maire de Lens André Delelis devient le vice-président. C’est la première expérience de ce genre en France.

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    Le nom de la Glissoire est donné à ce parc (il sera parfois aussi appelé à tort ‘Parc des Glissoires’).

    La Glissoire (que l’on nomme aussi ‘Fossé Glissoir’ dans certains documents anciens) était une rivière qui longeait la limite des communes de Lens, Avion et Sallaumines en provenance d’Eleu-dit-Lauwette. Elle traversait les marais du sud de Lens et d’Avion où elle recevait les eaux d’un ru : le Lit d’Avion.

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   Sur un plan de Lens de 1850 (paru dans ‘Lens, son passé, ses houillères’ d’Alfred Bucquet) on voit qu’elle passait près de la porte de Douai après avoir traversé toute une zone de marais. Là, elle rejoignait la rivière de Carency appelée aussi la Souchez dont le lit deviendra plus tard le canal.

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    Au 18ème siècle, de grandes tourbières existaient dans ces marais, elles furent affermées en 1751, asséchés et cultivés (Précis de Lens de Louis Dancoisne). Ces terres furent ensuite achetées par la Compagnie des Mines de Lens à la fin du 19eme siècle afin d’y construire la fosse 5 et élever des terrils.

    Quelques habitations en coron furent construites par la Compagnie de Lens en limite des ces marais avant puis après la première mondiale mais elles étaient souvent inondées.

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   Au début du XXème siècle, l’équipe de football du Racing Club Lensois, expulsée de la Place Verte (République) par des riverains excédés par les dégâts occasionnés par des ballons mal dirigés, a disputé quelques rencontres sur un terrain aménagé dans cet espace.

    Ce site insalubre, devenu friche et décharge à la fin de l’exploitation charbonnière, donne une mauvaise image de la région lensoise aux visiteurs qu’ils viennent en voiture par la route d’Arras ou par le train.

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   En 1973, le SILA confit aux services d’équipement du Pas de Calais une étude d’aménagement d’un espace vert en ce lieu. L’idée est adoptée par les Conseils Municipaux des communes de Lens et d’Avion qui achètent aux Houillères le terrain se situant sur leur commune respectives.

    Le coût de l’opération est évalué à 7 millions de francs financé à 75% par l’Etat dans le cadre du GIRZOM (Groupement Interministériel de Reconversion des Zones Minières), le reste est à la charge du syndicat intercommunal (66% à la charge de la ville de Lens, 33% à celle d’Avion).

   En 1975, les travaux commencent avec l’aménagement du Boulevard d’Armolis à Avion afin de rejoindre un nouveau parking aménagé et le creusement du lit du Filet d’Avion.

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   Les travaux sont classés en cinq tranches : la première comprend le nettoyage du site, la création du grand plan d’eau principal et le boisement de son îlot. Puis viendrons la création des autres plans d’eau, les plantations sur l’ancienne décharge et l’aménagement du parking nord; enfin, une fois le sol stabilisé, celui ci sera entièrement boisé et le sommet d’un terril transformé en plate-forme pour une vue panoramique sur la région.

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   Ce parc consacre surtout une belle part à l’eau. Il n’est d’ailleurs pas besoin de creuser profond pour trouver la nappe phréatique. Le premier plan d’eau créé est consacré à la pêche à la ligne pour le bonheur des nombreux clubs locaux. D’autres suivront pour offrir aux visiteurs des promenades en barque ou la possibilité de faire du canoé.

   L’architecte M. Devillard a aussi pour ambition de faire revenir en cet endroit aussi bien la flore et la faune (surtout les oiseaux qui ont déserté ce lieu depuis des décennies). C’est pourquoi les six kilomètres de sentiers banalisés du parc sont interdits à tout véhicule à moteur.

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    Le parc est considéré par les pouvoirs publics comme une opération-pilote dans le cadre de la reconversion du bassin minier et les élus désirent qu’il devienne rapidement l’un des parcs naturels les plus attractifs de la région.

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   Le 26 juin 1977 à 10 heures, les étangs de pêche du parc de la Glissoire sont inaugurés par MM. Létoquart et Delelis en présence de nombreuses personnalités.

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    Le site mis à disposition de l’association des ‘Chevaliers de la Gaule’, des amateurs de truites, brochets est dit ‘en eaux closes’ où la pêche peut être pratiquée sans paiement des taxes piscicoles. Pour l’année 1986, ce sont plus de trois tonnes de poissons qui sont déversés dans les étangs.

  Suite aux affaissements, le parc se situe en dessous du niveau de la nappe phréatique. Pour éviter les inondations, une station de pompage a été construite pour maintenir les étangs à un niveau constant.

   En 1985, l’ensemble du parc est aménagé. les derniers gros travaux ont consisté à la création d’un jardin d’agrément sur le site de l’ancienne décharge. A cette époque, on estime le coût du parc à près de 15 millions de francs.

   Un abri pour les pécheurs, 10 km de sentiers, 5700 arbres plantés, 230 000 m2 engazonnés, une « presqu’île » aménagée avec un ancien terril, un belvédère avec vue panoramique est créé sur un autre terril…

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   Outre l’aspect écologique et touristique, l’aménagement du parc a permis de résoudre le problème d’assainissement de la ville d’Avion dont les eaux se jetaient à ciel ouvert dans le ‘lit d’Avion’ et la Glissoire avec celles de Méricourt.

   Pendant environ 25 ans, c’est l’entente cordiale entre les deux villes membres du syndicat. De nombreux aménagements sont apportés au parc qui devient peu à peu l’un des plus fréquentés du bassin minier.

   Mais le XXIe siècle ne débute pas sous les meilleurs hospices : un profond différend financier concernant ce parc vient ternir l’entente cordiale entre les villes de Lens et d’ Avion

    Historiquement, l’entretien est financé par les deux villes selon la proportion définie lors de la création du SILA. Guy Delcourt, le Maire de Lens, décide de dénoncer en 2001 cet accord. «Pour plusieurs choses, dira-il. La partie lensoise ne comprend que 2/10e du site. Je ne trouvais pas normal que Lens paye pour Avion. Et légalement, un syndicat mixte d’aménagement est flou en cas d’accident. Qui serait tenu comme responsable ? Ce n’est pas comme un syndicat mixte de gestion.» Cette décision est ressentie comme un coup de tonnerre du côté des Avionnais et de son maire de l’époque Jacques Robitail.

    Le 14 mars 2002, un courrier est envoyé par la ville de Lens au SILA contestant la répartition des frais d’aménagement et d’entretien entre les deux villes. Pour elle, seuls 13 hectares, dont 2 seulement aménagés, sur les 58 inclus dans le périmètre du parc, se situent sur son territoire alors qu’elle contribue pour plus de 60 % aux dépenses du syndicat. A défaut de modification de cette répartition, la ville de Lens envisage de se retirer du SILA.

   Aucun accord n’est trouvé, le conseil municipal de Lens approuve lors de sa séance du 15 avril 2005 le retrait de la ville du syndicat intercommunal Lens-Avion pour l’aménagement du parc de la Glissoire. Un arrêté préfectoral du 13 mai 2005 l’y autorise et dissout le syndicat. Ce qui est confirmé en appel par la Cour administrative de Douai le vendredi 6 août 2010 puis par le Conseil d’Etat le 14 octobre 2011.

    Guy Delcourt fait alors cette proposition à la ville d’Avion : «L’idée, c’est de faire du parc un beau site. Alors pourquoi ne pas transférer la compétence du parc à la CALL comme c’est le cas au parc des Cytises de Lens», explique t-il en juillet 2010 à la presse locale.

   Cette proposition n’a toujours pas abouti à ce jour et seule la ville d’Avion gère, aménage et finance le Parc de la Glissoire.

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    Le parc est maintenant bien connu pour ses espaces de jeu, de promenade, de détente et de sport. Il est gratuit et ouvert en permanence. Chaque année sont organisés un cross et un triathlon. Il est aussi le théâtre du feu d’artifice du 14 juillet de la ville d’Avion.

   Les plaisirs de l’eau sont aussi au rendez-vous avec barque, canoë-kayak, pédalo.

   Depuis quelques années, le parc possède aussi sa plage de sable, bien fréquentée les jours de soleil.

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    Le Ch’ti Parc accueille les plus petits avec ses attractions et propose dix structures gonflables, du quad, un parcours d’aventure aérien, un manège, le Mégabooster et des trampolines… et bien sûr des bateaux miniatures.

   Du haut d’un terril reconverti, un belvédère permet d’avoir une vue magnifique sur l’ensemble du parc et les alentours.

   Depuis mai 2008, une piste de quad est également accessible pour les amateurs de sensations fortes.

   L’ancienne école maternelle de la fosse 5 a été transformée en un restaurant traditionnel et gastronomique, Le Lyonnais.

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    Mais la principale activité du parc reste la pêche à la ligne avec les Pêcheurs Avionnais Amis de la Glissoire (PAAG) qui compte environ 170 adhérents et qui a pris la suite, en septembre 2011, de l’Amicale des Pêcheurs Avionnais.

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    Voilà comment une ancienne friche du pays minier peut devenir l’un des parc naturels les plus appréciés, non seulement par les lensois et les avionnais, mais aussi par toute la population régionale et même, maintenant avec la Louvre-Lens à quelques centaines de mètres, par de nombreux touristes français et étrangers.

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Publié dans La ville, Le Nord-Pas de Calais, Lens | 7 Commentaires »

LENS et ses gares

Posté par Le Lensois Normand le 26 janvier 2013

LENS et ses gares dans Histoire gare1000

   Nous sommes en 1860 : la Compagnie des Mines de Lens créée huit ans plus tôt produit près de 1 600 000 tonnes de houille avec les deux seuls puits déjà exploités (fosses Ste Elisabeth et du Grand Condé). Le nombre d’habitants à Lens est passé de 2500 à 4000 en 10 ans, il devient nécessaire que la ville soit reliée au chemin de fer et possède sa gare.

    Il est difficile d’imaginer Lens sans gare mais c’était le cas jusqu’en 1860 comme le prouve cette carte des Chemins de Fer du Nord de 1853. 

gare1001 basly dans La ville

   La Compagnie des Chemins de Fer du Nord, créée le 20 septembre 1845 par le banquier James de Rothschild prend possession d’un grand espace au sud-ouest de la ville et décide d’y faire passer des voies ferrées et de construire une gare.

    La mise en service de la ligne entre Arras et Hazebrouck passant par Lens est à l’origine de la création de cet ensemble ferroviaire. Au départ, il n’est utilisé que pour le trafic de houille de la Compagnie des Mines : jusque là, le transport du charbon se faisait par le canal dont les quais de chargement étaient reliés aux fosses par les voies ferrées privées des Mines.

gare1002 cassan dans Lens

   Lens, ce n’était d’abord qu’une simple halte sur la ligne Arras-Dunkerque, la gare n’est ouverte au service des voyageurs qu’en 1863 et comporte alors 4 voies et deux quais pour le trafic des voyageurs, un faisceau de 7 voies pour les trains de marchandises et deux voies en impasse pour le garage des locomotives.

    Elle n’est composée que d’un seul bâtiment devant lequel a été ouverte une petite place.

    Mais Lens a sa gare, celle que les lensois allaient appeler ‘la gare du Nord’ en opposition à celle des Mines : la gare Sainte Elisabeth.

gare1003 chemin de fer

   Contrairement à aujourd’hui, le bâtiments-voyageurs se trouve exactement dans l’axe de la rue de la Gare qui a été tracée à l’initiative de Guislain Decrombecque et d’Edouard Bollaert afin de relier directement les voies ferrées à leurs exploitations ou usines.

gare1004 gare

    D’autres liaisons ferroviaires nécessaires au transport du charbon sont ouvertes par la suite. Elles relient la capitale du pays miniers aux villes importantes (Paris, Calais, Dunkerque, Lille ….). Ces lignes servent en même temps à la circulation des premiers trains de voyageurs.

Année

Ligne mise en service

1860

Prolongement de la ligne Arras-Hazebrouck jusque Dunkerque

1860

Lens-Ostricourt (vers Lille)

1869

Lens-Don Sainghain via Pont à Vendin et Bauvin-Provin

1879

Lens-Hénin Liétard-Carvin

1884

Lens-Armentières par Don Sainghin

1889

Lens-Frévent (le Tortillard)

1906

Lens-Brebières (vers Douai)

    Lens se trouve alors au centre d’un ensemble ferroviaire important.

gare1005 guerre

   Dans le même temps, les installations de la gare de Lens prennent de l’expansion pour répondre à l’augmentation du trafic. Lui ont été ajoutés :

Année

Constructions

1872

3 voies en impasse pour le chargement de wagons de marchandises

1875

une halle à marchandises

1879

une ‘fosse à piquer le feu’ et une grue hydraulique (pour l’entretien des locomotives)

1884

un faisceau de cinq voies relié aux lignes du chemin de fer des mines de Lens

1893

deux voies de garage pour le tortillard Lens-Frévent

1910

ouverture de la cour à marchandises

   Sur la photo ci-dessous qui date du tout début du XXème siècle: au premier plan, la tête de faisceau des voies affectées aux trains de marchandises puis les quatre voies du trafic voyageurs (un train y est en stationnement). Au centre de l’image, la grande halle aux marchandises et ses voies dites ‘de débord’ qui longent la rue Thiers (aujourd’hui rue Jean Létienne) et où stationnent de nombreux wagons en cours de manutention. Dans le fond, on distingue le bâtiment voyageurs derrière le buffet-hôtel.

gare1006 histoire

   Voici un plan paru dans l’ouvrage d’Alfred Buquet ‘Lens, son passé, ses houillères’ en 1950. On y voit les installations de la gare de Lens avec les évolutions de 1860 à 1910. On remarque aussi que la place de la gare, appelée ‘Cour des Voyageurs’, est beaucoup moins large qu’aujourd’hui.

 lens

   A partir de 1897, devant le nombre croissant de voyageurs, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de moderniser et d’agrandir le bâtiment de la gare avec :

- la mise en place d’une tour à bulbe avec quatre horloges

- la construction et l’ouverture d’un Buffet-Hôtel perpendiculaire à la gare

- l’extension des locaux pour les services administratifs

- la cour des voyageurs est pavée (1905)

gare1008 mines

   Sur cette photo, on distingue au premier plan, les voies de la ligne Lens-Frévent qui emmènent le ‘Tortillard’ (ci-dessous) vers le Boulevard des Ecoles par la rue de la Paix.

tortillard reconstruction

   Les quais sont aussi aménagés pour un meilleur confort des voyageurs (agrandissement des abris de quai avec pose de banquettes, installation de toilettes et de passages planchéiés pour traverser les voies).

   En 1913, le trafic de la gare de Lens est de 900 000 voyageurs et plus de 2 000 000 tonnes de charbon.

   Mais il semble que ces travaux ne répondent pas aux besoins de la population. Le Député Maire de Lens, Emile Basly part en guerre contre la Compagnie du Nord.

    Le 9 mai 1910, avec Arthur Lamendin, le maire de Liévin, il fait voter une résolution par le Conseil Général du Pas-de-Calais demandant à la compagnie ferroviaire d’agrandir rapidement la salle des pas perdus et les salles d’attente à défaut de construire une nouvelle gare.

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   Le 30 septembre 1912, devant l’inaction de la compagnie, il fait appel au Ministre des Travaux Publics, Raymond Poincaré afin qu’il fasse pression sur les dirigeants des Chemins de Fer du Nord.

    Le 25 janvier 1913, le Directeur de la Compagnie écrit au Ministre afin de lui présenter un projet d’expansion tout en soulignant que la gare étant construite au dessus d’une exploitation minière, elle ne peut recevoir un étage supplémentaire et n’être donc agrandie que du côté de la cour des voyageurs pour éviter les affaissements. Basly trouve ce projet n’est qu’un  »rattrapage disgracieux » et diminuerai la surface de la place de la gare, déjà trop exigüe pour la population d’une agglomération de 100 000 habitants. En même temps, il demande à ce que les deux quais soient couverts d’un bout à l’autre et munis de banquettes.

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Emile Basly

   Courant 1913, on en est à ce point des négociations entre le Ministre, le Député-Maire et la Compagnie du Nord qui reste sur ses positions : la construction d’un nouveau bâtiment engendrerait des coûts importants qui ne pourraient être supportés par les seules recettes de la gare pourtant estimées par Basly à 10 ou 11 millions de Francs.

    Selon la Compagnie, seul un agrandissement sur la place n’est envisageable à cause des risques d’affaissements d’un édifice plus lourd.

   Arrive alors la première guerre mondiale qui, malheureusement, met un terme aux discussions. Dès le mois d’octobre 1914, Lens est occupée par les troupes allemandes. Mais les alliés sont aux portes de la ville. La guerre fait rage et les bombardements s’intensifient de jour en jour. La gare est la cible des obus afin d’anéantir le transport ferroviaire qui devient rapidement impossible.

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   Pour se déplacer en train hors de Lens, il faut rejoindre la gare de Billy Montigny. Les plus chanceux s’y rendent en voiture, d’autres en calèche ou à pied. Mais rapidement les autorités allemandes interdisent aux lensois de sortir de la ville sans autorisation.

    Les locaux de la gare qui ne voient plus de voyageurs servent alors d’abris provisoires aux soldats allemands et à leurs chevaux.

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   Voyant la fin et la défaite approcher, les troupes allemandes décident de raser complétement la ville. Lorsque les soldats canadiens entrent les premiers dans Lens en octobre 1918 après 10 jours de combats intenses et 4 ans de guerre et de bombardements, la gare, comme tout le reste de la ville, est complètement détruite.

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   Il faut alors rapidement relancer l’industrie. Les Compagnies des Chemins de Fer du Nord et des Mines de Lens désirent que le trafic ferroviaire soit le plus vite possible opérationnel : les transports par camions sont onéreux et d’un mauvais rendement au point de vue tonnage. Il faut donc impérativement pouvoir se resservir du chemin de fer dont toutes les voies sont dans un piteux état. Au départ, seule la voie ferrée vers Hazebrouck est rétablie par le 5ème Génie mais elle n’arrive qu’aux abords de Lens. C’est l’entreprise de travaux publics de M. Vandewalle qui effectue les travaux pour la Compagnie du Nord.

    Le 26 mai 1919, la Compagnie des Mines de Lens a rétabli complètement la ligne entre Lens Ste Elisabeth et Violaines et deux trains ouvriers et plusieurs trains de marchandises y circulent par jour. L’origine de la ligne se situe rue Bollaert où sera construite la gare Sainte-Elisabeth en 1926.

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   A compter du 1er septembre 1919, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord fait passer chaque jour deux trains dans chaque sens sur la voie privée des Mines entre Lens et Pont-à-Vendin pour rétablir sa liaison Lens-Armentières qu’elle ne peut pas encore faire par Loison car deux des trois ponts du canal de la Souchez ne sont pas encore reconstruits. C’est à ce moment le seul moyen de quitter Lens par le chemin de fer.

gare1013

   Ce service de trains de voyageurs existe jusqu’au 20 février 1921 date de la remise en service de la ligne Lens-Don Sainghin par Hénin-Liétard. En attendant une nouvelle gare, un bâtiment provisoire en bois long de 40 mètres et large de 8 mètres est installé dans l’ancienne cour des marchandises (à l’emplacement actuel de la gare routière). Il fait office de gare provisoire tant pour les voyageurs que pour le personnel.

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   En ce même lieu se côtoient ainsi les wagons de marchandises et les trains de voyageurs comme ceux des nombreux ‘pèlerins-touristes’ venus de toute la France pour  »visiter » les ruines de Lens.

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   Dès le 22 juin 1919, le Conseil Municipal de Lens (alors exilé à Paris) dirigé par Emile Basly, décide d’autoriser la Compagnie du Nord à reconstruire une gare. Un article du journal ‘Nord-Matin’ paru en 1980 justifie cette décision hâtive (la ville n’est encore qu’un amas de ruines) par le fait que la municipalité de Liévin emmenée par son maire Léon Degreaux, est déjà intervenue auprès de la compagnie des Chemins de Fer du Nord et celles des Mines de Lens et de Liévin pour que la gare centre du bassin minier soit construite sur son territoire.

    Raoul Dautry, Ingénieur en chef de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de confier la réalisation de la nouvelle gare de Lens à Urbain Cassan, architecte et chef du service des bâtiments de la compagnie. Ils commandent les travaux à l’entreprise parisienne Forestier, Alquier et Cie.

gare1015   Les travaux de la nouvelle gare commencent en janvier 1926. Il faut en priorité résoudre le problèmes des affaissements miniers qui ont atteint dans certains endroits de Lens quatre mètres entre 1870 et 1914. Sous la zone de la gare, une veine de charbon de 10 mètres de hauteur est en exploitation. Si ces affaissements ne sont pas pris en considération, la gare se trouvera rapidement en contrebas des voies.

   Pour leur faire face, Urbain Cassan imagine un procédé unique et révolutionnaire. La gare n’est pas construite en briques mais en ciment Portland artificiel armé provenant des Usines de La Loisne à Barlin.

usines-la-loisne-barlin

   La gare est composée de douze blocs indépendants les uns des autres. Ce qui fait que si l’un d’entre-eux s’affaisse, la structure générale n’est pas disloquée. La partie affaissée peut être remontée à sa hauteur initiale grâce à un système de vérins implantés dans des chambres installées dans les fondations et capable chacun de soulever 50 tonnes.

gare1016

   Le 17 septembre 1926, le gros œuvre est terminé. Les travaux ne concernent plus que les finitions et les abords. On voit se dresser l’impressionnant échafaudage de la tour des horloges.

gare1017

Le 19 avril 1927, la nouvelle gare est accessible au public. Les voyageurs découvrent alors l’architecture originale de la salle des pas-perdus avec ses fresques qui sont l’œuvre d »Auguste Labouret et, sur les deux façades, les grandes portes munies des grilles en fer forgé d’Edgar Brandt (un artiste ferronnier d’art et industriel de l’armement français).

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  Elève de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts, Auguste Labouret (1871-1964) est un grand artiste Maître Verrier à qui l’ont doit aussi les décorations des gares de Paris St Lazare, Albert, Saint Quentin, des grands magasins parisiens comme les galeries Lafayette, le Louvre, le Bon Marché, du paquebot Normandie, de nombreux casinos, théâtres ou cinémas. Il a aussi restauré les vitraux des cathédrales d’Amiens, Lyon, Quimper, Rouen…

   Pour ces mosaïques murales il a parfois employé de petits éléments de marbre, incrustés en relief dans le ciment et ensuite taillés au marteau. On y voit d’un côté les mineurs se diriger vers la fosse, barrette sur la tête, pic à l’épaule et lampe à la main. Avec en arrière-plan les terrils, chevalements et cheminées. De l’autre côté c’est le retour des mineurs chez eux, avançant la tête baissée, sans doute harassés par leur journée de labeur. Les autres mosaïques évoquent aussi le pays minier, les transports et l’industrie locale.

  gare1018

  Le hall de la gare est immense sous la voute en arc de cercle et très lumineux grâce à la toiture équipée de multiples vitraux. Sur la photo ci-dessous parue dans ‘L’Illustration’ en 1927, on voit à gauche, le kiosque à journaux au dessus duquel se trouve une grande horloge, à droite, les guichets avec leur barrières de fer forgé et les sièges en bois. Dans le fond, le service des bagages et la consigne.

   A l’autre extrémité, les deux salles d’attente de première et deuxième classe entièrement carrelées surprennent les voyageurs avec leurs bancs recouverts de mosaïques en céramique.

   La nouvelle gare est beaucoup plus grande que l’ancienne : elle mesure 85 mètres de long. Elle peut ainsi répondre à la demande journalière de 2000 billets en 1927. Son architecture, totalement ‘art-déco’, rappelle la forme d’une locomotive de type 020; la tour d’horloges de 23 mètres en étant la cheminée, la gare elle-même la chaudière avec les deux portes rondes qui figurent les roues. A l’autre extrémité, le buffet semble en être le tender.

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   Les installations ferroviaires sont plus importantes qu’avant la première guerre. Elles comportent maintenant :

      – 6 voies à quai pour le trafic des voyageurs (dont deux en impasse)

      – 2 voies dites de circulation pour les trains passant sans arrêt

      – Une cour marchandises de 6 voies avec une grande halle

      – Un triage de 25 voies pour le trafic des wagons de marchandises

      – Un faisceau de garage de 8 voies pour les trains de marchandises

      – Un atelier de réparation des wagons

   La gare comporte aussi un local pour le trafic des colis, un bâtiment pour le service médical au dessus duquel se trouvent des logements (1), un local toilettes-WC sur les quais (2), un buffet (3) et un poste d’aiguillage pour gérer la circulation des trains en gare (4). (Photos publiées avec l’accord des concepteurs du site sur la cité des Cheminots de Lens : www.cdclens.fr)

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   Voici quelques photos du Buffet de la Gare (dont certaines sont aussi tirées du site sur la Cité des Cheminots de Lens). En haut : le buffet vu de la place et des quais lors de la construction. Puis deux vues de la salle à manger. Sur la troisième ligne : la buvette et la cuisine; enfin le buffet aujourd’hui, façades avant et arrière.

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   La nouvelle place de la gare est aussi agrandie par rapport à l’ancienne : elle s’étale maintenant de la rue de la Gare à la rue de la Paix. La cour des marchandises a été décalée vers l’ouest pour donner plus de place au trafic des bus qui viendront stationner face aux portes de la gare.

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    Initialement prévue le 26 juin, l’inauguration de la nouvelle gare n’a finalement lieu que le 14 août 1927, le même jour que le nouvel Hôtel de Ville.

   Le matin du dimanche 14 août vers 11 heures, les personnalités se retrouvent devant la gare. On y reconnait Emile Basly, le Maire de Lens, Alfred Maës, son premier adjoint, Myrtil Stirn, sous-préfet de Béthune et des représentants de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

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  Les cérémonies commencent par un dépôt de gerbes sur la plaque élevée en l’honneur des cheminots morts lors de la guerre 14-18. Puis, après avoir coupé le traditionnel ruban, les personnalités prononcent des discours dans le hall de gare décoré de draperies rouges et or tandis que des sociétés musicales entonnent l’hymne national sur le kiosque dressé sur la place. Ensuite, tout le monde se rend à pied en cortège jusqu’à l’Hôtel de Ville où continuent les festivités avec un grand banquet , des défilés dans les rues de Lens et une fête de nuit avec un grand bal populaire sur la Place de la République.

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   Les lensois sont heureux : ces inaugurations leur permettent de tourner définitivement la page après cette guerre qui a totalement ruiné la ville.

   Mais leur bonheur est éphémère : douze ans plus tard est déclarée la Seconde Guerre Mondiale. Lens est de nouveau victime de bombardements, les voies ferrées sont visées. Au printemps 1944, les bombardements alliés font de nombreuses victimes et d’importants dégâts mais, si les voies du triage, les locaux et ateliers se trouvant entre ces voies et le poste d’aiguillage n°7 sont pratiquement détruits, les bâtiments de la gare-voyageurs de Lens ne sont pas beaucoup touchés.

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   Cependant, de nombreux dégâts ont été occasionnés du côté du dépôt des locomotives de Méricourt devenu inutilisable. La cité des Cheminots, toute proche, a été cruellement frappée. Le seul bombardement d’avril 1944 (au cours duquel environ 1500 bombes furent larguées) y a tué 214 personnes et blessé plus de 200 dont de très nombreux cheminots.

   Fin 1946, le triage redevient opérationnel. Ce sont alors les années glorieuses pour l’activité de trains de marchandises de la SNCF avec le transport de houille et de ses sous-produits mais aussi de ciment, de verres, d’engrais ou d’autres produits industriels.

   Les lignes ferroviaires qui desservent le gare de Lens sont électrifiées à la fin des années 50 : en octobre 1957, Lens-Ostricourt-Lille; Lens-Arras en mai 1958, la même année que Lens-Don Sainghin; Lens-Dunkerque en janvier 1960.

   La gare en profite pour supprimer ces affreuses potences qui se trouvaient sur les toits et qui servaient à acheminer l’électricité et le téléphone.

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   La SNCF en profite pour moderniser le triage qui est à l’époque l’un des plus grand de la région avec 1500 à 2000 wagons de marchandises par jour. A ce trafic, il faut ajouter la trentaine de trains complets de houille ou de ses dérivés remis par les HBNPC et ses filiales ainsi que par d’autres entreprises locales (Verrerie de Wingles, Laminoirs de Lens, …)

    Ce nouvel ensemble ferroviaire comporte un faisceau de 30 voies de triage, un chantier de visite et de réparation, un autre faisceau de 8 voies pour recevoir et expédier les trains et des voies de circulation électrifiées. Les cinq postes d’aiguillages ont été modernisés pour être adaptés à la traction électrique.

   Pour faire fonctionner ce triage, les équipes de cheminots dirigées par un ‘Sous-Chef de gare de Première Classe’ travaillent en 3×8 et disposent de trois locomotives de manœuvre.

   En 1963, des travaux importants doivent être engagés dans le triage afin de relever les voies suite aux affaissements miniers. Plus de 100 000 mètres-cube de matériaux sont utilisés pour remettre à niveau ces voies dont certaines seront relevées d’un mètre vingt.

  Le 28 décembre 1984, le bâtiment des voyageurs de la gare de Lens fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques.

   Depuis les années 80, l’intérieur de la gare est souvent modifié pour répondre aux  »normes standards » de la SNCF : presque plus de guichets, plus de service bagages-consigne, plus de salle d’attente, les grandes portes rondes sont définitivement closes et beaucoup moins de cheminots le plus souvent remplacés par des machines automatiques. Les fresques d’Auguste Labouret semblent perdues dans cet univers ou tout est de couleurs vives, où tout est ‘tape à l’œil’. Le voyageur ne se délasse plus dans la gare en attendant son train: aujourd’hui, il se précipite, il court sans même un regard sur ce qui reste du travail des artistes qui ont créé cet espace.

2013 interieur

   Autres effets des temps modernes : la cour et la halle des marchandises qui longeaient la rue Jean Lestienne ont totalement disparu pour laisser la place depuis février 2009 à la nouvelle gare routière.

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   Autre évolution un peu surprenante : avant les travaux de rénovation de la place et de la gare routière, le local qui servait de halte au tortillard de la ligne Lens-Frévent était devenu pour un temps et avant sa démolition du bâtiment … une friterie !

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   Le triage aussi a été fermé : l’activité ‘marchandises’ de la SNCF ne correspondait plus aux besoins du monde actuel et coûtait trop cher à l’entreprise. Des tas de traverses usagées rappellent qu’avant, il y avait des voies ferrées à cet endroit. La végétation abondante dans les entre-voies prouve qu’il y a bien longtemps que les pas d’un cheminot ont foulé le ballast.

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    Après l’abandon par la SNCF du trafic de ‘wagons isolés’ (ensemble de wagons de marchandises et destinations différentes rassemblés dans un même train de triage en triage), la seule activité ‘fret’ qui existe encore à Lens concerne des trains entiers et occupe moins d’une dizaine de cheminots.

    Amputé d’une bonne partie de son faisceau, de ses postes d’aiguillages et autres bâtiments, l’ancien triage ne sert aujourd’hui qu’à garer quelques trains de service, rames de voyageurs ou locomotives.

triagecompare

   La place de la gare devenue Place du Général de Gaule en 1970 est aujourd’hui totalement piétonne. Le parking qui s’y trouvait est maintenant dans l’ancienne gare routière, ‘le quartier des gares’ est en pleine évolution ……

    … Mais le bâtiment a toujours conservé son aspect extérieur original et surprend toujours les voyageurs qui descendent du train pour la première fois en GARE DE LENS.

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