L’Harmonie des Mines de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 14 avril 2012

L'Harmonie des Mines de Lens dans Histoire HM001

   En 1873 est créée la Fanfare Saint-Amé de la fosse 3 des Mines de Lens à Liévin, présidée par M. Micaud-Reumaux et composée de 14 musiciens. Huit ans plus tard, elle change de nom pour devenir la Grande Fanfare des Mines de Lens sous la Présidence de M. Dinoire. C’est à partir de cette date que ses musiciens sont habillés de tenues de mineurs.

   Le 18 avril 1897, la Grande Fanfare participe à la bénédiction de l’église Saint Barbe de la cité 4 de Lens.

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   En 1900, elle compte plus de 100 musiciens et reçoit les félicitations du jury lors de l’exposition universelle de Paris. En 1904, elle est présidée par M. Guillemant et reçoit quatre ans plus tard, au concours international de Bruxelles le Grand Prix d’Honneur.

   Totalement disséminée pendant la Première Guerre Mondiale, elle est reconstituée dès 1919 par le Président Dumont sous le nom de ‘Grande Harmonie des Mines de Lens’.

   Le jeudi 8 octobre 1925 lors de la cérémonie d’inauguration du Monument aux Morts des Mines de Lens, Route de Béthune, la Marseillaise est exécutée par l’Harmonie des Mines de Lens.

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   Vers 1930, sous la Présidence de M. Brachet et dirigée par le Chef Tournon, l’Harmonie compte 130 musiciens et 30 tambours et clairons. Elle est invitée à jouer à Ypres lors des fêtes de l’Indépendance de la Belgique. En 1933, elle ouvre son école de musique à Lens (à ne pas confondre avec l’école de musique municipale créée sous la mandat d’Alfred Maës).

   Toujours en 1933, L’Harmonie fait bien entendu parti des Sociétés invitées à l’inauguration du Stade des Mines (qui deviendra plus tard le Stade Bollaert).

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   Toute activité est de nouveau interrompue pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais c’est dès 1945 qu’elle reprend ses activités.

   Après la Nationalisation des Houillères en 1946, c’est M. Brossard qui en prend la Présidence.

   En septembre1953, sous la direction de M. Bernast, l’Harmonie des Mines donne deux concerts, l’un à Douai lors de la Foire Commerciale, l’autre à Estaires.

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   Le 22 février 1956, l’Harmonie des Mines de Lens reçoit, des mains de M. Trognon, Délégué de la Fédération des Société Musicales, l’Etoile d’Or de la Fédération. Le 17 avril 1957, M. Brossart, Président de l’Harmonie quitte ses fonctions. Il est remplacé par M. Liégart, Ingénieur en Chef aux travaux du fond.

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  En 1958, les élèves diplômés de l’école de l’Harmonie des Mines posent au Jardin Public.

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  Fin 1959, lors d’un concert à Lens, M. Rousse, Président de la Fédération des Société Musicales du Nord et du Pas de Calais, remettait à Armand Baillet et Georges Dupont, deux des musiciens, l’Etoile Fédérale.

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  Le 4 septembre 1960, l’Harmonie des Mines se déplace au château de Grossouvre en compagnie de l’Harmonie Municipale dont le Président est André Delelis. Le groupe en profite pour se produire également à Sancoins, Clermont-Ferrand, Bourges, Montluçon et Nevers.

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  Le 15 Janvier 1961, un grand banquet était organisé : l’Harmonie, sous la présidence de M. Liégart, fêtait la traditionnelle Sainte Cécile. M. Destruys, Chef du Personnel, représentait M. Michaux, Directeur du groupe Lens-Liévin.

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  Le 22 février 1961, l’Harmonie des Mines, dirigée par M. Delvigne, donne son premier concert de l’année dans la salle des Fêtes de la Route de Béthune. A cette occasion, le Docteur Schaffner, Député-Maire de Lens, remet la décoration dans l’ordre des Palmes Académiques à trois des musiciens.

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  9 Juin 1963 : L’Harmonie des Mines de LENS, dirigée par Monsieur Maurice DELVIGNE, premier prix de trompette du Conservatoire de PARIS, et la Batterie, sous la direction de Monsieur Michel LEPINE, se produisent en concert au jardin public.

  Mais la récession des houillères touche aussi l’Harmonie : moins de mineurs égalent moins de musiciens. Comme pour le RC Lens, les HBNPC cessent de financer l’Harmonie et le 17 janvier 1968, à cinq ans de fêter son centenaire, la dissolution de l’Harmonie des Mines de Lens est prononcée.

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Nota : la plupart des photos de cet article proviennent du magasine « Notre Mine – Jour et Nuit » des années 50

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Sauvage et sans aucun respect !

Posté par Le Lensois Normand le 13 janvier 2012

  Ceci ne se passe pas à Lens mais à Liévin, ville de mon ami Christian qui m’a signalé ce fait. Voici une photo issue de Google Earth du Rond Point Sainte Barbe à Liévin :

Sauvage et sans aucun respect ! dans Coup de Gueule LievinSB001

  Devant le chevalet de la fosse 3 des Mines de Lens de la cité Saint-Amé (lieu de la dernière grande catastrophe minière du bassin en 1974) se trouve ce monument. Situé sur le Rond-Point Sainte-Barbe, le Mémorial National «Hommage aux mineurs» est l’oeuvre du sculpteur hongrois Ferenc Nagy.

  Il a été officiellement inauguré le 27 décembre 1994 à l’occasion du 20ème anniversaire de la catastrophe de Saint-Amé. Sa réalisation a fait l’objet d’une souscription publique. Des milliers d’anonymes ont ainsi participé au financement de ce mémorial pour rendre hommage au peuple de la mine.

  C’est beau de se souvenir des sacrifices de nos anciens et d’en conserver le souvenir avec ce genre de sculpture.

  Mais quand on en fait ça :

 

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  On ne peut être que scandalisé par le manque de respect de cette entreprise. Les publicistes aujourd’hui ne travaillent que pour que l’on parle de leur produit quelques soit le moyen utilisé.

  Ce serait bien que nos élus interviennent rapidement pour faire retirer cette publicité et que le propriétaire de cette entreprise présente ses excuses  à tous ceux qui ont souffert du dur travail de mineur.

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Bonne fête de Sainte Barbe

Posté par Le Lensois Normand le 2 décembre 2011

 Qui fut Sainte Barbe ?

   Bonne fête de Sainte Barbe dans Histoire SB0011

   Au 3ème siècle vivait à Nicomédie en Asie Mineure (Izmit en Turquie aujourdhui), Sainte Barbe, vierge et martyre. Son père, un riche païen du nom de Dioscore avant de partir en voyage, l’enferma dans une tour pour l’isoler de ses soupirants. A son retour, il apprit que sa fille s’était convertie au Christianisme durant son absence. Furieux, le père voulu l’immoler et mit le feu à la tour. Barbe réussit à s’enfuir dans la montagne. Un berger découvrit la cachette et la dénonça à son père qui la traîna alors devant le gouverneur romain de la province. Celui ci la condamna à d’affreux supplices pendant lesquels la jeune demoiselle continuait à prier le Christ. Le gouverneur ordonna alors au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Dioscore obéit mais fut aussitôt châtié par le Ciel : la foudre le tua sur place. Une autre version ajoute que le corps de Barbe s’éleva vers le ciel dans une boule de feu.

   Sainte Barbe fut donc choisie comme patronne des mineurs pour qu’ils soient préservés des incendies et des coups de grisou. Sa statue se trouvait au fond de chaque puits, près de la cage de remonte. Elle est fêtée le 4 décembre.

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Les cartes postales de la Sainte Barbe

   Heureuse période pour ce qui étaient à l’époque les PTT. Avec Sainte Catherine, Saint Nicolas et Sainte Barbe, les facteurs du bassin minier ne chômaient pas à cette période de l’année. La Sainte Barbe était l’occasion pour les mineurs de recevoir de jolies cartes postales de leur famille ou de leur … dulcinée.

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La quinzaine de Sainte Barbe dans les mines

   C’était la période qui allait du 16 au 30 novembre. Les mineurs étaient autorisés à effectuer des journées de travail plus longues qu’habituellement pour toucher un peu plus d’argent lors de la quinzaine suivante.

  Bien qu’étant plus longtemps au fond pendant cette période, ils avaient l’idée qu’il se passait moins d’accidents malgré le surcroit de travail. « C’était l’effet Sainte Barbe » disaient ils.

  Pendant ce temps, les femmes croyantes faisaient bruler une chandelle au fond de la cave à l’intention de la Sainte qu’elles priaient pour protéger leur mari ou leur fils travaillant à la mine.

  La quinzaine (les mineurs étaient payés le 1er et le 15 de chaque mois) de Sainte Barbe, plus importante donc qu’habituellement grâce au travail supplémentaire, était versée le 3 décembre. Ce jour là, la journée de travail était exceptionnellement moins longue pour que chacun puisse bénéficier de son après-midi.

  Certains descendaient avec leur bistouille (mélange de café et de gnole) pour la boire entre copains à l’heure du briquet (pause casse-croute). D’autres avec des gâteaux, des brioches, des fruits …. Ce jour là, le briquet était exceptionnel et partagé entre tous.

  En fin de service, tout le monde remontait, y compris Sainte Barbe elle-même. Seuls les ‘indispensables’ gardes de chevaux, responsable d’extraction, de ventilation, etc … demeuraient à la fosse. Certains, qui avaient déjà bien abusé au fond, étaient déjà dans un état avancé.

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  Sur le carreau se tenait le payeur, tous les mineurs passaient devant lui et recevaient leur quinzaine.

  La légende ou l’histoire raconte que lors de certaines payes de Sainte Barbe, c’était la femme qui allait voir le payeur avant la fin du service de son mari afin que celui ci soit obligé, faute de moyens financiers, de rentrer directement à la maison : « Comme cha, i va pas cor dépinser s’quinzaine au bistrot », disaient elles.

Les fêtes de Sainte Barbe

  Commençaient alors les vraies fêtes de Sainte Barbe. Les estaminets et cafés du coin se trouvaient rapidement envahis de mineurs, l’alcool coulait à flot et les chants commençaient.

  Pour les plus sages, c’était le retour à la maison : l’épouse et les enfants souhaitaient alors une bonne fête au papa mineur et lui offrait parfois quelques présents (cigares, pipes, tabac ou fleurs le plus souvent).

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  Ce soir là, il y avait exceptionnellement du vin lors du souper pris en famille.

  Après le repas, quelques mineurs se rendaient au café du coin où ils retrouvaient certains collègues qui n’étaient pas encore rentrés chez eux. On buvait et chantait aux cris de «Vif’ Sainte Barbe !».

  Pour les employés (agents de maîtrise, porions, comptables, ingénieurs …), certaines compagnies offraient un banquet le soir du 3 décembre.

  Aux Mines de Lens, les employés et ouvriers ayant plus de 30 ans de service recevaient une action de la Compagnie en cadeau et les 100 plus anciens ouvriers une prime de 100 francs, tradition créée par Félix Bollaert, ancien Président du Conseil d’Administration de la Compagnie.

 Le Jour de la Sainte Barbe

 Le 4 décembre, la journée commençait par la grand-messe de Sainte Barbe. Tous les mineurs croyants et leur famille, endimanchés, se rendaient à l’église. Celle ci était pleine car même les non-pratiquants étaient présents, manifestant ainsi leur remerciement à leur Sainte patronne.

 Une procession était organisée, les plus anciens mineurs avaient le privilège de poster la statue de la Sainte jusqu’à l’autel.

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  La messe durait au moins 2 heures. Elle était payée par les Compagnies. Le plus souvent, une harmonie des Mines jouaient les airs religieux chantés par une chorale paroissiale. Le sermon était bien sur consacré uniquement à Sainte Barbe et à la reconnaissance du travail laborieux mais courageux des mineurs.

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  Après la messe, les cafés du quartier étaient de nouveau assaillis : les hommes s’y retrouvaient de nouveau pour boire un verre, fumer un cigare ou une pipe tout en chantant des airs du coin jusque 2 heures de l’après midi.

  Quelques uns, souvent des non croyants qui n’étaient donc pas obligés d’assister à la messe, étaient là depuis la veille. Les chants étaient de plus en plus forts et les danses de plus en plus vacillantes. On entendait ‘du bout d’el rue ‘ :

« Et bin non, Sainte Barbe, alle est pas morte,

Et bin non, Sainte Barbe, alle est pas morte,

Car alle vit, car alle vit

Car alle vir incor’ »

  Puis c’était pour les autres le retour à la maison où la ménagère avait préparé le repas de Sainte Barbe, arrosé par le reste de la bouteille de vin de la veille. Parfois, on se regroupait autour de la table entre voisins et amis.

  A Lens, sur la Place de la République, le fête de la Sainte Barbe durait trois semaines début décembre. C’était avant tout une fête foraine. Après le repas, on s’y rendait en famille et, après avoir tourné sur les manèges, les enfants ne revenaient jamais sans la ‘queuche’ de pain d’épice ou le sucre d’orge.

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  Le soir, un bal était organisé dans les cités. C’était souvent pour les jeunes filles des corons qui avaient fêté Saint Catherine quelques jours auparavant, l’occasion de faire leur ‘bal des débutantes’.

 En 1957, les chanteurs polonais vont fêter Sainte Barbe à Paris

  Cette année là, pour fêter Sainte Barbe une chorale polonaise accompagnée par l’harmonie des Mines de Liévin est allée donner une représentation à Paris salle Gaveau après être passée sur les ondes de la Radio Française. Cet extrait du ‘Relais Spécial’ de 1990 illustre l’événement.

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   Avec la fin de l’exploitation du charbon, la Sainte Barbe a été de moins en moins fêtée. Cependant aujourd’hui, des associations veulent renouer avec les traditions pour que nos descendants n’oublient pas ce qu’était la Fête de Sainte Barbe chez les mineurs.

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Source principale : Revue du Folklore Francais : la Sainte Barbe dans les régions minières de Marius Taleur.

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L’église Saint Edouard de la cité 12

Posté par Le Lensois Normand le 25 novembre 2011

   Appelée ainsi en souvenir d’Edouard Bollaert, Directeur de la Compagnie des Mines de Lens pendant 42 ans. Mais nous l’avons toujours appelée «l’église du 12». Elle fut construite en 1899 et inaugurée le 2 septembre 1901 en même temps que l’église Saint Pierre de la cité 11 par l’évêque d’Arras M. Williez.

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 Bâtie en plein cœur de la cité minière, l’église était au centre de l’imposant groupe scolaire de l’école privée des Mines de Lens.

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  La voici photographiée par l’un des premiers soldats allemands arrivés à Lens en 1915.

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  Dès le début de la guerre, l’église se situant sur la ligne de front, elle reçut les premiers obus et fut rapidement détruite.

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  Comme pour quasiment toute la ville, il n’en restait que des ruines à la fin du conflit.

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  Les travaux de reconstruction débutèrent dès 1923,

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  Elle fut reconstruite à l’identique de la première selon des plans de Louis-Marie Cordonnier.

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  Le groupe scolaire l’encadrant, le presbytère, les logements du directeur et de la directrice, la salle de patronage ont également été reconstruits à la même époque.

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  Cependant, on nota une différence dans la forme du clocher, plus ouvert que celui de l’ancienne

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  On n’en connait pas le motif mais peu de temps après, le clocher retrouva sa forme initiale.

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  Sur l’arrière de l’église, un parvis en terre battue servait de terrain de boules aux mineurs et de football aux enfants des corons que nous étions avant et après leur cours de catéchisme.

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  Cette église est intimement liée à l’histoire de notre famille. Du baptême à l’enterrement, de nombreuses étapes de la vie des nôtres s’y sont déroulées.

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  L’Eglise, comme l’ensemble du quartier englobant le groupe scolaire, est classée aux Monuments Historiques depuis 2009.

  Quelques photos de l’église Saint Edouard aujourd’hui :

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Au Régina, sur les traces des mineurs

Posté par Le Lensois Normand le 29 août 2011

  Je ne pouvais pas passer quelques jours sur les côtes du Pas de Calais sans m’arrêter à Berck et dormir une nuit à l’hôtel Régina, là où sont passées avant moi des centaines de familles de mineurs.

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L’hôtel Régina le 27 août 2001

  L’hôtel Régina, c’est toute une histoire à lui seul : des années 50 aux années 80, il faisait parti du patrimoine du pays minier. On le sent encore dès que l’on franchit la porte d’entrée.

  Ici, des mineurs sont passés, ici leurs traces subsistent.

 Certes, l’hôtel a changé, il s’est modernisé, c’est la logique des choses. Mais il conserve et conservera longtemps encore, j’espère, des traces sa vie d’antan. Celle que j’avais déjà eu l’occasion d’évoquer dans un précédent article ( http://lelensoisnormand.unblog.fr/2010/04/14/lhotel-regina-de-berck/ ).

 Dans le long couloir qui mène de la réception à la salle à manger, une galerie de photos rappellent l’opération ‘La Route des Mineurs’ du 12 juin dernier

Image de prévisualisation YouTube

  Et dans le hall de l’ancienne entrée de l’hôtel, une exposition nous replonge dans les années 50. Une reproduction grandeur nature de trois mineurs jouant aux boules dans la cour de l’hôtel nous interpelle. L’un d’eux à la cigarette collée aux lèvres, du tabac brun, certainement roulé ! Comme celui qui devait enfumer la salle du bar lors des interminables parties de belote !

  Des panneaux présentent l’hôtel à cette époque, son personnel et relate son histoire. D’autres font découvrir aux novices ce qu’étaient les métiers de la mine.

  Mais c’est dans l’immense salle à manger que l’on ressent le plus les traces de nos anciens. La fresque murale n’est plus là, elle a été remplacée par des coquelicots. Il faut y aller prendre son petit déjeuner de bonne heure le matin, les jeunes clients dorment encore : cette heure là appartient aux gens qui ont toujours eu l’habitude de se lever tôt pour travailler. Les ouvriers ont aussi disparu, il ne reste que des retraités, en grande majorité des femmes seules, des veuves de mineur. On imagine aisément que la silicose y est pour quelque chose.

  On écoute et on se délecte, on replonge dans les années de notre jeunesse. L’accent du pays minier est obligatoire dans les conversations. Quelques mots du patois ch’ti aussi. Mis ce n’est pas ridicule, loin de là : ici, les phrases ne se terminent pas par ‘hein’. Ce n’est pas du patois de cinéma ! C’est le vrai langage des corons.

  Ici, on se dit ‘bonjour’, on se salue, on se parle. Les plus ‘alertes’ aident les moins valides : Aider, c’était le maître mot dans les corons !

  On imagine que ces hommes et ces femmes doivent avoir tant de choses à dire sur leur passé :  la vie dans les cités, les coups durs, les grèves et … les vacances à Berck ou à la Napoule !

  On les regarde : chaque visage nous fait penser à quelqu’un qu’on a connu : cette dame à notre ancienne voisine, cet homme au collègue de notre père, etc…

  On se dit que certainement, quelques uns de ces vieillards devaient avoir moins de vingt ans lors qu’ils ont vu le Régina pour la première fois. Ils devaient y être avec leurs parents ! Quelle fidélité ! Pas seulement à l’hôtel lui-même, mais à ce qu’il représente.

  Aucune tristesse ne transparait de leur visage, ils sont heureux d’être là, heureux de se retrouver entre ‘gens de la mine’….

  Alors, laissons les sans oublier de les saluer une dernière fois : ici, c’est chez eux …….

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Galibot à 8 ans !

Posté par Le Lensois Normand le 28 avril 2011

   L’exploitation du charbon débute dans le nord de la France au milieu du 18ème siècle : la première compagnie, celle d’Anzin, est créée en 1757. L’exploitation des enfants dans les mines débute donc à la même date : on les appelle ‘Les Galibots’, mot du patois picard ‘galibier’ qui veut dire ‘polisson’.

  Leur petite taille leur permet de se glisser dans les galeries les plus étroites. Ils y poussent des berlines remplis de charbon.

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  Ils subissent les mêmes risques que les adultes, parfois dès l’âge de six ans. A Béthune, en 1861, un accident dans la mine fait dix-huit morts dont sept enfants.

  Il faut attendre 1810 pour voir une première loi sur les concessions minières sans mettre fin toutefois à l’exploitation totale du monde ouvrier et de l’enfance: à cette époque, il n’était pas rare de trouver des gamins de 8 ans au fond !

  Ce n’est que le 3 mars 1813 qu’une première loi limite un tout petit peu le travail des enfants : elle interdit ceux de moins de 10 ans à travailler au fond ! Les autres, pour un salaire de misère, effectuent de petites tâches comme porter des lampes, des seaux, s’occuper des chevaux, etc …

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   S’offusquer du travail des enfants n’est pas envisageable à l’époque. En 1835, le médecin aristocrate Louis René Villermé, auteur d’une vaste enquête où les préjugés de l’époque sont très apparents, relate que le travail des enfants est une « nécessité absolue » qui ne saurait être remise en cause sous le principe «qu’il vaut mieux, sous le rapport moral, employer des enfants dans les industries plutôt que de les laisser vagabonder toute la journée sur la voie publique».

  Il faut attendre ensuite le milieu du 19ème siècle et le développement des Compagnies et du travail de mineur pour voir enfin de nouvelles évolutions.

  En 1841, en application de la loi Guizot, les enfants de 8 à 12 ans ne devront pas faire de journée supérieure à 8 heures six fois par semaine; ceux de 12 à 16 ans : pas plus de 12 heures avec un repos la semaine mais pas forcément le dimanche! Et il est interdit de faire travailler des enfants de moins de 13 ans la nuit. Mais, sans contrôle des autorités, les infractions sont fréquentes.

  Autre modification quelques années plus tard : en 1874, 12 ans devient l’âge minimum pour travailler. À partir de cet âge, le temps de travail imposé est de six heures puis 12 heures entre 13 et 16 ; le travail de nuit est interdit jusqu’à 16 ans.

  La loi précise alors qu’un organisme de contrôle de son application est créé au grand dam des patrons et des dirigeants des Compagnies Minières.

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  En 1893, Jules Ferry fait voter la loi instituant la scolarité obligatoire et gratuite jusque 13 ans. Une dérogation est accordée aux enfants qui obtiennent leur Certificat d’Étude à 12 ans. Jusqu’à 13 ans, la durée journalière de travail est de 10 heures plus une heure de repos ; A partir de 16 ans, c’est 60 heures par semaine (dont un jour de repos). Et un certificat d’aptitude physique devient nécessaire.

  Après la catastrophe des Mines de Courrières en 1906 et les grèves qui ont suivi, l’emploi des galibots n’est pris en compte dans les revendications syndicales que sur le plan salarial. C’est ainsi qu’ils obtiendrons 20% d’augmentation (moins de 2 francs par jour contre 6,80 en moyenne pour un adulte). Les mineurs ne peuvent envisagé autre chose pour leur gamin que de travailler à la mine : c’est là l’assurance d’un autre salaire dans le foyer, même s’il est misérable.

  A cette période, pour «avoir le privilège» d’être embauché à 12 ans, il faut avoir le Certificat d’Études Primaires. Sinon, l’âge minimum est repoussé d’un an. Maurice Dhédin dit à propos de son père, embauché en 1925 : ‘Mon père travaillait pour la société des mines de Lens, au temps de la reconstruction. Il avait tout juste treize ans quand il a été embauché, comme « galibot », ce qui le dispensait du Certificat d’Études Primaires, comme l’indique son livret individuel, délivré par Emile Basly le 15 mai 1925.’.

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   Le galibot est bien entouré par les anciens. Dans son livre ‘Mineur de fond’, Auguste Viseux dit :’ On le confiait à un bon ouvrier qui le cueillait à la cage de descente et remontait avec lui à la fin du poste’.

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  Pour les Compagnies, pouvoir travailler dès 12 ans est un privilège qui n’est accordé qu’aux enfants dont le père est très bien noté. En 1936, elles voient d’un mauvais œil la scolarité obligatoire jusque 14 ans. Ce serait un nouveau coup dur après les décisions sociales du Front Populaire ‘qui leur coûte cher’ (congés payés, semaine de 40 heures…). C’est pourtant ce que décide le gouvernement de Léon Blum avec la loi ‘Jean Zay’.

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Jean Zay

 Le galibot est souvent embauché au triage du charbon avant de pouvoir ‘descendre’ quelques temps plus tard lorsque sa corpulence le permet.

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  Augustin Viseux raconte que son premier travail au fond fut de seconder le ‘meneux d’quevaux’.

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   En 1946, c’est la nationalisation. Les HBNPC développent des Centres de Formation. Le jeune peut préparer son apprentissage dès 14 ans mais il n’apprend que la théorie et s’entraîne dans les mines-images. Des Centres de Formation sont créés comme celui de Lens (Voir ici).

  La dernière législation est votée en 1959 : elle fixe la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans mais seulement à partir de 1967. L’apprentissage commence ensuite ou est effectué en alternance. Le futur mineur ne descendra que lorsque sa formation sera terminée.

  1757-1967 : il a quand même fallu attendre plus de 200 ans pour qu’en France le travail d’un enfant de moins de 16 ans dans les Mines ne soit définitivement interdit par une loi !

  Et ailleurs dans le monde ?

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OUVERTURE DU TOME 3

Posté par Le Lensois Normand le 13 mars 2011

Bienvenue à tous sur le site du Lensois Normand Tome 3

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