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Visite présidentielle à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 20 mai 2013

    Sadi Carnot, élu Président de la République le 3 décembre 1887 effectue lors de son mandat de nombreux voyages en provinces. Du 3 au 4 juin 1889, il visite le Pas de Calais en compagnie de Yves Guyot, Minsitre des travaux publics. Le 1er juin, il est de passage à Lens où les habitants lui font un accueil triomphal.

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   Arrivé la veille à Arras, c’est dans le train présidentiel qu’il quitte le Chef-Lieu du Pas de Calais à 9h23.


arras carnot dans La Mine

 Vingt minutes plus tard, le convoi spécial entre en gare de Lens.

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   Il fait un temps splendide, la foule est nombreuse sur la place et fait une ovation au Président de la République. Sadi Carnot refuse la voiture mise à sa disposition et décide de rejoindre la mairie à pied.

   La ville a été décorée : chaque commerçant, chaque particulier a tenu à orner la devanture de sa maison avec drapeaux, lanternes vénitiennes et écussons.  De nombreux mineurs se pressent sur les trottoirs pour apercevoir le Président et le saluer par des  ‘Vive Carnot‘  et  ‘Vive la République‘ . 6000 d’entre-eux ont revêtu leur tunique blanche des jours de fête.

   De nombreuses sociétés musicales se sont installées le long du parcours et entonnent ‘la Marseillaise’ au passage du Président.

   Une vingtaine de portes en forme d’arc de triomphe sont disposées le long du parcours. Chaque société a composé la sienne. Les Sapeurs-Pompiers ont confectionné une tour au sommet de laquelle trois d’entre-eux présentent les armes. Celle de l’agriculture et de la meunerie est formée de meules de paille et de sacs de blé. Les commerçants et l’hospice de Lens ont aussi la leur.  Sur une autre, on peut lire :  ‘A Monsieur Carnot, la fabrique de l’église de Lens‘.

   L’ambiance est à la fête. Aucun incident ne viendra rompre le charme de cette journée. Seuls, une soixantaine de gendarmes a été mobilisée et n’aura pas à intervenir.

   A la mairie, Sadi Carnot est accueilli par M. Marmottan, Président du Conseil d’Administration des Mines de Bruay, M. Vuillemin, Président du Comité Départemental des Compagnies Minières et M. Frémicourt, Maire de Lens et négociant en alcools.

   Ce dernier donne le coup d’envoi du grand défilé : Sociétés de musique en tête dont la grande fanfare des Mines de Lens suivie des fanfares des autres compagnies minières. Puis viennent les autres sociétés dont l’Harmonie des Enfants de la Plaine chère à Guislain Decrombecque et qui est emmenée par M. Alfred Wagon , pharmacien et futur maire de Lens.

mairie hugot dans Lens

  Arrive le moment des décorations remises par le Président de la République. La Légion d’Honneur pour Emile Vuillemin et André Louis Deprez, le Maire de Harnes, Palmes Académiques pour Louis Schmit, Maire de Liévin, deux médailles militaires pour des gendarmes et des médailles d’honneur pour deux sapeur-pompiers.

   A 10 h 45, Sadi Carnot arrive chez Arthur Hugot, petit fils et successeur de Guislain Decrombecque, le grand agriculteur lensois décédé en 1870. La sucrerie, équipée des toutes dernières technologies est l’une des plus importante de la région. La ferme qui lui est adjointe est également bien agencée pour les 200 bovins à viande, 50 chevaux, la quarantaine de bœuf de labour et l’énorme troupeau de moutons.

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   Arthur Hugot accueille le Président dans sa cour, une centaine d’employés font une haies d’honneur. Après la visite, le cultivateur-industriel remercie le Président et assure le Gouvernement de la sollicitude du monde agricole. Avant de partir, Carnot remet à Arthur Hugot sa seconde médaille de la journée, celle du Mérite Agricole, devant des ouvriers qui applaudissent chaleureusement les deux hommes.

   Le Président se rend ensuite aux Bureaux Centraux des Mines de Lens en passant par le Boulevard des Ecoles où les élèves des écoles Condorcet et Campan, montés sur les tables installées sur les trottoirs, ovationnent le cortège et hurlent : ‘Vive Carnot, vive la France‘.

   Sadi Carnot emprunte ensuite un train spécial des Mines de Lens qui emmène la délégation visiter la fosse 5 située sur le territoire d’Avion. Cette fosse, mise en service en 1875 est un modèle de modernisme et de production.

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   Le président est accueilli par Elie Reumaux, Ingénieur en Chef des Mines de Lens, Edouard Bollaert, Agent Général et Piéron, le Maire d’Avion. Après avoir salué douze mineurs en tenue qui lui font une haie d’honneur, le Président visite la fosse.

   Il visite le chevalet où il assiste à l’ascension d’une cage comportant des berlines de charbon puis continue par  l’atelier de criblage où de jeunes femmes lui souhaitent la bienvenue en lui offrant un bouquet de fleurs. Les ‘Vive Carnot‘ se font de nouveau entendre.

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   Il se rend ensuite à l’entrée du puits où une cage remonte les seize plus anciens ouvriers de la fosse. Le plus âgé remercie le Président et lui offre une gaillette extraite le matin même. Une autre cage remonte les douze plus jeunes galibots à qui le Président offre 100 francs à se répartir.

   Puis Carnot reprend le train spécial qui le conduit à la Cité Dumoulin toute proche où, sur une estrade installée en pleine rue, il remet à vingt-et-un mineurs des Médailles du Travail.

    Le Président se dirige alors vers la maison d’un couple de mineurs, M. et Mme Douanne, parents de huit enfants. Il visite leur maison qu’il juge ‘très propre et bien entretenue‘. N’apercevant que deux filles, il demande aux époux où sont les six autres enfants de la famille ? C’est la femme qui lui répond qu’ils sont tous au travail à la mine. Carnot offre aux époux cent francs pour leurs enfants.

   Ovationné par les voisins, Sadi Carnot reprend le train pour se rendre à la fosse 2 où a lieu un grand banquet offert par le comité des sociétés houillères.

   Là, une table de 400 couvert l’attend. L’aubade est interprétée par les fanfares des Mines de Lens, Liévin et Courrières. MM. Emile Vuillemin et Léonard Danel (Président du Conseil d’Administration des Mines de Lens) prononcent chacun un discours auquel répond Carnot qui les félicitent pour la qualité de leurs entreprises et leur ‘paternelle sollicitude’ envers les mineurs.

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   Apparemment pas encore repus, Sadi Carnot et son escorte se rendent ensuite au magasin Hugot où cette fois ce sont les ouvriers des Mines qui lui offre un banquet. Ils sont 1200 convives. C’est André Louis Despretz qui prononce le discours d’accueil en remerciant le Président de sa venue et d’avoir bien voulu fraterniser avec les ouvriers de la mine et de l’agriculture. Ce à quoi Carnot répond : ‘Je salue une population laborieuse et fière, attachée aux libres institutions qui lui ont assuré une ère de paix, d’ordre et de progrès’.

   Tous les ouvriers se lèvent alors et crient : ‘Vive Carnot, vive la République‘.

   Puis M. Carnot félicita le Maire de Liévin, M. Schmit et M. Viala, Directeur des Mines de Liévin venus apporter leur concours à cette fête. Il fit ensuite l’éloge des Compagnies Minières ‘qui savent maintenir d’une manière exemplaire l’union et la concorde dans la grande famille formée par les corons où les grèves sont inconnues‘.

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   Avant de partir pour Béthune, M. Carnot fait remettre à la Compagnie des Mines de Lens la somme de 1500 pour les mineurs nécessiteux. La même somme est remise à M. Frémicourt pour les pauvres de la ville.

   Vers 15h00, la délégation présidentielle remonte dans le train spécial et emprunte la voie de chemin de fer des mines pour se rendre à Béthune avec un arrêt à Violaines.

   Les déclarations de Carnot sur la ‘paternalisme’ des Compagnies et ‘l’union et la concorde dans les corons’ se voient rapidement contredites : le 10 octobre 1889, soit un peu plus de quatre mois après son passage, les mineurs de la Compagnies de Lens se mettent en grève, grève qui s’étale rapidement à l’ensemble du bassin pour une augmentation des salaires et contre les longues coupes (qui obligent les mineurs à un temps de travail augmenté en échange de plus de primes). D’autres suivront en 1891 (augmentation des primes et reconnaissance des syndicats). Pour faire face à ces dépenses supplémentaires, les Compagnies embauchent des mineurs venus de Belgique qu’ils payent nettement moins que les Français. Ceci déclenche une nouvelle grève et de graves incidents dans les corons de la région lensoise en août et septembre 1892.

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  Le Président Carnot est assassiné le 24 juin 1894 lors de l’Exposition de Lyon par Sante Geronimo Caserio, un anarchiste italien qui le poignarde au foie. La Ville de Lens donnera le nom de Sadi Carnot à une école communale d’abord installée rue de Lille puis déplacée sur la place du Cantin après la première guerre mondiale.

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1952 : les Fêtes du centenaire du Charbon à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 21 juin 2012

   Du 14 au 29 juin 1952, la capitale du Pays Minier est de nouveau en liesse: on y fête en grandes pompes le centenaire du charbon à Lens : la Société d’Exploitation de la Compagnie des Mines de Lens fut en effet constituée le 11 février 1852. Le journal du groupe de Lens-Liévin des HBNPC titre sur cet événement.

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    Pourtant, tout le monde ne voulait pas de cette fête : Au Conseil Général, le 19 mai 1952, le maire communiste d’Outreau Jean Bardol refuse de voter une subvention à la ville de Lens pour ces fêtes du centenaire du charbon. Pour lui, ces festivités glorifient un siècle d’exploitation féroce.

    Cependant, elles auront bien lieu ces fêtes et elles seront grandioses ! La Ville de Lens se joint à la direction locale des HBNPC pour son organisation. L’évènement est jugé si important que les PTT éditent une flamme postale à cette occasion.

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   Tout commence le 14 juin avec une retraite aux flambeaux et un grand défilé à travers la ville de chars ayant pour thème le charbon, la mine, les mineurs et leur travail, leurs loisirs …. Chaque cité, chaque association a fait le sien : de la période d’avant le charbon quand Lens n’était qu’une bourgade agricole à la lampe de mineurs géante.

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   Donc ce samedi, le cortège s’est rassemblé sur la place Jean Jaurès où un feu d’artifice est tiré. Plus de 15 000 lensois y sont regroupés malgré la pluie pour admirer le spectacle. Puis, entouré d’une haie continue de feux de Bengale, le défilé suivi par la foule se dirige à travers les rues de Lens décorées vers la Salle des Fêtes de Place du Cantin.

    L’Harmonie Municipale et celle des Mines de Lens réunies y donnent un concert. Une fois celui ci terminé, un animateur surnommé ‘Napo’ annonce l’ouverture officielle des fêtes du Centenaire.

    C’est alors qu’apparait sous le feu des projecteurs, un splendide char supportant la reproduction de la fosse 1 qui se trouve sur la Route de Béthune, la première à avoir été mise en service par la Compagnies des Mines de Lens en 1852.

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    Le concert est suivi d’un grand bal populaire animés par deux orchestres. La foule est si nombreuse que des couples vont danser dans les jardins attenant à la salle et même sur la place où la musique est retransmise par des hauts-parleurs.

    Le lendemain après une courte nuit, Lens reçoit Madame Auriol, épouse du Président de la République. Venue inaugurer le Centre médico-scolaire de la rue Lamendin et le Centre de Formation des Mines de Lens de la Route de Béthune, Madame Auriol rend aussi visite à deux vieilles dames, mesdames Lheureux et Sénécaut qui furent parmi les dernières femmes  »mineurs de fond » vers 1876.

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   Puis l’épouse du Président, accompagnée par le Docteur Schaffner, Maire de Lens et M. Michaux, Directeur du Groupe Lens-Liévin des HBNPC, rend visite aux frères Flanquart qui totalisent à eux sept 245 années de travail au fond. Ces derniers seront d’ailleurs invités à un repas dans un grand restaurant lensois dont l’histoire ne donne pas le nom.

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   L’après midi, au Stade Bollaert, c’est la Fête des Écoles lensoises. Tous les élèves des cours moyens se regroupent à leur école avant de défiler au pas jusqu’au Stade où, tous ensemble, ils exécutent les lendits ou des exercices gymniques. Dans la tribune, MM. Schaffner et Michaux félicitent les élèves mais aussi M. Percheron, Inspecteur de l’Education Nationale et Vermerch, professeur de gymnastique, l’organisateur en chef des mouvements d’ensemble.

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  Puis vint la fête de nuit : sur un podium installé sur la pelouse du Stade Bollaert, les Concerts Colonne dirigés par le Maître Gaston Poulet lancèrent la soirée avant de céder la place à la célèbre danseuse Janine Charat. Puis vient le tour de la chanteuse Agnès Léger de l’Opéra de Paris, Line Renaud, la  »régionale de l’étape » et les fantaisistes lillois Verlor et Davril.

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    Les festivités ont continué toute la quinzaine : tournois de football, de basket, jeux de cartes, de javelots, concours colombophiles, exposition au Centre de Formation des Mines avec visite de la Mine-Image, galas musicaux et cinématographiques.

 L’APOTHÉOSE :

    Le dimanche 29 juin, c’est l’apothéose avec la Grande Fête de Clôture au Stade Bollaert. Le soleil et la chaleur font que les gradins sont pleins à craquer comme lors des grands matches du RCL.

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   Dès 8 heures la journée commence avec une démonstration des meilleurs chiens de défense du bassin minier. A 15h00 se joue la finale du Tournoi du Charbon de football qui est suivie de la remise du prix du concours du plus beau bébé à Danielle Thierry, fille d’un mineur de la Fosse 1.

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Pendant ce temps, le défilé s’est mis en marche et traverse la ville en direction du Stade Bollaert où il arrive par le Jardin Public. Un tour d’honneur est effectué par les différentes harmonies participant à la fête (Escarpelle, Bruay, Marles, Abscon, Noeux et Liévin) et des chars décorés qui ont pour thème :  »Le développement industriel et commercial à Lens depuis 100 ans ».

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    Puis, à 18h00, moment suprême avec, après que toutes les harmonies aient entonné dans un ensemble parfait la Marseillaise, la remise de la Légion d’Honneur à cinq mineurs méritant. Louis Delattre, le doyen des Mineurs habitant de la cité Chouard, embauché en 1879 comme galibot à l’âge de 12 ans, reçoit à 86 ans cette haute distinction voulue par Vincent Auriol lui-même. Avec lui sont aussi honorés Messieurs André d’Oignies, Beudin de Valenciennes, Chevalier de Sallaumines et Loison d’Auchel. La distinction leur est remise par le Ministre des Transports, des Travaux Publics et du Tourisme, André Morice.

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    Et à 21h30, toujours sur le podium installé sur la pelouse du Stade Bollaert, c’est le gala de clôture des fêtes du Centenaire.

    Le chansonnier du Grenier de Montmartre Denis Michel ouvre le spectacle puis devait suivre d’après le programme le  »célèbre mannequin parisien  » Praline défilant avec les toilettes du célèbre couturier Pierre Balmain. Mais souffrante, elle fut remplacée en dernière minute. Puis des acteurs comiques américains suivis de marionnettistes, des acrobates du Cirque Pinder, le spectacle canin du cirque Knie, les danseuses du Lido : le Quartette Grip, les Rolwoods, patineurs-acrobates, d’autres encore, danseurs, jongleurs, cyclistes burlesques accompagné de l’orchestre de Roger Roger qui emmenèrent les spectateurs jusque tard dans la nuit.

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   Le lendemain, la cité minière retrouve son calme : des mineurs redescendent au fond, les employés communaux et ceux des houillères nettoient la ville et le stade … mais dans la mémoire de tous ceux qui ont participé à la fête, que ce soit en tant qu’acteur ou spectateur, elle restera inoubliable ! Nul ne doute alors que moins de 20 ans plus tard, la mort de l’exploitation charbonnière dans le bassin minier artésien sera annoncée. En 1971, la fosse 1 Sainte Élisabeth, invitée d’honneur des Fêtes du centenaire, est remblayée…

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Le Concours des Bourses des Mines

Posté par Le Lensois Normand le 14 septembre 2011

  Les «Bourses des Mines» ont été créées en 1946 pour aider financièrement les enfants de mineurs a poursuivre leurs études comme il est mentionné dans l’article 31 du statut du mineur.

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 Pour en bénéficier, à la demande des parents, les meilleurs élèves quittant l’école primaire pour la sixième devaient réussir les épreuves du Concours National des Bourses des Mines.

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Les Grands Bureaux dans les années 50

  Au début des années 50, à Lens, le concours se déroulait dans les salles des Fêtes des Grands Bureaux. Chaque année, plus de 300 filles et garçons endimanchés et en âge de rejoindre le collège s’y retrouvaient dès 6 heures du matin pour plancher sur des sujets de français ou de mathématiques.

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Une salle avant l’épreuve (Photo Notre Mine – Juillet 1953)

  Après avoir fait l’appel des candidats, chacun devait s’asseoir à une place désignée, prendre son porte-plume et inscrire sur la copie posée sur son bureau de bois son nom, son adresse et son école. Puis il repliait l’angle de la copie et la collait afin de cacher ces informations.

  Les épreuves commencaient par la rédaction dont le sujet était parfois assez vaste :

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 Puis venaient les 75 minutes consacrées au calcul composé en général de deux problèmes qui avaient souvent rapport aux finances d’une ménagère, aux calculs métriques ou aux robinets qui fuyaient.

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  A 11h 30, c’était la pause. Tout le monde se dirigeait alors vers la grande salle impressionnante des Grands Bureaux pour y prendre le repas. Après quelques courtes escapades dans les jardins, il était 13h30, l’heure de retourner travailler. L’après midi commençait par la dictée et les questions. Après l’écriture du texte dicté par le surveillant de la classe, l’élève disposait de 45 minutes pour relire, corriger ses fautes et répondre aux questions en rapport avec le texte : analyses grammaticales, nature et fonction des prépositions, sens des mots et expressions. Voici cette épreuve en 1953 :

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  Puis on terminait par le «Compte-rendu de lecture» : un texte était lu trois fois par le surveillant puis le candidat disposait de 45 minutes pour le résumer et répondre à deux questions. Cette épreuve «fait appel à l’esprit d’attention et d’observation des nos candidats» écrivait alors le reporter de ‘Notre Mine’.

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  (Si cela vous dit,  maintenant que vous avez tous les sujets, essayez de repasser aujourd’hui ce concours …. Ou faîtes le passer à votre enfant s’il entre en sixième ! C’est un bon test pour se rendre compte de l’évolution de l’enseignement en plus d’un demi-siècle).

 Arrivait enfin 17h00 : cela faisait 11 heures que les élèves étaient sous pression. Il était temps de se dégourdir les jambes. Ceux qui habitaient dans les cités éloignées reprenaient l’autobus qui les avait transporté le matin.

  Pendant de temps, les copies étaient mises sous scellés et envoyées pour correction à un jury national siégeant à Paris.

  Dans les familles, on attendra avec espoir et crainte les résultats de ce concours car, pour beaucoup, cela signifiera qu’à la rentrée le candidat sera collégien ou galibot !

  Beaucoup de jeunes lensois se souviennent de ce grand moment d’angoisse. Je l’ai vécu en 1963 lorsque j’ai passé (avec succès) ce concours : nos parents nous mettaient la pression. Si on échouait, ce serait à la rentrée les cours supérieurs de l’école primaire et le Centre d’Apprentisage à 14 ans ! Le concours se déroulait alors dans les classes du Collège Michelet que je devais, heureusement, rejoindre quelques semaines plus tard.

  Car le concours n’était pas à la portée de tous : cet article de « Coup de Pic » (journal du groupe de Valenciennes) indique qu’en 1959 sur le territoire national, 2181 collègiens ont bénéficié des bourses des Mines en 1959 alors qu’à cet époque les Charbonnages de Frances comptaient près de 217 000 ouvriers et employés.

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  Curieusement aujourd’hui, les Bourses des Mines continuent à être allouées : depuis le 1er janvier 2008, l’ANGDM (Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs) en assure la gestion (voir ici : http://www.angdm.fr/index.php?/fre/Prestations/Retraite-et-autres-prestations/Bourses-des-Mines ). Mais elles ne sont plus aujourd’hui tributaires d’un concours.
Certaines informations données dans cet article sont issues du journal «Notre Mine» de juillet 1953 que j’ai pu consulter au Service des Archives de la Ville de Lens.

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Galibot à 8 ans !

Posté par Le Lensois Normand le 28 avril 2011

   L’exploitation du charbon débute dans le nord de la France au milieu du 18ème siècle : la première compagnie, celle d’Anzin, est créée en 1757. L’exploitation des enfants dans les mines débute donc à la même date : on les appelle ‘Les Galibots’, mot du patois picard ‘galibier’ qui veut dire ‘polisson’.

  Leur petite taille leur permet de se glisser dans les galeries les plus étroites. Ils y poussent des berlines remplis de charbon.

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  Ils subissent les mêmes risques que les adultes, parfois dès l’âge de six ans. A Béthune, en 1861, un accident dans la mine fait dix-huit morts dont sept enfants.

  Il faut attendre 1810 pour voir une première loi sur les concessions minières sans mettre fin toutefois à l’exploitation totale du monde ouvrier et de l’enfance: à cette époque, il n’était pas rare de trouver des gamins de 8 ans au fond !

  Ce n’est que le 3 mars 1813 qu’une première loi limite un tout petit peu le travail des enfants : elle interdit ceux de moins de 10 ans à travailler au fond ! Les autres, pour un salaire de misère, effectuent de petites tâches comme porter des lampes, des seaux, s’occuper des chevaux, etc …

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   S’offusquer du travail des enfants n’est pas envisageable à l’époque. En 1835, le médecin aristocrate Louis René Villermé, auteur d’une vaste enquête où les préjugés de l’époque sont très apparents, relate que le travail des enfants est une « nécessité absolue » qui ne saurait être remise en cause sous le principe «qu’il vaut mieux, sous le rapport moral, employer des enfants dans les industries plutôt que de les laisser vagabonder toute la journée sur la voie publique».

  Il faut attendre ensuite le milieu du 19ème siècle et le développement des Compagnies et du travail de mineur pour voir enfin de nouvelles évolutions.

  En 1841, en application de la loi Guizot, les enfants de 8 à 12 ans ne devront pas faire de journée supérieure à 8 heures six fois par semaine; ceux de 12 à 16 ans : pas plus de 12 heures avec un repos la semaine mais pas forcément le dimanche! Et il est interdit de faire travailler des enfants de moins de 13 ans la nuit. Mais, sans contrôle des autorités, les infractions sont fréquentes.

  Autre modification quelques années plus tard : en 1874, 12 ans devient l’âge minimum pour travailler. À partir de cet âge, le temps de travail imposé est de six heures puis 12 heures entre 13 et 16 ; le travail de nuit est interdit jusqu’à 16 ans.

  La loi précise alors qu’un organisme de contrôle de son application est créé au grand dam des patrons et des dirigeants des Compagnies Minières.

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  En 1893, Jules Ferry fait voter la loi instituant la scolarité obligatoire et gratuite jusque 13 ans. Une dérogation est accordée aux enfants qui obtiennent leur Certificat d’Étude à 12 ans. Jusqu’à 13 ans, la durée journalière de travail est de 10 heures plus une heure de repos ; A partir de 16 ans, c’est 60 heures par semaine (dont un jour de repos). Et un certificat d’aptitude physique devient nécessaire.

  Après la catastrophe des Mines de Courrières en 1906 et les grèves qui ont suivi, l’emploi des galibots n’est pris en compte dans les revendications syndicales que sur le plan salarial. C’est ainsi qu’ils obtiendrons 20% d’augmentation (moins de 2 francs par jour contre 6,80 en moyenne pour un adulte). Les mineurs ne peuvent envisagé autre chose pour leur gamin que de travailler à la mine : c’est là l’assurance d’un autre salaire dans le foyer, même s’il est misérable.

  A cette période, pour «avoir le privilège» d’être embauché à 12 ans, il faut avoir le Certificat d’Études Primaires. Sinon, l’âge minimum est repoussé d’un an. Maurice Dhédin dit à propos de son père, embauché en 1925 : ‘Mon père travaillait pour la société des mines de Lens, au temps de la reconstruction. Il avait tout juste treize ans quand il a été embauché, comme « galibot », ce qui le dispensait du Certificat d’Études Primaires, comme l’indique son livret individuel, délivré par Emile Basly le 15 mai 1925.’.

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   Le galibot est bien entouré par les anciens. Dans son livre ‘Mineur de fond’, Auguste Viseux dit :’ On le confiait à un bon ouvrier qui le cueillait à la cage de descente et remontait avec lui à la fin du poste’.

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  Pour les Compagnies, pouvoir travailler dès 12 ans est un privilège qui n’est accordé qu’aux enfants dont le père est très bien noté. En 1936, elles voient d’un mauvais œil la scolarité obligatoire jusque 14 ans. Ce serait un nouveau coup dur après les décisions sociales du Front Populaire ‘qui leur coûte cher’ (congés payés, semaine de 40 heures…). C’est pourtant ce que décide le gouvernement de Léon Blum avec la loi ‘Jean Zay’.

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Jean Zay

 Le galibot est souvent embauché au triage du charbon avant de pouvoir ‘descendre’ quelques temps plus tard lorsque sa corpulence le permet.

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  Augustin Viseux raconte que son premier travail au fond fut de seconder le ‘meneux d’quevaux’.

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   En 1946, c’est la nationalisation. Les HBNPC développent des Centres de Formation. Le jeune peut préparer son apprentissage dès 14 ans mais il n’apprend que la théorie et s’entraîne dans les mines-images. Des Centres de Formation sont créés comme celui de Lens (Voir ici).

  La dernière législation est votée en 1959 : elle fixe la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans mais seulement à partir de 1967. L’apprentissage commence ensuite ou est effectué en alternance. Le futur mineur ne descendra que lorsque sa formation sera terminée.

  1757-1967 : il a quand même fallu attendre plus de 200 ans pour qu’en France le travail d’un enfant de moins de 16 ans dans les Mines ne soit définitivement interdit par une loi !

  Et ailleurs dans le monde ?

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Sa femme l’appelle Maurice

Posté par Le Lensois Normand le 12 avril 2011

   Connaissez vous Maurice ? Moi, oui ou plutôt non. Car je le connais sans le connaître. Maurice, je l’ai jamais vu; je l’ai rencontré sur le net, sur Facebook plus précisément. Je ne sais plus comment. Certainement par l’intermédiaire d’amis communs comme Marie Claire ou Minloute, les concepteurs du site «Histoires de Chtis» (à voir ici) ou Christian de Liévin (ici son blog) ou d’autres encore. Car Maurice a beaucoup d’amis sur Facebook, une cinquantaine. Il y a Odile, Vital, André, Pierre, Didier, Jean Louis, Jean Marie, Martine et bien d’autres. Et ce qui unit tous ses amis, c’est qu’ils sont CHTIS et comprennent le patois chti.

    Car Maurice, il le connait le patois artésien. Il ne connait que ça d’ailleurs et il sait aussi bien l’écrire que le parler. Exemple : quand il raconte ses différents avec son voisin, ça donne ça : 

  « In vla cor emmerdé , avec min voisin din face , y’arcomminche sin cinéma , ch’ti qui contient in pinte , et qui bot 2 lites , cha faijot d’ja un momint , mais ch’étos qu’in tiot crachat d’su ch’trottoir avec bin sur un dogt d’honneur. Mais la ed’ pu 2 jours , ya d’l'abus , jeudi soir j’su sorti d’su ch’balcon , et j’ai poussé em gueulante ,mais y gueule plus fort ecqu’mi , et hier soir y a arcomminché , et ché l’voisine , qui sa attrapé avec li , ses deux garchons et s’femme , y z’ont étés obligé d’l'arténir , et mi malheureusemint j’peux pas intervenir »

   J’aurai aimé le voir devant son instituteurs il y a …. quelques années.

   Car Maurice, c’est plus un jeunot. Né à Lens juste avant la deuxième guerre mondiale, il est dans sa huitième dizaine. Mais il a in cœur et un esprit de gamin espiègle. D’ailleurs, il y a deux Maurice : le Maurice d’été !

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  Et le Maurice d’hiver :

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   Il y en a qui disent que Maurice est radin. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il est juste un peu économe, c’est tout. Il paraît que si on veut aller chez lui, on est très bien reçu si on apporte un sac de 10 kilos de « pétières » ou toute autre victuailles, solide ou liquide. Mais les médisants qui disent cela ne savent pas que c’est pour que Michèle, sa chère et tendre, lui confectionne une bonne « tartes aux pétotes ».

  A un autre médisant qui prévient son amie Odile d’apporter son propre café si elle va chez lui, Maurice répond : «J’su pas in ecrêpe salière (radin) mais, j’arfuseros pas qu’Odile al ramène sin café».

  Un autre exemple de sa grande générosité : il n’hésite pas à donner 20 «roros» (c’est sa manière de dire Euros) à un inconnu qui aurait besoin d’essence. Mais aussitôt il demande à tous ses amis de Facebook de lui verser 120 euros chacun : 20 pour l’argent perdu et 100 pour le « préjudice moral ».

  Maurice est plein d’humour. Peut être doit il cela à son patronyme identique à celui d’un des plus grands comique que la France ai connu : Raymond Devos. Pourtant, il n’a pas du toujours rigolé : ancien mineur, silicosé, il a aussi fait la guerre d’Algérie. Aujourd’hui retiré dans sa maison à Méricourt, Maurice passe une partie de ses journées sur « sin manicrac » à discuter et à amuser ses amis chtis.

  Maurice Galibot :

mauricegalibot.jpg

  Maurice a une devise : ne pas se laisser déborder. A ce sujet, il dit : « Faut avouer qu’j'em laiche déborder PLUS QUE TRES facilemint. J’essaye même pas d’ailleurs ».

  Maurice n’est pas croyant. Sur son profil de faceboof, il dit « din m’vie j’n'ai eu qu’in dieu , MIN PERE ». Mais il croit en l’amitié et en l’amour de sa petite famille.

  Maurice est aussi un photographe émérite. Il a inventé le « flou artistique involontaire ». Un art qui devrait être reconnu par le Comité International de la Photographie !

  Des fois, il a la mémoire qui flanche un peu. Alors il aime bien qu’on lui rappelle ses souvenirs. Comme ceux qui l’ont vu traîner sur les bancs de l’école du 11, ou suivre son père au travail à la fosse 12, ou faire la fête dans les bals des salles du 14 ou de la Route de Béthune, ou arpenter les rues de la Cité des Fleurs, ou admirer les chevalets les fosses comme au 4 ou au 9. Il a été l’un des tous premiers colons de Grossouvre.

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Maurice, 3e à gauche au 2e rang

   En relisant tout ce que je viens d’écrire, je me dis qu’il faut absolument que j’aille à Méricourt un de ces jours !

Publié dans Lens, Les Amis | 13 Commentaires »

 

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