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Lens-Bastia en Coupe de France, c’était en 1972

Posté par Le Lensois Normand le 7 janvier 2014

   Lorsque j’ai appris le résultat du tirage au sort des seizièmes de finale de la coupe de France de football, de nombreux souvenirs me sont revenus. Le RC Lens affrontera dans quelques jours l’équipe de Bastia. Loin de vouloir relancer d’anciennes rancœurs ou des envies d’affrontements, je ne peux laisser passer l’occasion de relater cette page d’histoire, de notre histoire à nous, les lensois.

   Je me retrouve tout à coup quarante-deux ans en arrière, le dimanche 14 mai 1972.

   Quelques années auparavant, notre RC Lens a bien failli mourir. Les HBNPC, ‘les mines’ comme nous disions, vivaient leurs derniers moments et avaient décidé de grandes coupes dans leurs finances. Le Racing était sacrifié comme l’avaient été la quasi-totalité des chevalets de nos cités.

   Et pas de Mamadov en ces temps là ! C’est le Maire de Lens d’alors, André Delelis, qui prend les choses en main. Lens ne pouvait se passer de la seule attraction qui, toutes les deux semaines, attirait des milliers de mineurs ‘aux matches’.

delelis

   Le club continuerait d’exister, d’abord en vivotant dans le championnat de France des équipes d’amateurs. Au début des années soixante-dix, une réforme de l’organisation des compétitions permet au RCL de disputer le championnat national, la seconde division de l’époque qui regroupait en deux groupes des équipes professionnelles et les meilleurs clubs amateurs.

   C’est dans ce championnat qu’évoluent les Sang et Or lors de la saison 1971-1972. Plutôt pas mal, d’ailleurs : ils terminent la saison à la troisième place.

   La Coupe de France s’ajoute au plaisir des supporters. Les équipes de Quevilly, Châteauroux, Mantes-la-Ville et du Red-Star de Saint Ouen subissent la loi des joueurs lensois.

  Ils sont plutôt talentueux, ‘nos’ joueurs et possèdent surtout l’esprit d’équipe et la volonté de s’en sortir des hommes du pays minier.

   Point de recrues issues d’autres continents à cette époque. Nos renforts  étrangers viennent d’un pays connu et ami : la Pologne. C’est souvent de là-bas que sont arrivés ceux qui, au fond, grattaient les parois noires et poussiéreuses des galeries avec les mineurs français. Ils sont venus et se sont installés, faisant du Bassin Minier leur seconde patrie.

   Dans l’effectif du club de 1972, les Lannoy, Lhote, Macquart, Hédé ou Elie côtoient plusieurs joueurs d’origine polonaise, de ‘la deuxième génération’ comme on dirait aujourd’hui : Kalek, Cieselski, Marzalec, Janizewski, Wolniak, Zuraszek.  Leur entraîneur aussi était venu de là-bas pour extraire l’or noir avant d’avoir la chance d’être repéré d’abord comme un excellent gardien de but puis comme un très bon meneur d’hommes : Arnold Sowinski.

sowinski

   Pour élever le niveau de l’équipe, les dirigeants ont fait venir deux joueurs du pays de la mer Baltique. Nos immigrés d’alors se nomment Eugenius Faber et Richard Gregorczyk, deux hommes qui symboliseront le renouveau du Racing.

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   Leur talent et leur courage exemplaire font de ces deux joueurs des pièces indispensables de l’effectif. Ils sont donc présents lors du match ‘aller’ de cette demi-finale de la Coupe de France au stade Furiani de Bastia le 10 mai.

   L’ambiance est électrique. Les jeunes joueurs lensois sont impressionnés, l’arbitre peut-être aussi.

   Peu de lensois verront ce match : il n’y a pas de retransmission télévisée à l’époque. C’est l’oreille collée au transistor que les lensois apprennent par Jean Crinon, le fougueux et explosif reporter de Radio Lille que les bastiais remportent le match pas trois buts à zéro.

crinon

   Mais les lensois apprennent aussi que l’ambiance en dehors du terrain a été terrible. Un climat ‘anti-Lensois’, issu d’un climat ‘anti-continent’ régnait partout en ville. On racontera que des voitures immatriculées ‘62’ ont été jetées dans le port de Bastia. Humiliés, battus et vexés, tous les lensois le sont alors.

  En réponse, pour le match ‘retour’, ils vont se mobiliser. Henri Trannin, dirigeant emblématique du club, lance un appel au peuple. Ce n’est pas le RCL qui a été humilié en Corse, c’est tout le Bassin Minier. Il faut que les ‘gueules noires’ se regroupent et prouvent au pays entier qu’ils ne sont pas morts.

   La veille du match, une indiscrétion permet de savoir que la délégation corse passerait la nuit à l’Hôtel de Flandre, près de la Gare. La nouvelle fait tâche d’huile. Les lensois se relaient sous les fenêtres, utilisent tous les moyens pour faire du bruit : klaxons, trompettes, pétards, tonneaux roulés sur les pavés…. A tel point que les responsables du club corse décident de faire transférer leur délégation à Arras afin de pouvoir dormir un peu.

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   Le dimanche 14 mai, les lensois mangent tôt bien que le match ne soit programmé qu’à dix-sept heures. Il faut être de bonne heure au stade pour avoir une place car il n’y a pas encore de réservations. On sait aussi que l’on va rester plusieurs heures debout : les places assises, ‘c’est pour les riches’ !

premiere

   De notre maison des corons de la fosse 14, nous partons à pied. Près de quarante-cinq minutes de marche ne nous font pas peur. De toute manière, on n’aurait pas trouvé de place pour se garer, même pour ma petite 4L.

   Nous descendons par la Route de La Bassée en groupe. Mes sœurs, des copains, celui qui allait devenir mon beau-frère, celle qui allait devenir mon épouse et mon père qui, a soixante-dix ans, n’aurait surtout pas voulu rater cet événement de portée ‘lensoise’. Ce fut son dernier match à au stade Bollaert.

   En passant devant la gare Sainte Elisabeth et le carreau de la fosse 1 fermée et remblayée l’année précédente, on sent que la tension monte. Ce ne sera pas un match ordinaire ! Tout Lens est là. Nous serons plus de 22000 dans les gradins, serrés comme des sardines.

   A l’entrée, on achète le journal du club, ‘Sang et Or’ que l’on conservera en souvenir.

sangetor

   Nous avons trouvé des places ‘en secondes’, la tribune couverte de tôles face à la tribune officielle. C’est là que se regroupaient déjà les groupes de supporters.

seconde

   La foule est partout : sur les toits des tribunes, sur les poteaux d’éclairages, dans les arbres mais aussi sur la pelouse même tout proche des lignes délimitant l’aire de jeu. Aujourd’hui, il est certain que l’arbitre du match, Monsieur Debroas, n’aurait pas donné le coup d’envoi de la rencontre pour des raisons de sécurité.

pelouse

   Lorsque les équipes pénètrent sur la pelouse, c’est une bronca énorme : le stade Bollaert en tremble sur ses bases. Chaque action lensoise est vivement encouragée. Chaque action corse est huée et sifflée.

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   Le gardien de but corse d’origine yougoslave se nomme Pantélic. Une grande banderole est installée derrière le but : ‘Pantélic, pends tes loques’. L’homme passera la rencontre à sauter pour éviter les nombreux pétards lancés dans ses jambes par les spectateurs sous les yeux quasi indifférents de quelques rares policiers. Sur une autre banderole était écrit : ‘Allo Napoléon, ici Waterloo’’.

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   Dans les tribunes, un petit groupe d’hommes est repéré comme étant des supporters corses. Quelques lensois avaient prévu : des litres d’eau se déversent sur eux avant qu’ils ne soient aspergés de sacs de farine !

   Mais tous ces événements ne sont en aucun cas méchants, il n’y aura aucun blessé, aucune bagarre. Cette ‘revanche’ n’est finalement qu’une grande fête comme seuls les chtis savent en faire.

   Le déroulement du match ne restera pas le principal des souvenirs. Lens marqua deux fois en première mi-temps par Faber et Zuraszek. Après chaque but, la pelouse est envahie par ces milliers d’inconditionnels.

   La deuxième mi-temps ne permet pas aux joueurs du RCL de marquer le troisième but tant espéré. La partie se termine avec une élimination mais avec le sentiment que les gens du Pays Noir ont, devant toute la France, largement lavé l’affront de Furiani.

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  C’est fini ! Les spectateurs quittent le stade lentement, serrés les uns contre les autres le long de la rue menant au pont Césarine comme lors d’une procession funèbre. Parmi les nombreux commentaires, on entend souvent : ‘On a sauvé NOTRE honneur !’. Notre groupe remonte la Route de La Bassée, un peu déçu par cette élimination mais, déjà à l’époque, ‘’fiers d’être lensois’’.

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15 Juin 1952 : Madame Auriol à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 9 novembre 2013

   Il fut un temps où les compagnes des présidents de la République Française n’assuraient pas leur notoriété en grattouillant une guitare ou en envoyant des tweets.

   Il fut un temps où les compagnes des présidents de la République Française méritaient de par leur comportement et leurs actions le titre de ‘Première Dame de France’.

   Ce fut ainsi le cas de Madame Vincent Auriol, née Michelle Aucouturier. Fille d’un ouvrier verrier, créateur d’une entreprise coopérative où tout le monde est ouvrier et tout le monde est patron. Elle-même membre de la SFIO, elle épouse à 16 ans un jeune avocat, rédacteur en chef du ‘Midi Socialiste’ nommés Vincent Auriol.

15 Juin 1952 : Madame Auriol à Lens dans Histoire auriol101

   Lorsque son mari est élu Président de la République en janvier 1947, Michèle Auriol ne veut pas se contenter de jouer les potiches. Elle est très active dans le domaine social et ouvre les portes du Palais de l’Elysée à tous les français, quelque soit leur rang.

   C’est donc sans surprise que cette ancienne résistante accepte en 1951, à l’invitation du Maire de Lens Ernest Schaffner, de venir parrainer l’année suivante les fêtes du Centenaire du début de l’exploitation charbonnière dans la capitale du pays minier.

  Ces fêtes dureront deux semaines encadrées par des spectacles au stade Bollaert (voir l’article sur les fêtes de Lens en 1952 à cette adresse : http://lelensoisnormandtome3.unblog.fr/2012/06/21/1952-les-fetes-du-centenaire-du-charbon-a-lens/ ).

  Le 15 juin dans la matinée, la ‘Delage’ dans laquelle a pris place Madame Auriol arrive à Lens. Paul Ribeyre Ministre de la Santé publique et de la Population l’accompagne. Elles est accueillie par Georges Phalempin, Préfet du Pas de Calais, Ernest Schaffner, Maire de Lens et Jean Michaux, Directeur du Groupe Lens-Liévin des HBNPC.

   La journée ne fut pas des plus reposantes pour Madame Auriol. La matinée commence par l’inauguration du nouveau centre médico-scolaire de la rue Arthur Lamendin puis elle se rend Route de Béthune où elle procède à une autre inauguration, celle du grand complexe du centre de Formation des Mines de Lens et de sa ‘mine-image’.

auriol1023 dans La Mine

   Puis Madame Auriol se rend au centre médico-social pour y saluer deux des dernières femmes à avoir été mineurs de fond. Après le déjeuner officiel offert par la municipalité, le cortège officiel se rend au stade Félix Bollaert où sera donné un spectacle réalisé par les enfants des écoles de Lens.

    Madame Auriol est accueillie par vingt mineurs médaillés du travail qui lui font une haie d’honneur. Selon la presse de l’époque, l’épouse du Président de la République porte un tailleur gris et un chapeau ‘bois de rose’ garni de noir.

auriol103 dans La ville

   Ce fut d’abord les fillettes des écoles des cités 4, 9, 11, 12 et Berthelot qui miment la chanson du Petit Quinquin. Puis les garçons de l’école Carnot, habillés en mineurs, retracent les différentes activités du travail de la mine.

auriol1044 dans Lens

   C’est ensuite le tour de trois groupes de jeunes filles des centres d’apprentissage des mines qui, habillées de bleu, de blanc et de rouge, rendent hommages aux trieuses, ces femmes de la fosse.

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   Arrive alors le tour des filles de l’école Campan. Elles effectuent plusieurs danses représentant les loisirs des mineurs au cours des quelles elles évoquent les combats de coqs, La Napoule, les parties de belote et le jardinage.

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   Enfin, la principale représentation de ce spectacle est constituée des mouvements d’ensemble effectués par un millier d’écolières lensoises et dirigés par M. Vermeesch, Responsable du service d’éducation physique à la ville de Lens.

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   La presse n’hésite pas à souligner l’enthousiasme de Madame Auriol  »qui se lève plusieurs fois pour applaudir’ et qui possède  »l’art de gagner tous les cœurs par son charme discret et sa gentillesse souriante ».

   En fin d’après midi, la Delage emporte Madame Auriol vers Paris en traversant les rues de la ville pavoisées, ovationnée par les famille de mineurs à qui  »elle répondait simplement d’un signe de la main ».

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3, rue Lamennais, fosse 14 à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 9 août 2013

   Avoir passé sa jeunesse dans une maison des corons des Mines de Lens, ça vous marque à jamais. La maison d’abord, elle ressemble à toutes les autres mais c’était ‘nôtre’ maison même si elle n’a jamais appartenu à mes parents. La rue, c’était ‘nôtre’ rue, notre terrain de jeu. Les voisins, c’étaient ‘nos’ voisins, des gens sur qui on pouvait compter en cas de coup dur. Le jardin, c’était ‘nôtre’ jardin mais c’était surtout celui de mon père. Le coron, c’était ‘nôtre’ coron, là où nous vivions.

3, rue Lamennais, fosse 14 à Lens dans Histoire maison

    Le numéro 3 de la rue Lamennais se situe dans la ‘cité 14′ comme on dit aujourd’hui. Pour nous, nous habitions ‘à la fosse 14′ (et même  » àl’fosse quatorsse  ») tant on associait le numéro de notre chevalet à notre coron.

    Dans la rue, que des employés et ouvriers des Mines. En face, les petites maisons des pensionnés abritaient pour la plupart d’entre-elles des veuves de mineur : la silicose était passée par là.

maison20 bain dans La famille

   Madame Renard qui nous offrait toujours des bonbons et qui avait pris sous sa protection sa voisine, celle qu’on appelait soit ‘la petite polonaise’, soit Madame Adam, du prénom de son mari décédé : son nom de famille slave étant imprononçable pour nous tous. Il y avait aussi celles que l’on craignait un peu : ‘La Jéhovah’ qui a toujours été pour nos yeux d’enfants un peu mystérieuse et ‘la matelassière’ dont le surnom indiquait qu’elle retapait à l’occasion des matelas mais que nous considérions un peu comme une sorcière.

   Un peu plus loin, dans la première maison de la grande barre de corons de la Route de La Bassée, quasiment au pied du chevalet de la fosse 14 habitaient la famille Ramon. En 1940, ils avaient fuit l’ennemi en participant à l’exode avec ma mère et mes frères et sœurs aînés. Catholiques pratiquants, André, le père avait participé à la construction de la chapelle Sainte Thérèse, près de l’école maternelle. Amputé suite à une blessure faite par un cheval, il portait une prothèse métallique en guise de jambe droite qu’il attachait à son épaule avec une large bretelle, ce qui ne l’empêchait aucunement de posséder un superbe jardin. Nos familles étaient très proches, mes parents désignèrent l’un des fils de ‘Monsieur et Madame Ramon’ (nous et nos parents les avons toujours appelés ainsi), Gaston pour être mon parrain.

maisonramon001 charbon dans La Mine

    La vie dans le coron suivait des règles strictes. Les journées étaient toutes différentes et dépendaient d’un emploi du temps devenu rituel au fil des ans. Le lundi, jour de lessive ; le mardi et le vendredi, jours de marché : le jeudi, jour de congé scolaire ; le samedi, jour de nettoyage et des bains ; et le dimanche, hé bien : c’était le dimanche !

    S’il y en avait un pour qui ce calendrier avait moins d’importance, c’était mon père. Sa vie, c’était : boulot, jardin, dodo ! Son seul repos, l’après midi dominical.

maison3 chevalet dans Lens

    Le jardin a tenu une importance primordiale dans nos années d’enfance. Immense pour nos yeux de gosses. Dans un descriptif des activités sociales des Mines de Lens du début du vingtième siècle, il est écrit que les jardins pouvaient atteindre six cents mètres carrés. Ce devait être le cas du ‘nôtre’.

   La couleur du jardin était rythmée par les saisons : noir comme la terre ou blanc de neige l’hiver, vert comme la végétation renaissante au printemps, magnifiquement coloré comme les fleurs de l’été, brun comme les feuilles fanées de l’automne.

    Le jardin était coupé en deux par une allée recouverte des cendres de la cuisinière à charbon de la cuisine. Elle était bordée de briquettes rouges et de magnifiques plates-bandes d’œillets blancs. De part et d’autre, les légumes abondants : carottes, pommes de terre, poireaux, salades, navets, haricots, petits pois, etc…. De quoi nourrir la famille toute l’année. Et cette terre, bêchée, retournée, ensemencée, binée, désherbée, récoltée par un seul homme : mon père.

    Le but de la Compagnie des Mines en annexant un grand jardin à chaque habitation était à la fois d’offrir aux mineurs la possibilité de faire des économies sur l’alimentation et de les occuper afin qu’il n’aillent pas traîner dans les cafés et y discuter politique avec les syndicalistes dont beaucoup étaient à l’époque propriétaires d’un estaminet. Plus tard, les HBNPC continuèrent la même politique.

    Ce n’est certainement à cela que pensait mon père lorsqu’il se trouvait à quatre pattes dans le parc de carottes pour les ‘démarier’.

maison2 corons dans Les Hommes

   Afin d’inciter les mineurs à y consacrer un maximum de temps, des concours récompensaient les plus beaux jardins. Quel joie et quelle fierté pour ces hommes de labeur de voir leur nom et parfois leur photo figurer dans le mensuel patronal ‘Notre Mine’ dans la rubrique des jardins primés.

    Pour mon père, ‘son jardin’, il le cultivait seul. Rarement il faisait appel à nous pour l’aider. Les seules fois où cela se produisait, c’était lors de l’arrachage des pommes de terre. Notre rôle était de mettre la récolte dans des seaux qu’il descendait ensuite à la cave et de rassembler les fanes afin d’en faire un feu de joie en fin de journée. Feu dans lequel nous avions le droit de jeter les quelques petites pommes de terre que nous avions glanées et de les manger sur-place, chaudes et croustillantes.

    Le fond du jardin était l’un de nos terrains de jeu. Groseilliers, framboisiers, cassissier … non seulement nous apportaient de quoi nous régaler l’été mais étaient aussi un superbe lieu de cachette lors de nos parties de ‘gendarmes et voleurs’.

   On pouvait bien sur jouer dans le jardin mais les règles étaient strictes : interdiction totale de poser le pied en dehors de l’allée centrale sous peine d’entendre un  »Sors de là tout de suite ! » hurlé par mon père.

   Dans le fond du jardin, derrière les arbres fruitiers et l’énorme pied de rhubarbe se trouvait un mur, LE mur ! Celui qui nous séparait de la maison de l’ingénieur. Derrière ce mur, ce n’était qu’énigmes et mystères: interdiction de monter sur le mur pour voir ce qu’il cachait. Interdiction aussi de cueillir les poires des branches qui pourtant s’inclinaient de ‘notre’ côté. On ne pouvait ramasser que celles qui tombaient, trop mures souvent. La propriété de l’ingénieur était un lieu sacré. Tenter d’y regarder ou d’y prendre des fruits était un crime de lèse-majesté et nous attirait directement une belle engueulade de la part de notre père. Était-ce par crainte ou par respect de sa part envers celui qui est censé régner sur le coron ? Il devait y avoir certainement un peu des deux.

   Petit, c’est assis sur le porte-bagages de la mobylette de mon père que je me faisais photographier avec en toile de fond, le fameux ‘mur de l’ingénieur’.

maison4 fosse

    On avait par contre droit de jouer dans la volière puisque aucune poule n’y vivait. Aucun pigeon n’occupait non plus le pigeonnier. Contrairement à beaucoup d’autres mineurs, mon père n’était pas un ‘coulonneux’.

   La volière n’était en fait qu’un simple abri rudimentaire fait de bric et de broc (tôles, grillages, films de plastique, tasseaux de bois…) monté derrière entre la maison et le jardin. C’était pourtant pour nous un confortable espace de jeux.

maison5 jardin

   La volière ne contenait que des … lapins. Ils y naissaient nombreux dans leur clapier et leur espérance de vie ne dépendait que du choix du menu dominical quelques mois plus tard.

   Les rapports que nous avions avec ces animaux se limitaient aux grandes promenades estivales qui occupaient nos après-midis lorsque notre père décidait de nous emmener chercher de ‘l’herbe aux lapins’. Avec mes sœurs, nous prenions la direction de la route de La Bassée que l’on traversait pour se rendre le long du Chemin Manot qui menait à Vendin. Et là, on se promenait, on jouait dans les champs, on ramassait des fleurs, on regardait le ‘coucou’, un petit avion qui décollait ou atterrissait sur l’aérodrome tout proche, on flânait jusqu’au moment où notre père nous annonçait que son vieux sac de jute était plein de cette nourriture qui allait alimenter nos amis à quatre pattes pendant quelques jours.

   La volière nous servait donc aussi de refuge pour nos parties de cache-cache. Un réduit dans lequel mon père stockait sa paille devenait une excellente cachette …. que tous connaissions. On jouait aussi à l’école comme tous les enfants. La plaque de tôle bitumée qui servait de paroi à la volière faisait un superbe tableau noir sur lequel on écrivait avec de la craie trouvée dans le jardin.

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    Face à la volière, un petit coin du jardin limité par une haie de troènes parfaitement taillés était consacré aux fleurs. Tulipes, jonquilles, œillets, roses, fuchsias, pensées, dahlias et même des fleurs de pavot agrémentaient ce coin de paradis géré par ma mère. Des parterres découpés en triangles ou en carré, séparés d’une petite allée de cendres et bordés des mêmes briques rouges alternaient les couleurs au fils des saisons.

   Mais les fleurs ne devaient en aucun cas déborder de leur emprise. Un jour que ma mère s’était procuré plus de bulbes de dahlias qu’il n’en fallait, elle voulu les planter de l’autre côté de la petite allée qui séparait les fleurs du potager. Quelle ne fut pas la colère de mon père. Ultime outrage : des fleurs là où devaient se trouver des légumes ! Je l’entends encore hurler :  » Mais ça, ça ne se mange pas. C’est pas avec ça que tu vas nourrir tes gosses ! ».

   Ma mère devait certainement parfois se détendre un peu de ses journées chargées dans cet éden fleuri où mes jeunes sœurs posaient avec leurs ‘robes du dimanche’.

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   Ce parterre de fleurs s’étendait jusqu’au bord de la rue, contournant le ‘trou d’eau’ (sorte de puits récoltant les eaux de pluies et celles que l’on y jetait après les lessives des lundis et les bains des samedis).

   Il faisait face à la buanderie. Mon père avait percé une fenêtre dans ce local mal éclairé qui servait à la fois de salle de bains et de laverie. Munis d’un seul robinet d’eau froide, il fallait en faire chauffer pour les bains et la lessive. Pour cela, un vieux poêle à charbon qui devenait aussi rouge que l’enfer lorsque la grande lessiveuse en tôle galvanisée lui demandait de faire bouillir son contenu. Une chaleur d’enfer, c’était bien le mot. Il devait faire largement plus de quarante degrés lorsque nous nous glissions dans ces baignoires de fer blanc. Après le bain, traverser la cour pour rentrer dans la cuisine était un calvaire en hiver. Ruisselant de sueur, encore humide de vapeurs, nous devions affronter les rigueurs du climat avant de nous réfugier à l’abri. Mais comme l’a si bien chanté Pierre Bachelet :  »C’était mon enfance et elle était heureuse, dans la buée des lessiveuses ».

   Heureusement, pour nous, les plus petits, l’hiver, le bain, on le prenait dans la cuisine où mes parents installaient la ‘petite baignoire’.

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   Le samedi était donc le jour des bains. Toute la famille y passait à tour de rôle. Père, mère, frères, sœurs et même notre grand-mère Blandine lorsqu’elle séjournait chez nous. La lessiveuse d’eau bouillante sur le poêle alimentait à l’aide d’un seau la baignoire posée à proximité. Après chaque bain, mon père ou ma mère vidaient une partie de l’eau qui avait servi dans le ‘trou d’eau’ et complétaient la baignoire avec de l’eau chaude et propre. Et cela, jusqu’au dernier bain de la journée.

  Le samedi, il fallait aussi faire son ‘samedi’. Si l’après midi était consacrée aux bains, le matin voyait les femmes et les filles agiter balais, wassingues (serpillère) et seaux pour astiquer les pièces de la maison et les alentours. A l’intérieur, la cuisine concentrait le plus de soins et d’énergie. C’était notre pièce de vie, donc la plus utilisée et celle qui se salissait le plus des poussières de charbon qui régnaient dans l’atmosphère.

   Puis, ma mère et mes sœurs entamaient le nettoyage extérieur : le trottoir donnant sur la rue, ses caniveaux et les cours étaient inondés à grands coups de seaux d’eau. Les balais-brosse s’activaient dans tout le coron dans une harmonie quasi-parfaite. Cette coutume était issue des obligations du règlement de la vie dans les corons édité par les Compagnies au début du vingtième siècle. Elles obligeait les mineurs à entretenir le pourtour de leur maison et de nettoyer régulièrement trottoirs et caniveaux. Tout manquement à ces devoirs attirait les foudres et les remontrances, et parfois même les amendes du garde des mines, représentant l’autorité dans les corons.

   Le bain, c’était donc une fois par semaine le samedi. Certainement pour être bien propre le lendemain pour enfiler nos ‘habits du dimanche’. Les autres jours de la semaine, on se lavait au seul robinet d’eau froide qui se trouvait dans la cuisine au dessus d’un évier utilisé également pour la vaisselle.

   Cette vaisselle qui était à la charge des filles le dimanche. Une obligation si elles voulaient aller ensuite au cinéma !

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    Mais avant d’avoir l’âge de sortir seuls, nos dimanches étaient occupés par des réunions familiales. Contrairement à ce que chantait Daniel Guichard, ils n’étaient pas monotones et on recevait souvent de la famille.

    Les parties des cartes sur la table de la salle à manger duraient une bonne partie de l’après midi. Dès que j’en eu l’âge, mon père m’appris les règles de la manille et surtout de la belote. Ainsi, je faisais partie du groupe des hommes qui alignaient tierces, belote-rebelote et dix de der en jetant à grands coups les cartes sur le tapis. Pendant ce temps, les femmes et les filles participaient à de longues parties de Nain Jaune dans une pièce de plus en plus enfumée au fur à mesure que les Gitanes ou les Gauloises se consumaient.

   Autre plaisir dominical que mon père me faisait partager : les rencontres de football au Stade Bollaert toutes les deux semaines. Dès 14h00, il m’installait sur le porte-bagages de sa vielle mobylette et nous prenions la direction la cité des Fleurs où il confiait son engin le temps du match à une pensionnée pour quelques piécettes. Les souvenirs de ces nombreuses heures passées à regarder et à aimer les ‘Sang et Or’ reste inoubliables..

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   Jusqu’au jour de notre communion, le dimanche matin était occupé par la messe. Notre mère nous réveillait et lorsque nous descendions de nos chambres, elle nous attendait dans la grande cuisine. Elle avait préparé trois chaises, une pour chacun, sur lesquelles étaient posés nos ‘habits du dimanche’. Pendant que nous nous habillions, elle faisait chauffer le lait sur la cuisinière puis nous le versait sur le chocolat en poudre dans de grands bols. Notre ‘Banania’ était accompagné de belles tartines beurrées et de confiture ‘faite maison’.

    Puis départ vers ‘l’église du douze’ que jamais nous avons appelé église Saint Edouard. On allait à l’église du douze comme on allait à l’école du douze, au dispensaire du douze ou à la coopérative du douze. Le douze, c’était la cité minière la plus proche de la notre mais c’était ailleurs, pas chez nous. Nous, on était ‘de la fosse quatorze’.

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    A l’église, les règles étaient sévères. On ne rigolait pas avec Monsieur le Curé. Les enfants se plaçaient à l’avant pour la messe, les filles à droite de l’autel, les garçons à gauche. Il ne fallait surtout pas oublier de faire poinçonner sa carte de présence à l’entrée. Toute absence de tampon devait être justifiée même si on était en vacances. Ceci nous obligeait à assister aux messes parfois à contrecœur pendant nos colonies ou nos séjours familiaux en Normandie.

   Après la messe, passage ‘obligé’ au café-tabac de la rue Auguste Lefebvre où nous dépensions nos rares économies (et les centimes que nous avions parfois réussi à ne pas mettre à la quête) en bonbons. Plus tard, j’y achetais mes premières ‘P4′ : des cigarettes en paquet de quatre faites de tabac de piètre qualité mais qui ne nous coûtaient pas très cher.

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    L’itinéraire pour aller ‘au douze’ demandait presque une demi-heure pour nos petites jambes. Nous le connaissions par cœur : quatre fois par jour, cinq jours par semaine, nous l’empruntions pour aller à l’école dès huit heures, été comme hiver, la ‘carnasse’ (le cartable) sur le dos vouté. A cette époque, il y avait classe tous les jours sauf les jeudis et dimanches. Seul avantage du samedi, on n’avait pas ‘d’étude’, ce qui nous permettait de rentrer à la maison à 16h30 au lieu de 17h30. L’étude, c’était une heure de présence de plus le soir afin de faire nos devoirs avec l’instituteur.

    A l’école, c’était comme à l’église : les filles d’un côté, les garçons de l’autre de la rue Saint Edouard. On y allait dès l’âge de six ans dans la classe du primaire. Déjà, à cette époque, les plus chanceux la quittait après le CM2 pour aller au collège en ville ; les autres y restaient jusqu’à leur quatorze ans et le passage du Certificat d’Etudes.

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   Mais en attendant l’âge d’être en primaire, on allait à l’école maternelle qui elle se situait ‘au quatorze’, sur la Route de La Bassée, près de la chapelle. Dès trois ans, le premier lundi de septembre, nos parents nous lâchaient dans ce qui était pour nous un nouveau monde. Par rapport aux autres enfants, nous avions un petit avantage : notre grande sœur Fernande y travaillait comme assistante aux institutrices. C’est dans cette école que nous avons appris en plus de l’éducation traditionnelle comment vivre en société, comment respecter les règles de la vie de groupe.

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   Le jeudi, il n’y avait pas d’école. Nous passions nos journées dehors, hiver comme été. Fabrication de tente avec des sacs de jute l’été ou de bonhomme de neige l’hiver. Grandes parties de ‘Gendarmes et voleurs’ avec les autres enfants du coron ou de billes avec mon copain Pascal qui habitait la maison à côté de la nôtre.

   Parfois, la cour devenait le stade Bollaert et on y assistait à de grands matches de football à …. un contre un. Quelques morceaux d’adhésifs sur le pull-over pour le transformer en maillot de champion et le vieux ballon de cuir usé recevait de grands coups de pied pour aller cogner le mur de la maison devenu but de football à grands cris de  »But pour Lens ! ».

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   Lorsqu’il faisait trop mauvais, c’est à l’intérieur sur une petite table dans la cuisine que je passai des heures avec mes bâtons de pâte à modeler à créer un autre monde miniature.

   Cette pièce que l’on appelait la cuisine, la plus grande de la maison était notre espace de vie. Comme partout dans les corons, c’était la pièce principale. Elle était à l’arrière de la maison et donnait sur la cour. On y vivait, on y mangeait, on y jouait, on s’y lavait, on y écoutait la radio puis plus tard y regardait la télévision, on y recevait, on y faisait nos devoirs …. La cuisine était meublée simplement : la grande table au milieu entourée des chaises de paille, un buffet en bois (remplacé à la fin des années 60 par un autre en formica) garni de nombreuses photographies familiales, un petit meuble pour le gaz, un autre sous l’évier et la petite table sous la fenêtre qui me servait de terrain de jeu. Au sol, un carrelage noir et blanc usé, aux murs la tapisserie à fleurs qu’un oncle venait de temps en temps d’Arras pour en changer.

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    La seule photo que je possède encore de cette cuisine nous replonge dans l’ambiance : la grande table, le buffet avec les photos, la petite armoire à pharmacie, les fleurs de la tapisserie, la cuisinière avec sa cheminée et ses pots de fer blanc ….

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   La cuisinière à charbon : élément incontournable d’une maison des mines. Celle qui transformait souvent la pièce en sauna. Celle qui nous obligeait à descendre à la cave plusieurs fois par jour pour l’alimenter en charbon. Celle sur qui on trouvait toujours la cafetière et la bouilloire. Celle qui obligeait nos parents à se lever tôt pour vider les cendres avant de la rallumer afin que nous ayons chaud en nous levant.

   Car il fallait nous réchauffer au petit matin, surtout l’hiver. Nos chambres se trouvaient à l’étage, sans chauffage bien sur ! Si pendant les autres saisons nous les trouvions confortables bien qu’un peu étroites (trois chambres pour six enfants), la période hivernale, on y traînait pas ! Bien souvent, le froid et le givre laissaient sur les vitres de jolies décorations de glace : pas besoin de thermomètre pour savoir qu’il ne devait pas faire beaucoup plus que zéro degré les nuits de grand froid. Mais c’était comme ça ! Le soir, on se glissait avec appréhension dans nos draps gelés, on faisait ‘du vélo’ avec nos jambes pour se réchauffer et réchauffer les draps puis on s’endormait …..

   Inimaginable pour les enfants d’aujourd’hui : j’ai franchi les douze premières années de ma vie sans télévision à la maison et je n’en suis pas mort. Ce qui se passait dans le monde, on ne l’apprenait qu’à la radio. Mon père écoutait Radio Luxembourg l’oreille collée contre le haut-parleur et buvait les paroles de Geneviève Tabouis. Les premiers épisodes de Zorro, les émissions pour les jeunes de Jean Nohain, les premières diffusions de matches de football du Stade de Reims, on allait les suivre chez les voisins un peu plus riches que nous et qui avaient investi dans un poste de ‘télédiffusion’.

   C’est au début des années 60 que survint un événement inimaginable. A la suite d’une tombola organisée à la centrale électrique de Vendin où travaillait mon père, mes parents emportèrent le premier prix : un poste de télévision !!! C’était une révolution dans notre vie. Les soirées se déroulèrent autrement dès que l’employé de la maison Dumortier installa et brancha cet appareil ultra-moderne. Sans cet événement, je pense que nous aurions encore attendu quelques années de plus pour avoir une télévision à la maison.

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    ‘Le poste’ trouva aussitôt sa place dans la salle à manger, près de la commode. Pour regarder l’unique chaîne de la télé, chacun s’asseyait sur une chaise autour de la grande table. Mais le soir, hors de question de rester et de manger dans la salle, elle n’était réservée que pour les dimanches. Alors, on roulait la table du téléviseur jusque dans la cuisine où il prenait la place de la radio dans un coin de la pièce. Puis, il fallait attendre que les lampes chauffent avant de voir l’écran s’éclairer et diffuser des images en noir et blanc venues d’ailleurs.

    Après le souper, nous devions tous regarder le ‘journal télévisé’ dans un silence absolu. Le moindre bruit était ponctué d’une réplique immédiate de mon père :  »Écoutez ! ». Car, à cette époque, on ne regardait pas la télé, on l’écoutait ! Certainement des restes de l’utilisation des vieux postes de radio.

   Exceptionnellement, le mercredi soir, nous avions le droit de rester après le journal télévisé. Ce soir là, on regardait ‘La Piste aux Etoiles’, un spectacle de cirque présenté par Roger Lanzac et dans lequel le clown Zavatta trouva la célébrité. Une autre émission que mes parents ne rataient jamais, le Magasine du Mineur avec le célèbre acteur patoisant Simons.

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   Les corons n’étaient certainement pas adaptés aux ‘nouvelles technologies’. Le réseau électrique de 110 volts devenait trop faible pour la consommation des familles. Il arrivait souvent que la baisse d’intensité entraîne l’extinction de la télévision. Alors, ‘Dumortier’ installa sous le poste un survolteur. Dès que l’on constatait une baisse de l’éclairage, on allait vite actionner le survolteur afin que notre téléviseur ne nous lâche pas ! Mais parfois, ce n’était pas suffisant. Alors nos parents éteignaient tout, débranchaient la télé et l’antenne et tout le monde allait se coucher.

   Le jeudi après-midi, en dehors des vacances scolaires, on ‘avait cathé’. Il fallait donc reprendre la route de l’église du douze où, dans une petite salle située derrière le préau de l’école des garçons, on voulait nous faire croire que tous les malheurs du monde étaient dus à un couple de naturistes qui n’avait pu s’empêcher de croquer dans une pomme offerte par un diable de serpent !

   Mais, ce qui était bien dans le cathé, c’était avant ou après : d’interminables matches de football sur le terrain aménagé qui se trouvait derrière l’église du douze. Tout le monde jouait, y compris le curé qui faisait aussi office d’arbitre tant il était craint et respecté. Deux sacs posés à terre de part et d’autre du terrain délimitaient les buts. Pas de règles précises, pas de ‘hors jeu’. Un seul objectif pour tous : frapper fort dans le ballon en direction du but adverse. Des matches qui se jouaient parfois à vingt contre vingt ! A cette époque, les clubs de football n’étaient pas structurés pour s’occuper des jeunes et le ‘cathé’ avait la charge de les remplacer. Peu importait pour nous le manque d’installations et d’éducateurs, ces rencontres suffisaient à ce qu’on se prenne un moment pour Kopa, Fontaine, les rémois ou Wisniewski et Oudjani, les vedettes lensoises de l’époque.

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   Nous ne devions certainement pas toujours être très propres lorsque nous rentrions à la maison. Nos vêtements étaient jetés directement dans un grand panier d’osier de la buanderie et attendaient le lundi suivant pour être lavés. Car la lessive, dans les corons, c’était le lundi. Tôt le matin, mon père allumait le ‘feu’ de la buanderie, posait dessus la grande lessiveuse pour faire bouillir l’eau dans laquelle trempait tout le linge de la semaine et où ma mère jetait des morceaux de savon noir. Plus tard, elle utilisait un savon de marque Sunlight que tout le monde appelait ‘sin liche’.

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   Toute la journée, sur le fil à linge qui longeait l’allée du jardin comme dans les autres habitations du coron, on voyait accrochés les draps, les vêtements, les serviettes et toutes les autres lessives de la journée.

   Ça ressemblait à un jour de fête dans le coron avec ces nombreux drapeaux et oriflammes accrochés au pied du chevalet.

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   Lorsqu’elle repassait à même la table de cuisine protégée d’une vieille couverture, ma mère utilisait ces vieux fers en fonte que l’on trouve encore aujourd’hui dans les brocantes. Ils étaient plusieurs à chauffer dans le four de la cuisinière avant qu’elle ne les saisisse un à un à l’aide d’un torchon.

   Les mardis ou les vendredis, il arrivait que l’on aille ‘à Lens’ car c’était des jours de marché. On ne disait pas ‘Descendre en ville’ mais ‘Aller à Lens’ comme si Lens, ce n’était pas chez nous. Cela était peut être du à d’ancestrales rivalités entre les corons et le centre-ville, entre les notables et les mineurs, entre les élus et les patrons des mines.

   On descendait souvent à pied par la Route de La Bassée et la rue du Pôle Nord : quatre ou cinq kilomètres ne nous faisaient pas peur ! Nous avions l’habitude de marcher : nous n’avions pas de voiture à la maison. Les seuls véhicules étaient le vélo de ma mère et la vieille mobylette Peugeot de mon père (qui me semblait être plus souvent en panne qu’en état de rouler, ce qui engendrait de grandes colères paternelles accompagnées d’une suite d’exclamations furibondes dans lesquels il ne disait pas que du bien de l’Être Suprême!).

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   Sur le marché, après avoir arpenté toutes les allées de la place du Cantin (que jamais je n’arriverai à appeler place Roger Salengro) et de la rue de Lille, on remontait quelques heures plus tard, parfois toujours à pied, parfois en empruntant les vieux cars jaunes bondés des Transports en Commun Lensois qui nous laissaient au café Carpentier, près de la maison de l’ingénieur.

   Ma mère ramenait toujours quelque chose dans son panier du marché, alimentation, accessoires, textiles …. En cette période d’avant les hypermarchés et d’avant les caddies, certaines marchandises ne pouvaient être trouvées qu’au marché. Pour les courses de la semaine, il y avait les commerces de la Route de La Bassée ou la coopérative des mines, rue Fénélon. Sans oublier les marchands ambulants pour le pain, les produits frais (‘le marchand de beurre’) ou la boisson (‘le marchand de bière’) dont le passage du camion dans notre rue était toujours un petit événement et une occasion de se retrouver pour les femmes du coron.

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  Il y a certainement encore beaucoup de choses à dire sur la vie dans les corons de notre jeunesse. Tant de souvenirs reviennent au fur et à mesure de l’écriture. Le 3 de la rue Lamennais, c’est là où je suis né, c’est là où j’ai vécu les vingt premières années de ma vie, c’est là où mon père est décédé. D’autres pages de la vie ont été tournées depuis mais celle-ci fut la première, celle de l’enfance, celle de l’insouciance, celle que l’on n’oublie jamais.

   C’était au 3 rue Lamennais, fosse 14 à Lens …………………………………..

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Quand Lens se met à chanter !

Posté par Le Lensois Normand le 30 mai 2013

   Pour chanter à Lens, il n’y a rien de plus simple : il suffit de s’inscrire à la Société Chorale Lensoise. Cette association, née au lendemain de la seconde guerre mondiale, a vu passer de nombreuses chanteuses et de nombreux chanteurs anonymes et d’autres un peu plus connus.

   Dans les pages suivantes, nous allons découvrir que l’on peut être lensois et artiste en prenant connaissance de l’histoire de la Chorale Lensoise et de deux artistes qui lui sont étroitement rattachés : Moïse Dupuis et Suzanne Lefort.

   J’ajoute que ces textes n’auraient pu voir le jour sans la collaboration efficace de Gérard Delmarre, actuel président de la Chorale et de Jean Marc, son papa dont la mémoire d’éléphant nous a évité bien des recherches.

    Alors, chantez maintenant …….….

 Quand Lens se met à chanter ! dans Histoire 1e-logo-de-moise-dupuis 

   C’est dès 1942 que Moïse Dupuis, un grand musicien lauréat du Conservatoire de Paris, réunit chez lui à Lens quelques passionnés de chant choral.

   Sur les conseils d’Ernest Schaffner, lui-même fin amateur de belles musiques, il décide de créer une chorale. C’est ainsi que le 8 mars 1946 est déclaré à la sous-préfecture de Béthune la création de la Société Chorale Lensoise dont le siège social est implanté au 45 rue François Gauthier (dans la salle de l’école de musique municipale). L’association parait au Journal Officiel le 22 mars. Elle est composée d’une vingtaine de choristes.

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   La commission de la SCL est alors constituée comme suit : Directeur-Président, Moïse Dupuis ; Secrétaire, Lucien De Schepper ; Trésorier, Claudine Vala ; Archiviste , Pierre Palmaert ; Administrateurs, Paulette Lardé et Rachel De Schepper.

   Le Docteur Ernest Schaffner, qui sera Maire de Lens l’année suivante, accepte aussitôt d’en être le Président d’Honneur.

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   Dans les statuts de l’Association ‘loi 1901′, la ‘Chorale’ définit ses buts :l’étude et la diffusion du chant choral et servir la musique dans toute la mesure de ses possibilités

   Dès les premières années, la SCL organise ou participe à de nombreux concerts de musique vocale et instrumentale à Lens :

    – le mardi 9 Juillet 1946 Concert à la Salle Gabilly (rue de la Gare) avec Madame Delvigne (violoncelle) ; Messieurs Loridan (basson) et Delvigne (trompette) ; le trio d’anches (Loridan, Pouillart, Dupuis).

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     – le mercredi 11 Décembre 1946 toujours à la salle Gabilly avec le concours de Monsieur Largillière (clarinettiste Premier Prix du conservatoire de Lille) Monsieur Delvigne (Premier Prix du conservatoire de Paris) Messieurs Caulier, Sénéchal, Delattre, Delemailly, Boulanger, Mayeux (Trompettistes) ; Monsieur Dhaene (Tromboniste, Premier Prix du Conservatoire de Paris, Soliste de la Radio Diffusion Nationale, Professeur au Conservatoire National de Musique de Lille); au piano: Melle Hoyez, Premier Prix du Conservatoire.

    – le Mercredi 11 Juin 1947: Gala organisé par la Société Philharmonique de Lens à l’Apollo (place de la gare) avec le concours de la SCL. Au programme: “L’Arlésienne” de Georges Bizet.

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    – le Mercredi 17 Décembre 1947 avec la participation de Monsieur Gourdin, bassiste, Lauréat du Conservatoire de Lille ; Monsieur Hollande, hautboïste, Premier Prix du Conservatoire de Paris ; la chorale des Elèves de l’école Carnot sous la direction de Monsieur Breuvart, Instituteur, avec au piano d’accompagnement, Melle Hoyez.

    – le Dimanche 20 Juin 1948 : Participation à la Messe Solennelle à la mémoire du Maréchal Leclerc, en l’Eglise St Léger organisée par l’Association des Français Libres.

    Selon la volonté de son Président, le répertoire de la Chorale est très varié : chants spirituels, profanes, classiques, modernes, folkloriques…. L’association permet à de nombreux jeunes chanteurs de monter pour une première fois sur scène. Elle organise également des échanges culturels avec d’autres groupements d’amateur de musique.

    Très vite, Moïse Dupuis abandonne la présidence de la chorale à M. Jean Dujardin puis M. Robert Ménard, coiffeur à Lens. Moïse a hissé la chorale à un tel niveau de qualité qu’elle est très appréciée et demandée dans tout le Bassin Minier et même au delà.

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    Dès ses débuts, la Chorale participe ou organise de nombreuses manifestations dont il n’est pas possible de citer la totalité :

  • Le Festival du Chant Choral de Lille en 1950 (diffusé sur toutes les radios européennes et même en Amérique)

  • Le 16 janvier 1951, elle organise à l’Apollo un grand gala avec le ballet de l’Opéra de Paris au profit du bureau de bienfaisance de Lens

  • Un Gala de Danse avec la corps de ballet de l’Opéra de Lille toujours en 1951

  • Le 15 février 1952, à la salle des Fêtes des Mines, Route de Béthune, un concert sous le patronage de M. Chaix, Directeur des HBNPC avec la quatuor de clarinettes de Paris.

  • En 1952 également, un enregistrement à la RTF diffusé sur ‘Paris-Inter’

  • A l’occasion du 10è anniversaire de sa création en 1956, est organisé un Gala de danse avec la participation des ‘Jeunesses Municipales’ et du ‘Groupement des Artistes Indépendants de Lens’ présidé par M. Alfred Sorriaux ainsi qu’un grand concert à la salle des Fêtes des Houillères de la Route de Béthune

  • En 1959, elle est à l’origine à Lens du 1er Festival de Chant Choral, présidé par Louis Durey, compositeur et membre du célèbre ‘Groupe des Six’.Louis Durey (1888-1979), l’ainé du ‘Groupe des Six’, un groupe de compositeurs réu-nissant aussi Georges Auric (1899-1983); Arthur Honegger (1892-1955); Darius Milhaud (1892-1974); Francis Poulenc (1899-1963) et Germaine Tailleferre (1892-1983). Ils avaient pour maîtres à penser Erik Satie (1866-1925) et Jean Cocteau (1889-1963).

  • C’est aussi cette année là , début novembre,qu’est présenté à Liévin et à Lens un concert avec l’Harmonie des Mines et la chorale de Liévin.

  • En 1961, elle participe à un concert de gala organisé par la Société Bayer à Leverkusen (Allemagne de l’Ouest)

  • Elle concourt au 2è Festival du Chant Choral de l’ORTF en 1962 où elle reçoit une Mention d’Honneur

  • La même année, en décembre, la Chorale était aussi présente au gala de l’ORTF qui a lieu à Douai

  • A l’occasion du millénaire de la ville de Luxembourg, elle remporte les deux premiers prix en exécution d’œuvres imposées et libres en 1963

  • Le 30 Octobre 1963, la chorale est encore présente au Concert d’Hiver du Groupe des HBNPC de Lens-Liévin en présence de M. Michaux, Directeur. Avec Pierre Moreau, baryton, 1er Prix du Conservatoire de Paris, elle interprète quelques extraits du Couronnement de la Muse de Gustave Charpentier pour chœur mixte et orchestre d’harmonie. Moïse Dupuisayant obtenu, non sans mal, l’autorisation de la famille du compositeur.

  • En 1966, à l’occasion de son 20è anniversaire, la Chorale Lensoise se produit dans une série de concerts avec la participation de l’orchestre ORTF de Lille et organise à Lens, un festival régional.

   Les activités sont nombreuses. Pour exemple, le printemps 1960 est très chargé pour les choristes et leur encadrement : 20 avril, Gala ‘Jazz Negro’ à la Salles des Fêtes des Mines de Lens avec l’Orchestre Noir de Paris ; 22 mai : sortie annuelle à Reims suivie dès le lendemain par un concert à Arras avec une chorale allemande ; 29 mai : Fête « Danse, Musique et Chœur » organisée par le Chorale au jardin Public de Lens ; 12 juin, retour à Arras pour un festival Chorale et le 18, audition au gala des congrès de la fête des musiques du Nord-pas de Calais.

    En 1966, après le décès brutal de Monsieur Ernest Schaffner, André Delelis, élu Maire de Lens devient à son tour Président d’honneur de la Chorale.

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   Dans les années 70, les répétitions avaient lieu dans la salle de sports du Collège Campan, rue Romuald Pruvost. Aujourd’hui, elles se déroulent au Centre « Léon Jouhaux », rue Eugène Bar.

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   En 1975, Madame Francine Laurent devient Présidente avant d’être remplacée en 1984 par Madame Marie Blanche Larde. La Chorale Lensoise est présidée et dirigée aujourd’hui par Gérard Delmarre, un ‘élève’ de Moïse Dupuis.

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    La Chorale continue à faire vivre le chant dans le bassin minier et au delà :

  • En 1976, elle organise ‘Mai Culturel à Lens’ conjointement avec les autres chorales ‘Acoeur Joie à Lens ’ et ‘Cœur du Rail’ et l’Harmonie Municipale

  • 1979 : Elle participe au 250ème anniversaire de la Passion selon Saint Mathieu de JS Bach

  • On le retrouve en 1983 au Festival de’Anvers

  • L’année suivante, elle enregistre au Colisée à Lens, un disque avec l’Harmonie Municipale.

  • En 1985, la Chorale donne 9 concerts dont un toujours au Colisée avec le pianiste Alain Raes et le violoncelliste Yves Desmons

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  • C’est l’année suivante qu’elle fête ses 40 ans par une grande fête à laquelle participe M. Jean Souvraz, Sous-Préfet de Lens et André Delelis, Sénateur-Maire, fête qui débute par un récital au Foyer Jean Moulin de Lens.

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  • Quelques mois plus tard, elle apporte son soutien à la rénovation de l’église polonaise de Lens (qui sera baptisée Eglise du Millenium).

  • En 1995, pour préparer la saison du cinquantenaire, elle donne son premier concert de l’année au Colisée et participe à de nombreuses manifestations comme la Sainte Cécile, le Téléthon et bien sur, la Fête de la Musique

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  Depuis c’est Gérard Delmarre (à droite sur la photo ci-dessus), le dernier élève de Moïse Dupuis qui préside et dirige la Chorale.

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   C’est à partir de cette année que la Chorale Lensoise devient partenaire du grand chanteur qu’est José Todaro. Gérard Delmarre raconte : « En Septembre 1995, première rencontre avec José Todaro après des mois passés au téléphone pour mettre au point le tout premier spectacle à Arras, au Théâtre municipal en Octobre pour un concert au profit de l’Association des Sclérodermiques de France dont il est l’un des parrains avec Jean-Claude Dreyfus et Christian Marin. Dès lors, on ne s’est plus jamais quitté ! Il m’a contacté pour chanter à Viarmes (lès Chantilly), puis Lens, Douvrin, Loos en Gohelle, Calais, Lille (Sébastopol), Chimay, Charleroi, Lobbes (Belgique, village où Julie et Mélissa avaient subi les assauts pédophiles du réseau des époux Dutroux)».

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   Gérard Continue : «José Todaro nous invite à Troyes (NDR : avec le Groupe Vocal de Liévin dirigé aussi à l’époque par G. Delmarre), au théâtre de Champagne le 24 Mars 1996, quasiment 50 ans jour pour jour après la création de la chorale. A cette époque bénie, on ne connaissait pas la crise et M. Todaro avait obtenu des organisateurs de nous affréter un bus et de nous donner à manger pour pouvoir l’accompagner dans son tour de chant.

   Le programme, devant plus d’un millier de spectateurs, dans ce cadre grandiose, est un hommage à Luis Mariano.

   Association toujours aussi dynamique, la Société Chorale Lensoise, bientôt septuagénaire et plus ancienne association lensoise reste aujourd’hui l’une des références du Nord-Pas de Calais en ce qui concerne le chant choral.

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Lors du concert donné à l’EHPAD « Désiré Delattre » à l’occasion de la coupe du monde de football en 1998 à Lens

   Ses activités, toujours aussi nombreuses, la font arpenter les villes de la région où, toujours devant un public averti, elle présente un spectacle d’excellente qualité. La Chorale est toujours à la recherche de nouveaux talents alors peut-être qu’un jour, on vous dira à vous aussi ‘Et bien, chantez maintenant ».

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LENS et ses gares

Posté par Le Lensois Normand le 26 janvier 2013

LENS et ses gares dans Histoire gare1000

   Nous sommes en 1860 : la Compagnie des Mines de Lens créée huit ans plus tôt produit près de 1 600 000 tonnes de houille avec les deux seuls puits déjà exploités (fosses Ste Elisabeth et du Grand Condé). Le nombre d’habitants à Lens est passé de 2500 à 4000 en 10 ans, il devient nécessaire que la ville soit reliée au chemin de fer et possède sa gare.

    Il est difficile d’imaginer Lens sans gare mais c’était le cas jusqu’en 1860 comme le prouve cette carte des Chemins de Fer du Nord de 1853. 

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   La Compagnie des Chemins de Fer du Nord, créée le 20 septembre 1845 par le banquier James de Rothschild prend possession d’un grand espace au sud-ouest de la ville et décide d’y faire passer des voies ferrées et de construire une gare.

    La mise en service de la ligne entre Arras et Hazebrouck passant par Lens est à l’origine de la création de cet ensemble ferroviaire. Au départ, il n’est utilisé que pour le trafic de houille de la Compagnie des Mines : jusque là, le transport du charbon se faisait par le canal dont les quais de chargement étaient reliés aux fosses par les voies ferrées privées des Mines.

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   Lens, ce n’était d’abord qu’une simple halte sur la ligne Arras-Dunkerque, la gare n’est ouverte au service des voyageurs qu’en 1863 et comporte alors 4 voies et deux quais pour le trafic des voyageurs, un faisceau de 7 voies pour les trains de marchandises et deux voies en impasse pour le garage des locomotives.

    Elle n’est composée que d’un seul bâtiment devant lequel a été ouverte une petite place.

    Mais Lens a sa gare, celle que les lensois allaient appeler ‘la gare du Nord’ en opposition à celle des Mines : la gare Sainte Elisabeth.

gare1003 chemin de fer

   Contrairement à aujourd’hui, le bâtiments-voyageurs se trouve exactement dans l’axe de la rue de la Gare qui a été tracée à l’initiative de Guislain Decrombecque et d’Edouard Bollaert afin de relier directement les voies ferrées à leurs exploitations ou usines.

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    D’autres liaisons ferroviaires nécessaires au transport du charbon sont ouvertes par la suite. Elles relient la capitale du pays miniers aux villes importantes (Paris, Calais, Dunkerque, Lille ….). Ces lignes servent en même temps à la circulation des premiers trains de voyageurs.

Année

Ligne mise en service

1860

Prolongement de la ligne Arras-Hazebrouck jusque Dunkerque

1860

Lens-Ostricourt (vers Lille)

1869

Lens-Don Sainghain via Pont à Vendin et Bauvin-Provin

1879

Lens-Hénin Liétard-Carvin

1884

Lens-Armentières par Don Sainghin

1889

Lens-Frévent (le Tortillard)

1906

Lens-Brebières (vers Douai)

    Lens se trouve alors au centre d’un ensemble ferroviaire important.

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   Dans le même temps, les installations de la gare de Lens prennent de l’expansion pour répondre à l’augmentation du trafic. Lui ont été ajoutés :

Année

Constructions

1872

3 voies en impasse pour le chargement de wagons de marchandises

1875

une halle à marchandises

1879

une ‘fosse à piquer le feu’ et une grue hydraulique (pour l’entretien des locomotives)

1884

un faisceau de cinq voies relié aux lignes du chemin de fer des mines de Lens

1893

deux voies de garage pour le tortillard Lens-Frévent

1910

ouverture de la cour à marchandises

   Sur la photo ci-dessous qui date du tout début du XXème siècle: au premier plan, la tête de faisceau des voies affectées aux trains de marchandises puis les quatre voies du trafic voyageurs (un train y est en stationnement). Au centre de l’image, la grande halle aux marchandises et ses voies dites ‘de débord’ qui longent la rue Thiers (aujourd’hui rue Jean Létienne) et où stationnent de nombreux wagons en cours de manutention. Dans le fond, on distingue le bâtiment voyageurs derrière le buffet-hôtel.

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   Voici un plan paru dans l’ouvrage d’Alfred Buquet ‘Lens, son passé, ses houillères’ en 1950. On y voit les installations de la gare de Lens avec les évolutions de 1860 à 1910. On remarque aussi que la place de la gare, appelée ‘Cour des Voyageurs’, est beaucoup moins large qu’aujourd’hui.

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   A partir de 1897, devant le nombre croissant de voyageurs, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de moderniser et d’agrandir le bâtiment de la gare avec :

- la mise en place d’une tour à bulbe avec quatre horloges

- la construction et l’ouverture d’un Buffet-Hôtel perpendiculaire à la gare

- l’extension des locaux pour les services administratifs

- la cour des voyageurs est pavée (1905)

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   Sur cette photo, on distingue au premier plan, les voies de la ligne Lens-Frévent qui emmènent le ‘Tortillard’ (ci-dessous) vers le Boulevard des Ecoles par la rue de la Paix.

tortillard reconstruction

   Les quais sont aussi aménagés pour un meilleur confort des voyageurs (agrandissement des abris de quai avec pose de banquettes, installation de toilettes et de passages planchéiés pour traverser les voies).

   En 1913, le trafic de la gare de Lens est de 900 000 voyageurs et plus de 2 000 000 tonnes de charbon.

   Mais il semble que ces travaux ne répondent pas aux besoins de la population. Le Député Maire de Lens, Emile Basly part en guerre contre la Compagnie du Nord.

    Le 9 mai 1910, avec Arthur Lamendin, le maire de Liévin, il fait voter une résolution par le Conseil Général du Pas-de-Calais demandant à la compagnie ferroviaire d’agrandir rapidement la salle des pas perdus et les salles d’attente à défaut de construire une nouvelle gare.

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   Le 30 septembre 1912, devant l’inaction de la compagnie, il fait appel au Ministre des Travaux Publics, Raymond Poincaré afin qu’il fasse pression sur les dirigeants des Chemins de Fer du Nord.

    Le 25 janvier 1913, le Directeur de la Compagnie écrit au Ministre afin de lui présenter un projet d’expansion tout en soulignant que la gare étant construite au dessus d’une exploitation minière, elle ne peut recevoir un étage supplémentaire et n’être donc agrandie que du côté de la cour des voyageurs pour éviter les affaissements. Basly trouve ce projet n’est qu’un  »rattrapage disgracieux » et diminuerai la surface de la place de la gare, déjà trop exigüe pour la population d’une agglomération de 100 000 habitants. En même temps, il demande à ce que les deux quais soient couverts d’un bout à l’autre et munis de banquettes.

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Emile Basly

   Courant 1913, on en est à ce point des négociations entre le Ministre, le Député-Maire et la Compagnie du Nord qui reste sur ses positions : la construction d’un nouveau bâtiment engendrerait des coûts importants qui ne pourraient être supportés par les seules recettes de la gare pourtant estimées par Basly à 10 ou 11 millions de Francs.

    Selon la Compagnie, seul un agrandissement sur la place n’est envisageable à cause des risques d’affaissements d’un édifice plus lourd.

   Arrive alors la première guerre mondiale qui, malheureusement, met un terme aux discussions. Dès le mois d’octobre 1914, Lens est occupée par les troupes allemandes. Mais les alliés sont aux portes de la ville. La guerre fait rage et les bombardements s’intensifient de jour en jour. La gare est la cible des obus afin d’anéantir le transport ferroviaire qui devient rapidement impossible.

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   Pour se déplacer en train hors de Lens, il faut rejoindre la gare de Billy Montigny. Les plus chanceux s’y rendent en voiture, d’autres en calèche ou à pied. Mais rapidement les autorités allemandes interdisent aux lensois de sortir de la ville sans autorisation.

    Les locaux de la gare qui ne voient plus de voyageurs servent alors d’abris provisoires aux soldats allemands et à leurs chevaux.

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   Voyant la fin et la défaite approcher, les troupes allemandes décident de raser complétement la ville. Lorsque les soldats canadiens entrent les premiers dans Lens en octobre 1918 après 10 jours de combats intenses et 4 ans de guerre et de bombardements, la gare, comme tout le reste de la ville, est complètement détruite.

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   Il faut alors rapidement relancer l’industrie. Les Compagnies des Chemins de Fer du Nord et des Mines de Lens désirent que le trafic ferroviaire soit le plus vite possible opérationnel : les transports par camions sont onéreux et d’un mauvais rendement au point de vue tonnage. Il faut donc impérativement pouvoir se resservir du chemin de fer dont toutes les voies sont dans un piteux état. Au départ, seule la voie ferrée vers Hazebrouck est rétablie par le 5ème Génie mais elle n’arrive qu’aux abords de Lens. C’est l’entreprise de travaux publics de M. Vandewalle qui effectue les travaux pour la Compagnie du Nord.

    Le 26 mai 1919, la Compagnie des Mines de Lens a rétabli complètement la ligne entre Lens Ste Elisabeth et Violaines et deux trains ouvriers et plusieurs trains de marchandises y circulent par jour. L’origine de la ligne se situe rue Bollaert où sera construite la gare Sainte-Elisabeth en 1926.

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   A compter du 1er septembre 1919, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord fait passer chaque jour deux trains dans chaque sens sur la voie privée des Mines entre Lens et Pont-à-Vendin pour rétablir sa liaison Lens-Armentières qu’elle ne peut pas encore faire par Loison car deux des trois ponts du canal de la Souchez ne sont pas encore reconstruits. C’est à ce moment le seul moyen de quitter Lens par le chemin de fer.

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   Ce service de trains de voyageurs existe jusqu’au 20 février 1921 date de la remise en service de la ligne Lens-Don Sainghin par Hénin-Liétard. En attendant une nouvelle gare, un bâtiment provisoire en bois long de 40 mètres et large de 8 mètres est installé dans l’ancienne cour des marchandises (à l’emplacement actuel de la gare routière). Il fait office de gare provisoire tant pour les voyageurs que pour le personnel.

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   En ce même lieu se côtoient ainsi les wagons de marchandises et les trains de voyageurs comme ceux des nombreux ‘pèlerins-touristes’ venus de toute la France pour  »visiter » les ruines de Lens.

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   Dès le 22 juin 1919, le Conseil Municipal de Lens (alors exilé à Paris) dirigé par Emile Basly, décide d’autoriser la Compagnie du Nord à reconstruire une gare. Un article du journal ‘Nord-Matin’ paru en 1980 justifie cette décision hâtive (la ville n’est encore qu’un amas de ruines) par le fait que la municipalité de Liévin emmenée par son maire Léon Degreaux, est déjà intervenue auprès de la compagnie des Chemins de Fer du Nord et celles des Mines de Lens et de Liévin pour que la gare centre du bassin minier soit construite sur son territoire.

    Raoul Dautry, Ingénieur en chef de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de confier la réalisation de la nouvelle gare de Lens à Urbain Cassan, architecte et chef du service des bâtiments de la compagnie. Ils commandent les travaux à l’entreprise parisienne Forestier, Alquier et Cie.

gare1015   Les travaux de la nouvelle gare commencent en janvier 1926. Il faut en priorité résoudre le problèmes des affaissements miniers qui ont atteint dans certains endroits de Lens quatre mètres entre 1870 et 1914. Sous la zone de la gare, une veine de charbon de 10 mètres de hauteur est en exploitation. Si ces affaissements ne sont pas pris en considération, la gare se trouvera rapidement en contrebas des voies.

   Pour leur faire face, Urbain Cassan imagine un procédé unique et révolutionnaire. La gare n’est pas construite en briques mais en ciment Portland artificiel armé provenant des Usines de La Loisne à Barlin.

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   La gare est composée de douze blocs indépendants les uns des autres. Ce qui fait que si l’un d’entre-eux s’affaisse, la structure générale n’est pas disloquée. La partie affaissée peut être remontée à sa hauteur initiale grâce à un système de vérins implantés dans des chambres installées dans les fondations et capable chacun de soulever 50 tonnes.

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   Le 17 septembre 1926, le gros œuvre est terminé. Les travaux ne concernent plus que les finitions et les abords. On voit se dresser l’impressionnant échafaudage de la tour des horloges.

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Le 19 avril 1927, la nouvelle gare est accessible au public. Les voyageurs découvrent alors l’architecture originale de la salle des pas-perdus avec ses fresques qui sont l’œuvre d »Auguste Labouret et, sur les deux façades, les grandes portes munies des grilles en fer forgé d’Edgar Brandt (un artiste ferronnier d’art et industriel de l’armement français).

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  Elève de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts, Auguste Labouret (1871-1964) est un grand artiste Maître Verrier à qui l’ont doit aussi les décorations des gares de Paris St Lazare, Albert, Saint Quentin, des grands magasins parisiens comme les galeries Lafayette, le Louvre, le Bon Marché, du paquebot Normandie, de nombreux casinos, théâtres ou cinémas. Il a aussi restauré les vitraux des cathédrales d’Amiens, Lyon, Quimper, Rouen…

   Pour ces mosaïques murales il a parfois employé de petits éléments de marbre, incrustés en relief dans le ciment et ensuite taillés au marteau. On y voit d’un côté les mineurs se diriger vers la fosse, barrette sur la tête, pic à l’épaule et lampe à la main. Avec en arrière-plan les terrils, chevalements et cheminées. De l’autre côté c’est le retour des mineurs chez eux, avançant la tête baissée, sans doute harassés par leur journée de labeur. Les autres mosaïques évoquent aussi le pays minier, les transports et l’industrie locale.

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  Le hall de la gare est immense sous la voute en arc de cercle et très lumineux grâce à la toiture équipée de multiples vitraux. Sur la photo ci-dessous parue dans ‘L’Illustration’ en 1927, on voit à gauche, le kiosque à journaux au dessus duquel se trouve une grande horloge, à droite, les guichets avec leur barrières de fer forgé et les sièges en bois. Dans le fond, le service des bagages et la consigne.

   A l’autre extrémité, les deux salles d’attente de première et deuxième classe entièrement carrelées surprennent les voyageurs avec leurs bancs recouverts de mosaïques en céramique.

   La nouvelle gare est beaucoup plus grande que l’ancienne : elle mesure 85 mètres de long. Elle peut ainsi répondre à la demande journalière de 2000 billets en 1927. Son architecture, totalement ‘art-déco’, rappelle la forme d’une locomotive de type 020; la tour d’horloges de 23 mètres en étant la cheminée, la gare elle-même la chaudière avec les deux portes rondes qui figurent les roues. A l’autre extrémité, le buffet semble en être le tender.

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   Les installations ferroviaires sont plus importantes qu’avant la première guerre. Elles comportent maintenant :

      – 6 voies à quai pour le trafic des voyageurs (dont deux en impasse)

      – 2 voies dites de circulation pour les trains passant sans arrêt

      – Une cour marchandises de 6 voies avec une grande halle

      – Un triage de 25 voies pour le trafic des wagons de marchandises

      – Un faisceau de garage de 8 voies pour les trains de marchandises

      – Un atelier de réparation des wagons

   La gare comporte aussi un local pour le trafic des colis, un bâtiment pour le service médical au dessus duquel se trouvent des logements (1), un local toilettes-WC sur les quais (2), un buffet (3) et un poste d’aiguillage pour gérer la circulation des trains en gare (4). (Photos publiées avec l’accord des concepteurs du site sur la cité des Cheminots de Lens : www.cdclens.fr)

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   Voici quelques photos du Buffet de la Gare (dont certaines sont aussi tirées du site sur la Cité des Cheminots de Lens). En haut : le buffet vu de la place et des quais lors de la construction. Puis deux vues de la salle à manger. Sur la troisième ligne : la buvette et la cuisine; enfin le buffet aujourd’hui, façades avant et arrière.

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   La nouvelle place de la gare est aussi agrandie par rapport à l’ancienne : elle s’étale maintenant de la rue de la Gare à la rue de la Paix. La cour des marchandises a été décalée vers l’ouest pour donner plus de place au trafic des bus qui viendront stationner face aux portes de la gare.

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    Initialement prévue le 26 juin, l’inauguration de la nouvelle gare n’a finalement lieu que le 14 août 1927, le même jour que le nouvel Hôtel de Ville.

   Le matin du dimanche 14 août vers 11 heures, les personnalités se retrouvent devant la gare. On y reconnait Emile Basly, le Maire de Lens, Alfred Maës, son premier adjoint, Myrtil Stirn, sous-préfet de Béthune et des représentants de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

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  Les cérémonies commencent par un dépôt de gerbes sur la plaque élevée en l’honneur des cheminots morts lors de la guerre 14-18. Puis, après avoir coupé le traditionnel ruban, les personnalités prononcent des discours dans le hall de gare décoré de draperies rouges et or tandis que des sociétés musicales entonnent l’hymne national sur le kiosque dressé sur la place. Ensuite, tout le monde se rend à pied en cortège jusqu’à l’Hôtel de Ville où continuent les festivités avec un grand banquet , des défilés dans les rues de Lens et une fête de nuit avec un grand bal populaire sur la Place de la République.

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   Les lensois sont heureux : ces inaugurations leur permettent de tourner définitivement la page après cette guerre qui a totalement ruiné la ville.

   Mais leur bonheur est éphémère : douze ans plus tard est déclarée la Seconde Guerre Mondiale. Lens est de nouveau victime de bombardements, les voies ferrées sont visées. Au printemps 1944, les bombardements alliés font de nombreuses victimes et d’importants dégâts mais, si les voies du triage, les locaux et ateliers se trouvant entre ces voies et le poste d’aiguillage n°7 sont pratiquement détruits, les bâtiments de la gare-voyageurs de Lens ne sont pas beaucoup touchés.

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   Cependant, de nombreux dégâts ont été occasionnés du côté du dépôt des locomotives de Méricourt devenu inutilisable. La cité des Cheminots, toute proche, a été cruellement frappée. Le seul bombardement d’avril 1944 (au cours duquel environ 1500 bombes furent larguées) y a tué 214 personnes et blessé plus de 200 dont de très nombreux cheminots.

   Fin 1946, le triage redevient opérationnel. Ce sont alors les années glorieuses pour l’activité de trains de marchandises de la SNCF avec le transport de houille et de ses sous-produits mais aussi de ciment, de verres, d’engrais ou d’autres produits industriels.

   Les lignes ferroviaires qui desservent le gare de Lens sont électrifiées à la fin des années 50 : en octobre 1957, Lens-Ostricourt-Lille; Lens-Arras en mai 1958, la même année que Lens-Don Sainghin; Lens-Dunkerque en janvier 1960.

   La gare en profite pour supprimer ces affreuses potences qui se trouvaient sur les toits et qui servaient à acheminer l’électricité et le téléphone.

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   La SNCF en profite pour moderniser le triage qui est à l’époque l’un des plus grand de la région avec 1500 à 2000 wagons de marchandises par jour. A ce trafic, il faut ajouter la trentaine de trains complets de houille ou de ses dérivés remis par les HBNPC et ses filiales ainsi que par d’autres entreprises locales (Verrerie de Wingles, Laminoirs de Lens, …)

    Ce nouvel ensemble ferroviaire comporte un faisceau de 30 voies de triage, un chantier de visite et de réparation, un autre faisceau de 8 voies pour recevoir et expédier les trains et des voies de circulation électrifiées. Les cinq postes d’aiguillages ont été modernisés pour être adaptés à la traction électrique.

   Pour faire fonctionner ce triage, les équipes de cheminots dirigées par un ‘Sous-Chef de gare de Première Classe’ travaillent en 3×8 et disposent de trois locomotives de manœuvre.

   En 1963, des travaux importants doivent être engagés dans le triage afin de relever les voies suite aux affaissements miniers. Plus de 100 000 mètres-cube de matériaux sont utilisés pour remettre à niveau ces voies dont certaines seront relevées d’un mètre vingt.

  Le 28 décembre 1984, le bâtiment des voyageurs de la gare de Lens fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques.

   Depuis les années 80, l’intérieur de la gare est souvent modifié pour répondre aux  »normes standards » de la SNCF : presque plus de guichets, plus de service bagages-consigne, plus de salle d’attente, les grandes portes rondes sont définitivement closes et beaucoup moins de cheminots le plus souvent remplacés par des machines automatiques. Les fresques d’Auguste Labouret semblent perdues dans cet univers ou tout est de couleurs vives, où tout est ‘tape à l’œil’. Le voyageur ne se délasse plus dans la gare en attendant son train: aujourd’hui, il se précipite, il court sans même un regard sur ce qui reste du travail des artistes qui ont créé cet espace.

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   Autres effets des temps modernes : la cour et la halle des marchandises qui longeaient la rue Jean Lestienne ont totalement disparu pour laisser la place depuis février 2009 à la nouvelle gare routière.

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   Autre évolution un peu surprenante : avant les travaux de rénovation de la place et de la gare routière, le local qui servait de halte au tortillard de la ligne Lens-Frévent était devenu pour un temps et avant sa démolition du bâtiment … une friterie !

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   Le triage aussi a été fermé : l’activité ‘marchandises’ de la SNCF ne correspondait plus aux besoins du monde actuel et coûtait trop cher à l’entreprise. Des tas de traverses usagées rappellent qu’avant, il y avait des voies ferrées à cet endroit. La végétation abondante dans les entre-voies prouve qu’il y a bien longtemps que les pas d’un cheminot ont foulé le ballast.

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    Après l’abandon par la SNCF du trafic de ‘wagons isolés’ (ensemble de wagons de marchandises et destinations différentes rassemblés dans un même train de triage en triage), la seule activité ‘fret’ qui existe encore à Lens concerne des trains entiers et occupe moins d’une dizaine de cheminots.

    Amputé d’une bonne partie de son faisceau, de ses postes d’aiguillages et autres bâtiments, l’ancien triage ne sert aujourd’hui qu’à garer quelques trains de service, rames de voyageurs ou locomotives.

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   La place de la gare devenue Place du Général de Gaule en 1970 est aujourd’hui totalement piétonne. Le parking qui s’y trouvait est maintenant dans l’ancienne gare routière, ‘le quartier des gares’ est en pleine évolution ……

    … Mais le bâtiment a toujours conservé son aspect extérieur original et surprend toujours les voyageurs qui descendent du train pour la première fois en GARE DE LENS.

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La Rocade Minière

Posté par Le Lensois Normand le 20 décembre 2012

La Rocade Minière dans Histoire rocade001

    On ne se doute pas aujourd’hui lorsqu’on emprunte la rocade minière qu’il y a près de 60 ans elle existait déjà mais seulement à l’état de projet. En effet, la rocade minière, appelée depuis aussi autoroute A21 a été imaginée dès 1954 alors qu’Ernest Schaffner était Maire de Lens. Le but était de pouvoir traverser d’est en ouest le Bassin Minier et de relier les villes où l’activité économique battait son plein avec Paris et d’autres grandes agglomérations.

    La ville de Lens, au centre et capitale de ce Bassin Minier, était donc certainement la plus intéressée par le projet. Bien que la circulation automobile n’était à l’époque encore réservée qu’à une certaine élite, la ville, où se croisaient au même endroit, le carrefour Bollaert, les routes provenant d’Arras, de Liévin, de Béthune, de La Bassée, de Douai et de Lille risquait rapidement d’être saturée aux heures de pointe. Mais la rocade permettait surtout aux camions, mode de transport de marchandises en plein développement, de desservir les industries en évitant les centre-villes.

    Ernest Schaffner chargea donc André Delelis de la gestion du dossier de la rocade.

    Déjà à cette époque, deux des propositions avancées par l’État et le Préfet déplaisaient aux élus locaux :

  • L’État voulait que la construction de la rocade soit intégralement pris en charge par les collectivités locales.

  • Le projet défendu par les Houillères et la préfecture prévoyait de contourner Lens par le sud.

   André Delelis dira  en 1998 :  »Je n’étais pas encore Maire de Lens que déjà, à l’époque, j’avais entrepris un combat difficile contre le Préfet du Pas de Calais, contre la Direction de l’Équipement, contre le Directeur des Houillères du groupe Lens-Liévin qui voulaient imposer à notre ville d’avoir la rocade minière au sud, sans aucun passage an nord… Dans le cabinet du Préfet, qui a étendu les plans sur la moquette, nous avons discuté avec l’arbitrage du Président du Conseil Général et nous avons obtenu satisfaction : la rocade est passée aussi bien au sud qu’au nord ».

    En 1956, le projet de création d’une rocade traversant le Pays Minier de Bruay-en-Artois à Valenciennes est validé en même temps que la création de l’Autoroute Calais-Reims (A26). C’est un décret signé par Guy Mollet, Président du Conseil et maire d’Arras qui donne le feu vert. Mais son financement retardera le début des travaux.

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André Delelis et Guy Mollet sont à l’origine de la construction de la rocade minière

    En 1965, les élus lensois, comme tous ceux du bassin minier, s’impatientent. Dans dans le bulletin municipal de l’année, il est souligné que la carrefour Bollaert est de plus en plus chargé, un comptage de 1959 fait état de 20 000 véhicules par jour.  »A l’évidence, seule une voie de rocade permettra de faire face aux nécessités. Lié à l’expansion de la ville, à la réalisation de la ZUP, ce projet ne manquera pas de voir le jour »’.

    Ce n’est que 10 ans après la validation du projet, le 28 décembre 1966, que l’Arrêté Préfectoral concernant l’enquête d’utilité publique est promulgué.

    Le 28 janvier 1967, le Conseil Municipal de Lens délibère sur le projet. Depuis quelques mois, André Delelis est Maire après le décès brutal d’Ernest Schaffner. Sur sa proposition, le projet de construction de la rocade est adopté mais avec la seule condition que celle-ci emprunte le tracé nord contrairement au projet défendu par le Préfet Gabriel Eriau et le Directeur des HBNPC Paul Gardent. En effet, la ville de Lens ne veut pas d’une rocade passant par le sud qui couperait  »par une muraille de 5 à 6 mètres de haut » la partie sud des villes de Lens et de Liévin. Dans ce projet, il n’est pas encore question d’utiliser le lit du Canal de la Souchez, officiellement toujours en service pour installer la rocade bien que dès 1962, le Conseil Municipal avait demandé son assèchement. Des ouvrages d’art sont prévus pour passer le long de ce canal, au dessus des voies ferrées et de la route d’Arras.

rocade003     De plus, la voie de desserte de la ville, à l’extrémité de l’avenue Raoul Briquet, coupera les accès à certaines entreprises (les Laminoirs, Le Génie Civil) installées à l’est de Lens, fera que les projets d’agrandissement du Stade Léo Lagrange et de créer une liaison entre le Boulevard du marais et l’Avenue Van Pelt déjà adoptés soient abandonnés.

   Le 20 octobre 1967, ne voyant toujours rien venir du côté de l’Etat alors que l’autoroute A1 vient d’être mise en service, A. Delelis intervient à l’Assemblé Nationale auprès du Ministre chargé du Plan et de l’Aménagement du Territoire, Raymond Marcellin :  »’ Vous n’annoncez le financement de deux routes nouvelles entre Lens et la Zone Industrielle de Douvrin d’une part et entre l’extrémité ouest de la (future) rocade et Houdain. Mais ces deux voies doivent se raccorder à la rocade minière tel qu’elle a été décidé en 1956 et qui reste toujours à l’état de projet. J’aimerai que vous fixiez l’importance des crédits qui seront affectés à la rocade minière  ».

    Le Gouvernement de Georges Pompidou ne veut pas que l’État participe au financement des travaux et demande que celui-ci soit entièrement pris en charge par les collectivités locales. Finalement, les interventions et la ténacité des élus locaux et du Conseil Général feront que seuls l’État et le Département mettront la main à la poche.

    Le 9 avril 1968 la déclaration d’utilité publique pour la section de Lens à Auby est enfin proclamée : la rocade passera bien par le Nord de Lens.

    Dix jours plus tard, pour permettre la réalisation future de l’embranchement sud de la rocade, le canal de la Souchez devenu une véritable décharge dans laquelle se déversent les égouts de la ville est déclassé et n’est plus repris parmi les voies navigables.

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    Les travaux de la rocade peuvent alors commencer.

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    Bien sur, il n’est pas besoin d’aller bien loin pour trouver les matériaux nécessaires à la pose de la plateforme : le schiste des terrils fait parfaitement l’affaire.

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    En 1969, le Syndicat Intercommunal de la Rocade Minière est créé. Il réunit 24 communes de l’agglomération de Lens-Liévin.

    En 1970 on assiste à l’ouverture du tout premier tronçon qui permet de relier Lens à la Zone Industrielle nord (Douvrin-Billy-Berclau).

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   Sur cette photo : à gauche la route Lens-Douvrin de laquelle part une sortie vers la gauche vers Loos en Gohelle que l’on aperçoit dans le fond. Cette route est encore à deux voies. Sur la droite, la Grande Résidence et les quelques bâtiments préfigurent l’arrivée de la Zone des Renardières. Sur le pont en bas de la photo circule la ligne de chemin de fer des mines qui va de la fosse 11/19 des mines de Lens à Vendin.

    Le même endroit aujourd’hui tiré d’une vue de Google Earth :

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     Un peu plus au sud-est, l’échangeur qui relira la rocade à l’avenue Raoul Briquet est en construction :

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    Ainsi que le pont qui passe au dessus de la ligne de chemin de fer qui dessert la fosse 2 :

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    Début 1971, les ouvrages d’art terminés, la rocade est bitumée et reliée à l’Avenue Raoul Briquet mais ne rejoint pas encore la route de Douvrin (la plateforme jusqu’à la ZUP est en cours d’achèvement) :

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    On distingue sur la gauche les Laminoirs (qui seront fermés en 2008 après être passés dans le groupe d’un certain … Mittal). Entre l’échangeur et la Grande Résidence, on distingue le chevalement de la fosse 2.

    Vers le nord, la rocade franchit par des ponts supérieurs les routes de Loison et de Lille à proximité de la cité Hollandaise.

    Le pont de la Route de Lille en construction :

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   Le tracé de la rocade coupe en deux la cité des Oiseaux et le Vieux Chemin d’Annay est mis en impasse côté Loison.

   Plus à l’est, les travaux sont gigantesques comme ci-dessous du côté de Noyelles-sous-Lens où la mise en place de la plateforme avance.

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    Au printemps 1971, tous les ouvrages d’art du tronçon reliant Lens et la ZI de Douvrin à l’Autoroute A1 au niveau d’Hénin Liétard sont terminés comme celui ci-dessous (photographié à l’époque et aujourd’hui) qui franchit la rue de Courrières dans cette ville.

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   Quelques mois plus tard, cette partie de la rocade est ouverte sous le nom de RN 46. Dans la cour des Laminoirs (à droite sur la photo suivante), le canal refait surface : il a été asséché entre l’échangeur et la gare de Lens. Pour desservir les Laminoirs et le Génie Civil de Lens, le boulevard du Marais a été prolongé le long des usines et passe sous la rocade.

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    En 1972 les villes de Sallaumines, Noyelles-sous-Lens, Montigny-en-Gohelle, Harnes, Fouquières-lez-Lens, Billy-Montigny, Courrières et Hénin-Beaumont sont raccordées à la rocade minière par des échangeurs. La rocade s’intègre dans le paysage minier, elle serpente entre les terrils et les agglomérations. En longeant sur une courte distance la canal, elle passe sous la ligne de chemin de fer qui relie la gare de Lens au triage de Vendin. Les travaux de raccordement avec la partie sud de la rocade ne sont pas encore commencés.

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    Un peu plus tard, au nord, le raccord avec la route de Douvrin est réalisé. Les employés des usines de Finalens ou de la Française des Mécaniques peuvent rejoindre Lens sans quitter la rocade.

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    Une sortie est prévue vers la Grande Résidence où habitent bon nombre des employés des ces usines

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    Entre Lens et Loos-en-Gohelle, on élargit les ponts pour la mise en deux fois deux voies de la rocade.

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   Une vue de la rocade nord mise à deux voies à l’endroit où elle passe sous la Route de La Bassée.

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   A la limite de Loos-en-Gohelle, la rocade emprunte un court moment l’ancienne ligne de chemin de fer qui séparait les puits 11/19 de leurs terrils.

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  Pendant ce temps, les travaux préliminaires à la construction de la rocade sud ont débuté. Dans un premier temps, le canal est asséché.

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   En 1973 la mise en service de la déviation d’Avion sur la RN 25 (Route d’Arras) est le premier élément du futur raccordement à la rocade du sud de Lens.

   En 1974, le canal rejoint sa partie visible en circulant sous terre dans d’énormes conduits en béton : les travaux de la rocade sud peuvent commencer.

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   La construction de la partie sud entraîne bien sur l’élargissement des ponts sous les voies de la S.N.C.F.

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     Au sud d’Avion vers Vimy, un pont est bâti pour l’échangeur.

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   Et les travaux vont jusqu’à la côte de Vimy.

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   Pendant ce temps, de nouveaux tronçons sont mis en service à Billy-Montigny et entre Lens et Aix Noulette.

   A la fin du mois de février 1976, la rocade minière sud est mise en service et est raccordée à la rocade nord par la modification de l’échangeur au niveau des Laminoirs.

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    L’inauguration officielle du contournement autoroutier de Lens a lieu le 28 février 1976 en présence d’André Delelis et du Préfet du Pas de Calais Pierre Denizot. Le maire de Lens souligne que ce contournement et la rocade n’ont pas coûté un centimes aux contribuables lensois et qu’elle est et restera gratuite pour les automobilistes.

   Dans l’ancien lit du canal de la Souchez, le paysage a bien changé :

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    Des divergences entre les villes de Lens et de Liévin font que le tour de Lens n’est pas total, l’ouest de la ville n’est pas desservi. Un dernier tronçon au sud-ouest des deux villes ne sera mis en service qu’en 1987 avec le raccordement de la rocade sud (appelée d’abord RN48 puis maintenant A211) à la rocade nord par le Rond Point d’Eleu-dit-Lauwette et l’élargissement du CD 58 à Liévin (Avenue François Mitterrand). Elle est raccordé au niveau de la rue François Courtin à la ‘quatre voies’ qui rejoint la rocade nord au niveau de Bully-Grenay, portion construite au tout début des années 70 lors de l’ouverture du centre commercial Carrefour.

   Cette route a été construite sur l’ancien cavalier des chemins de fer des mines qui reliait la fosse 3 de Liévin (à la limite d’Eleu-dit-Lauwette) à la fosse 3 de Lens (cité Saint Amé) en passant notamment sous l’Avenue Jean Jaurès là où se trouvait le passage à niveau que l’on appelait ‘la barrière du 3′.

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   Cet itinéraire n’était pas celui envisagé initialement : dans le projet des années 60 soutenu par André Delelis, la rocade devait circuler à la limite des villes de Lens et de Liévin.

   Le 3 décembre 1976, l’autoroute A26 est mise en service entre Lillers et Plouvain (48 km), la même année la rocade minière rejoint Loos en Gohelle à  Aix-Noulette.

   L’ouverture de la rocade minière sous la totalité du parcours entre Aix-Noulette et l’échangeur d’Hénin-Liétard sur l’autoroute A1 a lieu le 23 septembre 1977. A cette époque, on compte environ 15 000 circulations par jour.

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   Aujourd’hui, l’autoroute A21 (ou rocade minière), relie l’ A26 au niveau de Aix-Noulette à l’A1 au niveau d’Hénin Beaumont et à l’A2 au niveau de Douchy-les-Mines, en contournant les villes de Lens, Liévin et Douai. Un prolongement est projeté vers Valenciennes. Près de 80000 véhicules l’empruntent chaque jour.


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Les piscines lensoises et leurs clubs de natation

Posté par Le Lensois Normand le 5 octobre 2012

   Lens n’a eu sa première piscine municipale qu’en 1934.

  Avant la première guerre mondiale, la natation ne devait se pratiquer que « dans la nature ». Au début du siècle, la construction d’une piscine à Lens n’était pas du tout d’actualité pour Emile Basly et les deux clubs de natation locaux «les Pingouins Lensois» et «l’Union Sportive Ouvrière Lensoise» (le club municipal) utilisent l’eau du canal pour s’adonner à leur sport favori.

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La section Natation de l’USOL au début du siècle

   La Municipalité les aident par des subventions ou l’aménagement des rives et la construction de pontons.

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Le ponton des ‘Pingouins Lensois »

   Après la Première Guerre Mondiale, le canal est en piteux état ; les clubs doivent attendre 1920 pour reprendre leurs activités. Alors que la reconstruction de la ville arrive à son terme, le Conseil Municipal dirigé à cette époque par Alfred Maës décide, en 1934, d’implanter une piscine municipale le long du canal, à proximité du Pont de Douai.

   Dans le bulletin municipal ‘L’œuvre de la Municipalité Socialiste de 1929 à 1935′, qui indique que «l’utilité de la natation et son enseignement n’échappèrent pas à la Municipalité qui songea, dès que la reconstruction de la ville fut presque achevée, à la construction d’une piscine», elle y est très précisément décrite :

« Des conditions topographiques particulièrement avantageuses pour l’alimentation et la vidange des bassins ont déterminé le choix du terrain, situé à proximité de la rue de Douai, dans un cadre agréable et ensoleillé.

Trois bassins ont été établis et séparés les uns des autres par des barrières

  • Le premier a une profondeur moyenne de 0,50 m, il permet aux tout petits de s’ébattre sans danger (aux dimensions réglementaires de 33m33 x 12m50)

  • Le deuxième, dont la hauteur moyenne de l’eau est de 0,95 m permet aux apprentis d’exécuter, en toute sécurité, leurs premières brasses

  • Le troisième a une profondeur de 2,40 m. Il est exclusivement réservé aux nageurs.

Ces bassins couvrent une surface de 1100 mètres carrés et contiennent ensemble 150 m3 d’eau.

Ils sont encadrés par deux larges allées ; par deux groupes de gradins pouvant recevoir 800 personnes assises (ces gradins sont orientés de façon à ce que les spectateurs ne soient pas incommodés par la réverbération de l’eau) et par des bâtiments qui entourent et surplombent le tout. Ces bâtiments comportent : 130 cabines, dont 30 à deux places ; 4 vestiaires collectifs permettant de recevoir ensemble 300 enfants ou membres de sociétés ; 2 salles de réunions et deux vastes solariums établis sur les terrasses des cabines.

Notons encore qu’un plongeoir avec plate-forme à trois, cinq et dix mètres permet aux amateurs de plongeons de se livrer à leur sport favori ; que deux salles de douches sont situées à proximité des bassins ; enfin que l’eau des bassins est renouvelée à raison de 1000 m3 par jour et que cette eau, dont la température minimum est de 20° pendant la bonne saison est filtrée et désinfectée suivant les prescriptions de l’Institut Pasteur, avant son arrivée dans les bassins ».

Et l’article du bulletin de se terminer par : «Il reste à mettre au point un enseignement obligatoire et gratuit pour les enfants des écoles : c’est un devoir auquel ne faillira pas la Municipalité».

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   Les deux clubs de natation y trouvent là des conditions idéales pour les entraînements de leurs sportifs mais on peut aussi y venir en famille : natation pour les uns, promenades sous le soleil lensois pour les autres.

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   Très bien entretenue par les services municipaux, la piscine subit de gros travaux en 1939 avec l’installation d’un appareil de filtration ultra moderne dans les sous-sols: cinq filtres très puissants sont placés pour améliorer la qualité de l’eau. Monsieur Pantigny, le Directeur des travaux prouve, lors d’une réunion du Conseil Municipal, la qualité de l’eau et décrivant le système de filtration et en faisant ainsi comparer l’eau du canal et celle arrivée dans la piscine.

   En 1939, une jeune lensoise de l’U.S.O.L. âgée de quatorze ans, Solange Crespel est sélectionnée pour les Championnats de natation qui se déroulent à Paris. Elle se classe deuxième dans sa catégorie derrière une nageuse belge, ce qui lui valut l’honneur d’être désignée championne de France en F. S. G. T. Elle fut honorée par la Municipalité, ainsi que son entraîneur Eugène Hurtevent, lors du Grand Prix Cycliste de la ville de Lens qui se déroula au Stade vélodrome de L’Ouest (futur Stade Garin), route de Liévin.

   Mais la Seconde Guerre mondiale eut raison de la piscine. A cette époque, on ne parlait pas de ‘frappes chirurgicales’ et la piscine, proche des voies ferrées et du Pont de Douai, se trouva sous le feu des bombardements de 1944. Pratiquement totalement anéantie, il ne subsistera de cette piscine que la maison du directeur.

   Il faut attendre plusieurs années avant de voir un nouveau projet naitre pour la reconstruction d’une piscine à Lens : les équipements sportifs n’entrant pas dans les budgets de reconstruction des dommages de guerre.

   Après la Libération, les clubs nautiques sont en sommeil. En 1947, Auguste Lecœur, maire communiste de Lens, ne peut que venir en aide au seul club en activité qui utilise de nouveau le canal comme lieu d’entraînement ; l’USOL, le club municipal omnisports, est soutenu par la Municipalité qui met à sa disposition des vestiaires et le dote de matériel (pontons, bouées, perches …).

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  En 1953, Ernest Schaffner qui a succédé à Lecœur, regrette dans un bulletin municipal que les budgets ne permettent pas la reconstruction d’équipement sportifs. Il signale cependant que ‘grâce à la remise en eau du canal, l’Union Sportive Ouvrière Lensoise et le ‘Pingouins-Club Nautique’ vont pouvoir reprendre leurs activités en natation’. Ces clubs sont soutenus par des subventions et des aides financières pour l’organisation de leurs manifestations.

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  Mais, ajoute le Maire de Lens, la Municipalité «sait l’intérêt que présente, pour elles, la reconstruction de la piscine». Il ajoute : «La municipalité n’a pas négligé cette importante question : elle entend réaliser, dans un avenir prochain, la reconstruction de la piscine de plein air à laquelle elle a l’intention d’adjoindre une petite piscine fermée et un établissement de bains douches ».

  Un dossier est déposé au Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme le 4 juillet 1952 et un devis établi : le coût de la reconstruction est estimé à 36 229 000 francs.

  Ce projet ne verra jamais le jour, l’Etat se refuse à le financer dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre. Le Maire de Lens se tourne alors vers une autre solution : il envisage la création d’un grand complexe sportif à l’extrémité est de l’Avenue Raoul Briquet, là où se trouve le Stade de l’Est créé sous la magistrature d’Alfred Maës. Un terrain de douze hectares y est libre. Outre ce complexe sportif, on y aurait aussi construit un lycée technique et une piscine couverte chauffée avec un bassin de cinquante mètres.

   Les HBNPC émettent un avis défavorable, il y des risques d’affaissement minier dans ce secteur. Elles proposent à la ville un terrain au nord du côté de la route de la Bassée, face à l’hôpital et libre de toutes constructions. C’est sur ce terrain que va être finalement construite la piscine.

   La Municipalité d’Ernest Schaffner n’hésite pas à souligner que sa construction est essentiellement due à une forte volonté des élus locaux, car la participation de l’Etat y est pour le moins, modeste.

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   Le coût total des travaux est finalement de 620 millions d’anciens francs qui furent pris en charge en grande partie par la ville car la part de l’Etat n’augmenta pas pour autant. Située rue Robert Schuman, la ‘plus belle piscine de France’ (selon les dires du Président de la Fédération Française de natation de l’époque, M. André Soret) dispose de trois bassins : une pataugeoire, un moyen bassin et un bassin olympique de 50 mètres avec 8 couloirs et d’une profondeur de 4 m ainsi que 3 plongeoir.

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  Plus tard, s’élèveront dans ce secteur la Grande Résidence, le lycée Auguste-Béhal et le collège Jean-Zay.

  En juillet 1964, les travaux commencent sous les ordres de l’architecte M. Hardy. Le 15 mai 1966 est le jour de l’inauguration par Ernest Schaffner (dont ce sera la dernière grande sortie avant son décès quelques moins plus tard) en présence du Préfet Tomasi et du recteur Debeyre.

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   Après une semaine pendant laquelle, les lensois et les habitants des communes voisines peuvent visiter gratuitement les installations ultra-moderne de leur nouvelle piscine, l’ouverture officielle aux baigneurs a lieu le samedi 21 mai à 14h30.

   C’est à l’époque la seule piscine olympique du bassin minier : elle donne l’occasion aux jeunes de la région de pratiquer la natation ou de simplement s’amuser ou se délasser. « Je me souviens y être allé souvent lors de mon adolescence. Pendant les vacances scolaires, la piscine était toujours comble. Les jours de chaleur, les grandes baies vitrées étaient ouvertes pour permettre à chacun de profiter des rayons du soleil entre deux plongeons ».

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    L’arrivée de la piscine engendre aussitôt la création du Stade Nautique Lensois sous l’impulsion de Jean Claude BOIS, adjoint au Maire. Le club est issu de la fusion des Pingouins Lensois et de la section natation de l’USOL. Le premier Président en est notre ami Christian DAUBRESSE (il le restera jusqu’en 1971) qui a comme vice-présidents les hommes qui étaient à la tête des anciens clubs. Monsieur Michel VANDAMME en est le directeur technique et les deux premiers maitres nageurs sont MM. Tiberghien et Jodar.

   Unique dans le bassin minier à l’époque, le club comporte une section natation sportive, une section water polo et une de natation synchronisée. A la fin des années 60, un nageur lensois fait briller les couleurs du Stade Nautique Lensois. Il s’agit de Roger-Philippe MENU qui fut plusieurs fois champion de France en brasse sur 100 et 200 m de 1969 à 1972 et recordman de France. En 1970, il participe aux championnats d’Europe à Barcelone au cours desquels il remporte deux médailles d’argent (4 x 100 m 4 nages et 100 m brasse).

   Christian Daubresse raconte : « Michel Vandamme, l’entraîneur du STADE NAUTIQUE LENSOIS, a réussi à former un excellent nageur : Roger-Philippe Menu qui a battu à Lens le record de France du 100 m Brasse. Le jour du record de France (Note: c’était le 13 juin 1969) est le seul jour où je me suis sauvé de la piscine !!! Je connaissais les loustics, mes amis, et la tradition: record battu, on jette le Président du club, tout habillé ,dans la piscine: ils ne m’ont pas eu !!!! ».

   Aujourd’hui, le SNL compte près de 400 licenciés dont près de 150 classés au niveau national. Il se classe premier des interclubs régionaux et figure parmi les cent meilleurs français. Cependant, il devra trouver un hébergement provisoire prochainement.

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  En effet, selon la Municipalité, la piscine de Lens reste un équipement de qualité mais nécessite une intervention lourde dont le projet d’extension et de rénovation prend tournure. Elle sera donc fermée pendant deux ans à partir de fin 2013. Ce projet a été élaboré dans le cadre de l’ANRU (agence nationale pour la rénovation urbaine) et est inclus dans celui de la modernisation de la Grande résidence.

   Et il faut aussi rectifier ‘une petite erreur d’origine’ : le bassin olympique de 50 mètres ne fait pas … 50 mètres.

  En effet, on s’est aperçu qu’avait été oubliée dans la calcul … l’épaisseur du carrelage !!! A l’heure où les records se comptent au millième de seconde, c’est important. Les lignes d’eau, les gradins ou encore les vestiaires seront réaménagés.

   Un bassin de balnéothérapie remplacera l’actuel bassin moyen, la piscine conservera sa dominante sportive qui sera complétée de sauna, hammam et espace forme pour la détente. Deux bénéfices à la balnéothérapie : la récupération des sportifs de haut niveau (donc pas ceux du RCL actuel !!!) et de la rééducation pour les personnes accidentées, handicapées et opérées du cœur.

   Selon la Municipalité, sans disparaître tout à fait, la partie ludique devrait être réduite et gamins qui voudront s’amuser et patauger devront aller à Liévin, celle de Lens sera tournée essentiellement vers le sportif.

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1952 : les Fêtes du centenaire du Charbon à Lens

Posté par Le Lensois Normand le 21 juin 2012

   Du 14 au 29 juin 1952, la capitale du Pays Minier est de nouveau en liesse: on y fête en grandes pompes le centenaire du charbon à Lens : la Société d’Exploitation de la Compagnie des Mines de Lens fut en effet constituée le 11 février 1852. Le journal du groupe de Lens-Liévin des HBNPC titre sur cet événement.

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    Pourtant, tout le monde ne voulait pas de cette fête : Au Conseil Général, le 19 mai 1952, le maire communiste d’Outreau Jean Bardol refuse de voter une subvention à la ville de Lens pour ces fêtes du centenaire du charbon. Pour lui, ces festivités glorifient un siècle d’exploitation féroce.

    Cependant, elles auront bien lieu ces fêtes et elles seront grandioses ! La Ville de Lens se joint à la direction locale des HBNPC pour son organisation. L’évènement est jugé si important que les PTT éditent une flamme postale à cette occasion.

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   Tout commence le 14 juin avec une retraite aux flambeaux et un grand défilé à travers la ville de chars ayant pour thème le charbon, la mine, les mineurs et leur travail, leurs loisirs …. Chaque cité, chaque association a fait le sien : de la période d’avant le charbon quand Lens n’était qu’une bourgade agricole à la lampe de mineurs géante.

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   Donc ce samedi, le cortège s’est rassemblé sur la place Jean Jaurès où un feu d’artifice est tiré. Plus de 15 000 lensois y sont regroupés malgré la pluie pour admirer le spectacle. Puis, entouré d’une haie continue de feux de Bengale, le défilé suivi par la foule se dirige à travers les rues de Lens décorées vers la Salle des Fêtes de Place du Cantin.

    L’Harmonie Municipale et celle des Mines de Lens réunies y donnent un concert. Une fois celui ci terminé, un animateur surnommé ‘Napo’ annonce l’ouverture officielle des fêtes du Centenaire.

    C’est alors qu’apparait sous le feu des projecteurs, un splendide char supportant la reproduction de la fosse 1 qui se trouve sur la Route de Béthune, la première à avoir été mise en service par la Compagnies des Mines de Lens en 1852.

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    Le concert est suivi d’un grand bal populaire animés par deux orchestres. La foule est si nombreuse que des couples vont danser dans les jardins attenant à la salle et même sur la place où la musique est retransmise par des hauts-parleurs.

    Le lendemain après une courte nuit, Lens reçoit Madame Auriol, épouse du Président de la République. Venue inaugurer le Centre médico-scolaire de la rue Lamendin et le Centre de Formation des Mines de Lens de la Route de Béthune, Madame Auriol rend aussi visite à deux vieilles dames, mesdames Lheureux et Sénécaut qui furent parmi les dernières femmes  »mineurs de fond » vers 1876.

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   Puis l’épouse du Président, accompagnée par le Docteur Schaffner, Maire de Lens et M. Michaux, Directeur du Groupe Lens-Liévin des HBNPC, rend visite aux frères Flanquart qui totalisent à eux sept 245 années de travail au fond. Ces derniers seront d’ailleurs invités à un repas dans un grand restaurant lensois dont l’histoire ne donne pas le nom.

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   L’après midi, au Stade Bollaert, c’est la Fête des Écoles lensoises. Tous les élèves des cours moyens se regroupent à leur école avant de défiler au pas jusqu’au Stade où, tous ensemble, ils exécutent les lendits ou des exercices gymniques. Dans la tribune, MM. Schaffner et Michaux félicitent les élèves mais aussi M. Percheron, Inspecteur de l’Education Nationale et Vermerch, professeur de gymnastique, l’organisateur en chef des mouvements d’ensemble.

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  Puis vint la fête de nuit : sur un podium installé sur la pelouse du Stade Bollaert, les Concerts Colonne dirigés par le Maître Gaston Poulet lancèrent la soirée avant de céder la place à la célèbre danseuse Janine Charat. Puis vient le tour de la chanteuse Agnès Léger de l’Opéra de Paris, Line Renaud, la  »régionale de l’étape » et les fantaisistes lillois Verlor et Davril.

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    Les festivités ont continué toute la quinzaine : tournois de football, de basket, jeux de cartes, de javelots, concours colombophiles, exposition au Centre de Formation des Mines avec visite de la Mine-Image, galas musicaux et cinématographiques.

 L’APOTHÉOSE :

    Le dimanche 29 juin, c’est l’apothéose avec la Grande Fête de Clôture au Stade Bollaert. Le soleil et la chaleur font que les gradins sont pleins à craquer comme lors des grands matches du RCL.

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   Dès 8 heures la journée commence avec une démonstration des meilleurs chiens de défense du bassin minier. A 15h00 se joue la finale du Tournoi du Charbon de football qui est suivie de la remise du prix du concours du plus beau bébé à Danielle Thierry, fille d’un mineur de la Fosse 1.

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Pendant ce temps, le défilé s’est mis en marche et traverse la ville en direction du Stade Bollaert où il arrive par le Jardin Public. Un tour d’honneur est effectué par les différentes harmonies participant à la fête (Escarpelle, Bruay, Marles, Abscon, Noeux et Liévin) et des chars décorés qui ont pour thème :  »Le développement industriel et commercial à Lens depuis 100 ans ».

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    Puis, à 18h00, moment suprême avec, après que toutes les harmonies aient entonné dans un ensemble parfait la Marseillaise, la remise de la Légion d’Honneur à cinq mineurs méritant. Louis Delattre, le doyen des Mineurs habitant de la cité Chouard, embauché en 1879 comme galibot à l’âge de 12 ans, reçoit à 86 ans cette haute distinction voulue par Vincent Auriol lui-même. Avec lui sont aussi honorés Messieurs André d’Oignies, Beudin de Valenciennes, Chevalier de Sallaumines et Loison d’Auchel. La distinction leur est remise par le Ministre des Transports, des Travaux Publics et du Tourisme, André Morice.

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    Et à 21h30, toujours sur le podium installé sur la pelouse du Stade Bollaert, c’est le gala de clôture des fêtes du Centenaire.

    Le chansonnier du Grenier de Montmartre Denis Michel ouvre le spectacle puis devait suivre d’après le programme le  »célèbre mannequin parisien  » Praline défilant avec les toilettes du célèbre couturier Pierre Balmain. Mais souffrante, elle fut remplacée en dernière minute. Puis des acteurs comiques américains suivis de marionnettistes, des acrobates du Cirque Pinder, le spectacle canin du cirque Knie, les danseuses du Lido : le Quartette Grip, les Rolwoods, patineurs-acrobates, d’autres encore, danseurs, jongleurs, cyclistes burlesques accompagné de l’orchestre de Roger Roger qui emmenèrent les spectateurs jusque tard dans la nuit.

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   Le lendemain, la cité minière retrouve son calme : des mineurs redescendent au fond, les employés communaux et ceux des houillères nettoient la ville et le stade … mais dans la mémoire de tous ceux qui ont participé à la fête, que ce soit en tant qu’acteur ou spectateur, elle restera inoubliable ! Nul ne doute alors que moins de 20 ans plus tard, la mort de l’exploitation charbonnière dans le bassin minier artésien sera annoncée. En 1971, la fosse 1 Sainte Élisabeth, invitée d’honneur des Fêtes du centenaire, est remblayée…

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‘Le 14′ : souvenirs, souvenirs ……

Posté par Le Lensois Normand le 30 mai 2012

   De passage quelques jours à Lens dernièrement, je ne pouvais faire sans aller du côté ‘du 14′, dans les corons de ma jeunesse. Car si aujourd’hui, l’appellation officielle est ‘La Cité 14′, de notre temps, nous disions simplement : ‘J’habite au 14′.

   Et qui dit qu’il n’y a rien à Lens ? Rien que pour faire un petit tour du côté du 14, j’ai trouvé une quarantaine de photos à publier tout en ne sélectionnant que les plus intéressantes.

   Alors, allons ensemble faire un tour ‘au 14′ avec quelques clichés en noir et blanc d’époques différentes, parfois retouchées, qui raviveront nos souvenirs de jeunesse.

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   ‘Le 14′ se situait sur la côte 70, là où eurent lieu les plus terribles batailles de la Première Guerre Mondiale.  Comme quasiment toute la ville de Lens, l’endroit a été entièrement ravagé. Voici notre cité vers 1920, au début de la reconstruction :

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   Côté ‘ville’, le ’14′ débute au niveau de l’ancienne Maison de Retraite, Route de La Bassée, face à laquelle on trouve les premiers corons au ravalement blanc.

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   Devant chaque maison, on trouvait un jardin potager remplacé aujourd’hui par un parking.

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   En continuant vers le nord, on trouve la Place Cauchy où avait lieu la ducasse du 14. Face à la place, le Café Pierru était le siège des supporters du RC Lens, section ‘fosse 14′.

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  Aujourd’hui, la café-tabac existe toujours, il a été renommé : ‘Le Celtique’.

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    A l’angle de la Place Cauchy et de la Route de la Bassée, la Coopérative des Mines (où a travaillé ma petite sœur). Cet immeuble abrite maintenant une succursale de la Caisse d’Epargne.

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  De l’autre côté de la Place, l’ancien dispensaire du 14 semble aujourd’hui abandonné.

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   Les corons sont de part et d’autre de la place :

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   A l’extrémité de la place, la rue Galilée qui rappellera des souvenirs à certains …

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    Nous revenons ensuite sur la Route de la Bassée pour y rencontrer deux édifices bien connus des habitants du 14. D’abord la Chapelle Ste Thérèse. Elle dépendait de la paroisse St Edouard du 12 et a été depuis désacralisée et transformée en appartements mais son clocher original a été conservé.

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   D’architecture d’avant garde pour l’époque, une messe y été célébrée tous les dimanches dans les années 60.

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   Tout près de là se trouve toujours l’école maternelle qui a pris le nom de La Fontaine. L’une de mes sœurs y a travaillé et c’est là que nous avons passé nos premières années scolaires.

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   Derrière cette école, il y eut pendant quelques années le Collège Jean Zay qui était une annexe de Michelet. Il se situait près de rues typiques de corons blancs comme la rue Leibnitz.

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  Encore derrière fut construit dans les années 60 , le Lycée Technique qui ne s’appelait pas encore Lycée Auguste Béhal.

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      De retour sur la Route de la Bassée qui constitue l’axe principal de la cité pour voir que les corons n’ont pas beaucoup changé entre ces deux photos prises à environ 40 ans d’intervalle.

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    Nous allons laisser sur notre gauche la rue Saint Edouard qui mène à l’église du même nom et à la cité 12…

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   … pour trouver le lieu où sont installés divers commerces. A notre époque, on pouvait y trouver un primeur, un boulanger (Rogeot, je crois), une boucherie, la CCPM, etc …. Et le seul établissement qui porte toujours aujourd’hui le même nom est le café-bar « Chez Néné ».

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   Ces commerces précèdent la rue d’accès à l’entrée de la fosse 14 sur le carreau de laquelle a été construit un terrain de football.

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  Ouverte dès 1904 et appelée aussi Fosse St Émile ou Émile Bigo, elle est ré-ouverte après la première guerre vers 1920. Elle cesse d’extraire dès 1938 et assure alors le service du personnel et du matériel. 

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   Elle est définitivement arrêtée en 1967 et remblayée la même année. Le chevalet est abattu le 20 Février 1974.

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  Aujourd’hui, de la fosse 14, il ne reste qu’une plaque de métal symbolisant l’endroit où se trouvait le puits avec une épitaphe  rappelant seulement les années de naissance et de fin d’activité de la fosse.

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   Face à l’entrée de la fosse, se trouve toujours la superbe battisse qu’était la maison de l’Ingénieur.

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   Encore quelques barres de corons de la Route de La Bassée.

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  Nous tournons ensuite à gauche pour trouver l’endroit qui nous est toujours cher : la Rue Lamennais. Au n°3, un jour de mai 1952, y est né le ‘Lensois-Normand’.

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   C’était une grande maison de briques rouges avec un immense jardin que notre père entretenait avec passion et amour.

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  En face de notre maison, se trouvaient d’autres habitations identiques à celles ci-dessous. Elles étaient plus petites (ne comprenant généralement que deux pièces) et étaient destinées aux pensionnés des Mines mais où vivaient surtout des veuves de mineur. Vétustes, elles ont été détruites à la fin du 20ème siècle pour être replacées par des logements locatifs.

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  On se souvient que notre rue était vivante dans les années 60. Pas par la circulation automobile qui était rare alors mais par l’âme que lui donnaient les habitants au quartier. En citant Daniel Guichard, on peut dire de cette époque : ‘Chez nous, y’avait pas la télé, c’est dehors qu’on allait chercher l’évasion …’.

   Qui ne se rappelle les commerçants ambulants ? Lorsque le ‘marchand de beurre’ ou le ‘marchand de bière’ passaient, c’était l’attroupement autour du camion et l’occasion pour tous de se retrouver à nouveau. On attendait aussi le livreur de charbon (SOLECO, route de La Bassée) qui vidait une partie de son camion devant les soupiraux dans une poussière atroce ou le camelot cherchant fortune en criant à tue-tête ‘Peau d’lapin!’ afin de récupérer l’enveloppe de l’animal que le mineur avait tué pour le repas dominical précédent. Mais pour les enfants, la récompense (souvent du dimanche), c’était de voir arriver le ‘marchand de glaces’ avec sa petite carriole !

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  A l’autre extrémité de la rue Lamennais se trouve le cimetière nord …

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   … attenant au « Stade du 14″ nommé depuis Stade Debeyre, là où jouait (et joue toujours) le club de l’AS Lens. Dans notre jeunesse, du stade, on voyait la fosse 12 et même les terrils du 11/19.

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  Voici l’entrée du Stade photographié cette année. Sur la gauche, la Route qui mène à Loos-en-Gohelle et le talus du cavalier du Chemin de Fer des Mines qui allait de la fosse 11/19 à la gare de Vendin.

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   Cette voie, dont il ne reste aujourd’hui que quelques bouts de rails par-ci par là, enjambait la Rue Brossolette et la Route de La Bassée par des ponts depuis rasés.

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   L’ancien Chemin Manot continuait sur la droite de l’entrée du cimetière pour rejoindre la Route de La Bassée. Dans cette rue, nommée aujourd’hui Louise Michel, a été construite dans les années 60 une cité de maisons basses que nous appelions ‘les HLM’.

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   En prenant la rue face à la porte du cimetière, appelée rue Fénélon, on arrivait à une autre succursale de la Coopérative des Mines. En voici une photo-montage qui donne à peu près ce qu’était ce bâtiment. Les enfants que nous étions aimaient aller à la boucherie car le commerçant leur offrait à chaque fois une rondelle de saucisson.

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   Nous revenions de la ‘coopé’ par la rue Fermat et ses corons blancs d’où on voit aujourd’hui le château d’eau de la Grande Résidence construit au début des années 70.

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   Un petit tour par la rue Colbert pour y voir d’autres corons qui auraient besoin d’être rénovés.

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   Puis, nous repartons vers la fosse 12 par la rue Brossolette (qui faisait aussi partie du Chemin Manot) avec sur la droite des maisons de pensionnés datant des années 70.

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   A gauche, la rue des Marronniers nous emmène aussi jusqu’aux écoles et église du 12. Dans les caniveaux de cette rue ont eu lieux d’innombrables parties de billes (nous, on disait « mappes ») lorsque les élèves que nous étions rentraient de l’école vers 16h30.

   C’est dans cette rue que l’Amicale des cités 12 et 14 avaient leurs activités dans ce bâtiment rudimentaire que l’on appelait aussi ‘le Cercle’ ou la salle Saint Laurent.

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  Voici quelques membres de cette Amicale photographiés pour ‘Notre Mine’ lors de la construction du vestiaire du terrain de basket.

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   Donnée par les HBNPC à la Ville de Lens, la Salle Saint-Laurent a été remplacée en 1992 par la salle René Houdart…

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   … qui se situe au même endroit, face à la rue des Fresnes.

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  Voilà, notre balade ‘au 14′ et dans nos souvenirs se termine par un petit ‘au revoir’ avec cette photo aérienne du carreau de la fosse prise dans les années 50.

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Quand « NOTRE MINE » raconte La Napoule

Posté par Le Lensois Normand le 2 mai 2012

  En avril 2012, j’avais écrit un article sur les vacances des mineurs à La Napoule (à voir à cette adresse : http://lelensoisnormand.unblog.fr/2010/04/10/les-mineurs-en-vacances-a-la-napoule/

  En 1966, le journal des HBNPC, groupe de Lens-Liévin :  »Notre Mine- Nuit et Jour », effectue un reportage sur ce site à l’occasion du vingtième anniversaire de l’acquisition du château par les Houillères.

  Une manière de rendre hommage, ici, à tous ceux qui, à l’époque, ‘faisaient’ le maximum pour que les mineurs bénéficient au mieux des quelques jours de soleil méditerranéens. Voici un court résumé de l’article consacrés à ces personnes.

Quand

  Le Directeur du Centre : Monsieur MASSIN et celle que  »Notre Mine » présente un peu comme la maîtresse de maison, Mademoiselle MILLE.

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  Ils sont aidés par les gens du secrétariat : M. LEFEBVRE et Madame LAUTIER à la comptabilité et Madame FOUCAUT, la dactylo.

LNP014 dans Les Mineurs

  Mesdemoiselles CATEAU et LEFEBVRE tiennent le bureau de renseignements, centre vital de La Napoule. On peut s’y inscrire pour les excursions, y acheter tabac, pellicules photos ou cartes postales.

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   Mademoiselle GUIEU, l’infirmière, intervient pour les  »petits bobos ». Pour les cas plus graves, on fait appel au médecin local ou à l’hôpital des Broussailles à Cannes et ce sont Mesdames HENNEQUIN et ENAUX qui assurent la garderie des enfants pendant que les parents sont en excursion.

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  Monsieur VANDENPORTE est chargé de l’économat et au bar, les service est assuré par M. DURANTE avec  »un accent qui fleure bon le pastis » précise NOTRE MINE. Il est secondé par Mme GODRY, DECOSTAZ et PINCHEDE.

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  Pour nourrir tout ce monde, sept cuisiniers préparent les repas sous la direction de Monsieur Joseph MONY. Ce sont MM. BOUREL, MONTARONE, BRANDT, MYJA, ANSELME, MERVILLE et Madame BOUREL. A ces personnes, il faut ajouter le pâtissier M. KMIECIK et le boucher, M. GODRY.

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  Dans la superbe salle à manger, le service à table est assuré par Madame Brunette CHANOT, la surveillante et Mesdames MOUCHARD, MERVILLE, MOUTON, PAPALARDO, SKALSKY, BOURREZ, VICHERY, RINGEVAL et JYDE.

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  Et pour que les mineurs dorment en paix, un veilleur, Monsieur FERRERI,  »fait des rondes toute la nuit ».

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   Dans cet article,  »Notre Mine » cite aussi MM. COLLET, chef-jardinier, LENGRAND, chef des services généraux et les employés de l’atelier, MM. DUMAS, ROBAUT, PINCHEDE, DELCHOCQ et MALDALA.

  Ce reportage avait été réalisé à l’occasion d’une visite des responsables des HBNPC photographiés sur la terrasse : MM. PLANQUE, adjoint à la Direction du Personnel; GARDENT, Directeur général; DELFOSSE, Secrétaire de la Fédération Nationale des Travailleurs du Sous-sol CGT; MORANDAT, Président du Conseil d’Administration, SAUTY, Président de la CFTC; MULLER, Secrétaire de la CGT-FO et DELEGUE, Directeur du Service du Personnel.

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  Et l’article se termine par les réactions des vacanciers. Tous les mineurs et leur famille se sentent heureux  »comme des rois » dans ce centre qui restera très longtemps dans les mémoires et qui, on peut le dire, fait parti intégrante de notre patrimoine minier.

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