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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (6)

Posté par Le Lensois Normand le 28 juillet 2014

6) L’évacuation puis la libération de Lens

   Début 1917, il ne reste plus que 10000 habitants à Lens. C’est à cette période que les soldats allemands semblent perdre définitivement le moral. Ils abandonnent leurs grandes idées de conquête de la France et commencent à envisager la défaite. Certes, les alliés n’avancent toujours pas, Lens est loin d’être libéré mais la lassitude se lit sur les visages et la crainte de ne jamais revoir leur pays leur est de plus en plus pesante.

    A partir d’avril 1917, Lens est de plus en plus une zone de combat. Les Allemands qui s’y sont repliés dynamitent plusieurs quartiers de la ville pour dégager leurs champs de tir. Ce qui reste de la ville est entièrement détruit par les pilonnages des artilleries françaises, britanniques et canadiennes. Devant le feu de plus en plus nourri des alliés, les autorités allemandes décident de vider totalement Lens de ses civils. En février, 6000 habitants sont évacués. Le 7 avril, tous les malades et blessés de l’hôpital sont transportés à Billy-Montigny.

    Le  9 avril, les forces canadiennes sont victorieuses à Vimy. L’ordre d’évacuation des 4000 derniers Lensois restés sur place est donné.

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    Le 11 avril, les derniers habitants se rassemblent devant la mairie installée dans les locaux de la Banque de France, rue de la Paix. Des convois de 350 personnes sont constitués et s’ébranlent chacun leur tour vers une destination inconnue sous la conduite de hussards à cheval.

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     Le long de la route qui mène à Sallaumines, ce n’est que misère et désolation. Des femmes, des enfants, des vieillards tentent d’avancer péniblement dans le bourbier sur des routes défoncées par les bombardements et traversent le lugubre cimetière-est aux tombes dévastées. Ils ont pris avec eux le strict minimum, ils n’avaient droit qu’à un seul bagage. Certains ont volontairement détruit les objets qu’ils ne pouvaient emporter pour que les Allemands ne puissent pas s’en emparer.

    Lors de la traversée du pont de Douai, un enfant glisse de la charrette où il était agrippé. Le chargement bascule et tombe sur lui, le blessant à mort. Sa maman tente de lui porter secours. Voyant que cela allait retarder le convoi, un soldat allemand écarte la pauvre femme, saisit le corps inerte de l’enfant et le jette dans le canal. La mère n’a d’autres ressources que de plonger dans l’eau glacée du canal. Elle ne remontera jamais.

   Les Allemands qui organisent les départs réalisent un dernier forfait. Obligeant Émile Basly à tout abandonner sur place, prétextant qu’ils n’avaient pas de véhicules à lui fournir, ils en profitent pour piller les locaux de la Banque de France et y dérober la recette municipale estimée à 98000 francs, les archives de la ville, les livres et objets d’art appartenant à la commune.

   Le 12 avril à midi, officiellement, il ne reste plus aucun civil dans la cité. Des témoignages rapporteront que quelques habitants se sont terrés dans les décombres afin de ne pas être évacués. On n’en retrouvera aucun.

    Le cauchemar est fini pour les réfugiés lensois mais à quel prix !

  Les combats continuent dans une ville fantôme. Le 15 août 1917, les troupes canadiennes font une percée au nord-ouest et reprennent la côte 70, libérant les cités 11, 12 et 14. Le 21, c’est au tour des cités 4 et 9 d’être reprises.

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   Mais l’hiver est long, sans progression supplémentaire. Le front allemand tient encore plusieurs mois.

   Au printemps 1918, les combats de rues au corps-à-corps font avancer les alliés jusqu’au boulevard des Écoles. Les Allemands sont retranchés au nord-est de la ville, entre la Grand-Place, le Grand Condé et le pont de Douai. Ils profitent des rares moments de calme pour détruire ce qui reste de la cité et poser des mines.

   Les quelques immeubles restés debout s’écroulent, des explosifs sont jetés dans les égouts, les voies de communication, les lignes ferroviaires sont dynamitées. Lens n’est plus qu’un amas de ruine.

     Fin août, l’avance continue, les Allemands ne tiennent plus que l’est de Lens au niveau du pont de Douai. Ils sont constamment pilonnés. En septembre, les Anglais sont à Avion. Le 3 octobre, l’armée allemande bat en retraite en direction de Sallaumines et abandonne peu à peu la ville, emmenant avec elle tout ce qu’elle peut.

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   Les anglais à l’est, les Canadiens à l’ouest avancent et font de nombreux prisonniers.

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     C’est le 3 octobre 1918 à cinq heures du matin, après une dernière attaque par le sud de la ville, que les premiers soldats anglais entrent dans Lens par la rue d’Avion.

    L’occupation allemande de Lens se termine là où elle avait commencé quatre ans plus tôt mais aucun Lensois n’est présent pour fêter la libération.

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   Lens est libéré mais Lens est pulvérisé. De toutes les villes du front français, Lens est probablement celle où les destructions ont été les plus importantes. Un journaliste du Petit Parisien commente : ‘‘Lens est une nécropole complètement rasée. La vie y est morte ! ».

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    Le même jour, Émile Basly, de la mairie provisoire rue de Hanovre à Paris, déclare à la presse :  »Ainsi, l’heure de la libération a sonné. Jamais, nous n’avions douté qu’elle viendrait. Aujourd’hui, notre plus grand espoir est réalisé. Et pourtant, je n’ose évoquer ma ville. Hélas ! Cité, elle n’est plus. Qu’importe, le sol est libre, nous la relèverons ».

   Le premier décembre 1918, Ernest, Angélique et leurs deux enfants arrivent à Lens par ce qu’il reste de la route d’Arras. Accompagnés de trois gendarmes, ils passent leur première nuit dans leur ville libérée.

    Les courageux Lensois entreprennent dès la fin du conflit la reconstruction de leur ville.

            Mais cela, c’est une autre histoire ……………

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Article d’Albert Londres, envoyé spécial,  paru dans ‘Le Petit Journal’ du 5 octobre 1918 :

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PLUS RIEN… C’EST LENS

             » Lens est fantastique ! Il reste dix-sept fenêtres de rez-de-chaussée, une fenêtre de premier étage, un numéro de rue -un seul, pas deux-, le numéro 14, une clochette d’enfant de chœur. Un morceau d’enseigne où l’on peut encore lire deux lettres : les lettres S et O et, gisant sur les barbelés, une vieille tenture rouge et blanche. C’est tout.

            C’est étonnant. C’est un immense fouillis de bois et de briques. C’est une destruction échevelée, ébouriffée. Lens est aux autres villes ruinées du front ce qu’une forêt vierge est à une forêt domestique. Ce n’est même plus émouvant. Par quoi voulez-vous être ému ? Ce qui émeut, c’est ce qu’on retrouve d’un drame, ce sont les épaves, c’est une poupée à qui pense un enfant, c’est un portrait, c’est le contour des choses qui furent. Ici, plus de contour.

            On peut subitement se rappeler et pleurer quand on vous conduit devant le cadavre d’un de vos amis, mais si on vous mène devant une urne où sont ses cendres, il vous faudra de la réflexion pour que vous vous sentiez frappé. Ainsi, êtes-vous devant Lens.

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Des petits tas de ruines

            Vous y entrez par la cité des Moulins où tout est moulu et vous continuez. Plutôt, vous essayez de continuer. Car pour pénétrer dans Lens, il ne suffit pas d’en avoir le désir. Il convient avant tout de posséder un coup d’œil et des membres souples.  Ce coup d’œil vous servira à repérer où sont les rues et les membres souples à y circuler. Je ne connaissais aucun habitant de Lens. J’ignorais leur caractère mais s’il est est d’envieux, qu’ils cessent de l’être. Cette fois ci, plus de jaloux : tout est au même niveau. Dans les villes du pays minier, terre de corons, pas un toit ne dépassait l’autre. C’est aujourd’hui la même égalité dans la ruine. Le petit tas de ruines d’une maison n’est pas plus haut que le petit tas de ruine d’une autre. Les petits tas sont même identiquement pareils. On croirait qu’au dessus de ces demeures qui se tiennent le long des rues, le même homme est passé et a laissé tomber sur chaque, sans en oublier une, le même poids qui l’a effondrée. Grâce aux rails du tramway, après dix minutes de recherches et d’acrobaties au dessus d’amas épineux, nous avons découvert ce qui était la rue principale.

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A la recherche de l’hôtel de ville et de l’église 

            Tachons de trouver le centre. Nous y sommes, nous dit-on. Dans ces cas là, les professionnels de ces voyages au pays des formidables malheurs ont deux points qui vous guident : l’église et l’hôtel de ville. Nous avions beau scruter : nous n’apercevions rien. Dans cette même chose chaotique qui fut la grande rue, nous avancions. Nous n’avions pas l’impression d’être dans une ville affaissée puisque tout était à notre hauteur. Plus rien ne bouchait l’horizon. D’un bout de l’ancienne cité, pas dessus ses restes, nous pouvions voir l’autre bout. Mais voilà un tas de ruines plus haut que les autres et les paris s’ouvrent. Était-ce l’église ? Était-ce l’hôtel de ville ? Impossible de le dire. Mais plus loin, voilà un pan de mur qui ne ressemble pas aux autres. Qu’est-ce que cela pouvait être ? Par le soubassement se voyaient quelques grosses pierres taillées comme on taille généralement les soubassements des monuments publics. Nous avons décrété que c’était l’hôtel de ville et par là, nous avons reconnu que la petite montagne de brique tout à l’heure était l’église.

            L’égalité dans les ruines après s’est rétablie. Lens comptait 35000 citoyens. Heureusement que la géographie nous l’affirme sans quoi je vous aurai juré que la ville n’avait jamais été habitée. Il n’y a pas un meuble. On ne retrouve pas un barreau de chaise, pas un ustensile de ménage. Il ne subsiste plus la moindre petite trace de l’occupation humaine.

            La victoire réglera tout ça.  »

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       Le 30 août 1919, la Ville de Lens reçoit la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre 1914-1918 avec Palmes avec cette citation :

     »Ville glorieuse qui peut être considérée comme un modèle d’héroïsme et de foi patriotique. Tombée au pouvoir des Allemands dès les premières heures de l’invasion de 1914, a été, pendant quatre ans, tour à tour, témoin ou enjeu d’une lutte sans merci. Organisée par l’ennemi en formidable réduit de défense, libéré en partie par une offensive alliée, meurtrie est écrasée au cours de combats incessants, n’a jamais douté du sort de la Patrie. »

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Le passé dans l’Avenir

Posté par Le Lensois Normand le 5 juin 2014

  L’histoire de Lens et des lensois lors de la première guerre mondiale, voilà un sujet d’actualité en cette année anniversaire du début de ce conflit mondial.

  Lens à été envahi exactement quatre années, du 4 octobre 1914 au 4 octobre 1918. C’est la vie en ville et dans les corons qui sera éditée dès la semaine prochaine dans le journal ‘l’Avenir de l’Artois’. Ces articles seront ensuite publiés dans ce blog.

  Mais en attendant, dès cette semaine en page 8, un portrait de quelqu’un que vous devez commencer à connaître.

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  Amis du bassin minier, allez donc acheter ‘l’Avenir de l’Artois’ édition de Lens. Pour ceux qui comme moi ne sont plus dans la région, ils peuvent se le procurer en ligne sur le site du journal.

  Merci à Aurélie et à Maxime.

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NARODOWIEC, le journal des mineurs polonais

Posté par Le Lensois Normand le 8 mai 2014

    Il y a quelques temps, j’avais publié un article sur Narodowiec. Dans celui d’aujourd’hui, beaucoup de choses ont été précisées, de nouveaux documents apparaissent. Cette nouvelle version n’aurait pas été possible sans l’aide importante de M. Jean-Claude Kasprowicz qui a connu le journal jusqu’au jour de l’arrêt des publications. Voici donc l’histoire de NARODOWIEC, le journal lensois des mineurs polonais.

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   Enfant des corons de Lens, mes copains s’appellent Dupont, Caboche ou Renard mais aussi Michalak, Budchinski, Lewandowski, Stachowiak ou Tchaikowski. Lens et le bassin minier ont toujours été une terre d’accueil pour ces étrangers. Je ne parle pas des Espagnol ou des Prussiens, venus chez nous pour y faire la guerre mais des vrais immigrés du début du vingtième siècle : les polonais.

  Au tout début du vingtième siècle, après la terrible catastrophe des mines de Courrières de 1906 qui tue onze cents mineurs, le besoin de main d’œuvre dans l’industrie charbonnière est urgent. Arrivent alors dans le bassin minier les premiers ouvriers westphaliens d’origine polonaise en provenance de la Ruhr allemande. Ces immigrés ne sont pas acceptées par tous : certains syndicats protestent même auprès des compagnies qui emploient de la main d’œuvre étrangère sous-rémunérée et revendiquent ‘la préférence nationale’. Après la Première Guerre Mondiale, une nouvelle vague de travailleurs polonais arrive et s’intègre à la communauté minière. Entre 1920 et 1925, on estime à environ quarante mille le nombre d’ouvriers immigrés de ce pays.

   Les Polonais ont leurs pratiques, leurs églises, leurs commerces, leurs musiques, leur cuisine et même leurs banques. Dès 1920, ils créent leurs propres coopératives tenues par des femmes d’ouvriers…. Petit à petit, ils s’intègrent dans le bassin minier et partagent rapidement avec les lensois au point de se confondre rapidement dans la société et d’y devenir indispensables.

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   Si l’histoire de Lens est celle que l’on nous narre aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle a été faite avec les polonais, et ce pas seulement pour la gloire du RCL (rappelez vous entre autre, Placzek, Budzinski, Biéganski, Sowinski, Kosso, Théo puis plus tard les frères Lech, Krawczyk, Zuraszek, etc…).

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   La communauté polonaise lensoise a son journal : Narodowiec, (le Nationaliste). Ce quotidien sort de l’imprimerie du 101 de la rue Émile Zola à Lens. Narodowiec, qui est le symbole de la Pologne à Lens, devient incontournable dans le bassin minier. Il est entièrement écrit en langue polonaise et dans ses meilleures années publié à près de soixante mille exemplaires par jour. Il est alors le second quotidien régional derrière ‘La Voix du Nord’.

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   Narodowiec n’est pas né à Lens. C’est le 2 octobre 1909, à Herne, dans le bassin minier de la Ruhr allemande et où vivent de nombreux ouvriers étrangers polonais que Michel Kwiatkowski fait paraître le premier numéro de Narodowiec… en langue polonaise. A cette époque, la Pologne, qui a été désintégrée par les russes, les allemands et les austro-hongrois pendant plus d’un siècle, n’existe plus sous forme d’état indépendant et la langue polonaise est interdite.

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   Né en 1883 à Gniezno (Pologne Prusienne) d’une famille de petite noblesse, Michel François Kwiatkowski se lance dès l’âge de quinze ans dans la lutte pour l’indépendance de la Pologne en adhérant à une société secrète. Il devient journaliste après ses études de droit. En 1903, il entre à la Gazeta Gdanska (le journal de Gdansk) puis devient rédacteur en chef à Niarus Polski. C’est un nationaliste convaincu, un résistant contre le deuxième Reich. Il est condamné à plusieurs reprises pour ses idées et victime de tentatives d’assassinat.

   L’empire allemand prend la parution de Narodowiec comme une provocation dénoncée aussi par la presse germanique mais comme le succès est immédiat, il n’ose en interdire la diffusion de peur de provoquer des émeutes. Cependant, les faits et gestes du fondateur du journal sont surveillés de près. Dès les premiers numéros, de nombreux polonais devenus allemands par la force des choses achètent ce journal et y retrouvent le plaisir de lire la langue maternelle.

   Pendant la première guerre mondiale, un moment interdit comme toute la presse polonaise, Narodowiec est autorisé à reparaître à la condition de diffuser les communiqués de guerre allemands. Les articles de Kwiatkowski lui valent d’être de nouveau arrêté et emprisonné à la citadelle de Wesel (Rhénanie du Nord).

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  A la fin de la Première Guerre mondiale, l’indépendance de la deuxième république de Pologne est proclamée. Michel François Kwiatkowski se rend en Haute-Silésie pour défendre la cause polonaise pendant la campagne du plébiscite décidé par le Traité de Versailles sur la répartition des régions entre l’Allemagne et la Pologne. Lors des élections législatives de novembre 1922, Kwiatkowski et son épouse deviennent députés démocrates-chrétiens à la Diète de Silésie. Ils le resteront jusqu’en 1927.

   Mais la Pologne renaissante doit affronter le gros problème du chômage, véritable plaie, qui menace la stabilité du nouvel état. La France a besoin de main d’œuvre pour relancer  l’extraction minière. C’est la période de la migration de nombreux ouvriers vers les mines du nord de la France. Dès 1922, Kwiatkowski leur fait parvenir Narodowiec par la poste militaire française.

   En 1924, autorisé à s’installer en France en raison des services rendus à la cause des nations alliées, Michel Kwiatkowski rejoint les ouvriers polonais dans la capitale du Pays Minier. Il y amène son matériel d’imprimerie dans un convoi militaire français et s’installe rue Émile Zola. Le 12 octobre de la même année sort des rotatives lensoises le premier exemplaire de Narodowiec tiré à sept mille exemplaires. En Pologne, un journal de même tendance, Narod parait de 1924 à 1939 sous la direction de Marian Kwiatkowski, le frère de Michel. Marian sera assassiné sur ordre des autorités allemandes en 1940.

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  En France, Narodowiec va vite prospérer : quinze mille exemplaires en 1926, vingt-huit mille en 1928, trente-cinq mille en 1932 et plus de quarante mille à la veille de la deuxième guerre mondiale. Largement distribué à Lens, Narodowiec est lu aussi dans les mines du Gard, du Tarn, de l’Aveyron, de Lorraine où il est vendu par correspondance.

  En 1932, l’imprimerie de Lens édite la revue illustrée ‘Illustacja Polska’ qui est diffusée à neuf mille exemplaires. Elle éditera également la ‘Gazeta dla Kobiet’, un journal féminin catholique.

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   Narodowiec est considéré comme sans tendance politique mais franchement anti-communiste. Il a toujours dénoncé l’introduction de la politique dans la communauté polonaise contrairement à ‘Wiarus Polski’, un autre journal polonais imprimé depuis 1923 sur les rotatives du Grand Echo du Nord à Lille et dont Jan Brejski, le directeur, ne cache pas son appartenance au groupe national-ouvrier polonais.

   En 1926, un nouveau concurrent parait, imprimé aussi à Lille, ‘Glos Wychodzcy’ (La Voix de l’Émigré) dirigé par Antoni Ryczkowski mais il n’arrivera pas à rivaliser avec Narodowiec.

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   Avant la seconde guerre mondiale, l’ensemble des journaux constituant la presse polonaise en France tire à plus de cent vingt mille exemplaires. Outre Narodowiec et Wiarus Polski, on trouve Prawo Ludu (Le Droit du peuple) et Robotnik Polski (La Voix de l’ouvrier). Afin de pouvoir être lue par un maximum de leurs ressortissants, ils sont tous écrits en polonais.

   Les articles de Narodowiec sont tous écrits par des journalistes locaux qui rapportent les évènements de la communauté polonaise. Ils répondent aux besoins des lecteurs qui y voient un moyen de conserver l’identité de leurs origines. Narodowiec donne aussi des conseils aux polonais de Lens et de la région : contrat de travail, assurances de santé ou de retraite, demande de logements, procédures pour obtenir des documents officiels ou la naturalisation française… Le journal prend aussi la défense des travailleurs polonais : il dénonce les bas salaires, les discriminations et s’en prend aux compagnies minières. Ainsi, dans les années trente, il demande à ces compagnies et au gouvernement français des assurances afin que les nouveaux embauchés venus de Pologne ne soient pas licenciés puis expulsés en cas de baisse de la production comme cela a déjà été fait auparavant. En ce qui concerne la Pologne, Narodowiec s’oppose clairement à la politique autoritaire menée par le maréchal Pilsudski et ses successeurs.

   Les liens qui unissent Narodowiec à la population polonaise du bassin minier sont si étroits que des mineurs qui ne lisaient jamais de journal dans leur pays achètent maintenant ce quotidien pour rester en contact avec ‘leur’ monde. Parmi  ces mineurs immigrés, certains sont encore illettrés et se font lire le journal par un ami ou un membre de la famille. On estime que chaque exemplaire est lu par quatre personnes au moins.

   En 1932, l’imprimerie du numéro 101 de la rue Émile Zola emploie cinquante personnes afin que les exemplaires quittent chaque jour les rotatives à l’heure dite.  En 1936, parmi les journalistes on trouve pour la première fois une femme : Stanislawa Koslowska.

   Le 1er septembre 1939, l’armée allemande pénètre en Pologne. Narodowiec lance un appel afin de créer une armée polonaise en France. Le général Wladyslaw Sikorski forme à Paris un gouvernement polonais en exil aussitôt reconnu par les pays libres. Michel Kwiatkowski est nommé membre du Conseil National.

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   Il cesse la diffusion du journal dès que les troupes germaniques envahissent Lens en mai 1940. Recherché par la Gestapo, il part pour l’Angleterre retrouver le général Sikorski qui s’y est réfugié après la défaite française.

  Dès les premiers jours suivant la Libération de Lens, les membres de l’organisation de lutte pour l’indépendance de la Pologne reprennent l’imprimerie de la rue Zola afin de relancer le journal qui reparait en décembre 1944 après le retour de Michel Kwiatkowski.

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  Narodowiec reprend son rang d’institution régionale. Il propose jusque trente-deux pages écrites par une véritable équipe de journalistes passionnés de leur nation d’origine. On peut y lire des nouvelles de tout le nord de la France, de Paris, de la France entière, du Benelux et y trouver également toutes les rubriques d’un quotidien ‘normal’ : politiques, sociales, financières, agricoles, médicales, culturelles. Il comporte également le courrier des lecteurs, un feuilleton, des bandes dessinées dont les aventures de Rafala Pigulki dessinées par André Daix connu en français sous le nom de Professeur Nimbus. Narodowiec est lu dans tout le bassin minier mais aussi vendu par correspondance à des abonnés de toute la France et même de l’étranger.

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   Dans la seconde moitié du vingtième siècle, quatre-vingt personnes sont employées à l’imprimerie de la rue Émile Zola pendant six jours et six nuits afin que le journal respecte ses horaires de distribution. Les bureaux de la rédaction ouvrent dès six heures et à quatorze heures, un véhicule transporte les journaux dans les gares de Lens et d’Arras tandis que dans les corons de Lens, deux cents colporteurs les mineurs distribuent aux familles polonaises dès la fin de l’après-midi ‘leur Narodowiec’ daté du lendemain ! D’autres personnes sont chargées d’imprimer tracts et documents pour des commerçants, des artisans ou même des particuliers.

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   Tous les enfants d’immigrés polonais se souviennent de Narodowiec :

         -  Mon grand-père le lisait et moi, petite, je trouvais que c’était un drôle de journal.

       – C’est dans ce journal que j’ai commencé d’abord à lire le polonais avant de rentrer en maternelle française, mes parents y étaient abonnés il y a plus de quatre-vingt ans.

       – Narodowiec… Grande aide à l’apprentissage du Polonais en ce qui me concerne, aussi ! Mes parents le recevaient également, car nous vivions en région parisienne ! A sa disparition, il nous a manqué !

       – Dans Narodowiec, moi je regardais surtout les vignettes de Rafal Pigulka (Professeur Nimbus) avec son grand chapeau et son froc à queue de pie, vu que j’étais furieusement réfractaire à l’apprentissage de la lecture du polonais.

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        – J’aimai également regardé les bandes dessinées de Nimbus et les titres des reportages comme par exemple Echa Dnia (les échos du jour) avec lesquelles j’apprenais le polonais avec mon père…

         – Dans les années soixante mon grand-père et ma grand-mère Babtia lisaient Narodowiec surtout le soir. Ils se partageaient les pages. On n’avait pas la télé et moi je lisais la petite bande dessinés Pigulki. Un souvenir merveilleux de mes grands parents.

    En 1959, Narodowiec fête son cinquantième anniversaire. Parmi les nombreux messages reçus à la rédaction figure celui de John Kennedy, Président des Etats Unis.

   En 1962, Michel François Kwiatkowski qui décédera d’un accident à Vichy le 21 mai 1966 à l’âge de quatre-vingt trois ans laisse la direction du journal à son fils Michel Alexandre aidé de son épouse Eliana.

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   Michel Alexandre Kwiatkowski, diplômé des universités de Cambridge (économie politique) et de Lille (lettres), poète et écrivain (on lui doit deux livres consacrés au pape Jean Paul II), effectue rue Émile Zola ses premiers pas de journaliste.

    Démocrate chrétien comme son père, il s’opposera autant au gouvernement polonais en exil à Londres qu’au régime communiste de Varsovie.

   A partir des années soixante-dix  la récession de l’exploitation charbonnière et la disparition progressive des premières générations d’immigrés polonais font que les ventes diminuent. Les jeunes générations parlent moins la langue de leurs parents et sont plus intéressés par une télévision en plein essor que par la presse écrite. Narodowiec n’est plus tiré qu’à trois mille exemplaires et l’imprimerie n’est plus rentable. Michel Alexandre doit finalement abandonner. Le dernier numéro sort des rotatives lensoises le lundi 19 juillet 1989 et les locaux de la rue Zola fermés.

    Vingt ans plus tard, lors de l’exposition sur le centenaire de la première parution du journal, l’association des Amis de Narodowiec déclare : ″Le journal reste une véritable fenêtre à travers laquelle les générations futures peuvent regarder pour ne pas oublier ce siècle de l’horreur″.

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La place Jean Jaurès

Posté par Le Lensois Normand le 6 mai 2014

   Cette place porte le nom du grand homme politique français depuis 1936 et une décision du conseil municipal d’Alfred Maës.

   Vers 1570, on la nomme rue ou place du Grand Marchié puis elle devient la ‘rue Très Large’ vers 1750.

   Le 30 octobre 1909, elle est baptisée ‘place Francisco Ferrer’ en mémoire du républicain espagnol fusillé quelques jours plus tôt par la monarchie ibérique. Il arrive parfois que certains lensois l’appelle aussi ‘place de la mairie’.

  La place a certainement vu le jour avec la construction de l’église Saint Léger. Sur les plans de Lens du moyen-âge, on peut voir qu’elle a toujours été l’une des artères principales de la commune. Du temps des remparts, elle donnait directement sur la Porte d’Arras (qui se situait au niveau du croisement entre l’Avenue du Maréchal Joffre et les rues Decrombecques et de la Paix).

  Avant la première guerre mondiale, elle n’était qu’une large avenue dans le prolongement du boulevard des écoles. Elle fut élargie lors de la reconstruction de la ville à partir de 1919.

  Deux édifices ont toujours existé au niveau de cette place : la mairie et l’église Saint Leger. Depuis le dix-neuvième siècle, est cernée de nombreux commerces.

  La place principale de Lens a été le témoin de nombreux évènements.

      – En 1906, c’est là qu’ont lieu les grands rassemblements ouvriers pendant la grève qui a fait suite à la catastrophe des mines de Courrières.

      – En 1914, c’est là aussi qu’un officier allemand vint annoncer à Emile Basly la prise de la ville par les troupes impériales germaniques.

      – En août 1944, la place Jean Jaurès et les édifices qui l’entourent sont de nouveau détruits par les bombardements. Quelques semaines plus tard, le général de Gaule prononce un discours sur la place Jean Jaurès devant un  hôtel de ville en ruine.

      – En 1965, plusieurs milliers de lensois se regroupent sur la place pour rendre un dernier hommage à leur maire décédé, le docteur Ernest Schaffner.

      – En mai 1998, ils sont encore nombreux à se masser sur la place Jean Jaurès pour voir les joueurs de l’équipe de football de Lens qui sont pour la première fois champions de France.

   La place a aussi toujours été le lieu de nombreuses manifestations festives ou sportives comme les défilés à l’occasion des fêtes de Lens ou du passage du tour de France.

   Alors, parcourons l’histoire de cette place lensoise avec plus de 50 images en noir et blanc.

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Le petit garçon à l’hôpital de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 2 avril 2014

    La mémoire est une fonction du cerveau très compliquée. Pourquoi un souvenir stocké pendant des années ressurgit un jour à la simple vue d’un document, d’un objet ou d’une image ? C’est ce qui m’est arrivé il y a peu de temps. La découverte, au service des archives municipales de Lens de la photo d’une ancienne salle d’opération de l’hôpital Schaffner a fait revenir à la surface l’histoire totalement véridique ci-dessous.

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   Les années cinquante touchent à leur fin. Dans un coron de la cité de la fosse 14, un petit garçon a mal au ventre depuis plusieurs jours. Sa maman décide de faire quérir le médecin des mines.

   Le docteur Montagne arrive, son éternelle cigarette vissée au bec. La maman explique : ″Mal au ventre, vomissements, température…″.

   Le docteur fait allonger le garçon sur la table de la salle à manger et l’ausculte. Son verdict : ″Appendicite, opération, hospitalisation.″ Il s’assoit, allume une nouvelle cigarette et rempli les papiers.

   Quelques jours plus tard, le petit garçon est couché dans une chambre à deux lits de l’hôpital cher au Docteur Schaffner. Il n’a pas peur, il est plutôt impressionné par toutes ces personnes en blouse blanche qui s’occupent de lui. Dans le lit voisin, un autre garçon, un ‘vieux’ de treize ou quatorze ans qu’il connait de vue. Il doit être aussi de la ‘fosse 14’.

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   Le lendemain, deux hommes en blancs viennent chercher le petit garçon, le couche sur un chariot, le sangle, le conduisent à travers les couloirs de l’hôpital, prennent les ascenseurs.

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   Le petit garçon est installé dans une grande salle bizarre où on l’allonge sur une table. Une énorme lampe est allumée au dessus de lui et l’éblouit. Une dame lui parle gentiment, lui fait une piqure dans le bras. Au revoir…  il dort.

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   La suite, c’est sa maman qui lui a raconté beaucoup plus tard. Le jour de l’opération, dès l’heure du début des visites autorisées, elle arrive dans la chambre. Le lit du garçon est défait, les couvertures jetées de travers. Où est-il ? Elle interroge son voisin de lit. ″Ils l’ont repris, son cœur s’est arrêté de battre !″. La maman a les jambes coupées, elle s’effondre sur le lit !

   On vient vite la rassurer, le garçon va bien. Il a eu un problème au moment de se réveiller et est en salle de réanimation. Peu de temps après, il est de retour dans sa chambre et se demande pourquoi tant d’agitation et de larmes autour de lui. On ne saura jamais ce qui s’est passé. On apprendra plus tard qu’au moment de lui ouvrir le ventre, un cas urgent est arrivé et que son opération a été retardée de quelques heures. Est la cause du malaise ?

   Aujourd’hui, le petit garçon est devenu vieux mais quand il passe devant l’entrée de l’hôpital de Lens, sur la route de La Bassée, il se souvient qu’un jour ici, il a fait pleurer sa mère ……

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   C’était à Lens à la fin des années cinquante !

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Sylvain Robert élu Maire de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 31 mars 2014

   Le dimanche 30 mars, la liste menée par Sylvain Robert, Maire sortant de Lens a été élue lors du deuxième tour des élections municipales. Cette liste a recueilli  42,02 % des suffrages exprimés. Elle devance celles d’Arnaud Sanchez à la tête d’une coalition ‘dissidents socialistes-UMP’ (33,94 %) et d’Hugues Sion (FN, 24,05 %).

   Pour rappel, la liste des Maires de Lens depuis 1900 :

basly

maes

hanotel+

Émile Basly

Alfred Maës

Marcel Hanotel

6 mai 1900 – 11 février 1928

 

1er avril 1928 – 17 août 1941

 

22 décembre1941 – 2 septembre1944

 

sion

lecoeur

schaffner

Paul Sion

Auguste Lecœur

Ernest Schaffner

3 septembre 1944 – 13 mai1945

13 mai 1945 – 26 octobre1947

 

26 octobre 1947 – 23 septembre1966

 

delelis+

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André Delelis

Guy Delcourt

Sylvain Robert

4 décembre 1966 – 14 octobre 1998

 

14 octobre 1998 – 16 juin 2013

16 juin 2013- en cours

 

nnnVous pouvez retrouver l’histoire des Maires de Lens du vingtième siècle (ainsi que celles d’autres lensois célèbres) dans le tome 4 du blog du lensois-normand (ici : http://lenstome4.canalblog.com/ ).

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La Metz est dite

Posté par Le Lensois Normand le 7 mars 2014

Après de nombreuses incertitudes, la décision est enfin tombée hier jeudi dans la soirée : le préfet de Moselle a pris des mesures exemplaires contre les supporters du RC Lens.

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Pourtant, on est toujours bien reçu d’habitude à Metz (photo L’Est Républicain)

Les abords du stade seront interdits à toute personne se prévalant d’être lensois, le nombre de supporters Sang et Or sera limité à 400 dans le stade au lieu de 1100 lorsque les grenats reçoivent d’autres équipes.

Tout ça parce que lors du match aller au Stade Bollaert-Delelis, quelques ivrognes lorrains aux neurones anémiées et à la vessie houblonnée n’ont pas bien digéré les excès de notre excellente Bière du Chti ayant pour conséquences quelques ‘déboires’ avec la marée-chaussée.

Alors, Monsieur le Préfet de Moselle a pris les décisions qui le feront entrer dans la légende. En effet, peut être a-t-il là évité une troisième guerre mondiale ! Sa décision est justifiée : ″considérant la forte mobilisation des Ultras à risques de Lens pour la prochaine rencontre opposant Metz à Lens et pour laquelle ils recevront le soutien de supporters d’Anderlecht, Rennes et Guingamp″.

Imaginez cette armée de brutes lensoises envahissant la Lorraine, baïonnette au canon et sabre au clair, ces hommes aux uniformes rouges de sang et jaunes d’or investir la cité de Paul Verlaine renforcés des hordes bretonnes et flamandes. Que serait il resté du patrimoine de nos cousins ex-germains ? Le Centre Pompidou rasé, la belle gare exposée, la cathédrale ruinée, les commerces pillés, les caniveaux des belles rues piétonnes ruisselants du sang des autochtones que les pluies abondantes ne parviennent pas à diluer !

Car se sont de vrais sauvages ces supporters lensois. De peur d’importantes représailles, les médias et les autorités du football sont obligés de leur attribuer le titre de meilleur public de France toutes divisions confondues !

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Quelques uns des hooligans lensois interdit s à Metz. C’est vrai qu’ils font peur !

Imaginez les en train d’arpenter les rues de Metz en hurlant leur hymne de guerre ‘Les Corons’. Ce chant partisan qui partout ailleurs est connu pour ses paroles sanguinaires. Ce chant, véritable appel à la violence, qu’ils hurlent partout pendant les trêves entre chaque combat obligeant comme à Dijon, les gens du coin à les ovationner !

Regardez comment ils ont laissé les champs de bataille après leur passage dans les villes au cours de leur dernière campagne : Dijon, on l’a dit mais aussi Laval, Le Havre, Tours, Arles, Clermont-Ferrand, Niort, Nancy, Angers, Brest, Auxerre, Troyes, Créteil ne sont plus que ruines et désolation.

Alors, Monsieur le Préfet, vous avez pris la bonne décision. La ville de Metz, la Lorraine, La France et même le monde entier sauront reconnaître votre volonté d’éviter un nouveau drame humanitaire mais aussi votre capacité de discernement. Car vous auriez même pu aller plus loin : faire intervenir la DST, demander l’intervention de l’armée, du GIGN et du RAID et pourquoi pas, reconstruire la ligne Maginot.

Et vous avez gagné la guerre ! Grâce à vous, les armées lensoises ont pris peur et renoncent à leur projet d’investir votre ville. Aucun régiment n’organisera de déplacement de troupes. A vous seul, vous avez mis toute une armée en déroute. Votre nom restera dans l’histoire pour avoir été à l’origine de ‘la retraite de Lorraine’.

Si vous êtes est encore en place lors de la prochaine saison et si l’équipe de Metz monte en première division, vous allez en avoir du boulot, monsieur le Préfet de Moselle. Il va falloir l’utiliser votre beau stylo à plume pour en signer des arrêtés : il parait qu’il y a encore plus féroces que les lensois parmi les supporters en ligue un. Nice, Marseille, Saint Etienne, Paris…. Vous connaissez ?

Le football est et doit parait-il rester un sport populaire. Ce n’est pas avec le genre de décision comme la votre qu’on évitera les débordements. J’entends déjà quelques artésiens annoncer une reprise des hostilités dès la prochaine saison.

Mais pour la plus part des lensois, les supporters messins, les vrais, seront reçus comme seuls les chtis savent le faire l’an prochain quelque soit le stade où joueront les Sang et Or.

Allez Metz et surtout ALLEZ LENS et que le meilleur gagne !

Quant à vous monsieur le préfet, ce serait marrant de vous voir muté…. dans le Pas-de-Calais !

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Le talent d’Achille

Posté par Le Lensois Normand le 27 février 2014

   En fouillant dans le passé de l’Histoire de Lens, on se rend compte qu’il est fait d’une multitude d’histoires : des grandes histoires et des petites histoires.

   Celle qui nous concerne aujourd’hui, à peine romancée, nous narre la dernière journée de la vie d’un brave représentant de commerce, Achille Claveleux (ce n’est bien sur pas la véritable identité de notre héros du jour). Notre homme, qui aurait pu ne rester qu’un illustre inconnu, est entré dans l’Histoire de Lens le jour même où il terminait la sienne.

   Le 25 janvier 1931, le Tribunal de Béthune rend son jugement dans l’affaire opposant la veuve Claveleux à Madame Savaete, propriétaire d’une brasserie à Fauquembergues, 16 rue de Fruges.

brasserie

A Fauquembergues, la Brasserie Savaete se trouve dans le grand bâtiment blanc avec le porche en arcade

   Claveleux est voyageur de commerce pour le compte de la brasserie depuis plusieurs années. Voyageur de commerce dans une brasserie : où voulez vous qu’il vante les qualités de sa bière, ce brave homme ? Dans les établissements où on en boit, bien sur.

   Claveleux et son épouse habitent Fournes-en-Weppes. En ce jeudi 11 octobre 1928 un peu avant neuf heures, il quitte son domicile à bord d’un véhicule automobile qui lui est prêté par la brasserie et dont il a rempli le coffre d’échantillons de ce breuvage dont il doit vanter les mérites.

   Sa mission aujourd’hui : visiter quatre clients à Hénin-Liétard, des estaminets, bien sur. Claveleux arrivera chez le premier d’entre eux à… 18h30 !

   L’itinéraire le plus court est le plus logique aurait du le faire passer par Carvin et Courrières. Mais voilà, vers neuf heures trente, Claveleux est aperçu alors qu’il entre dans la gendarmerie de … Liévin, loin de sa route.

liévin

La Gendarmerie de Liévin se trouvait alors avenue des Grands Bureaux

   Que va-t-il y faire ? On ne le saura jamais. Peut-être s’est-il perdu et cherche auprès de la marée-chaussée de quelle manière reprendre le droit chemin.

   Il quitte la gendarmerie vers onze heures, le coffre un peu plus léger. Et comme pour aller de Liévin à Hénin, il n’y avait pas la rocade à cette époque, il semble qu’il se perde de nouveau. Est-ce l’excuse qu’il trouverait si on lui demandait pourquoi on le voit passer sa journée dans des estaminets de Lens, de Loison ou de Vendin-le-Vieil ?

   Quelle journée éreintante pour notre brave représentant ! Il arrive enfin à Hénin vers 18h30 et ‘visite’ ses quatre clients. Grâce au talent d’Achille, à vingt heures, son carnet de commande est plein. Sa patronne va encore être contente, il est l’un de ses meilleurs vendeurs.

   La journée est finie ! De Hénin, il va enfin pouvoir rentrer chez lui après cette longue journée de … travail.

   Hé bien non ! Jugeant certainement qu’il n’avait pas encore assez ‘vendu’, il retourne à Lens à bord de son véhicule. Il doit encore lui rester quelques échantillons houblonnés dans le coffre.

   Peut-être veut-il simplement vérifier comment les clients apprécient la bière qu’il a vendue au commerçant. On le retrouve au comptoir du café François, du côté de la Place du Cantin qu’il quitte vers vingt-et-une heures. Le commerce doit être difficile car on ne trouvera aucune commande du patron de cet estaminet dans les papiers d’Achille.

cantin

La place du Cantin telle qu’Achille a du la voir une dernière fois

   De la place du Cantin, la route de Lille, Carvin, il devrait être rentré à la maison avant vingt-deux heures.

   Mais les chemins de Claveleux semblent vraiment tortueux. Une heure plus tard, on le retrouve remontant le Route de La Bassée à bord de son véhicule, l’esprit somnolant certainement dans les vignes du Seigneur et la vessie surement bien pleine.

   En arrivant du côté des corons de la cité de la fosse 14, le véhicule de notre homme tamponne brutalement une voiture hippomobile pourtant munie de ses lanternes de signalisation.

   Le choc a du être violent car Achille passe aussitôt de vie à trépas. Ainsi se termine la laborieuse dernière journée de travail d’un homme totalement investi dans sa mission.

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Les corons de la route de La Bassée au niveau de la cité de la fosse 14

   Le Tribunal de Béthune estimant que Dame Savaete n’a donné à Achille aucun délai ni aucun horaire précis pour effectuer sa mission, qu’elle ne lui a pas précisé d’itinéraire à prendre, que ses ‘clients’ tenant des estaminets ne peuvent être visités que pendant leurs heures d’ouverture parfois tard le soir, que le fait de ne pas avoir enregistré de commandes ne signifie en rien qu’Achille n’ai pas rempli sa mission de représentant, donne raison à la veuve Claveleux et reconnait donc que le décès de son mari est bien consécutif à un accident de trajet.

   La propriétaire de la brasserie est condamnée à lui verser une indemnité correspondant à 20% du montant annuel du salaire de feu notre représentant de commerce.

   Ceci devrait lui permettre de se consoler de cette ‘mort subite’ et d’offrir à son défunt une belle…. mise en bière !

mort subite

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Lens-Bastia en Coupe de France, c’était en 1972

Posté par Le Lensois Normand le 7 janvier 2014

   Lorsque j’ai appris le résultat du tirage au sort des seizièmes de finale de la coupe de France de football, de nombreux souvenirs me sont revenus. Le RC Lens affrontera dans quelques jours l’équipe de Bastia. Loin de vouloir relancer d’anciennes rancœurs ou des envies d’affrontements, je ne peux laisser passer l’occasion de relater cette page d’histoire, de notre histoire à nous, les lensois.

   Je me retrouve tout à coup quarante-deux ans en arrière, le dimanche 14 mai 1972.

   Quelques années auparavant, notre RC Lens a bien failli mourir. Les HBNPC, ‘les mines’ comme nous disions, vivaient leurs derniers moments et avaient décidé de grandes coupes dans leurs finances. Le Racing était sacrifié comme l’avaient été la quasi-totalité des chevalets de nos cités.

   Et pas de Mamadov en ces temps là ! C’est le Maire de Lens d’alors, André Delelis, qui prend les choses en main. Lens ne pouvait se passer de la seule attraction qui, toutes les deux semaines, attirait des milliers de mineurs ‘aux matches’.

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   Le club continuerait d’exister, d’abord en vivotant dans le championnat de France des équipes d’amateurs. Au début des années soixante-dix, une réforme de l’organisation des compétitions permet au RCL de disputer le championnat national, la seconde division de l’époque qui regroupait en deux groupes des équipes professionnelles et les meilleurs clubs amateurs.

   C’est dans ce championnat qu’évoluent les Sang et Or lors de la saison 1971-1972. Plutôt pas mal, d’ailleurs : ils terminent la saison à la troisième place.

   La Coupe de France s’ajoute au plaisir des supporters. Les équipes de Quevilly, Châteauroux, Mantes-la-Ville et du Red-Star de Saint Ouen subissent la loi des joueurs lensois.

  Ils sont plutôt talentueux, ‘nos’ joueurs et possèdent surtout l’esprit d’équipe et la volonté de s’en sortir des hommes du pays minier.

   Point de recrues issues d’autres continents à cette époque. Nos renforts  étrangers viennent d’un pays connu et ami : la Pologne. C’est souvent de là-bas que sont arrivés ceux qui, au fond, grattaient les parois noires et poussiéreuses des galeries avec les mineurs français. Ils sont venus et se sont installés, faisant du Bassin Minier leur seconde patrie.

   Dans l’effectif du club de 1972, les Lannoy, Lhote, Macquart, Hédé ou Elie côtoient plusieurs joueurs d’origine polonaise, de ‘la deuxième génération’ comme on dirait aujourd’hui : Kalek, Cieselski, Marzalec, Janizewski, Wolniak, Zuraszek.  Leur entraîneur aussi était venu de là-bas pour extraire l’or noir avant d’avoir la chance d’être repéré d’abord comme un excellent gardien de but puis comme un très bon meneur d’hommes : Arnold Sowinski.

sowinski

   Pour élever le niveau de l’équipe, les dirigeants ont fait venir deux joueurs du pays de la mer Baltique. Nos immigrés d’alors se nomment Eugenius Faber et Richard Gregorczyk, deux hommes qui symboliseront le renouveau du Racing.

fabergregorczyk

   Leur talent et leur courage exemplaire font de ces deux joueurs des pièces indispensables de l’effectif. Ils sont donc présents lors du match ‘aller’ de cette demi-finale de la Coupe de France au stade Furiani de Bastia le 10 mai.

   L’ambiance est électrique. Les jeunes joueurs lensois sont impressionnés, l’arbitre peut-être aussi.

   Peu de lensois verront ce match : il n’y a pas de retransmission télévisée à l’époque. C’est l’oreille collée au transistor que les lensois apprennent par Jean Crinon, le fougueux et explosif reporter de Radio Lille que les bastiais remportent le match pas trois buts à zéro.

crinon

   Mais les lensois apprennent aussi que l’ambiance en dehors du terrain a été terrible. Un climat ‘anti-Lensois’, issu d’un climat ‘anti-continent’ régnait partout en ville. On racontera que des voitures immatriculées ‘62’ ont été jetées dans le port de Bastia. Humiliés, battus et vexés, tous les lensois le sont alors.

  En réponse, pour le match ‘retour’, ils vont se mobiliser. Henri Trannin, dirigeant emblématique du club, lance un appel au peuple. Ce n’est pas le RCL qui a été humilié en Corse, c’est tout le Bassin Minier. Il faut que les ‘gueules noires’ se regroupent et prouvent au pays entier qu’ils ne sont pas morts.

   La veille du match, une indiscrétion permet de savoir que la délégation corse passerait la nuit à l’Hôtel de Flandre, près de la Gare. La nouvelle fait tâche d’huile. Les lensois se relaient sous les fenêtres, utilisent tous les moyens pour faire du bruit : klaxons, trompettes, pétards, tonneaux roulés sur les pavés…. A tel point que les responsables du club corse décident de faire transférer leur délégation à Arras afin de pouvoir dormir un peu.

hotelflandre

   Le dimanche 14 mai, les lensois mangent tôt bien que le match ne soit programmé qu’à dix-sept heures. Il faut être de bonne heure au stade pour avoir une place car il n’y a pas encore de réservations. On sait aussi que l’on va rester plusieurs heures debout : les places assises, ‘c’est pour les riches’ !

premiere

   De notre maison des corons de la fosse 14, nous partons à pied. Près de quarante-cinq minutes de marche ne nous font pas peur. De toute manière, on n’aurait pas trouvé de place pour se garer, même pour ma petite 4L.

   Nous descendons par la Route de La Bassée en groupe. Mes sœurs, des copains, celui qui allait devenir mon beau-frère, celle qui allait devenir mon épouse et mon père qui, a soixante-dix ans, n’aurait surtout pas voulu rater cet événement de portée ‘lensoise’. Ce fut son dernier match à au stade Bollaert.

   En passant devant la gare Sainte Elisabeth et le carreau de la fosse 1 fermée et remblayée l’année précédente, on sent que la tension monte. Ce ne sera pas un match ordinaire ! Tout Lens est là. Nous serons plus de 22000 dans les gradins, serrés comme des sardines.

   A l’entrée, on achète le journal du club, ‘Sang et Or’ que l’on conservera en souvenir.

sangetor

   Nous avons trouvé des places ‘en secondes’, la tribune couverte de tôles face à la tribune officielle. C’est là que se regroupaient déjà les groupes de supporters.

seconde

   La foule est partout : sur les toits des tribunes, sur les poteaux d’éclairages, dans les arbres mais aussi sur la pelouse même tout proche des lignes délimitant l’aire de jeu. Aujourd’hui, il est certain que l’arbitre du match, Monsieur Debroas, n’aurait pas donné le coup d’envoi de la rencontre pour des raisons de sécurité.

pelouse

   Lorsque les équipes pénètrent sur la pelouse, c’est une bronca énorme : le stade Bollaert en tremble sur ses bases. Chaque action lensoise est vivement encouragée. Chaque action corse est huée et sifflée.

lesequipes

   Le gardien de but corse d’origine yougoslave se nomme Pantélic. Une grande banderole est installée derrière le but : ‘Pantélic, pends tes loques’. L’homme passera la rencontre à sauter pour éviter les nombreux pétards lancés dans ses jambes par les spectateurs sous les yeux quasi indifférents de quelques rares policiers. Sur une autre banderole était écrit : ‘Allo Napoléon, ici Waterloo’’.

pantelic2

   Dans les tribunes, un petit groupe d’hommes est repéré comme étant des supporters corses. Quelques lensois avaient prévu : des litres d’eau se déversent sur eux avant qu’ils ne soient aspergés de sacs de farine !

   Mais tous ces événements ne sont en aucun cas méchants, il n’y aura aucun blessé, aucune bagarre. Cette ‘revanche’ n’est finalement qu’une grande fête comme seuls les chtis savent en faire.

   Le déroulement du match ne restera pas le principal des souvenirs. Lens marqua deux fois en première mi-temps par Faber et Zuraszek. Après chaque but, la pelouse est envahie par ces milliers d’inconditionnels.

   La deuxième mi-temps ne permet pas aux joueurs du RCL de marquer le troisième but tant espéré. La partie se termine avec une élimination mais avec le sentiment que les gens du Pays Noir ont, devant toute la France, largement lavé l’affront de Furiani.

elimination

  C’est fini ! Les spectateurs quittent le stade lentement, serrés les uns contre les autres le long de la rue menant au pont Césarine comme lors d’une procession funèbre. Parmi les nombreux commentaires, on entend souvent : ‘On a sauvé NOTRE honneur !’. Notre groupe remonte la Route de La Bassée, un peu déçu par cette élimination mais, déjà à l’époque, ‘’fiers d’être lensois’’.

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A voir en cette fin d’année

Posté par Le Lensois Normand le 26 novembre 2013

    Trois manifestations de cette fin d’année m’ont été signalées et méritent votre visite. Elles prouvent que l’attachement à l’histoire de  la mine et des mineurs est toujours aussi important dans notre pays minier.

quentin Lens

sainte barbe

mineurs

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