• Accueil
  • > Recherche : lens en 1918

Résultats de votre recherche

LENS et ses gares

Posté par Le Lensois Normand le 26 janvier 2013

LENS et ses gares dans Histoire gare1000

   Nous sommes en 1860 : la Compagnie des Mines de Lens créée huit ans plus tôt produit près de 1 600 000 tonnes de houille avec les deux seuls puits déjà exploités (fosses Ste Elisabeth et du Grand Condé). Le nombre d’habitants à Lens est passé de 2500 à 4000 en 10 ans, il devient nécessaire que la ville soit reliée au chemin de fer et possède sa gare.

    Il est difficile d’imaginer Lens sans gare mais c’était le cas jusqu’en 1860 comme le prouve cette carte des Chemins de Fer du Nord de 1853. 

gare1001 basly dans La ville

   La Compagnie des Chemins de Fer du Nord, créée le 20 septembre 1845 par le banquier James de Rothschild prend possession d’un grand espace au sud-ouest de la ville et décide d’y faire passer des voies ferrées et de construire une gare.

    La mise en service de la ligne entre Arras et Hazebrouck passant par Lens est à l’origine de la création de cet ensemble ferroviaire. Au départ, il n’est utilisé que pour le trafic de houille de la Compagnie des Mines : jusque là, le transport du charbon se faisait par le canal dont les quais de chargement étaient reliés aux fosses par les voies ferrées privées des Mines.

gare1002 cassan dans Lens

   Lens, ce n’était d’abord qu’une simple halte sur la ligne Arras-Dunkerque, la gare n’est ouverte au service des voyageurs qu’en 1863 et comporte alors 4 voies et deux quais pour le trafic des voyageurs, un faisceau de 7 voies pour les trains de marchandises et deux voies en impasse pour le garage des locomotives.

    Elle n’est composée que d’un seul bâtiment devant lequel a été ouverte une petite place.

    Mais Lens a sa gare, celle que les lensois allaient appeler ‘la gare du Nord’ en opposition à celle des Mines : la gare Sainte Elisabeth.

gare1003 chemin de fer

   Contrairement à aujourd’hui, le bâtiments-voyageurs se trouve exactement dans l’axe de la rue de la Gare qui a été tracée à l’initiative de Guislain Decrombecque et d’Edouard Bollaert afin de relier directement les voies ferrées à leurs exploitations ou usines.

gare1004 gare

    D’autres liaisons ferroviaires nécessaires au transport du charbon sont ouvertes par la suite. Elles relient la capitale du pays miniers aux villes importantes (Paris, Calais, Dunkerque, Lille ….). Ces lignes servent en même temps à la circulation des premiers trains de voyageurs.

Année

Ligne mise en service

1860

Prolongement de la ligne Arras-Hazebrouck jusque Dunkerque

1860

Lens-Ostricourt (vers Lille)

1869

Lens-Don Sainghain via Pont à Vendin et Bauvin-Provin

1879

Lens-Hénin Liétard-Carvin

1884

Lens-Armentières par Don Sainghin

1889

Lens-Frévent (le Tortillard)

1906

Lens-Brebières (vers Douai)

    Lens se trouve alors au centre d’un ensemble ferroviaire important.

gare1005 guerre

   Dans le même temps, les installations de la gare de Lens prennent de l’expansion pour répondre à l’augmentation du trafic. Lui ont été ajoutés :

Année

Constructions

1872

3 voies en impasse pour le chargement de wagons de marchandises

1875

une halle à marchandises

1879

une ‘fosse à piquer le feu’ et une grue hydraulique (pour l’entretien des locomotives)

1884

un faisceau de cinq voies relié aux lignes du chemin de fer des mines de Lens

1893

deux voies de garage pour le tortillard Lens-Frévent

1910

ouverture de la cour à marchandises

   Sur la photo ci-dessous qui date du tout début du XXème siècle: au premier plan, la tête de faisceau des voies affectées aux trains de marchandises puis les quatre voies du trafic voyageurs (un train y est en stationnement). Au centre de l’image, la grande halle aux marchandises et ses voies dites ‘de débord’ qui longent la rue Thiers (aujourd’hui rue Jean Létienne) et où stationnent de nombreux wagons en cours de manutention. Dans le fond, on distingue le bâtiment voyageurs derrière le buffet-hôtel.

gare1006 histoire

   Voici un plan paru dans l’ouvrage d’Alfred Buquet ‘Lens, son passé, ses houillères’ en 1950. On y voit les installations de la gare de Lens avec les évolutions de 1860 à 1910. On remarque aussi que la place de la gare, appelée ‘Cour des Voyageurs’, est beaucoup moins large qu’aujourd’hui.

 lens

   A partir de 1897, devant le nombre croissant de voyageurs, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de moderniser et d’agrandir le bâtiment de la gare avec :

- la mise en place d’une tour à bulbe avec quatre horloges

- la construction et l’ouverture d’un Buffet-Hôtel perpendiculaire à la gare

- l’extension des locaux pour les services administratifs

- la cour des voyageurs est pavée (1905)

gare1008 mines

   Sur cette photo, on distingue au premier plan, les voies de la ligne Lens-Frévent qui emmènent le ‘Tortillard’ (ci-dessous) vers le Boulevard des Ecoles par la rue de la Paix.

tortillard reconstruction

   Les quais sont aussi aménagés pour un meilleur confort des voyageurs (agrandissement des abris de quai avec pose de banquettes, installation de toilettes et de passages planchéiés pour traverser les voies).

   En 1913, le trafic de la gare de Lens est de 900 000 voyageurs et plus de 2 000 000 tonnes de charbon.

   Mais il semble que ces travaux ne répondent pas aux besoins de la population. Le Député Maire de Lens, Emile Basly part en guerre contre la Compagnie du Nord.

    Le 9 mai 1910, avec Arthur Lamendin, le maire de Liévin, il fait voter une résolution par le Conseil Général du Pas-de-Calais demandant à la compagnie ferroviaire d’agrandir rapidement la salle des pas perdus et les salles d’attente à défaut de construire une nouvelle gare.

basly1910 sncf

   Le 30 septembre 1912, devant l’inaction de la compagnie, il fait appel au Ministre des Travaux Publics, Raymond Poincaré afin qu’il fasse pression sur les dirigeants des Chemins de Fer du Nord.

    Le 25 janvier 1913, le Directeur de la Compagnie écrit au Ministre afin de lui présenter un projet d’expansion tout en soulignant que la gare étant construite au dessus d’une exploitation minière, elle ne peut recevoir un étage supplémentaire et n’être donc agrandie que du côté de la cour des voyageurs pour éviter les affaissements. Basly trouve ce projet n’est qu’un  »rattrapage disgracieux » et diminuerai la surface de la place de la gare, déjà trop exigüe pour la population d’une agglomération de 100 000 habitants. En même temps, il demande à ce que les deux quais soient couverts d’un bout à l’autre et munis de banquettes.

basly001 trains

Emile Basly

   Courant 1913, on en est à ce point des négociations entre le Ministre, le Député-Maire et la Compagnie du Nord qui reste sur ses positions : la construction d’un nouveau bâtiment engendrerait des coûts importants qui ne pourraient être supportés par les seules recettes de la gare pourtant estimées par Basly à 10 ou 11 millions de Francs.

    Selon la Compagnie, seul un agrandissement sur la place n’est envisageable à cause des risques d’affaissements d’un édifice plus lourd.

   Arrive alors la première guerre mondiale qui, malheureusement, met un terme aux discussions. Dès le mois d’octobre 1914, Lens est occupée par les troupes allemandes. Mais les alliés sont aux portes de la ville. La guerre fait rage et les bombardements s’intensifient de jour en jour. La gare est la cible des obus afin d’anéantir le transport ferroviaire qui devient rapidement impossible.

gare1010

   Pour se déplacer en train hors de Lens, il faut rejoindre la gare de Billy Montigny. Les plus chanceux s’y rendent en voiture, d’autres en calèche ou à pied. Mais rapidement les autorités allemandes interdisent aux lensois de sortir de la ville sans autorisation.

    Les locaux de la gare qui ne voient plus de voyageurs servent alors d’abris provisoires aux soldats allemands et à leurs chevaux.

gare1011

   Voyant la fin et la défaite approcher, les troupes allemandes décident de raser complétement la ville. Lorsque les soldats canadiens entrent les premiers dans Lens en octobre 1918 après 10 jours de combats intenses et 4 ans de guerre et de bombardements, la gare, comme tout le reste de la ville, est complètement détruite.

gare1012

   Il faut alors rapidement relancer l’industrie. Les Compagnies des Chemins de Fer du Nord et des Mines de Lens désirent que le trafic ferroviaire soit le plus vite possible opérationnel : les transports par camions sont onéreux et d’un mauvais rendement au point de vue tonnage. Il faut donc impérativement pouvoir se resservir du chemin de fer dont toutes les voies sont dans un piteux état. Au départ, seule la voie ferrée vers Hazebrouck est rétablie par le 5ème Génie mais elle n’arrive qu’aux abords de Lens. C’est l’entreprise de travaux publics de M. Vandewalle qui effectue les travaux pour la Compagnie du Nord.

    Le 26 mai 1919, la Compagnie des Mines de Lens a rétabli complètement la ligne entre Lens Ste Elisabeth et Violaines et deux trains ouvriers et plusieurs trains de marchandises y circulent par jour. L’origine de la ligne se situe rue Bollaert où sera construite la gare Sainte-Elisabeth en 1926.

garesteelisabeth2

   A compter du 1er septembre 1919, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord fait passer chaque jour deux trains dans chaque sens sur la voie privée des Mines entre Lens et Pont-à-Vendin pour rétablir sa liaison Lens-Armentières qu’elle ne peut pas encore faire par Loison car deux des trois ponts du canal de la Souchez ne sont pas encore reconstruits. C’est à ce moment le seul moyen de quitter Lens par le chemin de fer.

gare1013

   Ce service de trains de voyageurs existe jusqu’au 20 février 1921 date de la remise en service de la ligne Lens-Don Sainghin par Hénin-Liétard. En attendant une nouvelle gare, un bâtiment provisoire en bois long de 40 mètres et large de 8 mètres est installé dans l’ancienne cour des marchandises (à l’emplacement actuel de la gare routière). Il fait office de gare provisoire tant pour les voyageurs que pour le personnel.

gare1014

   En ce même lieu se côtoient ainsi les wagons de marchandises et les trains de voyageurs comme ceux des nombreux ‘pèlerins-touristes’ venus de toute la France pour  »visiter » les ruines de Lens.

apresguerre14-18

   Dès le 22 juin 1919, le Conseil Municipal de Lens (alors exilé à Paris) dirigé par Emile Basly, décide d’autoriser la Compagnie du Nord à reconstruire une gare. Un article du journal ‘Nord-Matin’ paru en 1980 justifie cette décision hâtive (la ville n’est encore qu’un amas de ruines) par le fait que la municipalité de Liévin emmenée par son maire Léon Degreaux, est déjà intervenue auprès de la compagnie des Chemins de Fer du Nord et celles des Mines de Lens et de Liévin pour que la gare centre du bassin minier soit construite sur son territoire.

    Raoul Dautry, Ingénieur en chef de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de confier la réalisation de la nouvelle gare de Lens à Urbain Cassan, architecte et chef du service des bâtiments de la compagnie. Ils commandent les travaux à l’entreprise parisienne Forestier, Alquier et Cie.

gare1015   Les travaux de la nouvelle gare commencent en janvier 1926. Il faut en priorité résoudre le problèmes des affaissements miniers qui ont atteint dans certains endroits de Lens quatre mètres entre 1870 et 1914. Sous la zone de la gare, une veine de charbon de 10 mètres de hauteur est en exploitation. Si ces affaissements ne sont pas pris en considération, la gare se trouvera rapidement en contrebas des voies.

   Pour leur faire face, Urbain Cassan imagine un procédé unique et révolutionnaire. La gare n’est pas construite en briques mais en ciment Portland artificiel armé provenant des Usines de La Loisne à Barlin.

usines-la-loisne-barlin

   La gare est composée de douze blocs indépendants les uns des autres. Ce qui fait que si l’un d’entre-eux s’affaisse, la structure générale n’est pas disloquée. La partie affaissée peut être remontée à sa hauteur initiale grâce à un système de vérins implantés dans des chambres installées dans les fondations et capable chacun de soulever 50 tonnes.

gare1016

   Le 17 septembre 1926, le gros œuvre est terminé. Les travaux ne concernent plus que les finitions et les abords. On voit se dresser l’impressionnant échafaudage de la tour des horloges.

gare1017

Le 19 avril 1927, la nouvelle gare est accessible au public. Les voyageurs découvrent alors l’architecture originale de la salle des pas-perdus avec ses fresques qui sont l’œuvre d »Auguste Labouret et, sur les deux façades, les grandes portes munies des grilles en fer forgé d’Edgar Brandt (un artiste ferronnier d’art et industriel de l’armement français).

gare1019

  Elève de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts, Auguste Labouret (1871-1964) est un grand artiste Maître Verrier à qui l’ont doit aussi les décorations des gares de Paris St Lazare, Albert, Saint Quentin, des grands magasins parisiens comme les galeries Lafayette, le Louvre, le Bon Marché, du paquebot Normandie, de nombreux casinos, théâtres ou cinémas. Il a aussi restauré les vitraux des cathédrales d’Amiens, Lyon, Quimper, Rouen…

   Pour ces mosaïques murales il a parfois employé de petits éléments de marbre, incrustés en relief dans le ciment et ensuite taillés au marteau. On y voit d’un côté les mineurs se diriger vers la fosse, barrette sur la tête, pic à l’épaule et lampe à la main. Avec en arrière-plan les terrils, chevalements et cheminées. De l’autre côté c’est le retour des mineurs chez eux, avançant la tête baissée, sans doute harassés par leur journée de labeur. Les autres mosaïques évoquent aussi le pays minier, les transports et l’industrie locale.

  gare1018

  Le hall de la gare est immense sous la voute en arc de cercle et très lumineux grâce à la toiture équipée de multiples vitraux. Sur la photo ci-dessous parue dans ‘L’Illustration’ en 1927, on voit à gauche, le kiosque à journaux au dessus duquel se trouve une grande horloge, à droite, les guichets avec leur barrières de fer forgé et les sièges en bois. Dans le fond, le service des bagages et la consigne.

   A l’autre extrémité, les deux salles d’attente de première et deuxième classe entièrement carrelées surprennent les voyageurs avec leurs bancs recouverts de mosaïques en céramique.

   La nouvelle gare est beaucoup plus grande que l’ancienne : elle mesure 85 mètres de long. Elle peut ainsi répondre à la demande journalière de 2000 billets en 1927. Son architecture, totalement ‘art-déco’, rappelle la forme d’une locomotive de type 020; la tour d’horloges de 23 mètres en étant la cheminée, la gare elle-même la chaudière avec les deux portes rondes qui figurent les roues. A l’autre extrémité, le buffet semble en être le tender.

gare1022

   Les installations ferroviaires sont plus importantes qu’avant la première guerre. Elles comportent maintenant :

      – 6 voies à quai pour le trafic des voyageurs (dont deux en impasse)

      – 2 voies dites de circulation pour les trains passant sans arrêt

      – Une cour marchandises de 6 voies avec une grande halle

      – Un triage de 25 voies pour le trafic des wagons de marchandises

      – Un faisceau de garage de 8 voies pour les trains de marchandises

      – Un atelier de réparation des wagons

   La gare comporte aussi un local pour le trafic des colis, un bâtiment pour le service médical au dessus duquel se trouvent des logements (1), un local toilettes-WC sur les quais (2), un buffet (3) et un poste d’aiguillage pour gérer la circulation des trains en gare (4). (Photos publiées avec l’accord des concepteurs du site sur la cité des Cheminots de Lens : www.cdclens.fr)

gare4batiments

   Voici quelques photos du Buffet de la Gare (dont certaines sont aussi tirées du site sur la Cité des Cheminots de Lens). En haut : le buffet vu de la place et des quais lors de la construction. Puis deux vues de la salle à manger. Sur la troisième ligne : la buvette et la cuisine; enfin le buffet aujourd’hui, façades avant et arrière.

gare1028

   La nouvelle place de la gare est aussi agrandie par rapport à l’ancienne : elle s’étale maintenant de la rue de la Gare à la rue de la Paix. La cour des marchandises a été décalée vers l’ouest pour donner plus de place au trafic des bus qui viendront stationner face aux portes de la gare.

derniere

    Initialement prévue le 26 juin, l’inauguration de la nouvelle gare n’a finalement lieu que le 14 août 1927, le même jour que le nouvel Hôtel de Ville.

   Le matin du dimanche 14 août vers 11 heures, les personnalités se retrouvent devant la gare. On y reconnait Emile Basly, le Maire de Lens, Alfred Maës, son premier adjoint, Myrtil Stirn, sous-préfet de Béthune et des représentants de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

gare1026

  Les cérémonies commencent par un dépôt de gerbes sur la plaque élevée en l’honneur des cheminots morts lors de la guerre 14-18. Puis, après avoir coupé le traditionnel ruban, les personnalités prononcent des discours dans le hall de gare décoré de draperies rouges et or tandis que des sociétés musicales entonnent l’hymne national sur le kiosque dressé sur la place. Ensuite, tout le monde se rend à pied en cortège jusqu’à l’Hôtel de Ville où continuent les festivités avec un grand banquet , des défilés dans les rues de Lens et une fête de nuit avec un grand bal populaire sur la Place de la République.

gare1027

   Les lensois sont heureux : ces inaugurations leur permettent de tourner définitivement la page après cette guerre qui a totalement ruiné la ville.

   Mais leur bonheur est éphémère : douze ans plus tard est déclarée la Seconde Guerre Mondiale. Lens est de nouveau victime de bombardements, les voies ferrées sont visées. Au printemps 1944, les bombardements alliés font de nombreuses victimes et d’importants dégâts mais, si les voies du triage, les locaux et ateliers se trouvant entre ces voies et le poste d’aiguillage n°7 sont pratiquement détruits, les bâtiments de la gare-voyageurs de Lens ne sont pas beaucoup touchés.

gare1029

   Cependant, de nombreux dégâts ont été occasionnés du côté du dépôt des locomotives de Méricourt devenu inutilisable. La cité des Cheminots, toute proche, a été cruellement frappée. Le seul bombardement d’avril 1944 (au cours duquel environ 1500 bombes furent larguées) y a tué 214 personnes et blessé plus de 200 dont de très nombreux cheminots.

   Fin 1946, le triage redevient opérationnel. Ce sont alors les années glorieuses pour l’activité de trains de marchandises de la SNCF avec le transport de houille et de ses sous-produits mais aussi de ciment, de verres, d’engrais ou d’autres produits industriels.

   Les lignes ferroviaires qui desservent le gare de Lens sont électrifiées à la fin des années 50 : en octobre 1957, Lens-Ostricourt-Lille; Lens-Arras en mai 1958, la même année que Lens-Don Sainghin; Lens-Dunkerque en janvier 1960.

   La gare en profite pour supprimer ces affreuses potences qui se trouvaient sur les toits et qui servaient à acheminer l’électricité et le téléphone.

gare1030

   La SNCF en profite pour moderniser le triage qui est à l’époque l’un des plus grand de la région avec 1500 à 2000 wagons de marchandises par jour. A ce trafic, il faut ajouter la trentaine de trains complets de houille ou de ses dérivés remis par les HBNPC et ses filiales ainsi que par d’autres entreprises locales (Verrerie de Wingles, Laminoirs de Lens, …)

    Ce nouvel ensemble ferroviaire comporte un faisceau de 30 voies de triage, un chantier de visite et de réparation, un autre faisceau de 8 voies pour recevoir et expédier les trains et des voies de circulation électrifiées. Les cinq postes d’aiguillages ont été modernisés pour être adaptés à la traction électrique.

   Pour faire fonctionner ce triage, les équipes de cheminots dirigées par un ‘Sous-Chef de gare de Première Classe’ travaillent en 3×8 et disposent de trois locomotives de manœuvre.

   En 1963, des travaux importants doivent être engagés dans le triage afin de relever les voies suite aux affaissements miniers. Plus de 100 000 mètres-cube de matériaux sont utilisés pour remettre à niveau ces voies dont certaines seront relevées d’un mètre vingt.

  Le 28 décembre 1984, le bâtiment des voyageurs de la gare de Lens fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques.

   Depuis les années 80, l’intérieur de la gare est souvent modifié pour répondre aux  »normes standards » de la SNCF : presque plus de guichets, plus de service bagages-consigne, plus de salle d’attente, les grandes portes rondes sont définitivement closes et beaucoup moins de cheminots le plus souvent remplacés par des machines automatiques. Les fresques d’Auguste Labouret semblent perdues dans cet univers ou tout est de couleurs vives, où tout est ‘tape à l’œil’. Le voyageur ne se délasse plus dans la gare en attendant son train: aujourd’hui, il se précipite, il court sans même un regard sur ce qui reste du travail des artistes qui ont créé cet espace.

2013 interieur

   Autres effets des temps modernes : la cour et la halle des marchandises qui longeaient la rue Jean Lestienne ont totalement disparu pour laisser la place depuis février 2009 à la nouvelle gare routière.

gareroutière

   Autre évolution un peu surprenante : avant les travaux de rénovation de la place et de la gare routière, le local qui servait de halte au tortillard de la ligne Lens-Frévent était devenu pour un temps et avant sa démolition du bâtiment … une friterie !

lensfrites

   Le triage aussi a été fermé : l’activité ‘marchandises’ de la SNCF ne correspondait plus aux besoins du monde actuel et coûtait trop cher à l’entreprise. Des tas de traverses usagées rappellent qu’avant, il y avait des voies ferrées à cet endroit. La végétation abondante dans les entre-voies prouve qu’il y a bien longtemps que les pas d’un cheminot ont foulé le ballast.

triageaujourdhuipourblog

    Après l’abandon par la SNCF du trafic de ‘wagons isolés’ (ensemble de wagons de marchandises et destinations différentes rassemblés dans un même train de triage en triage), la seule activité ‘fret’ qui existe encore à Lens concerne des trains entiers et occupe moins d’une dizaine de cheminots.

    Amputé d’une bonne partie de son faisceau, de ses postes d’aiguillages et autres bâtiments, l’ancien triage ne sert aujourd’hui qu’à garer quelques trains de service, rames de voyageurs ou locomotives.

triagecompare

   La place de la gare devenue Place du Général de Gaule en 1970 est aujourd’hui totalement piétonne. Le parking qui s’y trouvait est maintenant dans l’ancienne gare routière, ‘le quartier des gares’ est en pleine évolution ……

    … Mais le bâtiment a toujours conservé son aspect extérieur original et surprend toujours les voyageurs qui descendent du train pour la première fois en GARE DE LENS.

Publié dans Histoire, La ville, Lens | 10 Commentaires »

La Maison Syndicale de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 12 novembre 2012

Cet article a été écrit avec la collaboration de MM. Bernard Ghienne et Christian Vallez.

La Maison Syndicale de Lens dans Histoire msaujourdhui

   Après la catastrophe des Mines de Courrières qui a fait 1100 victimes, le Syndicat des Mineurs, dit « le Vieux Syndicat » emmené par Emile Basly, Arthur Lamendin et Henri Cadot veut étendre son influence dans le bassin minier en général et la région lensoise en particulier. Mais les cafés et estaminets qui servent de lieu de réunion deviennent trop exigus devant l’augmentation des adhérents.

   Il est alors décidé de construire à Lens un grand édifice qui démontrera à la population et aux directeurs des Compagnies Minières l’importance du syndicat. Il permettra aux mineurs de mieux se faire représenter et se défendre face aux conditions inhumaines imposées par les tout-puissants directeurs des Compagnies.

   C’est à Casimir Beugnet, trésorier du syndicat du Pas-de-Calais, et délégué à la fosse 2 des Mines de Béthune que revient la tâche de trouver l’argent nécessaire à la construction du bâtiment.

msbeugnet dans La Mine

   Il réussit à obtenir des subventions publiques (il faut dire que les grands responsables du syndicat sont aussi des élus municipaux ou des députés) mais aussi de l’argent issu de collectes effectuées auprès des mineurs syndiqués qui étaient près de 30 000 à cette époque. Son épouse tenant un estaminet dans la rue Decrombecque à Lens, il lui est facile de contacter les mineurs .

  En 1910 commence donc, dans la rue du Creusot, près de la place du Cantin la construction de cette immense bâtisse à l’architecture remarquable.

   Elle est inaugurée en octobre 1911 par Emile Basly entouré de tous les responsables du syndicat et de nombreux militants.

msplaque1 dans La ville

   Le malheureux Casimir Beugnet ne vera pas cette inauguration : il décède subitement le 1er juillet 1910 à l’âge de 49 ans.

   En sa mémoire, le syndicat fait érigé une statue qui est installée au centre du jardin se trouvant dans la grande cour de la Maison Syndicale. Un peu plus tard, la Municipalité décide de débaptiser la rue du Creusot pour lui donner le nom de Casimir Beugnet.

msstatuebeugnet1 dans Lens

  Appelée aussi parfois La Maison des Mineurs du Nord – Pas-de-Calais, l’édifice est un modèle exceptionnel dans sa conception et son architecture. Elle est construite en briques rouges. Les différentes pièces sont disposées sur les deux niveaux de façon totalement symétrique par rapport au hall d’entrée. Au dessus du porche, à l’étage un balcon doit permettre aux orateurs de s’adresser à la foule des mineurs rassemblés jusqu’à la Place du Cantin.

  L’aile droite du bâtiment abrite le syndicat des Mineurs. Les ouvriers viennent y recueillir des renseignements et des conseils sur le fonctionnement des Caisses de Secours ou les aides familiales ou simplement rechercher l’aide du syndicat pour un problème personnel ou professionnel.

mspremiere1 dans Les Mineurs

   L’aile gauche est occupée par l’Imprimerie Ouvrière qui diffuse notamment le journal du vieux syndicat ‘Le Réveil’.

mspremiere2

  La rue du Creusot dans laquelle se trouve la Maison Syndicale donne sur la Fonderie Bracq qui disparaitra lors de la guerre 14-18..2

  Centre historique et incontournable des luttes ouvrières des mineurs, point de départ de nombreux cortèges syndicaux, elle est, jusqu’à l’extinction totale de l’exploitation charbonnière, le siège des syndicats de mineurs CGT du Bassin Minier.3

   Survient alors la Première Guerre mondiale. L’occupation allemande puis les combats pour la libération de la ville font que Lens est totalement détruite lorsque la libération arrive enfin. La Maison Syndicale, qui n’a pas échappé au désastre, est entièrement rasée.

mspremierruines

 Pendant la guerre, les réunions du Syndicat ont lieu à Bruay-en-Artois. A la fin des conflits, le Syndicat occupe des locaux provisoires installés sur la Place du Cantin.

   Emile Basly, en tant que Maire de Lens, commence dès 1918 les travaux pour rebâtir la ville. Dans son rôle de responsable syndical, il propose dès 1921 la reconstruction de la Maison Syndicale.

   Lors de la réunion du Conseil d’Administration du Syndicat des Mineurs du 9 avril 1921, il déclare : «Il est absolument nécessaire de désigner un architecte tout de suite afin de procéder rapidement à la reconstruction de notre Maison Syndicale». C’est Jean Goniaux, architecte douaisien, qui est choisi. (Source Gauheria n°76).

  La nouvelle Maison Syndicale, qui est édifiée au même endroit, est quasiment identique à la première.

Elle est reconstruite à partir de 1922. Face à son porche est ouverte la rue Florent Evrard, la reliant directement à la Place du Cantin.

msseconde1

La similitude des deux bâtiments, voulue par les responsables syndicaux, est frappante : même matériaux, même dimensions, même sculptures. Seuls, quelques points de détails peuvent les différencier : les inscriptions ‘Secrétariat’ et ‘Imprimerie’ de part et d’autre du balcon ont été remplacés par des balustrades, un jardin ‘art-déco’ occupe désormais la cour centrale et le fronton reconstruit n’est pas totalement identique au premier.

msfronton1 msfronton2

   Les motifs sculptés au dessus du porche marquent la volonté du Syndicat d’afficher sa puissance .

   Les lions, symboles de cette force encadrent des mineurs au travail glorifiant ainsi la force et l’endurance de ces hommes du fond :

  • à gauche, l’abattage au pic et à genoux

  • au centre, le boisage des bowettes

  • à droite, le roulage du barrou

   Au dessus de l’inscription ‘Maison Syndicale’, visible de très loin, une sculpture avec le chiffre 10 : l’année du début de la construction du premier bâtiment.

  L’inauguration a lieu le 16 septembre 1926 en présence d’Emile Basly, d’Henri Cadot et d’Alfred Maës qui est devenu entre-temps Député mais aussi le nouveau Secrétaire Général du Syndicat. Roger Salengro y prononça le discours. Nul doute que ce fut un jour de fête comme on en faisait alors avec grands discours, fanfares et banquet.

msplaque2

  Entre temps, en 1919, le journal syndical ‘Le Réveil’, toujours imprimé dans cet édifice, est devenu ‘la Tribune du Mineur’ par décision du Conseil d’Administration du Syndicat du 8 juin 1919. (Source Gauheria n°76).

  La salle de spectacles située derrière la maison syndicale et ouvrant sur la rue Emile Zola est construite en même temps. En 1928, les propriétaires du cinéma-théâtre ‘le Casino’ situé rue de Paris proposent de louer la salle pour un loyer de 18 000 francs par an en précisant que le syndicat resterait prioritaire en cas de besoin. C’est une aubaine pour celui-ci toujours à la recherche de fonds.

mscantin1

  Quelques années plus tard, le bâtiment est transformé en salle de cinéma. ‘Le Cantin’, qui tente de concurrencer l’Apollo. reste un cinéma de quartier avec ses films de série B. Après les évènements de mai 68 et la ‘libération sexuelle’, le Cantin est même connu pour être le premier cinéma lensois à projeter des films à caractère pornographiques. On est loin alors la vocation première de cette salle.

mscantincinema

  Pour faire face à la chute du nombre de spectateurs, il faut transformé la grande salle de 888 places en 5 plus petites. Malgré cela, le cinéma finit par fermer ses portes définitivement dans les années 90.

   Le site est ensuite racheté par un mouvement religieux considéré par certains comme une secte, ‘la Source’, qui modifie la salle afin d’en faire un lieu de culte. C’est cette ‘église’ qui sera à l’origine de la demande de classement du site. Finalement, les locaux sont définitivement fermés avant que le projet n’aboutisse et finissent par se dégrader.

mscantinaujouirdhui

   La Maison Syndicale a été le centre de tous les conflits du Bassin Minier. Les responsables syndicaux y étaient ‘chez eux’. La photo ci contre démontre la force du syndicat (devenu la CGT depuis la scission de 1948) dans l’entre-deux guerres. On peut y voir tout le groupe de délégués encadrant leur Président Alfred Maës.

msgroupemaes

   Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands réquisitionnent le Maison Syndicale. L’attitude des mineurs, qui se mettent en grève en 1941 autant contre les directions des Compagnies que contre l’occupant, leur procure un sentiment de vengeance. De nombreux attentats ont aussi pour auteurs des ‘gens de la mine’, les sabotages dans les fosses ralentissent la production que les occupants voudraient pourtant voir se développer. Les Allemands utilisent la Maison Syndicale comme prison pour les détenus civils de la région.

   Quelques années après la libération, la Maison Syndicale allait encore vibrer sur ses bases. Auguste Lecœur, qui vient de perdre sa place de maire de Lens, battu pas le ‘SFIO’ Ernest Schaffner, est à l’origine d’un important conflit. Les ministres communistes sont évincés du gouvernement, il n’en faut pas plus pour que la CGT déclenche un mouvement de grève nationale dans les charbonnages. Autant politique que revendicative, l’action oppose les mineurs aussi bien au gouvernement qu’aux toutes nouvelles houillères nationalisées. De grands rassemblements ont lieu un peu partout. A Lens, c’est, bien sur, à la Maison Syndicale et dans la salle de spectacle que les grévistes viennent manifester, écouter et ovationner les orateurs.

msgreve1948-3

   D’autres mouvements suivront comme en 1963 ou plus de 50 000 mineurs en grève se rassemblent à Lens pour manifester contre la politique de désengagement du Général De Gaulle et de son Premier Ministre Pompidou.

   Mais inéluctablement, le nombre de mineurs diminue, le syndicat perd de son influence mais le siège est toujours installé à la Maison Syndicale. Une figure emblématique va y passer une bonne partie de sa vie : Marcel Barrois, Président du Syndicat CGT des Mineurs.

  Le 14 janvier 1997, le bâtiment est inscrit à l’inventaire supplémentaires des Monuments Historiques en raison de son importance sociale.

   Bernard Ghienne, qui siégeait alors à la COREPHA (commission pluripartite chargée d’étudier les demandes de protection et de donner un avis au préfet de région) est chargé, étant lensois, par les services de l’Inventaire de défendre la nécessité d’un classement du site (la maison et l’ex-cinéma).

   Le Secrétaire de l’association Gauheria poursuit : «Le jour de la réunion, au moment où j’allais prendre la parole, un appariteur a informé la commission que le Maire de Lens (André Delelis) souhaitait être entendu. On l’a fait entrer et il s’est assis juste à côté de moi.6

  Pendant une demi-heure, il a développé tous les arguments possibles pour que la Maison Syndicale ne soit pas inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Quand j’ai pris la parole à mon tour, j’ai commencé par “Monsieur le Maire de Lens a tout à fait raison quand il dit que…”, puis j’ai dû remonter la pente : j’ai surtout insisté sur la valeur symbolique et sociale du bâtiment, ne mettant en valeur que l’intérêt artistique du jardin Art-déco qui se trouvait alors dans la cour, devant la statue de Casimir Beugnet. A la fin de mon exposé, le préfet a exigé un vote (procédure rarissime). L’inscription a été acquise par 3 voix de différence ».

interieur-juin-1993

  En 1997 et 1999, le Syndicat CGT effectue des travaux importants de restauration de la Maison Syndicale. La plus visible est la création d’une verrière au dessus de la cour. En 2004, le Syndicat CGT cède la Maison Syndicale à la Région Nord-Pas-de-Calais. Propriétaire, la Région en a laissé la gestion et l’entretien à la CALL (Communauté d’Agglomérations de Lens-Liévin).

  Le bâtiment accueille maintenant un centre d’archives de l’histoire minière mais un travail de sauvegarde des archives doit y être effectué. Marcel Barrois soulignait en 2000 qu’il y était entreposé l’ensemble des numéros du journal syndical :’La Tribune’. Malheureusement, ces vieux journaux sont fragiles. Mal entreposés, à l’humidité, ils périssent.

La Maison Syndicale abrite aujourd’hui les associations «Mémoires & Cultures de la Région Minière» (créée en 1991 et dont le Président fut Marcel Barrois jusqu’à son décès) et «Gauheria» et est le siège du Pays d’Art et d’Histoire de Lens-Liévin. Des expositions temporaires y sont présentées, axées surtout sur l’histoire de la mine et des mineurs.

msexpos

   Le 30 juin 2011, lors d’une réunion du Conseil de la CALL, est créée une ‘Maison de Mémoire des Mineurs’ associé au projet ‘Mineurs du Monde’. Celui ci a une triple ambition : un travail de mémoire et d’archives, une prise de conscience et de mobilisation à l’international du bassin minier et une démarche de collecte de ressources pouvant permettre à chacun l’accès à cette histoire.7

    Le site principal de ce projet se trouverait sur le site de l’ancienne fosse 11/19 mais la totalité des archives (contenant plus de 25 kilomètres de documents inédits) serait entreposée dans les bâtiments de la Maison Syndicale et de l’ex-cinéma du Cantin.

   Quelques photos récentes de la Maison Syndicale :

msstatuebeugnet

msstatuebeugnetgp p1500883

p1500888  p1500896

p1500897

1

Publié dans Histoire, La Mine, La ville, Lens, Les Mineurs, Non classé | 3 Commentaires »

Le cimetière militaire allemand de LENS-SALLAUMINES

Posté par Le Lensois Normand le 11 juin 2012

Préambule : Cet article a été rédigé avec des informations reçues :

  • du dossier GAUHERIA n° 7 ‘Dans la fournaise de Lens 1915-1917, journal du Notaire Léon Tacquet’

  • de la revue GAUHERIA n° 71 de décembre 2009 consacrée au Cimetière Est de Lens (écrit par Christophe Lefèvre)

  • de mon ‘excellent’ traducteur franco-allemand Siegfried

  Très peu connu des lensois, le cimetière militaire allemand de Lens-Sallaumines qui se trouve derrière le Cimetière-Est, Route de Douai contient 15.646 corps de soldats germaniques. Créé en 1915 par les troupes allemandes qui avaient pris leurs quartiers à Lens, il est d’abord appelé  » Cimetière de Lorette » car c’est là qu’a été inhumée la plupart des soldats tombés au cours des combats menés sur les hauteurs de Lorette. Sont venus ensuite s’ajouter les morts au combat de toute la région de Lens.

Le cimetière militaire allemand de LENS-SALLAUMINES dans Histoire CA1001-1024x651

   Au début de la première guerre, les Allemands enterrent les corps des militaires tués au combat sur les pentes de Lorette mais devant leur nombre croissant, une fosse commune est ouverte au cimetière de Lens. Le 11 février 1915, il y a là entre 200 et 300 cadavres.

    Dans son journal édité par l’association GAUHERIA sous le titre ‘Dans la Fournaise de Lens’, Léon Tacquet, notaire et gendre du Directeur des Mines Elie Remaux, relate que le 12 avril 1915, un officier allemand le convoque pour lui annoncer que, sur ordre du Commandant du XIVème Corps d’Armée, les autorités occupantes réquisitionnent un terrain de 1,7 hectare lui appartenant aux Marais pour y installer un cimetière militaire. ‘Réquisitionner’ est bien le verbe à employer car, malgré les promesses faites par le Commandant, ce terrain ne sera jamais payé, du moins pendant tout le temps que durera la guerre. Grand éleveur et propriétaire de chevaux, Tacquet posséde également un grand haras (à l’emplacement où se trouve aujourd’hui le Lycée Condorcet) qui est aussi réquisitionné pour y loger les troupes et les chevaux de l’armée allemande.

CA1002 dans Lens

  A partir du printemps 1915, les soldats allemands ont donc leur propre cimetière. Il faut dire que le nombre de tués devient de plus en plus important et qu’aussi bien les Français et les Allemands ne veulent en aucun cas la promiscuité des tombes. Des ‘brigades’ allemandes sont spécialement chargées de ramasser les corps après chaque assaut.

CA1003-1024x642

  Le 4 mai, l’officier allemand chargé du cimetière rencontre de nouveau Léon Tacquet et lui annonce qu’il ‘prend’ 16 ares de plus de terrain pour y faire ‘une petite forêt afin d’avoir de l’ombre pour visiter les morts‘.

   Il faut dire que la plupart des cimetières militaires allemands se fondent littéralement avec la nature dans la plus pure tradition de la mythologie germanique héritée des peuples scandinaves. La tombe individuelle est préférée aux ‘fosses communes’. La tradition veut que ces cimetières soient implantés près de bois ou de forêts afin que les arbres protègent les morts. Lorsque la présence d’un arbre interrompt une rangée de croix, on n’abat pas l’arbre. On déplace simplement les croix de quelques mètres. Le cimetière de Lens-Sallaumines n’échappe pas à la règle.

CA1004

 Le 13 juin 1915, une statue représentant l’Archange Michel est érigée dans l’allée centrale. Elle porte cette inscription en allemand : ‘Aux héros tombés glorieusement pendant les luttes autour de Lorette – La 28ème division d’infanterie’. Léon Tacquet qui trouve la statue ‘teutonne, lourde et massive’ signale qu’à cette date, il y a déjà 1900 tombes allemandes.

CA1005

  Cette statue, dessinée en Allemagne par un professeur de sculpture, a été a été construite à Lens même par des ouvriers d’une marbrerie locale, certainement la Maison Liénard.

CA1006

  En octobre, près de 4000 morts sont au cimetière. L.Tacquet rapporte que tous les jours, on en apporte 50 ou 100 de plus. Les cadavres, amenés par chariots entiers, sont déversés dans le champs voisin avant d’être mis dans des cercueils rudimentaires (certains sont fait avec les portes des WC de corons des cités minières) puis enterrés. En novembre, le Chef de Corps d’Armée convoque Emile Basly, le Maire de Lens, Elie Remaux, Léon Tacquet et d’autres notables de la ville pour assister à l’inauguration d’un nouveau monument au cimetière allemand.

  Le 14 mai 1916, c’est le 4ème Régiment de hussards du royaume de Bavière qui ‘remet officiellement un monument à la gloire de ses héros morts au combat aux autorités municipales’. Ainsi, Basly, Remaux, Tacquet et les autres furent ‘promptement invités‘ par le Général en Chef à déposer une gerbe au pied de cette stèle.

CA1007

  Le 2ème régiment de Grenadiers de la région de Bade (aujourd’hui Bade-Wurtemberg) aura aussi le sien avec comme épitaphe : ‘A ses héros tombés près d’Ablain et sur Lorette – le 2ème régiment de grenadiers de Bade, «empereur Guillaume 1er».

CA1008

   Selon la tradition allemande de l’époque, de nombreux autres monuments seront aussi érigés. Presque toutes les unités combattantes auront le leur comme le IVème Corps d’Armée ou le 42ème Régiment d’Infanterie.

CA10111

   A partir de janvier 1917, les Allemands interdisent l’accès aux cimetières de la Route de Douai aux civils français, Les bombardements incessants rendent l’endroit très dangereux. En avril, la ville est évacuée. Mais les combats continuent encore pendant plus d’un an. Le 3 octobre 1918 Lens est libéré mais il ne reste que des ruines. ‘Lens est rasé de fond en comble, pulvérisé : tout est à rebâtir, depuis le plus bel édifice jusqu’à la plus modeste habitation‘ écrira Alfred Buquet dans son ouvrage ‘Lens, son passé, ses houillères’. Le cimetière-est et sa partie militaire allemande n’ont pas échappé à l’anéantissement.

CA1009

   1919 est signé le Traité de Versailles entre les Alliés et les dirigeants allemands. L’article 225 de ce traité stipule :  »Les Gouvernements alliés et associés et le Gouvernement allemand feront respecter et entretenir les sépultures des soldats et marins inhumés sur leurs territoires respectifs. ». Les autorités françaises font donc remettre en état le cimetière.

    En 1926, après un accord passé avec les autorités militaires françaises, le «Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge» (Commission allemande des sépultures de guerre qui est une association privée) entreprend la reconstruction et l’entretien du cimetière militaire. Celui ci est entièrement repensé : fini les statues imposantes, le nouveau cimetière sera plus humble, plus discret. Pour marquer les tombes individuelles, le VDK utilise des croix de bois portant une plaque de zinc. Sous l’impulsion de son créateur, le Docteur Siegfried Emmo Eulen, outre l’entretien des sépultures le VDK entend, dans sa mission, travailler dans la coopération internationale et œuvrer pour des objectifs de Paix.

CA1010

   A Lens, les croix en bois sont remplacées par d’autres en petit granit belge en 1977 et le cimetière totalement réaménagé. A l’extrémité, un mur composé de pierres de granit suisse forme un fond quasi-uniforme à l’ombre de quelques ifs. Les tombes comportent en général deux noms, quelques unes portent l’étoile juive, très rares sont celles qui sont fleuries.

   J’ai visité ce cimetière il y a quelques semaines; Voici donc quelques images récentes du ‘Deutscher Soldatenfriedhof 1914-1918‘ de Lens-Sallaumines.

CA1012-1024x762

   Une simple barrière en fer forgé sépare les cimetières militaire allemand et civil français. La sobriété a remplacé le sentiment de puissance que représentaient les imposants monuments. Seule, une plaque métallique située à même le sol a l’entrée rappelle qu’ici sont inhumés 15 646 jeunes gens morts pour l’ambition et l’idiotie de certains hommes, donc morts pour rien !

CA1013-1024x365

  Au cimetière militaire allemand de Lens-Sallaumines, est enterré le plus jeune engagé de toute la Grande Guerre. Paul Mauk, qui voulait devenir médecin «pour soulager les hommes et rendre service». Il n’avait que 14 ans lorsque le 6 juin 1915, une balle perdue lui a arraché l’avant-bras et a mis le feu aux munitions qu’il portait sur lui. Il est mort le lendemain, «sans une plainte». Paul Mauk était le sixième d’une famille de huit enfants. L’histoire de la vie et de la mort Paul Mauk a été rapportée dans un article de l’Echo du Pas de Calais en octobre 2008 que l’on peut consulter sur Internet : http://memoire.pas-de-calais.com/images/pdf-nationalites/allemands.pdf .

 CA1014

Publié dans Histoire, Lens | 2 Commentaires »

Les Cableries de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 4 février 2012

    Un autre site légendaire de Lens est en train de changer d’aspect. Ils faisaient parti du paysage; on les appelaient les «Laminoirs» ou les «Cableries», les plus jeunes ont du dire «Nexans». Ce lieu où tant de lensois ont passé des heures de labeur va devenir un grand complexe immobilier. L’occasion de raconter en quelques photos l’histoire des LTCL.

Les Cableries de Lens dans Histoire cab001

   Arthur Stiévenart installait en 1855, soit quelques années après l’ouverture des premiers puits de mine dans le Pas-de-Calais, un atelier de fabrication de câbles en chanvre pour la batellerie et la marine. Quelques années plus tard, la société prenait son essor en livrant des câbles plats pour le forage des puits.

cab002 cableries dans Lens

   Sa fille épouse Georges Gaillard qui prend la tête de cette entreprise de 1918 à 1938. Le nom officiel devient : Établissements Gaillard-Stievenart (Laminoirs, Tréfileries, Câbleries de Lens).

   En juin 1940, l’entreprise fonctionne au ralenti mais le personnel fait preuve de résistance à l’ennemi. Preuve en est : trois ouvriers sont fusillés.

   En 1944, après les bombardements subits par Lens, l’usine est gravement endommagée et cesse son activité jusqu’en septembre. Un an plus tard, Géry Haynau en devient Directeur général.

cab005 lens

   Vue aérienne de l’usine dans les années 60

cab006 nexans

Le siège social, un bâtiment à l’architecture remarquable

   Dans les années 50, la production de câbles en acier est transféré à Loison. En 1955, la Direction Générale est confiée à Pierre SOUDRE qui sera remplacé par Roger HENRIET en 1967.

  En 1958, l’entreprise fabrique les câblés qui serviront à la construction du Pont de Tancarville et en 1969, ceux qui supporteront la toiture du Stade Olympique de Munich.

cab003

Le Pont de Tancarville

cab004

La toiture en acier du Stade de Munich

   Au 31 décembre 1978, le groupe comprend 1178 employés.

   En 1979, Nexans prend le contrôle des LTCL de Lens. En 2006, le site de la rue de Londres est fermé.

  Sur 55 ha, à la place de cette légendaire usine (et de quelques maisons des Mines voisines), un chantier de près de 400 logements est en cours. Le bâtiment qui servait de siège social devrait être conservé et un centre commercial construit.

cab007

Publié dans Histoire, Lens | 18 Commentaires »

1916 : Les photos allemandes de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 18 décembre 2011

  Depuis octobre 1914, les troupes allemandes se sont installées à Lens. Elles n’en repartiront, vaincues, qu’en 1918.

  Lens n’était alors plus qu’un amas de ruines, les Prussiens avaient tout détruit avant de partir. Mais beaucoup de dégâts avaient aussi été occasionnés par les artilleries alliées (surtout anglaises et canadiennes).

  Dès 1916, les occupants prirent des photos des premières conséquences de ces bombardements, certainement dans le but d’en faire de la propagande. Voici quelques photos allemandes de Lens en 1916.

1916 : Les photos allemandes de Lens dans Histoire 1418-7

1418-6 dans Lens

1418-14

1418-15$1418-4

1418-3

1418-71

1418-9

1418-10

1418-1

1418-13

 

Publié dans Histoire, Lens | Pas de Commentaires »

Lens et ses armoiries

Posté par Le Lensois Normand le 18 août 2011

 Chaque ville peut posséder ses armoiries mais la loi ne permet pas de faire n’importe quoi. Le blason d’une commune doit être inspiré des sceaux qui étaient utilisés par les autorités lors des siècles passés et répondre à des normes bien précises pour être approuvé par l’Archiviste du Département de la commune.

Les premières armoiries dessinées à Lens semblent être celles de la famille de Lens qui possédèrent la Châtellerie de Lens dès 975 (avec Watier de Lens) suite au rattachement de l’Artois à la Flandre. Cette châtellerie existait déjà aux environs de l’an 900 est était tenue par des seigneurs féodaux qui dépendaient du châtelain. Son territoire s’étendait sur la majeure partie de la Gohelle. Au 10ème siècle, un châtelain de Flandre devenu chef d’une puissante famille prend le nom « de LENS ». Ils conserveront la châtellerie jusqu’en 1312 ( Jean IV de Lens) avant qu’elle ne passe à la maison de Récourt.

Les armes de la famille de Lens et donc de la châtellerie sont alors : ‘Ecartelé d’or et de sable’. (dictionnaire Historique et Archéologique du Pas de Calais – tome 3)

maisondelens.jpg

De nombreuses villes du Pas de Calais comme Annequin, Sailly la Bourse, Neuve-Chapelle ou Camblain ont conservé dans leurs armoiries, des traces de la famille de Lens. Les anciennes armes d’Hulluch y faisaient aussi référence.

rappelmaisondelens.jpg

Un acte de confirmation des possessions de la collégiale Notre Dame par le Comte Eustache prouve que la ville de Lens a déjà été créée en 1070 (Les origines urbaines de Lens en Artois Pierre Beuchère 1952).

Vers 1200, Lens possède un château mais reste un bastion militaire, un centre administratif de châtellenie et de baillage (endroit où l’on rend la justice). En 1228, un sceau du baillage de Lens reproduit le château. (Alfred Buquet – Lens, son passé, ses houillères).

sceau01.jpg

Entre 1300 et 1700, le sceau du baillage de la ville de Lens n’a pas beaucoup évolué. Le château est remplacé par sa représentation stylisée de 3 tours. Vers 1400, les fleurs de lis lui sont ajoutées et une herse est visible à la porte. Elle est remplacée vers 1700 par ‘le monde sommé d’une croisette’ avec comme légende ‘Lens en Artois’.(sceaux reproduits par Alfred Buquet – Lens, son passé, ses houillères).

sceaux.jpg

Les couleurs de l’écu de Lens ne sont pas clairement définies au 17ème siècle. Dans « Histoire des Villes de France » d’Aristide Guilbert, les armoiries de Lens sont ainsi définies : elles sont ‘de gueule au château d’argent cantonné de deux fleurs de lys de même’. Cela signifierait il que le fond du blason fut rouge comme le laisse entendre l’expression ‘de gueule’ ? Cependant vers 1650, dans les albums de De Croy, sur les gravures représentant la ville de Lens, l’écu est composé d’une seule tour de couleur rouge sur un fond argenté. Les deux fleurs de lys l’encadrent.

decroy3.jpg

A cette époque, les armoiries de la ville de Lens sont ainsi définies par Borel d’Hauteville dans son ‘Armoriel d’Artois’: ‘D’argent à la tour d’or, maçonné de sable et accostée de deux fleurs de lis aussi de sable’. C’est cet emblème qui semble être dessiné dans les albums de De Croy représentant la plaine de Lens bien que les couleurs ne soient pas tout à fait celles définies.

tourdor.jpg

Borel d’Hauteville décrit aussi les armes du corps des magistrats (l’Echevinage : regroupement de notables désignés pour rendre la justice et assurer la police de la ville): ‘d’azur à un château donjonné des trois tours d’or, garni de sa herse de même, et accosté de deux fleurs de lys, aussi d’or’. L. Danscoine dans monnaies, méreaux de la ville et de l’arrondissement de Béthune, en 1859, confirme cette définition comme étant celle des armes de la ville de Lens en souvenir de la maison royale et des princes ‘de première race’ de l’époque mérovingienne. C’est donc certainement dans la seconde moitié du 17ème siècle que la ville de Lens prit définitivement comme armoiries celles du corps des magistrats.

006.jpg

Vers 1700 donc, la herse de la porte disparaît au profit d’une représentation de la terre et d’une croix. La définition des armoiries de la ville sont ainsi définies : ‘D’azur au château formé d’une grosse tour, crénelée, ajourée et ouverte, l’ouverture coulissée et chargée d’un monde sommé d’une croisette; la grosse tour flanquée de deux autres plus petites aussi crénelées, ajourées et ouvertes, le tout d’or; le château accosté de deux fleurs de lis aussi d’or’.

rcent.jpg

  Après la révolution de 1789, la ‘commune’ de Lens utilisa, pour les en-tête de ses documents officiels une gravure d’un certain Lepagelet (Bulletin de la Commission Départementale des Monuments Historiques de 1909).

lepageletpf.jpg

  Cette vignette représente un palmier coiffé du bonnet phrygien et deux citoyensqui se serrent la main. La devise inscrite est : ‘L’Egalité fait la Liberté’ comme le démontre cet extrait du bulletin :

lepageletextrait.jpg

Après la première guerre mondiale au cours de laquelle la ville de Lens a atrocement souffert, la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur (décret du 30 août 1919) et la croix de guerre 1914-1918 avec palme (décret du 30 août 1919) ont été décernées à la ville. Elles ont alors pris place sur les dessins représentant les armoiries.

carte1918.jpg

En 1927, le blason utilisé pour l’affiche annonçant l’inauguration de la gare est plutôt fantaisiste et n’a rien d’officiel.

affiche1927.jpgaffiche1927detail.jpg

 Il faut dire que bien souvent, lorsqu’on voulait représenter Lens par un logo, on pensait plutôt aux Mines de charbon qu’au blason de la ville comme sur cette oblitération pour la Foire Commerciale de 1939.

mineur1939.jpg

En 1948, la croix de guerre 1939-1945 avec palme (décision n° 79 du 11 novembre 1948) est attribuée à la ville de Lens, on dit alors que le blason ‘est timbré d’une couronne murale d’or et est soutenu par deux palmes de sinople posés en sautoir. A l’écu sont appendus les trois décorations’. Les palmes d’or symbolisent les victoires de la ville souvent détruite au cours des siècles et qui sut à chaque fois se relever; elles représentent le chêne, symbole de la force et l’olivier, la paix. Les quatre tours servant de couronne symbolisent la ville lorsqu’elle était fortifiée.

1975.jpg

Cette version officielle, adoptée par décision du Conseil Municipal le 5 novembre 1951 a été dessinée par Robert Louis, dessinateur symboliste des services officiels. Voici la même, en noir et blanc pour les documents et courriers de la ville :

194701.jpg

L’Histoire de Lens est enfin entièrement représentée dans ses armoiries :

  • la couronne de 4 tours pour la ville fortifiée qu’elle a été jusqu’au 17ème siècle

  • les palmes rappelle toutes les guerres subies par la ville

  • les trois tours, le château où siégaient la châtellenie et le baillage

  • les fleurs de lis, la maison royale

  • les croix les citations reçues par la ville après les deux guerres mondiales

La définition officielle des armoiries de la ville devint la suivante :

definition.jpg

Une autre version fut soumise au Conseil Municipal en 1945. Elle avait été réalisée par le Docteur Bourriau mais a été refusée certainement parce qu’elle ne représentait pas assez la ville et n’était pas conforme aux règles de la reproduction des armoiries.

bourriau.jpg

Cependant, différentes versions ‘moins officielles’ de la représentation des armoiries de Lens ont existé.

8blasons.jpg

Dans les années 70, le blason du Racing Club de Lens qui, jusque là, ne comportait qu’une lampe de mineur prend en compte son rapprochement avec la municipalité en y ajoutant une partie des armoiries de la ville.

blasonrcl.jpg

Les armoiries de la ville représentées sur les cartes postales étaient très à la mode dans les années 60/70

cartepostales.jpg

Mais dans ce cas, il faut vérifier ses sources et ne pas faire comme sur celle ci. C’est le blason du Département du Nord qui illustre les photos de Lens !

erreurcp.jpg

Les armoiries ont également souvent été représentées en philatélie.

philatelie1.jpg

Un timbre de collection a été émis en 1970. Il représente les chevalets des mines de Lens, une lampe de mineur et ses outils ainsi que le blason simplifié de la ville.

timbre.jpg

Lors de la mode des pin’s, les armoiries furent également souvent utilisées par les associations.

pins.jpg

Bien sur, les armoiries de la ville ont aussi toujours figuré sur les fanions et instruments de l’harmonie Municipale.

harmoniemunicipale.jpg

Il y a peu, le Conseil Municipal a décidé de changer le logo de la ville pour le moderniser : les couleurs bleues et jaunes de la ville ont disparu, le château aussi. C’est un autre style !!!

logonew.jpg

Publié dans Histoire, Lens | 3 Commentaires »

1922 : La Reconstruction des Mines de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 19 avril 2011

   Le 12 mars 1922, Ernest Cuvelette (1869-1936), qui a succédé à Elie Reumaux comme Directeur Général des Mines de Lens, donne une conférence au Conservatoire National des Arts et Métiers sur l’avancement de la reconstruction de la compagnie. Les articles ci-dessous sont en partie tirés de cette conférence dont le compte rendu de l’époque m’a été prêté par Maurice Dhédin.

rm0.jpg

Le Conseil d’Administration des Mines de Lens en 1922 :

rmadm.jpg

  Les dégats de la guerre 14-18:

  Alors que l’extraction du charbon est en pleine expansion, le premier conflit mondial éclate en 1914 et dès le 4 octobre, l’armée allemande occupe Lens. Elle ne repartira qu’en octobre 1918.

  Dès leur arrivée, les ennemis détruisent tous les puits d’extraction puis, les chevalets se situant pour la plupart sur la ligne de front, les fosses sont souvent exposées aux tirs de l’artillerie.

  En 1915, suite a une offensive britannique, la fosse 15 (à Loos-en-Gohelle) est reprise. C’est alors que, prétextant que les puits sont reliés entre-eux par les galeries, que les Allemands décident de les noyer.

  Comme tous les puits sont équipés de cuvelages, la tâche est facile pour eux : il suffit d’en détruire quelques uns pour inonder le tout. Après avoir démoli et jeté dans le puits tout le matériel de descente, ils lancent des explosifs jusqu’à ce que l’eau s’engouffre par une brèche ainsi obtenue.

rm000.jpg

   Il ne reste plus ensuite qu’à surveiller la montée des eaux comme sur ce document allemand sur les rélevés de la fosse 9bis.

rm001.jpg

  Le 4 octobre 1918, enfin repoussés par les forces alliées, les Allemands quittent un Lens dévasté, ruiné et totalement vidée de ses habitants. Tout n’est qu’amas de pierres, de débris. Quasiment aucun mur de maison ne tient encore debout.

  Sur les 8000 maisons des Mines d’avant 1914, 33 seulement pourront être réparées. Pour les autres, il faudra débarrasser les gravats et reconstruire pour loger les 18 500 mineurs qui se retrouvent sans logement.

rm002.jpg

  Voici ce qui reste des corons de la Route de La Bassée :

rm002bis.jpg

  Les Grands Bureaux et les ateliers de la rue Bollaert ne sont plus que tas de pierres :

rm005.jpg

rm006.jpg

   Et les puits d’extraction méconnaissables sous les décombres :

rm0031.jpg

rm004.jpg

Les premiers travaux

  Sous la direction d’Ernest Cuvellette, les lensois, de retour d’exil, se mettent au travail. Sous la garantie de l’Etat, le Groupement des houillères sinistrées obtient sans peine de l’épargne française les deux milliards de francs nécessaires pour les premiers travaux. Installé à Lens dans une petite baraque en bois qui avait été le P.C. du maréchal Haig, Cuvelette dirige sur place les opérations, dont on imagine les difficultés : il fallait, dans un pays dévasté, sans maisons, avec des moyens de transport de fortune, réunir des équipes de travailleurs, les nourrir, les abriter, les encadrer, leur fournir outils et matériaux.

  La priorité pour le Compagnie est de rétablir la ligne de Chemin de Fer de Lens à Violaines afin de transporter le matériel nécessaire à la reconstruction et le personnel. A Lens, on construit la gare Sainte Élisabeth et des ouvrages d’art comme celui de la rue du Pôle Nord.

rm008.jpg

rm009.jpg

  Des bâtiments provisoires remplacent les Grands Bureaux ou les Ateliers.

rm1000.jpg

  D’autres, comme la Salle des Fêtes de la Route de Béthune ne seront pas reconstruits.

rm1001.jpg

  Puis vint le déblaiement des fosses et des cités : 2 500 000 mètres cubes de gravats et 60 000 tonnes de métal sont ainsi dégagés.

  Ensuite, on s’occupe du sauvetage des fosses. Les galeries étant inondée, il est impossible de percer de nouveaux puits, sans colmater les cuvelages et vider l’eau.

  Le moyen utilisé est la cimentation des terrains autour des cuvelages. L’idée, de l’ingénieur Portier, est de colmater les voies d’eau souterraines en y introduisant du ciment. Le ciment s’accrochant aux parois des cassures les bouche peu à peu. Mais il ne faut pas envoyer trop de pression afin que le ciment n’aille pas dans le cuvelage qu’il risque de partiellement ou totalement boucher.

  Dans un rayon de 25 mètres autour du puits, une première série d’inspection est réalisée jusqu’aux terrains imperméables à environ 100 mètres de profondeur. Puis on descend encore de quelques mètres et on y introduit un lait de ciment.

  Cette photo représente un chantier de sondage et de cimentation :

rm007.jpg

  A la fosse 11, par exemple, le colmatage comprend 24 sondages sur une longueur totale de 2548 mètres. On y découvre une importante voie d’eau à 60 mètres de profondeur; là où les Allemands avaient pratiqué deux grandes brèches. Le travail de colmatage du 11 dure deux mois et neuf jours.

  Quatorze puits de Lens et de Meurchin seront ainsi colmatés et nécessiteront 8000 tonnes de ciment.

Le dénoyage

  Certaines fosses creusées dans un sol sableux comme au 3 de Meurchin ou dans les craies trop argileuses comme aux fosses 9 et 10 de Lens ne pourront être totalement colmatées avec le procédé de la cimentation. Par les cassures du cuvelage, près de 1000 mètres cubes d’eau se déversent à l’heure.

  Il faut donc là utiliser pour le dénoyage d’immenses pompes capables d’aspirer plus de 2000 m3 à l’heure.

  Le dénoyage est exécuté, pour le compte de l’Etat, par la Société civile de dénoyage des houillères, fondée en janvier 1920 par Cuvelette. Il commence le 2 novembre 1920. Ces travaux avaient été anticipés pendant la guerre quand une Commission Technique dirigée par Ernest Cuvelette avait été constituée par les Compagnies; cette commission décida l’achat de 42 pompes capables d’aspirer jusqu’à 400 mètres de profondeur.

  Ci dessous une pompe ‘BOVING’ de 680 chevaux. Elle fait 12 mètres de hauteur et l’ensemble pèse plus de 80 tonnes. Un ouvrier, sur la plate-forme, surveille la crépine d’aspiration.

rm010.jpg

  Pendant son fonctionnement, la pompe est suspendue à un chevalet provisoire en bois au moyen d’un câble s’entourant autour d’un cabestan. Un treuil joint à la pompe permet aux ouvriers de remonter tout ce qui encombre le cuvelage : poutres, cages, berlines, munitions non explosées mais aussi cadavres des chevaux qui n’avaient pu être remontés pendant le conflit.

   » Les ouvriers découpaient le métal au chalumeau, accrochés à l’étroit plancher de la pompe, à quelques centimètres au-dessus d’une eau tiède, souvent rendue sulfureuse par la décomposition des pyrites et dont les vapeurs suffocantes se mêlaient aux émanations pestilentielles dégagées par les cadavres des chevaux et les détritus de toute sorte. On devait retrouver, totalement dépouillés de leur chair, les squelettes de plusieurs centaines de chevaux, morts de faim, comme l’attestaient les auges de bois et les bat-flancs presque entièrement rongés. C’est dans cette atmosphère que  » se débrouillaient  » les ouvriers, assourdis par le rugissement ininterrompu de la pompe, vaguement éclairés par quelques lampes de mineurs, à la lueur desquelles ils recueillaient les débris. Plus d’une fois, pour permettre à la pompe de continuer sa descente, on dut faire intervenir les scaphandriers.  » (F. Honoré, Illustration du 22 décembre 1923).

  Sur la photo ci dessous, deux pompes sont en action à la fosse 10 de Lens à Vendin-le-Vieil : l’une est fixées sur un chevalet provisoire en bois, l’autre sur le chevalet définitif en béton qui servira ensuite à l’exploitation.

rm011.jpg

  L’énergie nécessaire est distribuée dans un premier temps par la Centrale des Brebis des Mines de Béthune. Plus tard, une autre centrale de 24 000 Kw sera édifiée à Hénin-Liétard. 150 kilomètres de lignes sont nécessaires pour amener l’électricité de ces centrales aux différents puits.

  En moins de 100 jours, toutes les pompes sont installées et les travaux de remise en état peuvent commencer. 10 pompes horizontales et 13 pompes verticales seront en service pour assécher les cuvelages jusque fin 1923.

La remise en service

  Sous la pression des actionnaires, l’activité doit redémarrer au plus vite : à Vendin, les fours à coke et les usines sont repartis, une centrale de 60 000 Kw est en cours de construction près de la fosse10.

rm012.jpg 

  En 1922, pour la Compagnie des Mines de Lens (et de Meurchin) 23 puits d’extraction et 12 d’aérage sont en cours de réfection.

  L’extraction reprend petit à petit dès 1921 : le 11 mars à la fosse 15bis à Loos-en-Gohelle; le 9 juin, au 2 de Meurchin, en août aux fosses 16 et 20 et le 1er septembre au 14.

 Des chevalets provisoires sont installés comme ici à la fosse16 :

rm1002.jpg

 D’autres renaissent dans le ciel lensois selon des plans émis par la Compagnie. Contrairement à ceux d’avant-guerre, ils fonctionnent exclusivement à l’electricité.

rm1003.jpg

  Parallèlement, de nouveaux corons sont construits dans les cités par la Société Boulanger. Plus de 15 000 sortiront de terre. Pour éviter la monotonie, quarante types de maisons furent adoptés. Les pavillons, à deux ou trois logements, furent bâtis sur cave, avec un grenier et de spacieuses annexes : buanderie, clapier, volière, remise.

rm013.jpg

 Les nouvelles cités apparaissent; elles comprennent des églises, des écoles primaires et ménagères, des dispensaires, des coopératives.

rm014.jpg

  Elles sont plantées de nombreux arbres et chaque logement possède un grand jardin.

rm1004.jpg

  Dès janvier 1924, le niveau de la production était rétabli à 50 % de celui d’avant guerre. Il fallut encore quatre ans pour arriver aux 100%. La dépense de reconstitution s’est élevée à 1 milliard 100 millions de francs, dont 700 millions furent payés par l’Etat.

 La Compagnie des Mines de Lens a de nouveau de beaux jours devant elle comme ci dessous à la fosse 2. rm015.jpg

  Des «experts» du début du 20ème siècle n’avaient ils pas «prévu» que le bassin minier du Nord-Pas de Calais possédait assez de ressources pour être exploité pendant plus de 400 ans ! En 1922, Ernest Cuvelette ne pouvait pas envisager que 60 ans plus tard, une autre guerre, économique cette fois, allait lancer un nouveau démantèlement, définitif celui-là, des puits d’extraction.

rm016.jpg

Publié dans Histoire, La Mine, Lens | 4 Commentaires »

12
 

sites Web & bilbio |
Histoire-Géographie-Educati... |
jaurailebac |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Bry autrefois
| constipation
| Saint-uniacais morts pour l...