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La Maison Syndicale de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 12 novembre 2012

Cet article a été écrit avec la collaboration de MM. Bernard Ghienne et Christian Vallez.

La Maison Syndicale de Lens dans Histoire msaujourdhui

   Après la catastrophe des Mines de Courrières qui a fait 1100 victimes, le Syndicat des Mineurs, dit « le Vieux Syndicat » emmené par Emile Basly, Arthur Lamendin et Henri Cadot veut étendre son influence dans le bassin minier en général et la région lensoise en particulier. Mais les cafés et estaminets qui servent de lieu de réunion deviennent trop exigus devant l’augmentation des adhérents.

   Il est alors décidé de construire à Lens un grand édifice qui démontrera à la population et aux directeurs des Compagnies Minières l’importance du syndicat. Il permettra aux mineurs de mieux se faire représenter et se défendre face aux conditions inhumaines imposées par les tout-puissants directeurs des Compagnies.

   C’est à Casimir Beugnet, trésorier du syndicat du Pas-de-Calais, et délégué à la fosse 2 des Mines de Béthune que revient la tâche de trouver l’argent nécessaire à la construction du bâtiment.

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   Il réussit à obtenir des subventions publiques (il faut dire que les grands responsables du syndicat sont aussi des élus municipaux ou des députés) mais aussi de l’argent issu de collectes effectuées auprès des mineurs syndiqués qui étaient près de 30 000 à cette époque. Son épouse tenant un estaminet dans la rue Decrombecque à Lens, il lui est facile de contacter les mineurs .

  En 1910 commence donc, dans la rue du Creusot, près de la place du Cantin la construction de cette immense bâtisse à l’architecture remarquable.

   Elle est inaugurée en octobre 1911 par Emile Basly entouré de tous les responsables du syndicat et de nombreux militants.

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   Le malheureux Casimir Beugnet ne vera pas cette inauguration : il décède subitement le 1er juillet 1910 à l’âge de 49 ans.

   En sa mémoire, le syndicat fait érigé une statue qui est installée au centre du jardin se trouvant dans la grande cour de la Maison Syndicale. Un peu plus tard, la Municipalité décide de débaptiser la rue du Creusot pour lui donner le nom de Casimir Beugnet.

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  Appelée aussi parfois La Maison des Mineurs du Nord – Pas-de-Calais, l’édifice est un modèle exceptionnel dans sa conception et son architecture. Elle est construite en briques rouges. Les différentes pièces sont disposées sur les deux niveaux de façon totalement symétrique par rapport au hall d’entrée. Au dessus du porche, à l’étage un balcon doit permettre aux orateurs de s’adresser à la foule des mineurs rassemblés jusqu’à la Place du Cantin.

  L’aile droite du bâtiment abrite le syndicat des Mineurs. Les ouvriers viennent y recueillir des renseignements et des conseils sur le fonctionnement des Caisses de Secours ou les aides familiales ou simplement rechercher l’aide du syndicat pour un problème personnel ou professionnel.

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   L’aile gauche est occupée par l’Imprimerie Ouvrière qui diffuse notamment le journal du vieux syndicat ‘Le Réveil’.

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  La rue du Creusot dans laquelle se trouve la Maison Syndicale donne sur la Fonderie Bracq qui disparaitra lors de la guerre 14-18..2

  Centre historique et incontournable des luttes ouvrières des mineurs, point de départ de nombreux cortèges syndicaux, elle est, jusqu’à l’extinction totale de l’exploitation charbonnière, le siège des syndicats de mineurs CGT du Bassin Minier.3

   Survient alors la Première Guerre mondiale. L’occupation allemande puis les combats pour la libération de la ville font que Lens est totalement détruite lorsque la libération arrive enfin. La Maison Syndicale, qui n’a pas échappé au désastre, est entièrement rasée.

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 Pendant la guerre, les réunions du Syndicat ont lieu à Bruay-en-Artois. A la fin des conflits, le Syndicat occupe des locaux provisoires installés sur la Place du Cantin.

   Emile Basly, en tant que Maire de Lens, commence dès 1918 les travaux pour rebâtir la ville. Dans son rôle de responsable syndical, il propose dès 1921 la reconstruction de la Maison Syndicale.

   Lors de la réunion du Conseil d’Administration du Syndicat des Mineurs du 9 avril 1921, il déclare : «Il est absolument nécessaire de désigner un architecte tout de suite afin de procéder rapidement à la reconstruction de notre Maison Syndicale». C’est Jean Goniaux, architecte douaisien, qui est choisi. (Source Gauheria n°76).

  La nouvelle Maison Syndicale, qui est édifiée au même endroit, est quasiment identique à la première.

Elle est reconstruite à partir de 1922. Face à son porche est ouverte la rue Florent Evrard, la reliant directement à la Place du Cantin.

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La similitude des deux bâtiments, voulue par les responsables syndicaux, est frappante : même matériaux, même dimensions, même sculptures. Seuls, quelques points de détails peuvent les différencier : les inscriptions ‘Secrétariat’ et ‘Imprimerie’ de part et d’autre du balcon ont été remplacés par des balustrades, un jardin ‘art-déco’ occupe désormais la cour centrale et le fronton reconstruit n’est pas totalement identique au premier.

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   Les motifs sculptés au dessus du porche marquent la volonté du Syndicat d’afficher sa puissance .

   Les lions, symboles de cette force encadrent des mineurs au travail glorifiant ainsi la force et l’endurance de ces hommes du fond :

  • à gauche, l’abattage au pic et à genoux

  • au centre, le boisage des bowettes

  • à droite, le roulage du barrou

   Au dessus de l’inscription ‘Maison Syndicale’, visible de très loin, une sculpture avec le chiffre 10 : l’année du début de la construction du premier bâtiment.

  L’inauguration a lieu le 16 septembre 1926 en présence d’Emile Basly, d’Henri Cadot et d’Alfred Maës qui est devenu entre-temps Député mais aussi le nouveau Secrétaire Général du Syndicat. Roger Salengro y prononça le discours. Nul doute que ce fut un jour de fête comme on en faisait alors avec grands discours, fanfares et banquet.

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  Entre temps, en 1919, le journal syndical ‘Le Réveil’, toujours imprimé dans cet édifice, est devenu ‘la Tribune du Mineur’ par décision du Conseil d’Administration du Syndicat du 8 juin 1919. (Source Gauheria n°76).

  La salle de spectacles située derrière la maison syndicale et ouvrant sur la rue Emile Zola est construite en même temps. En 1928, les propriétaires du cinéma-théâtre ‘le Casino’ situé rue de Paris proposent de louer la salle pour un loyer de 18 000 francs par an en précisant que le syndicat resterait prioritaire en cas de besoin. C’est une aubaine pour celui-ci toujours à la recherche de fonds.

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  Quelques années plus tard, le bâtiment est transformé en salle de cinéma. ‘Le Cantin’, qui tente de concurrencer l’Apollo. reste un cinéma de quartier avec ses films de série B. Après les évènements de mai 68 et la ‘libération sexuelle’, le Cantin est même connu pour être le premier cinéma lensois à projeter des films à caractère pornographiques. On est loin alors la vocation première de cette salle.

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  Pour faire face à la chute du nombre de spectateurs, il faut transformé la grande salle de 888 places en 5 plus petites. Malgré cela, le cinéma finit par fermer ses portes définitivement dans les années 90.

   Le site est ensuite racheté par un mouvement religieux considéré par certains comme une secte, ‘la Source’, qui modifie la salle afin d’en faire un lieu de culte. C’est cette ‘église’ qui sera à l’origine de la demande de classement du site. Finalement, les locaux sont définitivement fermés avant que le projet n’aboutisse et finissent par se dégrader.

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   La Maison Syndicale a été le centre de tous les conflits du Bassin Minier. Les responsables syndicaux y étaient ‘chez eux’. La photo ci contre démontre la force du syndicat (devenu la CGT depuis la scission de 1948) dans l’entre-deux guerres. On peut y voir tout le groupe de délégués encadrant leur Président Alfred Maës.

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   Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands réquisitionnent le Maison Syndicale. L’attitude des mineurs, qui se mettent en grève en 1941 autant contre les directions des Compagnies que contre l’occupant, leur procure un sentiment de vengeance. De nombreux attentats ont aussi pour auteurs des ‘gens de la mine’, les sabotages dans les fosses ralentissent la production que les occupants voudraient pourtant voir se développer. Les Allemands utilisent la Maison Syndicale comme prison pour les détenus civils de la région.

   Quelques années après la libération, la Maison Syndicale allait encore vibrer sur ses bases. Auguste Lecœur, qui vient de perdre sa place de maire de Lens, battu pas le ‘SFIO’ Ernest Schaffner, est à l’origine d’un important conflit. Les ministres communistes sont évincés du gouvernement, il n’en faut pas plus pour que la CGT déclenche un mouvement de grève nationale dans les charbonnages. Autant politique que revendicative, l’action oppose les mineurs aussi bien au gouvernement qu’aux toutes nouvelles houillères nationalisées. De grands rassemblements ont lieu un peu partout. A Lens, c’est, bien sur, à la Maison Syndicale et dans la salle de spectacle que les grévistes viennent manifester, écouter et ovationner les orateurs.

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   D’autres mouvements suivront comme en 1963 ou plus de 50 000 mineurs en grève se rassemblent à Lens pour manifester contre la politique de désengagement du Général De Gaulle et de son Premier Ministre Pompidou.

   Mais inéluctablement, le nombre de mineurs diminue, le syndicat perd de son influence mais le siège est toujours installé à la Maison Syndicale. Une figure emblématique va y passer une bonne partie de sa vie : Marcel Barrois, Président du Syndicat CGT des Mineurs.

  Le 14 janvier 1997, le bâtiment est inscrit à l’inventaire supplémentaires des Monuments Historiques en raison de son importance sociale.

   Bernard Ghienne, qui siégeait alors à la COREPHA (commission pluripartite chargée d’étudier les demandes de protection et de donner un avis au préfet de région) est chargé, étant lensois, par les services de l’Inventaire de défendre la nécessité d’un classement du site (la maison et l’ex-cinéma).

   Le Secrétaire de l’association Gauheria poursuit : «Le jour de la réunion, au moment où j’allais prendre la parole, un appariteur a informé la commission que le Maire de Lens (André Delelis) souhaitait être entendu. On l’a fait entrer et il s’est assis juste à côté de moi.6

  Pendant une demi-heure, il a développé tous les arguments possibles pour que la Maison Syndicale ne soit pas inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Quand j’ai pris la parole à mon tour, j’ai commencé par “Monsieur le Maire de Lens a tout à fait raison quand il dit que…”, puis j’ai dû remonter la pente : j’ai surtout insisté sur la valeur symbolique et sociale du bâtiment, ne mettant en valeur que l’intérêt artistique du jardin Art-déco qui se trouvait alors dans la cour, devant la statue de Casimir Beugnet. A la fin de mon exposé, le préfet a exigé un vote (procédure rarissime). L’inscription a été acquise par 3 voix de différence ».

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  En 1997 et 1999, le Syndicat CGT effectue des travaux importants de restauration de la Maison Syndicale. La plus visible est la création d’une verrière au dessus de la cour. En 2004, le Syndicat CGT cède la Maison Syndicale à la Région Nord-Pas-de-Calais. Propriétaire, la Région en a laissé la gestion et l’entretien à la CALL (Communauté d’Agglomérations de Lens-Liévin).

  Le bâtiment accueille maintenant un centre d’archives de l’histoire minière mais un travail de sauvegarde des archives doit y être effectué. Marcel Barrois soulignait en 2000 qu’il y était entreposé l’ensemble des numéros du journal syndical :’La Tribune’. Malheureusement, ces vieux journaux sont fragiles. Mal entreposés, à l’humidité, ils périssent.

La Maison Syndicale abrite aujourd’hui les associations «Mémoires & Cultures de la Région Minière» (créée en 1991 et dont le Président fut Marcel Barrois jusqu’à son décès) et «Gauheria» et est le siège du Pays d’Art et d’Histoire de Lens-Liévin. Des expositions temporaires y sont présentées, axées surtout sur l’histoire de la mine et des mineurs.

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   Le 30 juin 2011, lors d’une réunion du Conseil de la CALL, est créée une ‘Maison de Mémoire des Mineurs’ associé au projet ‘Mineurs du Monde’. Celui ci a une triple ambition : un travail de mémoire et d’archives, une prise de conscience et de mobilisation à l’international du bassin minier et une démarche de collecte de ressources pouvant permettre à chacun l’accès à cette histoire.7

    Le site principal de ce projet se trouverait sur le site de l’ancienne fosse 11/19 mais la totalité des archives (contenant plus de 25 kilomètres de documents inédits) serait entreposée dans les bâtiments de la Maison Syndicale et de l’ex-cinéma du Cantin.

   Quelques photos récentes de la Maison Syndicale :

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Publié dans Histoire, La Mine, La ville, Lens, Les Mineurs, Non classé | 3 Commentaires »

23 octobre 1932 : inauguration de l’hôpital de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 6 septembre 2012

23 octobre 1932 : inauguration de l'hôpital de Lens dans Histoire titre

  En octobre 2010, j’avais mis en ligne des articles sur la longue histoire des hospices et hôpitaux de la ville de Lens du douzième siècle à aujourd’hui (http://lelensoisnormand.unblog.fr/2010/10/14/hospice-et-hopital-de-lens-1/). A quelques jours du quatre-vingtième anniversaire de cette manifestation, revenons sur le jour de l’inauguration de l’actuel Hôpital Ernest Schaffner et de sa maternité

affiche dans La ville

    Le dimanche 23 octobre 1932, Edouard Herriot, Président du Conseil, vient à Lens. Il avait déjà rendu visite à la capitale du Pays Minier un an plus tôt pour la Fête de la Laïcité. Le Député-Maire de la ville, Alfred Maës l’avait alors invité à venir inaugurer le nouvel hôpital qui avait ouvert ses portes en 1930. La presse nationale relatera largement cet évènement dans ses colonnes.

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   Herriot ne veut pas que ce voyage soit utilisé à des fins politiques. Nous sommes en pleine crise des charbonnages et les Compagnies Minières ont de plus en plus souvent recours au chômage. Les salaires baissent et la vie dans les corons devient de plus en plus difficile. La coalition gouvernementale composée des Radicaux et de la SFIO a bien du mal à enrayer la crise provoquée par la mévente du charbon et le fort ralentissement des exportations. De plus, la situation européenne n’est pas bonne : Mussolini règne en maître sur l’Italie, l’Espagne est aux bords de l’insurrection et un certain Hitler est de plus en plus influent en Allemagne.

    Nous sommes donc le dimanche 23 octobre 1932. Il est 11h00, le soleil brille sur Lens mais on attend de la pluie dans le courant de la journée. Dans toute la ville, les maisons situées sur le parcours officiel sont pavoisées ; une prime de 1000 francs est même offerte par la Municipalité pour la plus belle décoration.

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   Dans la toute nouvelle gare, les personnalités locales attendent l’arrivée du train présidentiel en provenance de Paris. Edouard Herriot, le Président du Conseil, devrait être à bord. Mais quelle n’est pas la surprise des lensois lorsque le Président du Conseil arrive sur la place de la Gare… en voiture. La situation sociale risquant de provoquer des manifestations à l’arrivée du train ; il a voulu éviter des débordements. ‘On craignait même que des sifflets moscovites ne troublent sans doute les vivas loyalistes’ (Le Figaro 24/10/1932).

   Pas d’autoroute ni de puissantes voitures à l’époque : parti de Paris la veille, Edouard Herriot a passé la nuit à Amiens avant de se rendre dans le Pas de Calais.

  Il rejoint donc ses hôtes dans le hall de la Gare et les membres de son entourage qui devaient être ses accompagnateurs à l’arrivée du train. Parmi ceux-ci, M. Emile Bollaert, son Chef de Cabinet (qui n’a aucun lien de parenté avec Edouard et Félix Bollaert, les anciens Présidents de la Compagnie des Mines de Lens).

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    Tout ce beau monde se retrouve ensuite dans la salle des pas-perdus de la gare où Alfred Maës et Henri Cadot, Sénateur et l’un des fondateurs du syndicat des mineurs souhaitent la bienvenue au Président.

   Puis, après avoir écouté sur la place la Fanfare Ouvrière jouer ‘la Marseillaise’ et un groupe de jeunes écolières lensoises entonner un hymne à la Paix, le cortège se rend à pied au Monument aux Morts de la Place du Cantin.

    La foule est nombreuse à regarder le cortège présidentiel mais les avis divergent selon les journalistes. Le Matin écrit : ‘La Municipalité et la population lui (au Président Herriot) ont fait un accueil chaleureux’ alors que Le journaliste du Figaro écrit :’La foule gardait une courtoise réserve et montrait souvent plus de curiosité que d’enthousiasme’.

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   Après avoir déposé une gerbe au pied du monument et saluer les anciens combattants, tout ce beau monde se rend en voiture cette fois, à l’hôpital de la Route de la Bassée pour procéder à son inauguration officielle.

    Voulu par Alfred Maës, imaginé par Ernest Schaffner, cet hôpital a ouvert deux ans auparavant. Il a remplacé les bâtiments provisoires en bois de la rue de l’Hospice qui avaient été érigés après la Première Guerre Mondiale.

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    A 12 h 00, ‘La délégation est accueillie par ‘une cohorte de pimpantes infirmières’. Tous les convalescents sont aux fenêtres. M. Herriot visite des chambres resplendissantes de netteté entourées de galeries sous lesquelles s’étale la saine et reposante verdure des vertes pelouses‘ (Le Petit Parisien).

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   Alfred Maës, Député Maire de Lens présente au Président les membres du Conseil d’Administration de l’Hôpital de Lens puis le corps médical dirigé par le Médecin-Chef, le Docteur Ernest Schaffner, les infirmières et les dévouées sœurs franciscaines.

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   C’est ensuite Ernest Schaffner qui dirige lui-même la visite. Il fait découvrir à M. Herriot tous les perfectionnements modernes de cet hôpital modèle inspiré de celui de Lyon, ville du Président : chambres, salle d’opération, de radiologie, maternité… ainsi que l’ensemble du personnel.

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   Monsieur Herriot interroge longuement Sœur Marie-Ferdinand, Mère Supérieure, décorée de la Croix de Guerre avec palmes pour son dévouement envers les blessés à Lens pendant toute l’occupation allemande.

   Le Président remet ensuite à M. Renard, Doyen des administrateurs de la Commission Administrative du Centre Hospitalier, la Médaille d’Or de l’Assistance Publique et offre une somme de 2000 francs pour les hospitalisés.

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    Lors de la visite de la Maternité, un homme intervient auprès d’Edouard Herriot pour lui présenter sa fille née le matin même et demande à l’homme d’État de bien vouloir être le parrain. E. Herriot accepte volontiers : il remet 1000 francs pour l’enfant en faisant promettre au père de la prénommer Blanche, comme sa propre épouse.

   Au bloc de chirurgie, il annonce au Docteur Laurent, le chirurgien en chef, qu’il lui décernera prochainement la Légion d’Honneur.

    Puis la délégation se rend dans la cour de l’hôpital où le Président découvre d’abord une stèle rappelant cette inauguration …

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    ….avant de poser la première pierre de la future maison de retraite.

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   Retour dans la salle d’honneur de l’hôpital où un lunch est servi. Le Président du Conseil appose son paraphe sur une longue feuille de parchemin commémorant sa visite et prononce son premier discours de la journée :

    ‘Votre cité hospitalière, d’une disposition si heureuse grâce à vos architectes, est un organisme vivant où les services bien disposés collaborent en harmonie à une admirable fin de guérison. Cet hôpital, inspiré de celui de Lyon, aux bâtiments coquets et aux salles lumineuses et la maternité qui y est adjointe fonctionnent depuis 2 années déjà mais l’inauguration a été retardée jusqu’à l’édification d’une maison de retraite destinée à compléter l’ensemble de ce Centre Hospitalier qui, œuvre de vie, se dresse à un emplacement dont le nom remplit autrefois les communiqués de guerre et qui fut bouleversé par la mitraille et ravagé par la mort. Nous sommes ici sur la longue et douloureuse ligne de front sur laquelle le pays a souffert et saigné’.

    Pendant tout l’après-midi, l’hôpital est ouvert exceptionnellement à tous ceux qui veulent le visiter.

   Vers 13h00, cette inauguration terminée, toute la délégation se rend à pied à l’école Berthelot toute proche où, sous le préau, un banquet de plus de 600 couverts y est offert aux convives par les Hospices Civils de Lens.

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   Au menu : Hors-d’œuvre variés, saumon du Rhin, jambon du Nord, filet de bœuf, poulet rôti, salade et gâteau au moka. Le tout arrosé de Sauternes, Bordeaux, Châteauneuf du Pape, Champagne et Cognac ……

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   Entre poire et fromage, Alfred Maës prononce un discours dans lequel il attire l’attention du Président sur la situation précaire des mineurs et de leur famille et sur les difficultés engendrées dans les corons par la crise du charbon.

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    Herriot prend ensuite la parole : ‘Je veux dire combien j’ai été sensible à ce que m’a dit Monsieur Maës sur la situation des ouvriers mineurs . Je considère avec lui que le chômage est un fléau, peut être le plus douloureux des fléaux sociaux ’.

   Sans grande conviction apparente, il promet de ‘donner une attention des plus sérieuses à la situation de la production charbonnière et au problème de l’équilibre importations-exportations’.

    Puis, changeant rapidement de sujet, il vient à saluer le courage de la population lensoise aussi bien sous l’occupation allemande de 1914 à 1917 que pour la reconstruction’

    En cette terre ouvrière et fortement syndicalisée, il honore avant tout … le paysan : « C‘est lui ce paysan qui, par un prodige admirable, a redonné cette terre à la vie. » .

    Enfin, il passe à un autre sujet qui lui est cher : la Paix dans le Monde et en Europe en particulier et promet d’œuvrer essentiellement pour éviter le retour de conflits ….

   Ce discours a du décevoir la population minière lensoise qui espérait autre chose de cette visite ‘au pas de course’. En retard sur l’horaire prévu, ce n’est qu’à 16h00 que tout le monde se rend à l’Hôtel de Ville où du balcon, Le Président du Conseil (qui semble pressé d’en finir) assiste au défilé de 103 sociétés sportives locales puis à celui des sociétés musicales qui, rassemblées depuis 15h00 sur la Route de Lille, participent à un festival doté de 15 000 francs de prime. C’est finalement à 17 h 00 que le Président du Conseil s’éclipse rapidement pour se rendre à Arras.

   Mais pour les lensois, une fête ne se termine pas ainsi. La municipalité a voulu la prolonger au mieux pour la population. Le soir, de grandes illuminations sont installées à l’Hôtel de Ville, au Monument aux Morts et bien sur, à l’hôpital. Un grand feu d’artifice est tiré sur la Place de la République devant une foule nombreuse.

   La fête ne s’arrête pas encore là. Il faut penser aussi aux malades de l’hôpital pour lesquels de grandes animations sont prévues le lundi : musiques, danses, spectacles. Enfin, à 17h00, les primes allouées sont offertes aux Sociétés Musicales gagnantes du concours à l’Hôtel de Ville par M. Alfred Maës dont la Municipalité offre, par l’intermédiaire du bureau de Bienfaisance, aux ‘indigents et chômeurs’ de Lens à l’occasion de cette fête, une distribution de charbon, viande et pain.
Pour finir, quelques photos parues dans la presse de l’hôpital de Lens en 1932 :

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