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Quand Bollaert n’était pas Bollaert

Posté par Le Lensois Normand le 12 février 2014

   Le 6 novembre 1929, la Société des Mines de Lens devient propriétaire de la totalité d’un terrain de treize hectares soixante dix-huit limité par  la voie ferrée de Lens à Dunkerque, les carreaux des fosses 1 et 9 et la route de Béthune.

   L’idée de Félix Bollaert, le président du conseil d’administration de la compagnie est de faire de cet espace un lieu d’activités de plein air pour les familles des mineurs. La politique de la compagnie est d’encadrer au mieux les loisirs de ses ouvriers afin que leur attention ne soit pas toujours occupée par des idées revendicatives.

  Au début des années trente, la lutte que se livrent la compagnie et le syndicat des mineurs est intense. Ce dernier est depuis le début du siècle à la tête de la ville. Emile Basly puis Alfred Maës, deux anciens mineurs, leaders du puissant syndicat occupent le fauteuil de maire et sont députés de la circonscription.

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     Pour marquer sa puissance, la Société des Mines de Lens, propriétaire de la grande majorité des terrains autour du centre-ville, s’est établie aux portes de la cité. Sa reconstruction après les dégâts occasionnés par la Première Guerre Mondiale est maintenant terminée. Les Grands Bureaux, sièges de la direction et des services administratifs, fonctionnent dès 1929. La compagnie possède son propre réseau ferroviaire, ses propres quais de manutention le long du canal, ses propres usines électriques, sa propre gare. Pour les familles de mineurs, elle dispose de logements bien sur mais aussi d’écoles, de centres ménagers, de coopératives, de salle des fêtes, de stades et même d’églises.

   Afin d’asseoir définitivement son indépendance vis-à-vis de la ville et de ses élus socialistes, il ne lui manque qu’un grand complexe sportif. En outre, ses dirigeants ne sont pas insensibles à la notoriété naissante de l’excellent club régional qu’est le Racing Club Lensois.

   Depuis 1924, la compagnie a créé son club, la Section d’Education Physique de la Compagnie des Mines de Lens dont le siège social se trouve aux Grands Bureaux. Mais cette association, dont le secrétaire est l’ingénieur Dubouchet, n’a pas la notoriété du RCL. Elle deviendra omnisport quelques années plus tard en s’associant avec ‘Gwiada’ sous le nom de l‘AS Lens … et la section ‘football’ devra quitter le stade des Mines pour celui de la cité de la fosse14.

   Car ce qu’on appelle aujourd’hui le stade Bollaert-Delelis n’a pas été édifié pour le RCL. En 1930, lorsque débute la construction du stade, le plus important club de football de la ville évolue en division d’honneur régionale. C’est un bon club amateur qui fut créé au début du siècle par des commerçants lensois afin d’offrir des structures à leurs lycéens ou étudiants de fils. Ses deux derniers présidents, René Moglia et Georges Renoult sont bonnetier et importateur de café à Lens.

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  Les rencontres se déroulent au stade de l’Est, à l’extrémité de l’Avenue Raoul Briquet dont la rénovation vient de se terminer. Il le partage avec le club municipal de l’USOL (Union Sportive et Ouvrière de Lens). Un autre stade sera construit par la ville à partir de 1933 sur l’Avenue de Liévin (qui deviendra Avenue Alfred Maës). Il disposera d’un vélodrome et sera mis à la disposition des ‘sociétés bénéficiant de l’aide de la municipalité’ et des enfants des écoles communales.

  Cette municipalité aide le Racing Club Lensois. Une subvention annuelle lui est allouée et il bénéficie de la gratuité de l’utilisation du stade Raoul Briquet pour les rencontres de l’équipe fanion mais aussi pour les entraînements et les matches d’équipes de jeunes. En 1931, alors que le stade des Mines est en construction, le RCL fête  ses vingt-cinq ans à la mairie de Lens où joueurs et dirigeants sont reçus par Alfred Maës et tous les élus. Un banquet de cent cinquante personnes parmi lesquelles on ne voit aucun des dirigeants de la société minière est offert dans la salle de l’Alambra. Il n’est pas envisageable à cette époque que ce club devienne un jour professionnel sous la houlette de la compagnie.

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  En ce début des années trente, Félix Bollaert et Ernest Cuvelette, Agent Général de la Société des Mines de Lens, adoptent les plans proposés par l’Ingénieur de la compagnie, Auguste Hanicotte. La construction du stade peut commencer. La compagnie ressent les effets de la crise de 1929 : la vente du charbon s’est considérablement ralentie. Mais la Société des Mines de Lens reste une des plus riches entreprises de France. Ce qui est produit ne sert qu’à constituer des stocks pour les jours meilleurs et de nombreux mineurs sont mis au chômage. Plusieurs grèves son déclenchées dans le bassin minier.

  Félix Bollaert prend alors la décision de faire construire le stade par ses ouvriers de la fosse 5 dont l’activité est totalement arrêtée. Ils sont ainsi cent quatre-vingt à rejoindre tous les jours le site de construction.

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  En 1933, cet immense complexe sportif est terminé. Il comporte un terrain principal engazonné entourée d’une piste d’athlétisme en terre battue et de deux zones de lancer et de saut. En allant vers la pépinière (site du jardin public actuel), on trouve un terrain de football et deux terrains de basket. Du côté de la cité minière du 9, une perche pour la pratique du tir à l’arc a été installée sur un terrain aménagé. Le tout est situé dans un site boisé où peut se pratiquer le cross-country. L’accès au stade s’effectue par une rue percée en direction de l’Avenue de Liévin du coté du centre-ville et par un pont étroit qui surplombe les voies ferrées des mines reliant les différentes fosses du côté de la cité du 9 bis.

  D’un côté du terrain principal, une tribune de six cents places assises a été édifiée. Tout autour de la pelouse, des gradins peuvent recevoir près de sept mille spectateurs dont deux cents d’entre eux sont abrités de la pluie grâce à deux petites tribunes du côté de la fosse 1.

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  Le terrain principal est appelé à recevoir les concours de gymnastique et d’athlétisme ainsi que les représentations de préparations militaires. Ainsi, les spectateurs peuvent apprécier les démonstrations de mouvements d’ensemble, les pyramides humaines, les défilés militaires ….

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   Le stade des Mines quelques années après son inauguration: la tribune d’honneur a été agrandie. En bas, la perche de tir à l’arc et les aires d’athlétisme encadrées par les lignes de chemin de fer (à droite celle des mines; à gauche, le ligne Lens-Dunkerque des Chemins de Fer du Nord). Derrière le stade principal, on aperçoit le terrain d’entraînement et les terrains de basket. A gauche, les installations de la fosse 1.

   La Compagnie de Lens met aussi ses installations à la disposition des Sociétés Gymniques des cités minières comme l’Association Saint Edouard (cité 12), la Société Sante Barbe (cité 4) ou le cercle Saint Pierre (cité 11). Les écoles des cités viennent aussi y pratiquer le sport. Y sont organisés des camps de vacances pour les enfants des mineurs. Ce stade est, après les Grands Bureaux, l’un des symboles de la puissance de la compagnie.

    Le 18 juin 1933 est le jour de l’inauguration du nouveau Stade des Mines de Lens.

   L’annonce de la manifestation est parue dans la presse locale comme le Journal de Lens : ″Nos concitoyens auront l’avantage de visiter et d’admirer le magnifique et grandiose parc des sports, édifié par la Société des Mines de Lens au cœur même de la ville″.

   Tout ne monde ne partage pas cette enthousiasme. La Tribune des Mineurs, le journal du syndicat, reproche en ces temps de crise financière ″des dépenses folles et inutiles pour ces vastes terrains de sport qui servent à l’occasion à faire des victimes en les laissant sur le pavé″. Félix Bollaert n’est pas du même avis : ″Notre jeunesse si nombreuse n’était pas à l’aise dans ses mouvements. Le stade qu’on inaugure aujourd’hui lui permettra de les perfectionner. ″

   Dès le matin du 18 juin, des messes spéciales sont dites à l’église Saint Leger, à la chapelle Sainte Elisabeth et à l’église Saint Barbe de la cité de la fosse 4. A 11 heures, un concours musical au carrefour de des Grands Bureaux et dans la rue Bollaert.

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  Le midi, dans la des salles des fêtes des Grands bureaux est offert un banquet par la compagnie. C’est à 13 h 30 que les portes sont ouvertes au nombreux public. Beaucoup de spectateurs arrivent par la gare Sainte Elisabeth, la Société des Miens de Lens a mis en place de nombreux trains supplémentaires.

   De nombreuses associations sportives dépendant des compagnies minières de la région sont invitées. Elles viennent de Barlin, Grenay, Billy-Montigny, Bruay, Meurchin, Loos-en-Gohelle, Liévin, Mazingarbe, etc. Des clubs ‘amis’ sont également présents comme le RC Arras ou le club de boxe de Calais. La qualité du spectacle est assurée avec la participation des champions du Bataillon de Joinville. On remarque aussi une forte délégation d’associations polonaises c’est pourquoi retentirent dans le stade, les hymnes nationaux français et polonais.

  Après un défilé de cinq mille gymnastes autour du stade, peuvent commencer les démonstrations sportives accompagnées par l’harmonie des Mines de Lens et par la fanfare Saint-Amé : Courses de plat et de haies, le grimper à la corde, le saut en hauteur, à la perche, lancer du disque, du javelot et du marteau, le saut du cheval. De nombreux prix d’une valeur totale de 40000 francs sont offerts aux meilleurs. Les garçons et les filles des écoles des Mines de Lens font une démonstration de mouvements d’ensemble.

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   A 21h30 débute la seconde partie de la journée avec une fête de nuit. Des spectacles de danses et de ballets sont présentés sur trois podiums installés sur le terrain principal.

   Mais aucun match de football n’est organisé lors de cette fête.

  Pourtant, on ne peut imaginer que Félix Bollaert n’a pas une idée derrière la tête. Depuis deux ans, les clubs sont ‘autorisés à rémunérer leurs joueurs’. Certaines grandes entreprises, comme Peugeot à Sochaux, se sont lancées dans l’aventure du football professionnel. Au Racing Club Lensois, Jules Van den Weghe, fils du premier président du club, a remplacé Renoult.

   En 1933, le nouveau président a inscrit le RCL comme prétendant au professionnalisme mais comme il s’y est pris trop tard, le club n’a pu être engagé dans le championnat national. Cela ne convient pas à tous, le journal socialiste ‘le Populaire’ écrit le 3 mars 1934 : ″La saison prochaine, le RC Lens, l’US Boulogne, le FC Dieppe et le Stade Malherbe de Caen accèderont au professionnalisme. Encore quatre qui n’ont rien compris″.

   Le 10 mars 1934, une réunion est organisée entre les représentants de la Société des Mines et les dirigeants du club. La compagnie est prête à subventionner le club, à offrir à l’équipe première ses installations du Stade des Mines et à proposer à tous les joueurs professionnels un emploi dans la société. Les commerçants lensois acceptent à la condition de continuer à être partenaires. Jules Van den Weghe cède sa place de Président à Louis Brossard, un ingénieur de la Compagnie des Mines, le siège social du club est transféré dans les Grands Bureaux.

   Le dimanche 26 août 1934, le Racing Club de Lens reçoit au Stade des Mines le Racing Club de Calais pour la première journée du championnat professionnel de deuxième division. Les deux équipes se quittent sur un match nul de deux buts partout. Les dessinateurs humoristiques d’alors peuvent se laisser aller à leur inspiration.

dessin

   Le mariage entre le stade des Mines et le Racing est définitivement scellé. Le stade et le club vont devenir des éléments incontournables dans la besace de la compagnie qui n’hésite pas à démontrer que le RCL est maintenant ‘son’ club.

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Les footballeurs de Lens et de Sochaux sont invités à visiter les galeries de la fosse 2

   Mariage entre la société minière et le RCL donc mais le divorce entre le club et la ville est consommé. Alfred Maës, qui refusera toujours d’assister à un match de ‘l’équipe de la compagnie’ pour ne pas être accusé de connivence avec ses dirigeants, envoie un courrier au club dans lequel il lui demande de libérer le stade de l’Est de ses équipes de jeunes afin de donner la place à l’USOL, le club municipal. Plus aucune subvention, plus aucune aide ne sera apportée par la ville au RCL jusqu’au début des années cinquante et l’arrivée du Docteur Ernest Schaffner à la tête de la municipalité. Cela n’empêche pas que toutes les deux semaines, le dimanche après-midi, des milliers de gueules noires se passionnent pour leur équipe.

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  En 1934, après une victoire au stade des Mines contre l’équipe de Metz, un journaliste parisien écrit : ″Quel enthousiasme parmi cette rude population qui sait peiner toute la semaine mais veut aussi laisser libre court à son trop plein de vie le dimanche quand l’équipe chérie, l’équipe au maillot sang et or joue chez elle et marque de précieux points. On est comme ça dans le pays minier où le football et le cinéma ont tout détrôné. La foule quitta le stade pour rejoindre la cité minière, grouillante de vie, pleine d’une joie qui ne demandait qu’à s’éclater″.

  Le 26 décembre 1936 à Paris, Félix Bollaert décède à l’âge de quatre-vingt un ans. En son honneur, la compagnie minière de Lens décide donner son nom au stade des Mines.

   C’est alors que les termes ‘Stade Bollaert’ et ‘Sang et Or’ deviennent inséparables.

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Depuis mille ans, l’église Saint Léger domine Lens

Posté par Le Lensois Normand le 25 octobre 2013

   On ne peut voir Lens sans la voir. Bien implantée face à la Place Jean Jaurès, tout près de l’Hôtel de Ville, l’église Saint Léger domine de toute sa hauteur la ville.

Depuis mille ans, l'église Saint Léger domine Lens dans Histoire stlg001

   Imaginons nous à Lens au dixième siècle. La ville est rattachée à la Flandre et fait parti du comté de Boulogne et de Lens (ces deux comtés furent réunis qu’un jusqu’en 1049). La vie essentiellement rurale y est rude et l’homme vit dans un dénuement complet. Dans le bourg fortifié, les mendiants, les malades hantent les rues. L’insécurité est partout. Pour faire face à cette délinquance, les terribles sanctions sont prononcées par le tout puissant et omniprésent clergé qui possède le pouvoir de contraindre et de punir.

    Les habitants redoutent, non seulement, les cataclysmes célestes et terrestres, signes de la colère divine, mais aussi les épidémies de lèpre et de peste noire. Ces épidémies sont vécues comme une punition du péché…

    Face à ces tribulations, un seul espoir : la vie éternelle et paisible après celle vécue sur terre ! Pour prier et implorer la bonté divine sont construits des édifices religieux de plus en plus imposants. A Lens, on voit alors s’élever la Collégiale (où se trouve aujourd’hui le rond-point Van Pelt), l’église Saint Laurent (aux environs de l’Université Perrin) et l’église Saint Léger.

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   D’après ce que nous apprend Louis Dancoisne dans son ‘Précis de l’histoire de Lens’ paru en 1878, l’église Saint Léger est érigée dans la première moitié du dixième siècle. C’est vraisemblablement sous Eustache Premier, comte de Boulogne et de Lens qu’elle est construite.

   On ne sait pas quelques sont les raisons qui ont donné le nom de Saint Léger à l’église de Lens. On peut supposer qu’elle fut érigée sur un sanctuaire dédié à Léodégar (nom franc de Saint Léger) dans les années qui suivirent sa mort en 680.

   L’église possède quatre étages, un vaste portail, deux tourelles carrées avec un toit en forme de flèche, une tourelle d’escalier, le tout surplombé par un impressionnant clocher possédant à sa base un chemin de ronde et terminé par une flèche posée sur un toit à bulbe.L’étage renfermant les cloches est ouvert par de larges fenêtres sur ses quatre faces.

   La Collégiale toute proche, tenue par des chanoines et des chapelains dépend du château. Une semaine par an, elle est ouverte au public et ses reliques exposées dans l’église Saint Léger. Là, elle sont vénérées par les pèlerins tandis  »qu’un jongleur doit chanter jour et nuit devants les corps saints ». (Alfred Bucquet, Lens, son passé, ses houillères).

    Un dessin paru dans les albums de De Croÿ nous fait découvrir Lens au début du dix-septième siècle. On y voit l’imposante église Saint Léger en plein centre du bourg fortifié. En 1647, Lens appartient alors aux Espagnols, l’église Saint Léger rayonne de toute sa splendeur.

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   Mais les guerres successives et les nombreux sièges dont fut victime Lens finiront par avoir raison de cette église.

   Le 3 octobre 1647, après une lutte farouche, l’armée française mené par le maréchal Jean de Gassion (qui mourut lors du siège) reprend la ville de Lens aux espagnols. Un an plus tard, Lens est de nouveau espagnole après une bataille repmortée par l’archiduc Léopold de Habsbourg. Arrive alors la célèbre bataille de Condé et la victoire des armées françaises qui mettra fin à la guerre de trente ans.

    Ces longs conflits ont laissé des traces. Lens et les lensois sont dans la misère. La ville n’a plus un sou et on ne peut réparer l’église totalement délabrée.

    Il faut attendre la fin du dix-septième siècle pour que l’on se décide à la restaurer car elle menace de s’effondrer entièrement. L’architecte douaisien Anselme, qui est chargé de remettre en état la base, utilise une méthode originale : suspendre le clocher et le toit de l’église afin de travailler à sa base. Mais l’homme décède alors que les travaux sont à peine commencés. Ses successeurs n’ayant certainement pas le même talent, prennent moins de précautions et le tout s’écroule, ne laissant que ruines. C’est ainsi que disparaît la première église Saint Léger.

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   Lens reste alors plus de 300 ans sans église paroissiale. Ce n’est que le 28 mai 1776 qu’est posée la première pierre de la nouvelle église Saint Léger au même emplacement que la précédente. Les travaux sont financés par les biens propres de la paroisse et les dons des fidèles sans aucune aide extérieure. Ce sont les frères Leclercq, bâtisseurs à Aire sur la Lys qui construisent l’édifice.

    Le 18 janvier 1780, dans ce qu’on appelle alors la Rue Large de Lens est inaugurée la nouvelle église Saint Léger. Imposante, tant par son architecture de style ‘Jésuite’ que par sa capacité, elle surplombe déjà le reste de la ville.

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   Composée d’un corps en longueur de 45 mètres et d’une tour, l’église est remarquable par sa façade. De part et d’autre d’un grand porche, se trouve la large tour carrée dont le premier étage comportant les cloches est ouvert sur chaque face par des fenêtres cintrées. Au dessus, on trouve l’horloge, présente également sur les quatre faces, qui est surmontée d’une toiture arrondie et d’un clocheton. Les soubassements latéraux sont en grès et supportent des contre-forts faits de briques et de pierres. Chaque côté est muni de cinq grands vitraux.

    Jusqu’à la Révolution, un cimetière est attenant à l’église, près du presbytère, entre l’arrière de l’église et la rue de Douai. Plus tard, les défunts dépendant de la paroisse seront enterrés au cimetière de l’Hospice jusqu’à l’ouverture du cimetière-est vers 1830.

    De nouveau, cette église va subir les faits de l’histoire de France. En 1789, la Révolution éclate : les églises appartiennent à l’Etat et les prêtres, élus par le peuple, doivent prêter serment à la Constitution.

    Dès 1793, sous la Terreur, Mirabeau parle de la nécessité de la ‘déchristianisation de la France : des prêtres sont déportés ou assassinés, d’autres contraints à abjurer leurs vœux, les croix et images pieuses sont détruites et les célébrations et fêtes religieuses interdites. Les objets religieux de Saint Léger sont enlevés et envoyés aux monnaies de Lille ou de Paris.

    L’église prend alors le nom de ‘Temple de la Raison’. On y célèbre aussi des fêtes civiles et des ‘clubs révolutionnaires’ s’y réunissent. Le culte de la raison a pour vocation de remplacer le christianisme sous la Révolution française. Robespierre y mettra fin en mars 1794 et instaurera le culte de l’Etat Suprême.

    On trouve aussi d’autres utilités à ce grand édifice : on le transforme en fabrique de poudre et on y emmagasine du fourrage.

    Il faut attendre l’arrivée de Bonaparte qui, en ratifiant le Concordat du 8 septembre 1801, permet la restitution des édifices religieux au clergé. Saint Léger revient dans le giron de l’église catholique en 1803 et son premier curé en est le chanoine Leviez.

    Arrive 1852 et le début de l’épopée charbonnière. La ville de Lens s’agrandit, le nombre d’habitants augmente considérablement en peu de temps. A elle seule, l’église Saint Léger ne peut accueillir autant de monde, surtout que pour être bien considéré par leurs patrons, les ouvriers mineur doivent assister à tous les offices du dimanche.

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   Alors, on voit apparaître en périphérie de la ville, dans les corons, d’autres églises construites par la Compagnie des Mines de Lens : Sainte Barbe dans la cité de la fosse 4 en 1896, Saint Pierre (cité du 11) et Saint Edouard (cité du 12) en 1901, Saint Théodore (cité du 9) en 1910 et Saint Vulgan (Cité du 2) en 1912.

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   1912 : Emile Basly, maire socialiste de Lens, décide de faire construire une nouvelle mairie à la place de celle bâtie en 1822 devenue trop petite. Pour cela, il réquisitionne le presbytère de l’église Saint Léger (situé où sera construit la poste après le guerre, rue Diderot) pour y installer les services municipaux.

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   Le 4 octobre 1914, les troupes allemandes envahissent Lens. Elle occuperont la ville exactement quatre ans jusqu’au 3 octobre 1918.

    Dès qu’ils prennent le contrôle de la ville, les autorités germaniques décident de ne réserver l’église Saint Léger qu’à leur seul usage, l’interdisant totalement aux civils français. Léon Tacquet, dans son journal publié par Gauheria sous le nom de ‘Dans la Fournaise de Lens’ rapporte qu’ayant sollicité des allemands le droit de suivre la messe dans ‘son’ église, il y fut invité. Certainement afin de l’intimider ou de le ridiculiser, les allemands le firent placer au premier rang. Il dut ainsi, seul civil, écouter une messe interminable dite en allemand par un prêtre militaire devant 1500 officiers et soldats.

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   Pour les civils français, les messes sont dites dès mars 1915 dans les locaux de la maison Pollet-Dekoster rue Voltaire. A partir de Pâques 1916, les offices ont lieu dans les sous-sols de cette entreprise aménagés par des ouvriers chrétiens. Le chanoine Ocre décide d’appeler ce lieu ‘Saint Léger sous Terre’.

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   Car l’église Saint Léger, que les allemands appellent ‘Die Kathedrale’ reçoit rapidement les premiers obus. De nombreuses fois visée car étant à la fois un lieu de rassemblement et un poste d’observation pour les allemands (qui peuvent observer jusque Lorette), elle subit les premiers dégâts dès 1915. Sur la Grand’Place, les beaux commerces d’avant-guerre sont détruits, des débris, des pierres jonchent le sol. L’église a perdu l’une de ses tourelles, le chemin de ronde est inutilisable et les fenêtres du clocher sont éventrées.

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   A l’intérieur, les dégâts sont considérables : Les statues, le mobilier, la chaire, les orgues et les autels sont réduits en miettes.

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   L’église est complètement détruite lors d’un bombardement le 19 janvier 1916. Selon le notaire Tacquet et le chanoine Ocre, curé de Saint Léger, c’est entre 15 et 16 heures que les plus gros obus sont tombés sur l’église. L’édifice est percé de part en part, il ne reste plus un seul vitrail. Les voûtes se sont écrasées sur les dalles du sol. De cet édifice qui faisait la fierté des lensois, il ne reste qu’un lugubre squelette vacillant.

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    Lorsque les soldats anglais finissent par libérer Lens le 3 octobre 1918, ils ne découvrent que des ruines. Le premier journaliste à entrer dans Lens libéré, Albert Londres, écrit qu’après avoir découvert dans les décombres quelques pierres de soubassement en grès,  »Nous avons décrété que c’était l’hôtel de ville et par là, nous avons reconnu que la petite montagne de brique tout à l’heure était l’église ».

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   Tandis que les premiers lensois revenus dans leur ville commence à rebâtir la cité, l’église, qui est devenue le tas de pierres et de débris le plus haut de Lens, reçoit la visite de nombreux ‘pélerins-touristes’, visiteurs venant de partout en France en voyage organisé et qui, contre une obole, peuvent venir ‘admirer’ les dégâts occasionnées par la guerre !

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    En attendant la reconstruction d’une nouvelle église, dès le 7 octobre 1919, les messes d’après-guerre sont célébrées dans un baraquement provisoire rue Diderot mis à la disposition de la paroisse par Félix Bollaert et son épouse.

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   En 1923, une chapelle provisoire en bois est inaugurée route de Béthune. Elle porte de nom de Chapelle Sainte Elisabeth et deviendra le lieu de rassemblement des catholiques polonais. En attendant la reconstruction de l’église du centre ville, elle sert d’église paroissiale.

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   A Lens, tout le monde n’est pas convaincu de la nécessite de reconstruire l’église Saint Léger. Le 17 juin 1921, il faut l’insistance d’Emile Basly (pourtant connu pour son anticléricalisme) pour que le Conseil Municipal vote à une très faible majorité l’adhésion de la ville à la société coopérative diocésaine d’Arras (créée quelques jours plus tôt afin de financer les reconstructions d’édifices religieux à l’aide d’emprunts), permettant ainsi de lancer le dossier. Le 9 juin 1923, le projet de reconstruction est accepté et signé par le maire de Lens.

   Le 8 juin 1924, jour de communions solennelles, la première pierre de la nouvelle église Saint Léger est posée. (Source Gauhéria, dossier n°8, La Renaissance de Lens de Ginette Haÿ, 2007).

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   Près de deux ans plus tard, le 24 mai 1926, lundi de Pentecôte, Eugène Julien, l’évêque d’Arras procède à l’inauguration de la nouvelle église Saint Léger.

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   Ressemblant beaucoup à la précédente, son emplacement a été reculé de plusieurs mètres dans le cadre de l’élargissement de la Place Jean Jaurès. Face aux risques engendrés par les galeries de mine passant sous la ville, la structure n’est plus en pierres mais en béton armé et les murs sont ainsi moins épais, le portail d’entrée a été agrandi, des pierres d’angle blanches donne du relief à la façade. Au dessus du porche, une simple inscription : ‘‘Eglise Saint Léger – Détruite pendant la grande guerre 1914-1918. Reconstruite et inaugurée en 1928 ».

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    L’église est ainsi moins massive, plus élancée, les matériaux de couleurs différentes donnent un aspect plus moderne à l’édifice tout en conservant son style jésuite. Les travaux ont été effectués par l’entreprise Hoelbeke et Flitz de Béthune.

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   Sur les façades latérales, dix vitraux représentant des saints ont été offerts par des notables comme Félix Bollaert, Léon Tacquet, des entrepreneurs ayant participé à la construction et de simples paroissiens.

    La chaire est inaugurée en 1928 et les grandes orgues terminées en avril 1930. Seul vestige de l’église d’avant 1918 : la statue de la Vierge Marie retrouvée dans les décombres, a repris sa place dans la chapelle des morts de la Grande Guerre où sont inscrits les noms des 726 militaires et 298 civils lensois tués lors du conflit.

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   En 1940, Lens est de nouveau occupé et les bombardements sur la ville vont reprendre. Le 23 mai 1940, une torpille éclate à l’intérieur de l’église, détruisant le mobilier et faisant éclater les vitraux.

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   En juin 1944, les lensois sont avertis par voie d’affichage que la présence qu’en cas d’alerte d’un guet dans le clocher de l’église Saint Léger signifie pour eux un  »danger extrême » et qu’ils doivent rapidement rejoindre les abris. Le 11 août, Lens est de nouveau bombardé. Sur la place Jean Jaurès, la mairie chère à Emile Basly, reconstruite après la première guerre n’est plus qu’un tas de ruines et l’église toute proche est sérieusement endommagée. Mais cette fois, sa structure n’est pas détruite et ses blessures ne sont pas irréversibles.

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   En 1956, les 25 vitraux sont remplacés. Créés par Louis Gauffault, maître verrier, ils sont tous de forme géométrique. Celui représentant Saint Léger se trouve au fond de la nef et les vingt-quatre autres sur les faces latérales sur deux niveaux.

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   Les derniers travaux ont consisté au remplacement du dôme en 1981 et l’édifice a été totalement rénové en 1996.

    L’église Saint Léger fait parti du paysage lensois depuis près de 1000 ans ; sans elle, il est certain que Lens ne serait pas Lens !

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L’Harmonie des Mines de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 14 avril 2012

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   En 1873 est créée la Fanfare Saint-Amé de la fosse 3 des Mines de Lens à Liévin, présidée par M. Micaud-Reumaux et composée de 14 musiciens. Huit ans plus tard, elle change de nom pour devenir la Grande Fanfare des Mines de Lens sous la Présidence de M. Dinoire. C’est à partir de cette date que ses musiciens sont habillés de tenues de mineurs.

   Le 18 avril 1897, la Grande Fanfare participe à la bénédiction de l’église Saint Barbe de la cité 4 de Lens.

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   En 1900, elle compte plus de 100 musiciens et reçoit les félicitations du jury lors de l’exposition universelle de Paris. En 1904, elle est présidée par M. Guillemant et reçoit quatre ans plus tard, au concours international de Bruxelles le Grand Prix d’Honneur.

   Totalement disséminée pendant la Première Guerre Mondiale, elle est reconstituée dès 1919 par le Président Dumont sous le nom de ‘Grande Harmonie des Mines de Lens’.

   Le jeudi 8 octobre 1925 lors de la cérémonie d’inauguration du Monument aux Morts des Mines de Lens, Route de Béthune, la Marseillaise est exécutée par l’Harmonie des Mines de Lens.

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   Vers 1930, sous la Présidence de M. Brachet et dirigée par le Chef Tournon, l’Harmonie compte 130 musiciens et 30 tambours et clairons. Elle est invitée à jouer à Ypres lors des fêtes de l’Indépendance de la Belgique. En 1933, elle ouvre son école de musique à Lens (à ne pas confondre avec l’école de musique municipale créée sous la mandat d’Alfred Maës).

   Toujours en 1933, L’Harmonie fait bien entendu parti des Sociétés invitées à l’inauguration du Stade des Mines (qui deviendra plus tard le Stade Bollaert).

HM004 dans Les Mineurs

   Toute activité est de nouveau interrompue pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais c’est dès 1945 qu’elle reprend ses activités.

   Après la Nationalisation des Houillères en 1946, c’est M. Brossard qui en prend la Présidence.

   En septembre1953, sous la direction de M. Bernast, l’Harmonie des Mines donne deux concerts, l’un à Douai lors de la Foire Commerciale, l’autre à Estaires.

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   Le 22 février 1956, l’Harmonie des Mines de Lens reçoit, des mains de M. Trognon, Délégué de la Fédération des Société Musicales, l’Etoile d’Or de la Fédération. Le 17 avril 1957, M. Brossart, Président de l’Harmonie quitte ses fonctions. Il est remplacé par M. Liégart, Ingénieur en Chef aux travaux du fond.

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  En 1958, les élèves diplômés de l’école de l’Harmonie des Mines posent au Jardin Public.

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  Fin 1959, lors d’un concert à Lens, M. Rousse, Président de la Fédération des Société Musicales du Nord et du Pas de Calais, remettait à Armand Baillet et Georges Dupont, deux des musiciens, l’Etoile Fédérale.

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  Le 4 septembre 1960, l’Harmonie des Mines se déplace au château de Grossouvre en compagnie de l’Harmonie Municipale dont le Président est André Delelis. Le groupe en profite pour se produire également à Sancoins, Clermont-Ferrand, Bourges, Montluçon et Nevers.

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  Le 15 Janvier 1961, un grand banquet était organisé : l’Harmonie, sous la présidence de M. Liégart, fêtait la traditionnelle Sainte Cécile. M. Destruys, Chef du Personnel, représentait M. Michaux, Directeur du groupe Lens-Liévin.

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  Le 22 février 1961, l’Harmonie des Mines, dirigée par M. Delvigne, donne son premier concert de l’année dans la salle des Fêtes de la Route de Béthune. A cette occasion, le Docteur Schaffner, Député-Maire de Lens, remet la décoration dans l’ordre des Palmes Académiques à trois des musiciens.

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  9 Juin 1963 : L’Harmonie des Mines de LENS, dirigée par Monsieur Maurice DELVIGNE, premier prix de trompette du Conservatoire de PARIS, et la Batterie, sous la direction de Monsieur Michel LEPINE, se produisent en concert au jardin public.

  Mais la récession des houillères touche aussi l’Harmonie : moins de mineurs égalent moins de musiciens. Comme pour le RC Lens, les HBNPC cessent de financer l’Harmonie et le 17 janvier 1968, à cinq ans de fêter son centenaire, la dissolution de l’Harmonie des Mines de Lens est prononcée.

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Nota : la plupart des photos de cet article proviennent du magasine « Notre Mine – Jour et Nuit » des années 50

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