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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (5)

Posté par Le Lensois Normand le 23 juillet 2014

5) Le courage face à l’humiliation

    En avril 1916 , la ville est frappée d’une seconde contribution de guerre de 800 000 francs. Émile Basly et Élie Reumaux tenteront en vain d’en faire baisser le montant. Les Lensois doivent racler les fonds de tiroirs pour trouver une partie de la rançon. L’autre partie est obtenue par des emprunts auprès des banques pour lesquels la compagnie des mines se porte garant.

    Les allemands sont chez eux à Lens. Ils continuent d’humilier la population et ses représentants. Ainsi, le 14 mai, ils obligent Émile Basly, ses adjoints, Élie Reumaux et d’autres notables dont Léon Tacquet, à assister à l’érection d’un monument dans leur cimetière militaire. Les français sont obligés de saluer tous les officiers et de déposer une gerbe au pied de la statue.

034 statue allemande

    A la fin de 1916, les bombardements s’intensifient encore. Le commandant Klaus décide d’enfermer les Lensois chez eux, où plutôt dans ce qu’il reste du « chez eux ». La plupart doivent se réfugier dans les caves ou dans des abris sommaires sous les décombres. La population reste ainsi murée à longueur de journée avec seulement une autorisation de sortir pendant deux heures chaque matin pour effectuer ce qui peut encore être fait de provisions ou vaquer à quelques tâches ménagères.

034 2 lensois dans les ruines

    Ces malheureux Lensois entendent du fond de leur gouffre les bruits de la guerre au dessus de leur tête. Ils ne peuvent savoir s’il s’agit de tirs allemands faisant sauter des parties de la ville ou d’obus anglais lancés contre l’envahisseur.

    Lorsqu’ils sortent enfin de leur tanière forcée, ils s’aperçoivent que la guerre est loin d’être finie : les allemands, sous les ordres de Klaus, ont posté des canons partout en ville et dans les corons. Le pont de la Route de Douai, la maison syndicale, les écluses du canal, les cités 11, 12 et 14 sont ainsi transformées en place forte : le calvaire n’est pas fini dans ce qui était encore deux ans plus tôt la capitale du pays minier. La population n’a pas fini de souffrir : les tirs des soldats alliés pour détruire ces positions vont obligatoirement tomber sur les hommes et les femmes de la ville.

034 maisons en ruine

    Cette population est affamée. Pourtant le comité hispano-américain fonctionne. Le centre de ravitaillement se trouve à Carvin. Si le pain n’est pas de très bonne qualité, il a le mérite d’exister et de permettre aux Lensois desurvivre. On y trouve aussi des légumes secs, des pâtes, des conserves mais peu de viande. Pour assurer le ravitaillement, Basly demande aux autorités allemandes des laissez-passer pour les hommes se rendant à Carvin. Celles-ci en profitent plusieurs fois pour arrêter les convois sur le chemin du retour afin de piller leur contenu.

   Les Lensois assistent, sans pouvoir rien y faire, à l’agonie de leur cité. À longueur de journée, ce n’est qu’un continuel tremblement de terre. Les vitres tombent, les tuiles des toits volent, les briques des murs s’effondrent, les trottoirs disparaissent, les pavés des rues sont arrachés. Malgré leurs malheurs, les Lensois applaudissent aux effets des bombardements, même s’ils en sont les victimes. Pour eux, ces obus qu’ils prennent sur la tête, qui détruisent leurs maisons, qui tuent leurs enfants sont signes d’une offensive donc d’un espoir prochain de libération.

    Il n’est pas rare, comme le soulignent Emile Basly et Léon Taquet, de voir des obus traverser les pièces des maisons. Pour les lensois, aucun autre recours que de se confiner désormais dans les caves aménagées en pièces d’habitation sous les ruines.

    Mais les tenaces Artésiens décident de réagir, de se regrouper, de se soutenir. Habitués à percer des galeries dans le charbon, ils creusent, à l’insu de l’occupant, des tunnels entre leurs caves. Les vieux mineurs ressortent leurs pics, les enfants remontent les seaux remplis de gravas. Dans certains corons, on peut rejoindre l’extrémité d’une rue à l’autre par ces galeries. Ainsi, sous les pieds des ennemis qui occupent leurs logements, des lensois se regroupent pour partager leur maigre pitance et se soutenir mutuellement.

   Malheureusement, il arrive souvent que les murs ou les toits bombardés tombent sur la cave : beaucoup de Lensois meurent étouffés dans ce tombeau qu’ils ont eux-mêmes creusé.

   Rapidement, l’ennemi découvre ces cachettes. Les soldats qui occupent les maisons veulent aussi bénéficier de l’abri des caves. Ils choisissent les meilleures d’où ils expulsent les occupants. Afin de consolider leur nouvel abri et de le protéger des bombardements, ils n’hésitent pas à faire entreprendre des travaux par des hommes, des femmes et même des enfants qu’ils réquisitionnent, les obligeant ainsi à travailler sous les bombes et les tirs d’artillerie.

035 soldats allemands cité 11

   Une autre attitude indigne d’un militaire est rapporté par Émile Basly : un jour, le Commandant Klaus exige que toutes les lensoises de 15 à 60 ans subissent un examen médical effectué par des « majors » allemands. On devine les intentions cachées de ce vicieux ! Devant le refus des femmes et les protestations des autorités françaises (ou de ce qu’il en reste), il doit alors accepter de remplacer cette visite médicale par une simple attestation de bonne santé. Le docteur Emery, médecin-chef de l’hospice se fait un plaisir de délivrer, sans même les rencontrer, tous les certificats demandés aux lensoises.

   Les troupes allemandes subissent de nombreuses pertes. Leurs officiers, sur ordre de Klaus, vont chercher de la main d’œuvre dans les corons. De jeunes garçons, des enfants sont enrôlés de force et disparaissent. Lorsqu’ils reviennent chez eux quelques jours plus tard, ils racontent qu’ils ont été conduits sur la ligne de front pour y exécuter des travaux, fabriquer des abris, creuser des tranchées …

   Cela n’empêche pas certains de résister au péril de leur vie. Un de ces gamins transportant un sac de plâtre ne peut saluer un sous-officier allemand. Il est jeté à terre et roué de coups. De rage et afin de ne plus être obligé de se décoiffer devant l’ennemi, il creuse un trou dans le sol et y enfouit sa casquette.

   Les abris n’empêchent pas le nombre de civils tués d’augmenter continuellement. Que ce soit suite aux bombardements ou fusillés par les allemands pour le moindre motif, parfois simplement pour l’exemple, trois cents cinquante civils lensois perdront la vie pendant cette occupation. Dans son journal, Léon Tacquet relate que quasiment chaque jour, des personnes décèdent à l’hospice, des Lensois mais aussi des blessés apportés de Liévin, Eleu, Angres ou Souchez.

   Ainsi, souvent, le matin, à sept heures (horaire exigée par Klaus pour les enterrements), un ou plusieurs corbillards mènent la dépouille d’un homme, d’une femme ou d’un enfant abattu. Le convoi conduit les défunts au cimetière-est route de Douai. Dans ce lieu de plus en plus dévasté au fil des ans, aucune cérémonie religieuse n’est autorisée avant l’inhumation qui se déroule sous l’œil intransigeant de la police allemande. Lorsqu’un soldat français décède à l’hôpital, les autorités allemandes interdisent aux Lensois d’assister à l’enterrement. Par contre, lors de l’inhumation d’un soldat allemand, les généraux exigent la présence d’élus ou de notables français et de grandes cérémonies religieuses sont célébrées.

   Le 8 février 1917, les soldats allemands décrochent et emmènent les quatre cloches de ce qui reste de  l’église Saint Léger. Le buste en bronze représentant l’ancien maire de Lens Guislain Decrombecque, place du Cantin, est également emporté. Tout ce qui est en bronze sera fondu et servira à faire de nouveaux canons pour l’armée allemande.

038 statue decrpmbecques avant 14

   Les bombardements s’intensifient encore en ce début d’année 1917. Dans les corons, sur les 18000 maisons, il en reste à peine 1000 debout.

036 rue Jeanne d'Arc 1916

   Lorsque les obus tombent sur l’usine à gaz, avenue du 4 Septembre, dix-huit civils lensois sont tués. En mars, les bombes tombent au pont de Douai. Les Allemands qui font une grande fête dans la brasserie Bruneau tout à côté sont frappés de plein fouet. De nombreux officiers et soldats sont tués. Le quartier est entièrement rasé.

039 usine a gaz av 1914

   Plus la guerre avance et plus les victimes civiles sont nombreuses. Les allemands proposent aux habitants d’être évacués vers l’arrière, leur promettant du travail et un salaire. N’ayant plus aucune ressource, beaucoup de familles pauvres acceptent. Les allemands promettent de faire suivre leurs bagages et leur mobilier après leur avoir fait régler les frais de transport. Bien sur, ces indigents ne revirent jamais leurs biens.

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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (1)

Posté par Le Lensois Normand le 22 juin 2014

   Ce texte est paru dans l’Avenir de l’Artois avec l’accord de l’auteur. Pour éviter tout problème, je rappelle qu’il est interdit d’en reproduire tout ou partie que ce soit sur Internet ou sur tout autre support sans en avoir préalablement obtenu mon autorisation. De même, les photos sont tirées d’une collection personnelle et ne doivent en aucun cas réutilisées sans en mentionner la source.

Illustration de la première bataille de Lens.

001 premiere bataille

   Nous sommes le 4 octobre 1914. Deux régiments français tentent de repousser les troupes allemandes le long du canal de la Souchez. Nos artilleurs sont sur les rives du canal, entre les wagons de charbon de la compagnie des Mines. Les soldats allemands veulent traverser pour s’emparer de Lens. En toile de fond, la fosse 5.

   Les Français reculeront sous le nombre.

   Les Lensois ne savent pas encore que c’est là le début de quatre années de cauchemar pour eux.

000 titre1

1) Quand Lens devient allemand

   Le 28 juin 1914, l’assassinat, à Sarajevo, de l’archiduc François-Ferdinand puis celui de Jean Jaurès le 31 juillet en France avaient fait craindre le pire.

  A Paris, le décret de mobilisation générale est signé le premier août par les ministres de la Guerre et de la Marine. Le lendemain, l’Allemagne envahit le Luxembourg. La Belgique rejette l’ultimatum prussien exigeant le libre passage de l’armée sur son territoire.

   Le 3 août 1914 à 18 h 45, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

   A Lens, on travaille. La commune est passée d’un simple bourg rural à une ville importante et industrielle en quelques dizaines d’années. Aux labeurs des champs, aux usines, aux commerces est venue s’ajouter la formidable aventure de l’exploitation charbonnière. Un peu partout, on voit s’élever les chevalets des puits de mines.

001 fosse 1

La population qui était de 4500 habitants en 1860 en compte aujourd’hui 36000. La Société des Mines de Lens a créé plus de 18000 logements dans les corons qui entourent la ville.

002 2 Bd Ecoles 1914

  Depuis le début du siècle et malgré des mouvements de grève des mineurs comme celui qui a suivi la catastrophe des mines de Courrières, les habitants semblent heureux. De nombreuses fêtes sont organisées par l’équipe d’Emile Basly, le maire. Il y a eu par exemple celles de la gymnastique en 1905 et 1907, celles du couronnement des muses des mines, la dernière datant de l’année précédente.

003 ducasse

     On ne peut imaginer que tout cela va s’arrêter ! Et pourtant ! Dès les premiers jours d’août 1914, tous les hommes valides de Lens de 16 à 60 ans doivent rejoindre Saint-Pol-sur-Ternoise ou Béthune et se présenter aux autorités militaires. S’ils partent la fleur au fusil, croyant fermement être rapidement de retour, la ville souffre de leur absence et vit dès lors  au ralenti.

004 ordre de mobilisation

     Les nouvelles concernant l’approche des troupes ennemies et les batailles de Belgique engendrent rapidement les craintes des Lensois qui découvrent que leur ville risque de se trouver sur le passage de l’armée allemande qui veut rejoindre au plus vite les rives de la mer du Nord.

      Le lundi 31 août 1914, Emile Basly, à la tête de la ville depuis quatorze ans, est averti qu’une patrouille allemande est entrée dans Lens : cinq cavaliers du douzième régiment de hussards, en uniforme kaki et fortement armés. L’un d’eux se poste devant le porche de l’église Saint Léger et tire un coup de fusil en l’air, signe de prise de la ville. Les autres se positionnent devant la mairie provisoire, située rue Diderot (un nouvel hôtel de ville est en construction sur la Grand-Place).

    Le premier officier allemand à entrer en ville est le sous-lieutenant Von Oppel. Basly le décrit comme   »petit, nerveux, autoritaire, brutal, insolent et sautant à la gorge des gens comme un dogue furieux ». Après avoir fait quérir le maire, Von Oppel lui déclare qu’il précède une armée de 30000 hommes. Menaçant la ville en cas de manifestations, il fait connaître ses premières exigences : se faire servir un repas à l’hôtel des Voyageurs et faire ferrer son cheval. Pour cela, il n’hésite pas à menacer les habitants de représailles en cas de refus !

004 eglise st leger 1915 2

  Lorsqu’il quitte la ville le lendemain après s’être servi en nourriture et vêtements chez les commerçants lensois, lui et ses hommes arrêtent les voyageurs sur la route d’Arras et les dévalisent avant de les libérer.

  Le samedi 5 septembre vers 13 h 00 une trentaine d’officiers pénètrent dans Lens en voiture, suivis de 300 soldats uhlans (des cavaliers armés d’une lance). Ils repartent le soir même après avoir fait prisonniers les soldats français blessés réfugiés à l’hospice et s’être emparés de vivres.

005 Ulhans

    Le lendemain, ce sont 800 hommes d’infanterie qui traversent la ville sur le chemin de Paris. Ivres pour la plupart, hurlant des chansons paillardes, ils laissent une très mauvaise impression de l’armée prussienne à la population lensoise déjà apeurée.

   L’après midi, un général allemand fait son apparition. Arrivé en automobile, il exige du maire, comme son prédécesseur Von Oppel quelques jours plus tôt, qu’on lui serve un repas à l’hôtel des Voyageurs !

     Le lundi 7, les allemands quittent Lens pour Arras, emmenant avec eux une vingtaine de militaires français blessés qu’ils ont tirés de l’hospice. Le soir, il n’y a plus aucun soldat ennemi dans Lens.

     Dans les jours suivants, Lens voit aussi passer des troupes françaises se dirigeant vers Liévin ou Arras. La place de la République et les haras du notaire Taquet servent de lieux de bivouac pour des régiments français en transit.

     Compte tenu des informations reçues des batailles sanglantes de Charleroi, d’Arras, de Bapaume, ou de Péronne, un comité est créé afin d’installer d’urgence un hôpital à Lens. Emile Basly en est l’initiateur. Il est rejoint parson ancien adversaire pour la mairie Eugène Courtin, Léon Tacquet, notaire, son beau-père et directeur des mines de Lens Elie Reumaux, Maurice Thellier de Poncheville, brasseur, Messieurs Boulanger, entrepreneur, Renard, commerçant, Regnier, inspecteur primaire et le chanoine Ocre, curé de la paroisse Saint Léger. Le service sanitaire de la ville était assuré par le docteur Vallois mobilisé et affecté à Lens comme médecin civil.

006 Personnages

  Grâce à la générosité des Lensois, riches et pauvres, l’hôpital 101 voit le jour dans les locaux des écoles Michelet et Campan. On y apporte tout ce qui peut être recueilli : lits, couvertures, vivres … La collecte permet de réunir 40000 francs destinés au fonctionnement de l’hôpital qui compte rapidement cent lits.

004 campan

    Dans les trois premières semaines de septembre on y amène des blessés des batailles de Bapaume, de Péronne ou d’Arras. Ils sont soignés par le médecin chef Brunelle et le docteur Emery. Des médecins major et des officiers allemands viennent inspecter l’hôpital à plusieurs reprises. Ils font prisonniers les blessés qu’ils jugent encore valides. Fin septembre, l’hôpital est évacué sur ordre des autorités militaires françaises et ses occupants transférés à Dunkerque.

    Le 5 septembre, le docteur Bourgain, médecin-chef d’un autre hôpital, celui construit par la Société des Mines de Lens dans la cité de la fosse 11, décide d’évacuer des soldats français blessés mais est arrêté sur la route de Béthune par cinq automobiles allemandes. Lui et les 48 militaires sont emmenés et emprisonnés à Douai.

   Relâché en tant que médecin, il reprend son poste dès le lendemain. Le 2 octobre, il y a 350 blessés dans cet hôpital pouvant en contenir 120. Devant le danger représenté par l’approche des troupes allemandes, Bourgain décide l’évacuation complète de l’hôpital. Pour cela il utilise trois trains formés de wagons et d’une locomotive appartenant aux mines de Lens.

   De nombreux réfugiés civils arrivent à Lens en provenance des villes transformées en champs de bataille : Denain, Douai, Arras…. Ils passent quelques heures en ville où ils reçoivent soins et nourritures avant de reprendre la route en direction de Saint-Pol-sur-Ternoise. Beaucoup sont à pied, le tortillard Lens-Frévent ne circule plus que pour les militaires. Les Lensois ont peur, la ville est isolée : aucun train ne circule, la navigation est interdite sur le canal, la poste ne fonctionne plus. Comme il n’y a plus de journaux il est impossible d’obtenir des nouvelles des combats dans la région. Fin septembre, des réfugiés annoncent qu’un quartier complet de Douai est en flamme.

004 exode1

   Le jeudi 1er octobre, l’espoir renaît en ville : un nouvel escadron de soldats français arrive et s’installe. Il s’agit d’un régiment de goumiers, des soldats marocains . Ils défilent en ville sous les acclamations de la population. Deux jours plus tard, ils se retirent « pour raisons stratégiques » au grand dam des Lensois. Mais on ne voit toujours pas de patrouilles allemandes.

Goumiers dans les rues de Dunkerque

    Les réfugiés qui traversent Lens sont de plus en plus nombreux et viennent maintenant de communes proches : Rouvroy, Drocourt, Méricourt… Ils relatent les atrocités qu’ils ont vécues sous les tirs d’artillerie allemands. Depuis plusieurs jours, on entend des coups de canon au nord-est de Lens et du côté d’Avion.

      Le 3 octobre 1914, on apprend que des allemands sont à Loison-sous-Lens, à moins de trois kilomètres. Une compagnie de cyclistes français entre dans Lens et prend position le long du canal. Elle est suivie d’un escadron de dragons qui s’installe pour défendre le pont de Douai et l’accès à la fosse 5.

       C’est le dimanche 4 octobre qu’a lieu la première bataille en ville, sur les rives du canal. Méricourt, Sallaumines et Avion sont déjà aux mains des prussiens. Les deux régiments français affrontent des soldats allemands. Les pièces d’artillerie fusent. La bataille dure cinq heures mais la cinquième division de cavalerie française du général de Mitry doit fuir devant le nombre et battre en retraite en direction de Liévin et de Loos-en-Gohelle.

      C’est ce jour là aussi que pour la première fois des civils lensois, au nombre de neuf, sont tués par les tirs ennemis. Le jour même, les premiers habitants quittent la ville, se mêlant aux réfugiés errant sur la route de Saint-Pol-sur-Ternoise. Certains d’entre eux ne vont pas loin : ils sont victimes des tirs croisés pendant leur fuite.

      Pendant ce temps, les officiers allemands font venir Emile Basly à Sallaumines, le menacent et le retiennent en otage. Il ne sera libéré que le lendemain. Après avoir reçu l’assurance qu’il n’y a plus de troupes françaises dans la ville, l’ordre est donné aux soldats allemands de franchir le pont de Douai.

    C’est donc en ce jour du 4 octobre 1914  vers 15 heures que les premières troupes germaniques entrent officiellement et triomphalement dans Lens par la route de Douai sous le regard inquiet des habitants.

008 troupes allemandes dans Lens

    Dans le même temps, une compagnie à cheval qui avait contourné la bataille entre aussi dans Lens par la cité de la fosse 11. C’est là que se situera pendant tout le conflit, la ligne de front connue sous le nom de « côte 70 ».

     Les combats sont repoussés à l’ouest de la ville en direction de Vimy, Liévin et Loos-en-Gohelle. Pour les quatre prochaines années, la ville restera sous le joug de l’ennemi. Pendant quatre ans, Lens est allemand !

009 lens allemand


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LENS et ses gares

Posté par Le Lensois Normand le 26 janvier 2013

LENS et ses gares dans Histoire gare1000

   Nous sommes en 1860 : la Compagnie des Mines de Lens créée huit ans plus tôt produit près de 1 600 000 tonnes de houille avec les deux seuls puits déjà exploités (fosses Ste Elisabeth et du Grand Condé). Le nombre d’habitants à Lens est passé de 2500 à 4000 en 10 ans, il devient nécessaire que la ville soit reliée au chemin de fer et possède sa gare.

    Il est difficile d’imaginer Lens sans gare mais c’était le cas jusqu’en 1860 comme le prouve cette carte des Chemins de Fer du Nord de 1853. 

gare1001 basly dans La ville

   La Compagnie des Chemins de Fer du Nord, créée le 20 septembre 1845 par le banquier James de Rothschild prend possession d’un grand espace au sud-ouest de la ville et décide d’y faire passer des voies ferrées et de construire une gare.

    La mise en service de la ligne entre Arras et Hazebrouck passant par Lens est à l’origine de la création de cet ensemble ferroviaire. Au départ, il n’est utilisé que pour le trafic de houille de la Compagnie des Mines : jusque là, le transport du charbon se faisait par le canal dont les quais de chargement étaient reliés aux fosses par les voies ferrées privées des Mines.

gare1002 cassan dans Lens

   Lens, ce n’était d’abord qu’une simple halte sur la ligne Arras-Dunkerque, la gare n’est ouverte au service des voyageurs qu’en 1863 et comporte alors 4 voies et deux quais pour le trafic des voyageurs, un faisceau de 7 voies pour les trains de marchandises et deux voies en impasse pour le garage des locomotives.

    Elle n’est composée que d’un seul bâtiment devant lequel a été ouverte une petite place.

    Mais Lens a sa gare, celle que les lensois allaient appeler ‘la gare du Nord’ en opposition à celle des Mines : la gare Sainte Elisabeth.

gare1003 chemin de fer

   Contrairement à aujourd’hui, le bâtiments-voyageurs se trouve exactement dans l’axe de la rue de la Gare qui a été tracée à l’initiative de Guislain Decrombecque et d’Edouard Bollaert afin de relier directement les voies ferrées à leurs exploitations ou usines.

gare1004 gare

    D’autres liaisons ferroviaires nécessaires au transport du charbon sont ouvertes par la suite. Elles relient la capitale du pays miniers aux villes importantes (Paris, Calais, Dunkerque, Lille ….). Ces lignes servent en même temps à la circulation des premiers trains de voyageurs.

Année

Ligne mise en service

1860

Prolongement de la ligne Arras-Hazebrouck jusque Dunkerque

1860

Lens-Ostricourt (vers Lille)

1869

Lens-Don Sainghain via Pont à Vendin et Bauvin-Provin

1879

Lens-Hénin Liétard-Carvin

1884

Lens-Armentières par Don Sainghin

1889

Lens-Frévent (le Tortillard)

1906

Lens-Brebières (vers Douai)

    Lens se trouve alors au centre d’un ensemble ferroviaire important.

gare1005 guerre

   Dans le même temps, les installations de la gare de Lens prennent de l’expansion pour répondre à l’augmentation du trafic. Lui ont été ajoutés :

Année

Constructions

1872

3 voies en impasse pour le chargement de wagons de marchandises

1875

une halle à marchandises

1879

une ‘fosse à piquer le feu’ et une grue hydraulique (pour l’entretien des locomotives)

1884

un faisceau de cinq voies relié aux lignes du chemin de fer des mines de Lens

1893

deux voies de garage pour le tortillard Lens-Frévent

1910

ouverture de la cour à marchandises

   Sur la photo ci-dessous qui date du tout début du XXème siècle: au premier plan, la tête de faisceau des voies affectées aux trains de marchandises puis les quatre voies du trafic voyageurs (un train y est en stationnement). Au centre de l’image, la grande halle aux marchandises et ses voies dites ‘de débord’ qui longent la rue Thiers (aujourd’hui rue Jean Létienne) et où stationnent de nombreux wagons en cours de manutention. Dans le fond, on distingue le bâtiment voyageurs derrière le buffet-hôtel.

gare1006 histoire

   Voici un plan paru dans l’ouvrage d’Alfred Buquet ‘Lens, son passé, ses houillères’ en 1950. On y voit les installations de la gare de Lens avec les évolutions de 1860 à 1910. On remarque aussi que la place de la gare, appelée ‘Cour des Voyageurs’, est beaucoup moins large qu’aujourd’hui.

 lens

   A partir de 1897, devant le nombre croissant de voyageurs, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de moderniser et d’agrandir le bâtiment de la gare avec :

- la mise en place d’une tour à bulbe avec quatre horloges

- la construction et l’ouverture d’un Buffet-Hôtel perpendiculaire à la gare

- l’extension des locaux pour les services administratifs

- la cour des voyageurs est pavée (1905)

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   Sur cette photo, on distingue au premier plan, les voies de la ligne Lens-Frévent qui emmènent le ‘Tortillard’ (ci-dessous) vers le Boulevard des Ecoles par la rue de la Paix.

tortillard reconstruction

   Les quais sont aussi aménagés pour un meilleur confort des voyageurs (agrandissement des abris de quai avec pose de banquettes, installation de toilettes et de passages planchéiés pour traverser les voies).

   En 1913, le trafic de la gare de Lens est de 900 000 voyageurs et plus de 2 000 000 tonnes de charbon.

   Mais il semble que ces travaux ne répondent pas aux besoins de la population. Le Député Maire de Lens, Emile Basly part en guerre contre la Compagnie du Nord.

    Le 9 mai 1910, avec Arthur Lamendin, le maire de Liévin, il fait voter une résolution par le Conseil Général du Pas-de-Calais demandant à la compagnie ferroviaire d’agrandir rapidement la salle des pas perdus et les salles d’attente à défaut de construire une nouvelle gare.

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   Le 30 septembre 1912, devant l’inaction de la compagnie, il fait appel au Ministre des Travaux Publics, Raymond Poincaré afin qu’il fasse pression sur les dirigeants des Chemins de Fer du Nord.

    Le 25 janvier 1913, le Directeur de la Compagnie écrit au Ministre afin de lui présenter un projet d’expansion tout en soulignant que la gare étant construite au dessus d’une exploitation minière, elle ne peut recevoir un étage supplémentaire et n’être donc agrandie que du côté de la cour des voyageurs pour éviter les affaissements. Basly trouve ce projet n’est qu’un  »rattrapage disgracieux » et diminuerai la surface de la place de la gare, déjà trop exigüe pour la population d’une agglomération de 100 000 habitants. En même temps, il demande à ce que les deux quais soient couverts d’un bout à l’autre et munis de banquettes.

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Emile Basly

   Courant 1913, on en est à ce point des négociations entre le Ministre, le Député-Maire et la Compagnie du Nord qui reste sur ses positions : la construction d’un nouveau bâtiment engendrerait des coûts importants qui ne pourraient être supportés par les seules recettes de la gare pourtant estimées par Basly à 10 ou 11 millions de Francs.

    Selon la Compagnie, seul un agrandissement sur la place n’est envisageable à cause des risques d’affaissements d’un édifice plus lourd.

   Arrive alors la première guerre mondiale qui, malheureusement, met un terme aux discussions. Dès le mois d’octobre 1914, Lens est occupée par les troupes allemandes. Mais les alliés sont aux portes de la ville. La guerre fait rage et les bombardements s’intensifient de jour en jour. La gare est la cible des obus afin d’anéantir le transport ferroviaire qui devient rapidement impossible.

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   Pour se déplacer en train hors de Lens, il faut rejoindre la gare de Billy Montigny. Les plus chanceux s’y rendent en voiture, d’autres en calèche ou à pied. Mais rapidement les autorités allemandes interdisent aux lensois de sortir de la ville sans autorisation.

    Les locaux de la gare qui ne voient plus de voyageurs servent alors d’abris provisoires aux soldats allemands et à leurs chevaux.

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   Voyant la fin et la défaite approcher, les troupes allemandes décident de raser complétement la ville. Lorsque les soldats canadiens entrent les premiers dans Lens en octobre 1918 après 10 jours de combats intenses et 4 ans de guerre et de bombardements, la gare, comme tout le reste de la ville, est complètement détruite.

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   Il faut alors rapidement relancer l’industrie. Les Compagnies des Chemins de Fer du Nord et des Mines de Lens désirent que le trafic ferroviaire soit le plus vite possible opérationnel : les transports par camions sont onéreux et d’un mauvais rendement au point de vue tonnage. Il faut donc impérativement pouvoir se resservir du chemin de fer dont toutes les voies sont dans un piteux état. Au départ, seule la voie ferrée vers Hazebrouck est rétablie par le 5ème Génie mais elle n’arrive qu’aux abords de Lens. C’est l’entreprise de travaux publics de M. Vandewalle qui effectue les travaux pour la Compagnie du Nord.

    Le 26 mai 1919, la Compagnie des Mines de Lens a rétabli complètement la ligne entre Lens Ste Elisabeth et Violaines et deux trains ouvriers et plusieurs trains de marchandises y circulent par jour. L’origine de la ligne se situe rue Bollaert où sera construite la gare Sainte-Elisabeth en 1926.

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   A compter du 1er septembre 1919, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord fait passer chaque jour deux trains dans chaque sens sur la voie privée des Mines entre Lens et Pont-à-Vendin pour rétablir sa liaison Lens-Armentières qu’elle ne peut pas encore faire par Loison car deux des trois ponts du canal de la Souchez ne sont pas encore reconstruits. C’est à ce moment le seul moyen de quitter Lens par le chemin de fer.

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   Ce service de trains de voyageurs existe jusqu’au 20 février 1921 date de la remise en service de la ligne Lens-Don Sainghin par Hénin-Liétard. En attendant une nouvelle gare, un bâtiment provisoire en bois long de 40 mètres et large de 8 mètres est installé dans l’ancienne cour des marchandises (à l’emplacement actuel de la gare routière). Il fait office de gare provisoire tant pour les voyageurs que pour le personnel.

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   En ce même lieu se côtoient ainsi les wagons de marchandises et les trains de voyageurs comme ceux des nombreux ‘pèlerins-touristes’ venus de toute la France pour  »visiter » les ruines de Lens.

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   Dès le 22 juin 1919, le Conseil Municipal de Lens (alors exilé à Paris) dirigé par Emile Basly, décide d’autoriser la Compagnie du Nord à reconstruire une gare. Un article du journal ‘Nord-Matin’ paru en 1980 justifie cette décision hâtive (la ville n’est encore qu’un amas de ruines) par le fait que la municipalité de Liévin emmenée par son maire Léon Degreaux, est déjà intervenue auprès de la compagnie des Chemins de Fer du Nord et celles des Mines de Lens et de Liévin pour que la gare centre du bassin minier soit construite sur son territoire.

    Raoul Dautry, Ingénieur en chef de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de confier la réalisation de la nouvelle gare de Lens à Urbain Cassan, architecte et chef du service des bâtiments de la compagnie. Ils commandent les travaux à l’entreprise parisienne Forestier, Alquier et Cie.

gare1015   Les travaux de la nouvelle gare commencent en janvier 1926. Il faut en priorité résoudre le problèmes des affaissements miniers qui ont atteint dans certains endroits de Lens quatre mètres entre 1870 et 1914. Sous la zone de la gare, une veine de charbon de 10 mètres de hauteur est en exploitation. Si ces affaissements ne sont pas pris en considération, la gare se trouvera rapidement en contrebas des voies.

   Pour leur faire face, Urbain Cassan imagine un procédé unique et révolutionnaire. La gare n’est pas construite en briques mais en ciment Portland artificiel armé provenant des Usines de La Loisne à Barlin.

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   La gare est composée de douze blocs indépendants les uns des autres. Ce qui fait que si l’un d’entre-eux s’affaisse, la structure générale n’est pas disloquée. La partie affaissée peut être remontée à sa hauteur initiale grâce à un système de vérins implantés dans des chambres installées dans les fondations et capable chacun de soulever 50 tonnes.

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   Le 17 septembre 1926, le gros œuvre est terminé. Les travaux ne concernent plus que les finitions et les abords. On voit se dresser l’impressionnant échafaudage de la tour des horloges.

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Le 19 avril 1927, la nouvelle gare est accessible au public. Les voyageurs découvrent alors l’architecture originale de la salle des pas-perdus avec ses fresques qui sont l’œuvre d »Auguste Labouret et, sur les deux façades, les grandes portes munies des grilles en fer forgé d’Edgar Brandt (un artiste ferronnier d’art et industriel de l’armement français).

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  Elève de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts, Auguste Labouret (1871-1964) est un grand artiste Maître Verrier à qui l’ont doit aussi les décorations des gares de Paris St Lazare, Albert, Saint Quentin, des grands magasins parisiens comme les galeries Lafayette, le Louvre, le Bon Marché, du paquebot Normandie, de nombreux casinos, théâtres ou cinémas. Il a aussi restauré les vitraux des cathédrales d’Amiens, Lyon, Quimper, Rouen…

   Pour ces mosaïques murales il a parfois employé de petits éléments de marbre, incrustés en relief dans le ciment et ensuite taillés au marteau. On y voit d’un côté les mineurs se diriger vers la fosse, barrette sur la tête, pic à l’épaule et lampe à la main. Avec en arrière-plan les terrils, chevalements et cheminées. De l’autre côté c’est le retour des mineurs chez eux, avançant la tête baissée, sans doute harassés par leur journée de labeur. Les autres mosaïques évoquent aussi le pays minier, les transports et l’industrie locale.

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  Le hall de la gare est immense sous la voute en arc de cercle et très lumineux grâce à la toiture équipée de multiples vitraux. Sur la photo ci-dessous parue dans ‘L’Illustration’ en 1927, on voit à gauche, le kiosque à journaux au dessus duquel se trouve une grande horloge, à droite, les guichets avec leur barrières de fer forgé et les sièges en bois. Dans le fond, le service des bagages et la consigne.

   A l’autre extrémité, les deux salles d’attente de première et deuxième classe entièrement carrelées surprennent les voyageurs avec leurs bancs recouverts de mosaïques en céramique.

   La nouvelle gare est beaucoup plus grande que l’ancienne : elle mesure 85 mètres de long. Elle peut ainsi répondre à la demande journalière de 2000 billets en 1927. Son architecture, totalement ‘art-déco’, rappelle la forme d’une locomotive de type 020; la tour d’horloges de 23 mètres en étant la cheminée, la gare elle-même la chaudière avec les deux portes rondes qui figurent les roues. A l’autre extrémité, le buffet semble en être le tender.

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   Les installations ferroviaires sont plus importantes qu’avant la première guerre. Elles comportent maintenant :

      – 6 voies à quai pour le trafic des voyageurs (dont deux en impasse)

      – 2 voies dites de circulation pour les trains passant sans arrêt

      – Une cour marchandises de 6 voies avec une grande halle

      – Un triage de 25 voies pour le trafic des wagons de marchandises

      – Un faisceau de garage de 8 voies pour les trains de marchandises

      – Un atelier de réparation des wagons

   La gare comporte aussi un local pour le trafic des colis, un bâtiment pour le service médical au dessus duquel se trouvent des logements (1), un local toilettes-WC sur les quais (2), un buffet (3) et un poste d’aiguillage pour gérer la circulation des trains en gare (4). (Photos publiées avec l’accord des concepteurs du site sur la cité des Cheminots de Lens : www.cdclens.fr)

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   Voici quelques photos du Buffet de la Gare (dont certaines sont aussi tirées du site sur la Cité des Cheminots de Lens). En haut : le buffet vu de la place et des quais lors de la construction. Puis deux vues de la salle à manger. Sur la troisième ligne : la buvette et la cuisine; enfin le buffet aujourd’hui, façades avant et arrière.

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   La nouvelle place de la gare est aussi agrandie par rapport à l’ancienne : elle s’étale maintenant de la rue de la Gare à la rue de la Paix. La cour des marchandises a été décalée vers l’ouest pour donner plus de place au trafic des bus qui viendront stationner face aux portes de la gare.

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    Initialement prévue le 26 juin, l’inauguration de la nouvelle gare n’a finalement lieu que le 14 août 1927, le même jour que le nouvel Hôtel de Ville.

   Le matin du dimanche 14 août vers 11 heures, les personnalités se retrouvent devant la gare. On y reconnait Emile Basly, le Maire de Lens, Alfred Maës, son premier adjoint, Myrtil Stirn, sous-préfet de Béthune et des représentants de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

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  Les cérémonies commencent par un dépôt de gerbes sur la plaque élevée en l’honneur des cheminots morts lors de la guerre 14-18. Puis, après avoir coupé le traditionnel ruban, les personnalités prononcent des discours dans le hall de gare décoré de draperies rouges et or tandis que des sociétés musicales entonnent l’hymne national sur le kiosque dressé sur la place. Ensuite, tout le monde se rend à pied en cortège jusqu’à l’Hôtel de Ville où continuent les festivités avec un grand banquet , des défilés dans les rues de Lens et une fête de nuit avec un grand bal populaire sur la Place de la République.

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   Les lensois sont heureux : ces inaugurations leur permettent de tourner définitivement la page après cette guerre qui a totalement ruiné la ville.

   Mais leur bonheur est éphémère : douze ans plus tard est déclarée la Seconde Guerre Mondiale. Lens est de nouveau victime de bombardements, les voies ferrées sont visées. Au printemps 1944, les bombardements alliés font de nombreuses victimes et d’importants dégâts mais, si les voies du triage, les locaux et ateliers se trouvant entre ces voies et le poste d’aiguillage n°7 sont pratiquement détruits, les bâtiments de la gare-voyageurs de Lens ne sont pas beaucoup touchés.

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   Cependant, de nombreux dégâts ont été occasionnés du côté du dépôt des locomotives de Méricourt devenu inutilisable. La cité des Cheminots, toute proche, a été cruellement frappée. Le seul bombardement d’avril 1944 (au cours duquel environ 1500 bombes furent larguées) y a tué 214 personnes et blessé plus de 200 dont de très nombreux cheminots.

   Fin 1946, le triage redevient opérationnel. Ce sont alors les années glorieuses pour l’activité de trains de marchandises de la SNCF avec le transport de houille et de ses sous-produits mais aussi de ciment, de verres, d’engrais ou d’autres produits industriels.

   Les lignes ferroviaires qui desservent le gare de Lens sont électrifiées à la fin des années 50 : en octobre 1957, Lens-Ostricourt-Lille; Lens-Arras en mai 1958, la même année que Lens-Don Sainghin; Lens-Dunkerque en janvier 1960.

   La gare en profite pour supprimer ces affreuses potences qui se trouvaient sur les toits et qui servaient à acheminer l’électricité et le téléphone.

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   La SNCF en profite pour moderniser le triage qui est à l’époque l’un des plus grand de la région avec 1500 à 2000 wagons de marchandises par jour. A ce trafic, il faut ajouter la trentaine de trains complets de houille ou de ses dérivés remis par les HBNPC et ses filiales ainsi que par d’autres entreprises locales (Verrerie de Wingles, Laminoirs de Lens, …)

    Ce nouvel ensemble ferroviaire comporte un faisceau de 30 voies de triage, un chantier de visite et de réparation, un autre faisceau de 8 voies pour recevoir et expédier les trains et des voies de circulation électrifiées. Les cinq postes d’aiguillages ont été modernisés pour être adaptés à la traction électrique.

   Pour faire fonctionner ce triage, les équipes de cheminots dirigées par un ‘Sous-Chef de gare de Première Classe’ travaillent en 3×8 et disposent de trois locomotives de manœuvre.

   En 1963, des travaux importants doivent être engagés dans le triage afin de relever les voies suite aux affaissements miniers. Plus de 100 000 mètres-cube de matériaux sont utilisés pour remettre à niveau ces voies dont certaines seront relevées d’un mètre vingt.

  Le 28 décembre 1984, le bâtiment des voyageurs de la gare de Lens fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques.

   Depuis les années 80, l’intérieur de la gare est souvent modifié pour répondre aux  »normes standards » de la SNCF : presque plus de guichets, plus de service bagages-consigne, plus de salle d’attente, les grandes portes rondes sont définitivement closes et beaucoup moins de cheminots le plus souvent remplacés par des machines automatiques. Les fresques d’Auguste Labouret semblent perdues dans cet univers ou tout est de couleurs vives, où tout est ‘tape à l’œil’. Le voyageur ne se délasse plus dans la gare en attendant son train: aujourd’hui, il se précipite, il court sans même un regard sur ce qui reste du travail des artistes qui ont créé cet espace.

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   Autres effets des temps modernes : la cour et la halle des marchandises qui longeaient la rue Jean Lestienne ont totalement disparu pour laisser la place depuis février 2009 à la nouvelle gare routière.

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   Autre évolution un peu surprenante : avant les travaux de rénovation de la place et de la gare routière, le local qui servait de halte au tortillard de la ligne Lens-Frévent était devenu pour un temps et avant sa démolition du bâtiment … une friterie !

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   Le triage aussi a été fermé : l’activité ‘marchandises’ de la SNCF ne correspondait plus aux besoins du monde actuel et coûtait trop cher à l’entreprise. Des tas de traverses usagées rappellent qu’avant, il y avait des voies ferrées à cet endroit. La végétation abondante dans les entre-voies prouve qu’il y a bien longtemps que les pas d’un cheminot ont foulé le ballast.

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    Après l’abandon par la SNCF du trafic de ‘wagons isolés’ (ensemble de wagons de marchandises et destinations différentes rassemblés dans un même train de triage en triage), la seule activité ‘fret’ qui existe encore à Lens concerne des trains entiers et occupe moins d’une dizaine de cheminots.

    Amputé d’une bonne partie de son faisceau, de ses postes d’aiguillages et autres bâtiments, l’ancien triage ne sert aujourd’hui qu’à garer quelques trains de service, rames de voyageurs ou locomotives.

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   La place de la gare devenue Place du Général de Gaule en 1970 est aujourd’hui totalement piétonne. Le parking qui s’y trouvait est maintenant dans l’ancienne gare routière, ‘le quartier des gares’ est en pleine évolution ……

    … Mais le bâtiment a toujours conservé son aspect extérieur original et surprend toujours les voyageurs qui descendent du train pour la première fois en GARE DE LENS.

Publié dans Histoire, La ville, Lens | 10 Commentaires »

 

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