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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (1)

Posté par Le Lensois Normand le 22 juin 2014

   Ce texte est paru dans l’Avenir de l’Artois avec l’accord de l’auteur. Pour éviter tout problème, je rappelle qu’il est interdit d’en reproduire tout ou partie que ce soit sur Internet ou sur tout autre support sans en avoir préalablement obtenu mon autorisation. De même, les photos sont tirées d’une collection personnelle et ne doivent en aucun cas réutilisées sans en mentionner la source.

Illustration de la première bataille de Lens.

001 premiere bataille

   Nous sommes le 4 octobre 1914. Deux régiments français tentent de repousser les troupes allemandes le long du canal de la Souchez. Nos artilleurs sont sur les rives du canal, entre les wagons de charbon de la compagnie des Mines. Les soldats allemands veulent traverser pour s’emparer de Lens. En toile de fond, la fosse 5.

   Les Français reculeront sous le nombre.

   Les Lensois ne savent pas encore que c’est là le début de quatre années de cauchemar pour eux.

000 titre1

1) Quand Lens devient allemand

   Le 28 juin 1914, l’assassinat, à Sarajevo, de l’archiduc François-Ferdinand puis celui de Jean Jaurès le 31 juillet en France avaient fait craindre le pire.

  A Paris, le décret de mobilisation générale est signé le premier août par les ministres de la Guerre et de la Marine. Le lendemain, l’Allemagne envahit le Luxembourg. La Belgique rejette l’ultimatum prussien exigeant le libre passage de l’armée sur son territoire.

   Le 3 août 1914 à 18 h 45, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

   A Lens, on travaille. La commune est passée d’un simple bourg rural à une ville importante et industrielle en quelques dizaines d’années. Aux labeurs des champs, aux usines, aux commerces est venue s’ajouter la formidable aventure de l’exploitation charbonnière. Un peu partout, on voit s’élever les chevalets des puits de mines.

001 fosse 1

La population qui était de 4500 habitants en 1860 en compte aujourd’hui 36000. La Société des Mines de Lens a créé plus de 18000 logements dans les corons qui entourent la ville.

002 2 Bd Ecoles 1914

  Depuis le début du siècle et malgré des mouvements de grève des mineurs comme celui qui a suivi la catastrophe des mines de Courrières, les habitants semblent heureux. De nombreuses fêtes sont organisées par l’équipe d’Emile Basly, le maire. Il y a eu par exemple celles de la gymnastique en 1905 et 1907, celles du couronnement des muses des mines, la dernière datant de l’année précédente.

003 ducasse

     On ne peut imaginer que tout cela va s’arrêter ! Et pourtant ! Dès les premiers jours d’août 1914, tous les hommes valides de Lens de 16 à 60 ans doivent rejoindre Saint-Pol-sur-Ternoise ou Béthune et se présenter aux autorités militaires. S’ils partent la fleur au fusil, croyant fermement être rapidement de retour, la ville souffre de leur absence et vit dès lors  au ralenti.

004 ordre de mobilisation

     Les nouvelles concernant l’approche des troupes ennemies et les batailles de Belgique engendrent rapidement les craintes des Lensois qui découvrent que leur ville risque de se trouver sur le passage de l’armée allemande qui veut rejoindre au plus vite les rives de la mer du Nord.

      Le lundi 31 août 1914, Emile Basly, à la tête de la ville depuis quatorze ans, est averti qu’une patrouille allemande est entrée dans Lens : cinq cavaliers du douzième régiment de hussards, en uniforme kaki et fortement armés. L’un d’eux se poste devant le porche de l’église Saint Léger et tire un coup de fusil en l’air, signe de prise de la ville. Les autres se positionnent devant la mairie provisoire, située rue Diderot (un nouvel hôtel de ville est en construction sur la Grand-Place).

    Le premier officier allemand à entrer en ville est le sous-lieutenant Von Oppel. Basly le décrit comme   »petit, nerveux, autoritaire, brutal, insolent et sautant à la gorge des gens comme un dogue furieux ». Après avoir fait quérir le maire, Von Oppel lui déclare qu’il précède une armée de 30000 hommes. Menaçant la ville en cas de manifestations, il fait connaître ses premières exigences : se faire servir un repas à l’hôtel des Voyageurs et faire ferrer son cheval. Pour cela, il n’hésite pas à menacer les habitants de représailles en cas de refus !

004 eglise st leger 1915 2

  Lorsqu’il quitte la ville le lendemain après s’être servi en nourriture et vêtements chez les commerçants lensois, lui et ses hommes arrêtent les voyageurs sur la route d’Arras et les dévalisent avant de les libérer.

  Le samedi 5 septembre vers 13 h 00 une trentaine d’officiers pénètrent dans Lens en voiture, suivis de 300 soldats uhlans (des cavaliers armés d’une lance). Ils repartent le soir même après avoir fait prisonniers les soldats français blessés réfugiés à l’hospice et s’être emparés de vivres.

005 Ulhans

    Le lendemain, ce sont 800 hommes d’infanterie qui traversent la ville sur le chemin de Paris. Ivres pour la plupart, hurlant des chansons paillardes, ils laissent une très mauvaise impression de l’armée prussienne à la population lensoise déjà apeurée.

   L’après midi, un général allemand fait son apparition. Arrivé en automobile, il exige du maire, comme son prédécesseur Von Oppel quelques jours plus tôt, qu’on lui serve un repas à l’hôtel des Voyageurs !

     Le lundi 7, les allemands quittent Lens pour Arras, emmenant avec eux une vingtaine de militaires français blessés qu’ils ont tirés de l’hospice. Le soir, il n’y a plus aucun soldat ennemi dans Lens.

     Dans les jours suivants, Lens voit aussi passer des troupes françaises se dirigeant vers Liévin ou Arras. La place de la République et les haras du notaire Taquet servent de lieux de bivouac pour des régiments français en transit.

     Compte tenu des informations reçues des batailles sanglantes de Charleroi, d’Arras, de Bapaume, ou de Péronne, un comité est créé afin d’installer d’urgence un hôpital à Lens. Emile Basly en est l’initiateur. Il est rejoint parson ancien adversaire pour la mairie Eugène Courtin, Léon Tacquet, notaire, son beau-père et directeur des mines de Lens Elie Reumaux, Maurice Thellier de Poncheville, brasseur, Messieurs Boulanger, entrepreneur, Renard, commerçant, Regnier, inspecteur primaire et le chanoine Ocre, curé de la paroisse Saint Léger. Le service sanitaire de la ville était assuré par le docteur Vallois mobilisé et affecté à Lens comme médecin civil.

006 Personnages

  Grâce à la générosité des Lensois, riches et pauvres, l’hôpital 101 voit le jour dans les locaux des écoles Michelet et Campan. On y apporte tout ce qui peut être recueilli : lits, couvertures, vivres … La collecte permet de réunir 40000 francs destinés au fonctionnement de l’hôpital qui compte rapidement cent lits.

004 campan

    Dans les trois premières semaines de septembre on y amène des blessés des batailles de Bapaume, de Péronne ou d’Arras. Ils sont soignés par le médecin chef Brunelle et le docteur Emery. Des médecins major et des officiers allemands viennent inspecter l’hôpital à plusieurs reprises. Ils font prisonniers les blessés qu’ils jugent encore valides. Fin septembre, l’hôpital est évacué sur ordre des autorités militaires françaises et ses occupants transférés à Dunkerque.

    Le 5 septembre, le docteur Bourgain, médecin-chef d’un autre hôpital, celui construit par la Société des Mines de Lens dans la cité de la fosse 11, décide d’évacuer des soldats français blessés mais est arrêté sur la route de Béthune par cinq automobiles allemandes. Lui et les 48 militaires sont emmenés et emprisonnés à Douai.

   Relâché en tant que médecin, il reprend son poste dès le lendemain. Le 2 octobre, il y a 350 blessés dans cet hôpital pouvant en contenir 120. Devant le danger représenté par l’approche des troupes allemandes, Bourgain décide l’évacuation complète de l’hôpital. Pour cela il utilise trois trains formés de wagons et d’une locomotive appartenant aux mines de Lens.

   De nombreux réfugiés civils arrivent à Lens en provenance des villes transformées en champs de bataille : Denain, Douai, Arras…. Ils passent quelques heures en ville où ils reçoivent soins et nourritures avant de reprendre la route en direction de Saint-Pol-sur-Ternoise. Beaucoup sont à pied, le tortillard Lens-Frévent ne circule plus que pour les militaires. Les Lensois ont peur, la ville est isolée : aucun train ne circule, la navigation est interdite sur le canal, la poste ne fonctionne plus. Comme il n’y a plus de journaux il est impossible d’obtenir des nouvelles des combats dans la région. Fin septembre, des réfugiés annoncent qu’un quartier complet de Douai est en flamme.

004 exode1

   Le jeudi 1er octobre, l’espoir renaît en ville : un nouvel escadron de soldats français arrive et s’installe. Il s’agit d’un régiment de goumiers, des soldats marocains . Ils défilent en ville sous les acclamations de la population. Deux jours plus tard, ils se retirent « pour raisons stratégiques » au grand dam des Lensois. Mais on ne voit toujours pas de patrouilles allemandes.

Goumiers dans les rues de Dunkerque

    Les réfugiés qui traversent Lens sont de plus en plus nombreux et viennent maintenant de communes proches : Rouvroy, Drocourt, Méricourt… Ils relatent les atrocités qu’ils ont vécues sous les tirs d’artillerie allemands. Depuis plusieurs jours, on entend des coups de canon au nord-est de Lens et du côté d’Avion.

      Le 3 octobre 1914, on apprend que des allemands sont à Loison-sous-Lens, à moins de trois kilomètres. Une compagnie de cyclistes français entre dans Lens et prend position le long du canal. Elle est suivie d’un escadron de dragons qui s’installe pour défendre le pont de Douai et l’accès à la fosse 5.

       C’est le dimanche 4 octobre qu’a lieu la première bataille en ville, sur les rives du canal. Méricourt, Sallaumines et Avion sont déjà aux mains des prussiens. Les deux régiments français affrontent des soldats allemands. Les pièces d’artillerie fusent. La bataille dure cinq heures mais la cinquième division de cavalerie française du général de Mitry doit fuir devant le nombre et battre en retraite en direction de Liévin et de Loos-en-Gohelle.

      C’est ce jour là aussi que pour la première fois des civils lensois, au nombre de neuf, sont tués par les tirs ennemis. Le jour même, les premiers habitants quittent la ville, se mêlant aux réfugiés errant sur la route de Saint-Pol-sur-Ternoise. Certains d’entre eux ne vont pas loin : ils sont victimes des tirs croisés pendant leur fuite.

      Pendant ce temps, les officiers allemands font venir Emile Basly à Sallaumines, le menacent et le retiennent en otage. Il ne sera libéré que le lendemain. Après avoir reçu l’assurance qu’il n’y a plus de troupes françaises dans la ville, l’ordre est donné aux soldats allemands de franchir le pont de Douai.

    C’est donc en ce jour du 4 octobre 1914  vers 15 heures que les premières troupes germaniques entrent officiellement et triomphalement dans Lens par la route de Douai sous le regard inquiet des habitants.

008 troupes allemandes dans Lens

    Dans le même temps, une compagnie à cheval qui avait contourné la bataille entre aussi dans Lens par la cité de la fosse 11. C’est là que se situera pendant tout le conflit, la ligne de front connue sous le nom de « côte 70 ».

     Les combats sont repoussés à l’ouest de la ville en direction de Vimy, Liévin et Loos-en-Gohelle. Pour les quatre prochaines années, la ville restera sous le joug de l’ennemi. Pendant quatre ans, Lens est allemand !

009 lens allemand


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Guislain Decrombecque, Défricheur de la plaine de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 10 juillet 2011

   Qu’évoque le nom de Decrombecque pour les lensois d’aujourd’hui ? Une rue qui donne sur le Boulevard Basly pour beaucoup ? Une statue qui se trouvait Place du Cantin avant la première guerre pour quelques uns ? Mais très peu connaissent la véritable histoire de Guislain Decrombecque, le défricheur de la plaine de Lens.

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  Au début du 19ème siècle, Lens n’était qu’un petit bourg d’environ 2500 habitants, essentiellement rural ne vivant que par la culture de quelques céréales. La terre est pauvre autour de la ville. Ne dit on pas alors : «Quand un lièvre veut traverser le riez (nom donné à la plaine de la Gohelle), il doit garnir sa besace». Guislain Decrombecque a trois ans au début du siècle: il est né à Lens, rue des Sans-culottes le 17 décembre 1797 (le 28 frimaire de l’an VI comme le disait alors le calendrier révolutionnaire).

  Vers 1810, son père, Maître des Postes, lui ordonne de quitter le lycée où il est pensionnaire pour rejoindre l’entreprise familiale. Dès 1816, il prend la suite de l’activité, hébergeant ainsi les voyageurs et soignant les chevaux faisant escale dans ses écuries. Il s’occupe également de la petite exploitation agricole.

  A son mariage en 1821 avec Sabine ROUSSEL, Lensoise d’origine et fille d’un marchand de vin, il possède 75 ares de labour du côté de la Route de Douai, près de la Deûle. De ce mariage naîtront 10 enfants. En 1932, il cesse son activité de Maître des Postes, celle-ci déclinant avec l’arrivée du chemin de fer et se consacre exclusivement à l’agriculture. ‘Ils seront un jour millionnaires‘ disait du couple le père Decrombecque. La ferme se trouve derrière l’église Saint Leger, à l’angle des actuelles rues Diderot et de Varsovie.

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   Pour se développer, Guislain Decrombecque a besoin de terrains. Dès 1832, il lorgne sur le cimetière de Lens situé près de l’hospice et mitoyen à ses terres. Pour cela, il entre en conflit avec la municipalité d’alors et use de divers stratagèmes comme écrire au préfet pour dénoncer l’insalubrité des lieux et le risque de contamination. En 1841, Decrombecque perd ce conflit : l’hospice devient le propriétaire du terrain et le cimetière est déplacé à son emplacement actuel Route de Douai. (Voir sur ce sujet, l’excellent dossier de Gauheria n°71 de décembre 2009 : Le cimetière de Lens de Christophe Lefevre).

  En 1836, jugeant qu’il faut joindre l’industrialisation à la production et constatant le nombre grandissant de sucreries dans le Pas de Calais (18 en 1828, 103 en 1838), il en ouvre une à Lens qui peut traiter 175 tonnes de betteraves. Betterave d’ailleurs qu’il utilise au maximum, recyclant les feuilles, la pulpe et la mélasse qu’il mélange au fourrage pour nourrir ses animaux. Il ne cessera d’élargir ses activités. A sa ferme, il ajoute alors plusieurs ateliers et industries annexes. En 1868, il possède : la sucrerie, une distillerie, un moulin à farine, un atelier de maréchal ferrant, une boucherie, un four à chaux, une briqueterie, etc…).

Grand cultivateur, il entreprend d’assécher les marais autour de Lens. Il utilise des méthodes nouvelles et audacieuses pour l’époque (utilisation d’engrais conçu sur place avec des cendres de houilles, de l’argile, des terres des dépôts de betteraves, du tourteau, du sang des abattoirs, et même des «déjections solides et liquides provenant du personnel de la ferme et de la sucrerie» selon le rapport de MM. Payen et Pommier à la Société Nationale d’Agriculture en 1849). En peu de temps, la terre stérile des marais lensois devient une terre riche et excellente pour la culture. Il modifie les règles de l’assolement, il laboure plus profond. Sa notoriété va grandissant et il est surnommé : « Le défricheur de la plaine de Lens« . Il est très souvent cité ou pris en exemple dans de nombreuses revues agricoles, vétérinaires ou chimiques tant pour ses méthodes de culture que pour la qualité de son élevage.

   Pour cela, il trouve facilement de la main d’œuvre : Lens n’est pas encore le Pays Minier qu’il deviendra. ‘Des hommes inoccupés encombrent nos villes tandis que nos campagnes manquent de travailleurs‘ (rapport de Payen et Paumier). Il emploiera jusque 2000 ouvriers pour l’ensemble de ses activités (culture et dérivés). Ouvriers et ouvrières qu’il sait récompenser ou punir. ‘M. Decrombecque surveille lui-même très attentivement tous les travaux dans ses fermes et ses fabriques. Il examine comment chacun exécute ses ordres… Dans ses visites à des heures différentes, on le voit noter avec soin tout ce qu’il observe. Il signale à leur intention tout ce qu’il remarque d’utile ou de défavorable. Lorsqu’on assiste à la paie, à mesure que chaque ouvrier -homme, femme, enfant- se présente pour recevoir le fruit de son travail, on remarque chez les uns une certaine inquiétude, chez les autres un air de satisfaction… C’est qu’effectivement, chez M. Decrombecque, une uniformité n’existe pas dans les salaires : ceux qui ont rendu service sont notés et leurs efforts se résument à la fin de la quinzaine en deniers comptans’ (La Revue des Deux Monde, tome 1-1856). Cette paie au mérite ne plaira pas, bien sur, à tout le monde à tel point que le ‘Journal Syndical’ de tendance anarchiste le surnommera ‘l’Exploiteur Agricole’.

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  Le 10 septembre 1846, dans une conjoncture politique très perturbée, Guislain Decrombecque devient Maire de Lens, succédant ainsi à son grand-père (Maire de la ville en 1793). Il conservera ses fonctions 19 ans (jusqu’au 29 septembre 1865). C’est le tout début de l’ère du charbon à Lens avec l’arrivée de nombreux ouvriers qui ne tardent pas à se fédérer. En 1849, il adhère dès sa création à ‘l’Association du Pas de Calais contre la propagande socialiste’. La même année, il reçoit la médaille d’Or de la Société Nationale d’Agriculture.

  Le 7 novembre 1849, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Il sera élevé au grade d’Officier le 29 décembre 1867, sa rosette lui sera remise par l’Empereur lui-même.

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  L’an 1852, c’est à la fois le rétablissement de l’Empire et la création des Mines de Lens. Decrombeque voit Lens s’agrandir à une vitesse vertigineuse, de nombreux chevalets apparaître tout autour de la ville et le nombre des administrés explose (2500 en 1846, 5700 en 1865) car de nombreux ouvriers sont attirés par cette nouvelle activité qu’est l’exploitation charbonnière.

  En 1853, la notoriété de Guislain Decrombecque est telle que le poète artésien Frumence Duchemin compose en son honneur une ode intitulée ‘Le Roi de la Plaine’ qui est publiée dans le journal ‘Le progrès du Pas de Calais’. (source ‘Lens de A à Z’ de Jérôme Janicki aux Editions Allan Sutton)

  Le 23 Novembre 1854, la Cour Impériale de Douai, jugeant en appel, condamne G. Decrombecque à payer 60 000 francs de l’époque de dommages et intérêts à un certain Lefebvre, pour non respect d’un contrat de vente de mélasse de betterave. Ceci ne l’empêchera pas d’être confirmé à son poste de Maire par Napoléon III en 1860.

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  En 1855, à l’exposition universelle de Londres, il est reconnu comme l’un des meilleurs agriculteurs français et reçoit le Grand Prix d’Honneur.

  En 1856, le ‘Journal d’agriculture pratique‘ par un reportage d’un certain Bouscasse vante les méthodes de l’agriculteur lensois pour nourrir son cheptel par un système de nourriture fermentée et hachée à base de fourrage broyé mélangé à de la mélasse de betteraves. Un schéma du bâtiment et un plan des cuves illustrent cet article dans lequel il est précisé que Decrombecque n’achète que des chevaux de trait «malades et poussifs» et qui, grâce à cette méthode, les remet sur pied en mois de 3 mois

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   Vers 1858, il est l’un des premiers en France à introduire le labourage à vapeur. Pour cela, il n’hésite pas à acheter ses engins à l’étranger (un rouleau brise-mottes en Angleterre, une herse en Norvège …). mais il utilise aussi des machines imaginées par lui, fabriquées et réparées dans ses ateliers comme les rouleaux dentés de différentes tailles selon le type de labourage désiré ou le plantoir à betteraves ci-dessous.

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  En 1859, son exploitation représente 250 hectares répartis sur 16 communes, 25 chevaux de trait et 30 boeufs de labour 300 vaches d’élevage 200 à 400 moutons.

  En 1861, c’est le décès de son épouse Sabine. ‘Une ménagère laborieuse, intelligente, douce aux serviteurs mais exigeant de chacun le devoir, et en donnant l’exemple’ (Journal du droit administratif 1860).

  En 1862, il reçoit la Prime d’Honneur du Département décernée par l’Empire. A cette époque, il cultive surtout la betterave (184 hectares), mais aussi le blé (85), l’avoine (50) et l’orge (14) aux quels il faut ajouter 19 hectares de prairies. Dans son rapport à l’empereur, le Ministre de l’Agriculture, Eugène ROUHER, conclue : «Chez Monsieur Decrombecque, le cultivateur intelligent se complète pat l’industriel habile».

  En 1865, après les élections qui ont vu la lourde défaite du gouvernement mis en place par Napoléon III, il crée avec François Brasme, député et propriétaire de la sucrerie de Bully-Grenay ‘Le cercle agricole du Pas de Calais’ (association républicaine) dont le but est ‘d’unir les forces agricoles de ce département‘ (Bulletin de la Société des Agriculteurs de France 1869).

  En 1867, il écrit dans «La Gazette du village» un article vantant les mérites des ‘cultures en billons’. Pour illustrer son article, il publie un dessin de ses semoirs et de la herse qu’il utilise.

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  C’est cette année là que Guislain Decrombecque verra son travail récompensé et sa notoriété atteindre son apogée. A l’Exposition Universelle de Paris où il présente son matériel, il est désigné Premier Agriculteur du Monde et reçoit le Grand Prix International d’Agriculture. Pour cela, on lui décerne un objet d’art créé par le sculpteur Charles Gumery : ‘L’Agriculture Glorieuse’.

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  En 1868, il s’étend sur 450 hectares. Outre la Ferme de Lens, (située entre la Route de Douai et la rue Etienne Dollet), il en exploite 4 autres : l’ex-ferme Rohart à Avion, Le Bois Rigaut, Le Bois de Lens et la ferme de la Folie à Vimy. À Béthune, lors d’un banquet organisé en son honneur, le Préfet prend la parole pour lui adresser des louanges.

  En 1869, il reçoit la Prime d’honneur des fermes écoles lors du concours national.

  1870, c’est la guerre entre la France et la Prusse. Pour palier au manque de numéraires, Decrombecque émet des billets de confiance qu’il garanti par des placements effectués dans une banque de Bordeaux. Sa monnaie est acceptée par les commerçants de Lens et des environs.

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    A la fin de l’année 1870, alors que le pays est toujours en guerre, Guislain Decrombecque s’éteint dans sa ferme de Lens. L’un de ses fils prend la suite de ses activités. Il décèdera en 1880 laissant à son beau-frère Jules Hugot, époux de sa soeur Olive, la direction des entreprises.

  Guislain Decrombecque, sorti du lycée alors qu’il n’avait pas encore 14 ans, décida sur le tard de se remettre à étudier. C’est son ami François Frasme qui le citera dans son projet de loi sur l’enseignement agricole en 1876 : ‘Quand, dans ma culture, j’ai été au bout de la pratique et de la meilleure connue, avide de faire mieux, je me suis mis à étudier. J’ai bientôt trouvé un nouveau champs d’activité et j’ai plus avancé en quelques années que je n’avais fait de toute ma vie.’ Et d’ajouter :’Faites étudier vos enfants car c’est un pauvre métier que l’agriculture réduite à elle-même. La science, seule peut la sauver‘ (Anales de l’Institut National Agronomique 1876).

  Le 26 avril 1890, est créée la S.A. des Etablissements Industriels et Agricoles Decrombecque dotée un capital de 800 000 francs qui exploite pour une durée de 18 ans le domaine laissé en héritage à ses enfants. Elle est liquidée en 1909 : la Société des Mines de Lens devient propriétaire des Etablissements Decrombecque. Le matériel de la société est mis en vente.

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  Sur la photo ci-dessous de la rue Diderot vers 1900, la grande demeure que l’on voit à l’arrière plan qui se situait au n°1 de la rue de Douai devait être le logement de la ferme. Après 1909, elle deviendra la maison de des Directeurs des Mines de Lens et sera habitée par Elie Remaux.

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  En 1903, un journal humoristique, ‘Le Glaneur Lensois’ publie en couverture une image de Decrombecque ‘semant le progrès’. Dans le fond, on aperçoit le monument érigé sa en mémoire.

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  Construit en 1901, ce monument, situé sur la Place du Cantin, vers la Route de Lille est remis officiellement à la ville de Lens par M. Maseler, Président du Comité du Monument, le 12 juin 1905 devant une foule de 50 000 personnes. Sur le socle, l’écu de la ville de Lens est encadré d’épis de blé. Un homme, représentant un ouvrier de l’exploitation, semble saluer son patron tout en labourant avec une charrue tirée par un bœuf.

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  Le monument est inauguré par Emile Basly, Maire de Lens, en présence de Joseph Ruau, Ministre de l’Agriculture, Jean Bienvenu-Martin, Ministre de l’Instruction Publique et Jules Mousseron, le mineur-poète.

  Ci-dessous, un article du journal ‘l’Humanité’ du 13 juin relatant cet événement :

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  La statue sera détruite pendant la Première Guerre. Il n’en restera que le socle. Certains émettent l’hypothèse que le buste en bronze a été enlevé par les Allemands pour être refondu comme les cloches de l’église Saint Léger.

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  Le socle restera sur la place plusieurs années après la fin de la guerre.

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  En 1925, le sculpteur Auguste Lesieux réalise un projet pour reconstruire le monument à l’identique. Il doit être placé à l’entrée de Lens, à l’angle des routes d’Arras et de Liévin. Cet emplacement déplait aux descendants qui lui préfèrent le rond-point du Chapitre (Rond point Van Pelt aujourd’hui) plus près de l’emplacement de la ferme. Des problèmes financiers font aussi que le projet traine tant qu’il n’aboutira jamais. A la place prévue, on installera le monument en hommage à Emile Basly.

  Au début du XXème siècle, la ville de Lens donna le nom de Decrombecque à la rue du Petit Faubourg qui donne sur le Boulevard des Ecoles (Basly aujourd’hui). De nombreux anciens lensois connaissent bien cette rue pour être allé faire des achats chez ‘Marchand Frères’, commerce qui resta plus de 100 ans à la même place.

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  Pour finir, cette image datant de 1907 représentant sur un panorama les personnages qui, pour l’époque, ont marqué le plus l’histoire de Lens : Condé, Decrombecque et Edouard Bollaert.

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  A noter, la fille de Guislain Decrombecque, Aglaé, née en 1833, épousera en 1855 Constantin Tacquet. Ils eurent trois enfants dont un certain Léon Tacquet en 1858. Notaire, propriétaire de haras à Lens, le petit fils du grand cultivateur deviendra le gendre d’Elie Remaux, Directeur des Mines de Lens. Pendant la guerre 14-18, dans le Lens occupé il écrivit un journal qui sera publié dans un dossier de Gauheria en 2004 sous le titre ‘Dans la fournaise de Lens’.

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