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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (6)

Posté par Le Lensois Normand le 28 juillet 2014

6) L’évacuation puis la libération de Lens

   Début 1917, il ne reste plus que 10000 habitants à Lens. C’est à cette période que les soldats allemands semblent perdre définitivement le moral. Ils abandonnent leurs grandes idées de conquête de la France et commencent à envisager la défaite. Certes, les alliés n’avancent toujours pas, Lens est loin d’être libéré mais la lassitude se lit sur les visages et la crainte de ne jamais revoir leur pays leur est de plus en plus pesante.

    A partir d’avril 1917, Lens est de plus en plus une zone de combat. Les Allemands qui s’y sont repliés dynamitent plusieurs quartiers de la ville pour dégager leurs champs de tir. Ce qui reste de la ville est entièrement détruit par les pilonnages des artilleries françaises, britanniques et canadiennes. Devant le feu de plus en plus nourri des alliés, les autorités allemandes décident de vider totalement Lens de ses civils. En février, 6000 habitants sont évacués. Le 7 avril, tous les malades et blessés de l’hôpital sont transportés à Billy-Montigny.

    Le  9 avril, les forces canadiennes sont victorieuses à Vimy. L’ordre d’évacuation des 4000 derniers Lensois restés sur place est donné.

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    Le 11 avril, les derniers habitants se rassemblent devant la mairie installée dans les locaux de la Banque de France, rue de la Paix. Des convois de 350 personnes sont constitués et s’ébranlent chacun leur tour vers une destination inconnue sous la conduite de hussards à cheval.

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     Le long de la route qui mène à Sallaumines, ce n’est que misère et désolation. Des femmes, des enfants, des vieillards tentent d’avancer péniblement dans le bourbier sur des routes défoncées par les bombardements et traversent le lugubre cimetière-est aux tombes dévastées. Ils ont pris avec eux le strict minimum, ils n’avaient droit qu’à un seul bagage. Certains ont volontairement détruit les objets qu’ils ne pouvaient emporter pour que les Allemands ne puissent pas s’en emparer.

    Lors de la traversée du pont de Douai, un enfant glisse de la charrette où il était agrippé. Le chargement bascule et tombe sur lui, le blessant à mort. Sa maman tente de lui porter secours. Voyant que cela allait retarder le convoi, un soldat allemand écarte la pauvre femme, saisit le corps inerte de l’enfant et le jette dans le canal. La mère n’a d’autres ressources que de plonger dans l’eau glacée du canal. Elle ne remontera jamais.

   Les Allemands qui organisent les départs réalisent un dernier forfait. Obligeant Émile Basly à tout abandonner sur place, prétextant qu’ils n’avaient pas de véhicules à lui fournir, ils en profitent pour piller les locaux de la Banque de France et y dérober la recette municipale estimée à 98000 francs, les archives de la ville, les livres et objets d’art appartenant à la commune.

   Le 12 avril à midi, officiellement, il ne reste plus aucun civil dans la cité. Des témoignages rapporteront que quelques habitants se sont terrés dans les décombres afin de ne pas être évacués. On n’en retrouvera aucun.

    Le cauchemar est fini pour les réfugiés lensois mais à quel prix !

  Les combats continuent dans une ville fantôme. Le 15 août 1917, les troupes canadiennes font une percée au nord-ouest et reprennent la côte 70, libérant les cités 11, 12 et 14. Le 21, c’est au tour des cités 4 et 9 d’être reprises.

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   Mais l’hiver est long, sans progression supplémentaire. Le front allemand tient encore plusieurs mois.

   Au printemps 1918, les combats de rues au corps-à-corps font avancer les alliés jusqu’au boulevard des Écoles. Les Allemands sont retranchés au nord-est de la ville, entre la Grand-Place, le Grand Condé et le pont de Douai. Ils profitent des rares moments de calme pour détruire ce qui reste de la cité et poser des mines.

   Les quelques immeubles restés debout s’écroulent, des explosifs sont jetés dans les égouts, les voies de communication, les lignes ferroviaires sont dynamitées. Lens n’est plus qu’un amas de ruine.

     Fin août, l’avance continue, les Allemands ne tiennent plus que l’est de Lens au niveau du pont de Douai. Ils sont constamment pilonnés. En septembre, les Anglais sont à Avion. Le 3 octobre, l’armée allemande bat en retraite en direction de Sallaumines et abandonne peu à peu la ville, emmenant avec elle tout ce qu’elle peut.

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   Les anglais à l’est, les Canadiens à l’ouest avancent et font de nombreux prisonniers.

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     C’est le 3 octobre 1918 à cinq heures du matin, après une dernière attaque par le sud de la ville, que les premiers soldats anglais entrent dans Lens par la rue d’Avion.

    L’occupation allemande de Lens se termine là où elle avait commencé quatre ans plus tôt mais aucun Lensois n’est présent pour fêter la libération.

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   Lens est libéré mais Lens est pulvérisé. De toutes les villes du front français, Lens est probablement celle où les destructions ont été les plus importantes. Un journaliste du Petit Parisien commente : ‘‘Lens est une nécropole complètement rasée. La vie y est morte ! ».

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    Le même jour, Émile Basly, de la mairie provisoire rue de Hanovre à Paris, déclare à la presse :  »Ainsi, l’heure de la libération a sonné. Jamais, nous n’avions douté qu’elle viendrait. Aujourd’hui, notre plus grand espoir est réalisé. Et pourtant, je n’ose évoquer ma ville. Hélas ! Cité, elle n’est plus. Qu’importe, le sol est libre, nous la relèverons ».

   Le premier décembre 1918, Ernest, Angélique et leurs deux enfants arrivent à Lens par ce qu’il reste de la route d’Arras. Accompagnés de trois gendarmes, ils passent leur première nuit dans leur ville libérée.

    Les courageux Lensois entreprennent dès la fin du conflit la reconstruction de leur ville.

            Mais cela, c’est une autre histoire ……………

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Article d’Albert Londres, envoyé spécial,  paru dans ‘Le Petit Journal’ du 5 octobre 1918 :

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PLUS RIEN… C’EST LENS

             » Lens est fantastique ! Il reste dix-sept fenêtres de rez-de-chaussée, une fenêtre de premier étage, un numéro de rue -un seul, pas deux-, le numéro 14, une clochette d’enfant de chœur. Un morceau d’enseigne où l’on peut encore lire deux lettres : les lettres S et O et, gisant sur les barbelés, une vieille tenture rouge et blanche. C’est tout.

            C’est étonnant. C’est un immense fouillis de bois et de briques. C’est une destruction échevelée, ébouriffée. Lens est aux autres villes ruinées du front ce qu’une forêt vierge est à une forêt domestique. Ce n’est même plus émouvant. Par quoi voulez-vous être ému ? Ce qui émeut, c’est ce qu’on retrouve d’un drame, ce sont les épaves, c’est une poupée à qui pense un enfant, c’est un portrait, c’est le contour des choses qui furent. Ici, plus de contour.

            On peut subitement se rappeler et pleurer quand on vous conduit devant le cadavre d’un de vos amis, mais si on vous mène devant une urne où sont ses cendres, il vous faudra de la réflexion pour que vous vous sentiez frappé. Ainsi, êtes-vous devant Lens.

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Des petits tas de ruines

            Vous y entrez par la cité des Moulins où tout est moulu et vous continuez. Plutôt, vous essayez de continuer. Car pour pénétrer dans Lens, il ne suffit pas d’en avoir le désir. Il convient avant tout de posséder un coup d’œil et des membres souples.  Ce coup d’œil vous servira à repérer où sont les rues et les membres souples à y circuler. Je ne connaissais aucun habitant de Lens. J’ignorais leur caractère mais s’il est est d’envieux, qu’ils cessent de l’être. Cette fois ci, plus de jaloux : tout est au même niveau. Dans les villes du pays minier, terre de corons, pas un toit ne dépassait l’autre. C’est aujourd’hui la même égalité dans la ruine. Le petit tas de ruines d’une maison n’est pas plus haut que le petit tas de ruine d’une autre. Les petits tas sont même identiquement pareils. On croirait qu’au dessus de ces demeures qui se tiennent le long des rues, le même homme est passé et a laissé tomber sur chaque, sans en oublier une, le même poids qui l’a effondrée. Grâce aux rails du tramway, après dix minutes de recherches et d’acrobaties au dessus d’amas épineux, nous avons découvert ce qui était la rue principale.

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A la recherche de l’hôtel de ville et de l’église 

            Tachons de trouver le centre. Nous y sommes, nous dit-on. Dans ces cas là, les professionnels de ces voyages au pays des formidables malheurs ont deux points qui vous guident : l’église et l’hôtel de ville. Nous avions beau scruter : nous n’apercevions rien. Dans cette même chose chaotique qui fut la grande rue, nous avancions. Nous n’avions pas l’impression d’être dans une ville affaissée puisque tout était à notre hauteur. Plus rien ne bouchait l’horizon. D’un bout de l’ancienne cité, pas dessus ses restes, nous pouvions voir l’autre bout. Mais voilà un tas de ruines plus haut que les autres et les paris s’ouvrent. Était-ce l’église ? Était-ce l’hôtel de ville ? Impossible de le dire. Mais plus loin, voilà un pan de mur qui ne ressemble pas aux autres. Qu’est-ce que cela pouvait être ? Par le soubassement se voyaient quelques grosses pierres taillées comme on taille généralement les soubassements des monuments publics. Nous avons décrété que c’était l’hôtel de ville et par là, nous avons reconnu que la petite montagne de brique tout à l’heure était l’église.

            L’égalité dans les ruines après s’est rétablie. Lens comptait 35000 citoyens. Heureusement que la géographie nous l’affirme sans quoi je vous aurai juré que la ville n’avait jamais été habitée. Il n’y a pas un meuble. On ne retrouve pas un barreau de chaise, pas un ustensile de ménage. Il ne subsiste plus la moindre petite trace de l’occupation humaine.

            La victoire réglera tout ça.  »

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       Le 30 août 1919, la Ville de Lens reçoit la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre 1914-1918 avec Palmes avec cette citation :

     »Ville glorieuse qui peut être considérée comme un modèle d’héroïsme et de foi patriotique. Tombée au pouvoir des Allemands dès les premières heures de l’invasion de 1914, a été, pendant quatre ans, tour à tour, témoin ou enjeu d’une lutte sans merci. Organisée par l’ennemi en formidable réduit de défense, libéré en partie par une offensive alliée, meurtrie est écrasée au cours de combats incessants, n’a jamais douté du sort de la Patrie. »

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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (5)

Posté par Le Lensois Normand le 23 juillet 2014

5) Le courage face à l’humiliation

    En avril 1916 , la ville est frappée d’une seconde contribution de guerre de 800 000 francs. Émile Basly et Élie Reumaux tenteront en vain d’en faire baisser le montant. Les Lensois doivent racler les fonds de tiroirs pour trouver une partie de la rançon. L’autre partie est obtenue par des emprunts auprès des banques pour lesquels la compagnie des mines se porte garant.

    Les allemands sont chez eux à Lens. Ils continuent d’humilier la population et ses représentants. Ainsi, le 14 mai, ils obligent Émile Basly, ses adjoints, Élie Reumaux et d’autres notables dont Léon Tacquet, à assister à l’érection d’un monument dans leur cimetière militaire. Les français sont obligés de saluer tous les officiers et de déposer une gerbe au pied de la statue.

034 statue allemande

    A la fin de 1916, les bombardements s’intensifient encore. Le commandant Klaus décide d’enfermer les Lensois chez eux, où plutôt dans ce qu’il reste du « chez eux ». La plupart doivent se réfugier dans les caves ou dans des abris sommaires sous les décombres. La population reste ainsi murée à longueur de journée avec seulement une autorisation de sortir pendant deux heures chaque matin pour effectuer ce qui peut encore être fait de provisions ou vaquer à quelques tâches ménagères.

034 2 lensois dans les ruines

    Ces malheureux Lensois entendent du fond de leur gouffre les bruits de la guerre au dessus de leur tête. Ils ne peuvent savoir s’il s’agit de tirs allemands faisant sauter des parties de la ville ou d’obus anglais lancés contre l’envahisseur.

    Lorsqu’ils sortent enfin de leur tanière forcée, ils s’aperçoivent que la guerre est loin d’être finie : les allemands, sous les ordres de Klaus, ont posté des canons partout en ville et dans les corons. Le pont de la Route de Douai, la maison syndicale, les écluses du canal, les cités 11, 12 et 14 sont ainsi transformées en place forte : le calvaire n’est pas fini dans ce qui était encore deux ans plus tôt la capitale du pays minier. La population n’a pas fini de souffrir : les tirs des soldats alliés pour détruire ces positions vont obligatoirement tomber sur les hommes et les femmes de la ville.

034 maisons en ruine

    Cette population est affamée. Pourtant le comité hispano-américain fonctionne. Le centre de ravitaillement se trouve à Carvin. Si le pain n’est pas de très bonne qualité, il a le mérite d’exister et de permettre aux Lensois desurvivre. On y trouve aussi des légumes secs, des pâtes, des conserves mais peu de viande. Pour assurer le ravitaillement, Basly demande aux autorités allemandes des laissez-passer pour les hommes se rendant à Carvin. Celles-ci en profitent plusieurs fois pour arrêter les convois sur le chemin du retour afin de piller leur contenu.

   Les Lensois assistent, sans pouvoir rien y faire, à l’agonie de leur cité. À longueur de journée, ce n’est qu’un continuel tremblement de terre. Les vitres tombent, les tuiles des toits volent, les briques des murs s’effondrent, les trottoirs disparaissent, les pavés des rues sont arrachés. Malgré leurs malheurs, les Lensois applaudissent aux effets des bombardements, même s’ils en sont les victimes. Pour eux, ces obus qu’ils prennent sur la tête, qui détruisent leurs maisons, qui tuent leurs enfants sont signes d’une offensive donc d’un espoir prochain de libération.

    Il n’est pas rare, comme le soulignent Emile Basly et Léon Taquet, de voir des obus traverser les pièces des maisons. Pour les lensois, aucun autre recours que de se confiner désormais dans les caves aménagées en pièces d’habitation sous les ruines.

    Mais les tenaces Artésiens décident de réagir, de se regrouper, de se soutenir. Habitués à percer des galeries dans le charbon, ils creusent, à l’insu de l’occupant, des tunnels entre leurs caves. Les vieux mineurs ressortent leurs pics, les enfants remontent les seaux remplis de gravas. Dans certains corons, on peut rejoindre l’extrémité d’une rue à l’autre par ces galeries. Ainsi, sous les pieds des ennemis qui occupent leurs logements, des lensois se regroupent pour partager leur maigre pitance et se soutenir mutuellement.

   Malheureusement, il arrive souvent que les murs ou les toits bombardés tombent sur la cave : beaucoup de Lensois meurent étouffés dans ce tombeau qu’ils ont eux-mêmes creusé.

   Rapidement, l’ennemi découvre ces cachettes. Les soldats qui occupent les maisons veulent aussi bénéficier de l’abri des caves. Ils choisissent les meilleures d’où ils expulsent les occupants. Afin de consolider leur nouvel abri et de le protéger des bombardements, ils n’hésitent pas à faire entreprendre des travaux par des hommes, des femmes et même des enfants qu’ils réquisitionnent, les obligeant ainsi à travailler sous les bombes et les tirs d’artillerie.

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   Une autre attitude indigne d’un militaire est rapporté par Émile Basly : un jour, le Commandant Klaus exige que toutes les lensoises de 15 à 60 ans subissent un examen médical effectué par des « majors » allemands. On devine les intentions cachées de ce vicieux ! Devant le refus des femmes et les protestations des autorités françaises (ou de ce qu’il en reste), il doit alors accepter de remplacer cette visite médicale par une simple attestation de bonne santé. Le docteur Emery, médecin-chef de l’hospice se fait un plaisir de délivrer, sans même les rencontrer, tous les certificats demandés aux lensoises.

   Les troupes allemandes subissent de nombreuses pertes. Leurs officiers, sur ordre de Klaus, vont chercher de la main d’œuvre dans les corons. De jeunes garçons, des enfants sont enrôlés de force et disparaissent. Lorsqu’ils reviennent chez eux quelques jours plus tard, ils racontent qu’ils ont été conduits sur la ligne de front pour y exécuter des travaux, fabriquer des abris, creuser des tranchées …

   Cela n’empêche pas certains de résister au péril de leur vie. Un de ces gamins transportant un sac de plâtre ne peut saluer un sous-officier allemand. Il est jeté à terre et roué de coups. De rage et afin de ne plus être obligé de se décoiffer devant l’ennemi, il creuse un trou dans le sol et y enfouit sa casquette.

   Les abris n’empêchent pas le nombre de civils tués d’augmenter continuellement. Que ce soit suite aux bombardements ou fusillés par les allemands pour le moindre motif, parfois simplement pour l’exemple, trois cents cinquante civils lensois perdront la vie pendant cette occupation. Dans son journal, Léon Tacquet relate que quasiment chaque jour, des personnes décèdent à l’hospice, des Lensois mais aussi des blessés apportés de Liévin, Eleu, Angres ou Souchez.

   Ainsi, souvent, le matin, à sept heures (horaire exigée par Klaus pour les enterrements), un ou plusieurs corbillards mènent la dépouille d’un homme, d’une femme ou d’un enfant abattu. Le convoi conduit les défunts au cimetière-est route de Douai. Dans ce lieu de plus en plus dévasté au fil des ans, aucune cérémonie religieuse n’est autorisée avant l’inhumation qui se déroule sous l’œil intransigeant de la police allemande. Lorsqu’un soldat français décède à l’hôpital, les autorités allemandes interdisent aux Lensois d’assister à l’enterrement. Par contre, lors de l’inhumation d’un soldat allemand, les généraux exigent la présence d’élus ou de notables français et de grandes cérémonies religieuses sont célébrées.

   Le 8 février 1917, les soldats allemands décrochent et emmènent les quatre cloches de ce qui reste de  l’église Saint Léger. Le buste en bronze représentant l’ancien maire de Lens Guislain Decrombecque, place du Cantin, est également emporté. Tout ce qui est en bronze sera fondu et servira à faire de nouveaux canons pour l’armée allemande.

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   Les bombardements s’intensifient encore en ce début d’année 1917. Dans les corons, sur les 18000 maisons, il en reste à peine 1000 debout.

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   Lorsque les obus tombent sur l’usine à gaz, avenue du 4 Septembre, dix-huit civils lensois sont tués. En mars, les bombes tombent au pont de Douai. Les Allemands qui font une grande fête dans la brasserie Bruneau tout à côté sont frappés de plein fouet. De nombreux officiers et soldats sont tués. Le quartier est entièrement rasé.

039 usine a gaz av 1914

   Plus la guerre avance et plus les victimes civiles sont nombreuses. Les allemands proposent aux habitants d’être évacués vers l’arrière, leur promettant du travail et un salaire. N’ayant plus aucune ressource, beaucoup de familles pauvres acceptent. Les allemands promettent de faire suivre leurs bagages et leur mobilier après leur avoir fait régler les frais de transport. Bien sur, ces indigents ne revirent jamais leurs biens.

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1914-1918 : quatre années d’enfer à Lens (4)

Posté par Le Lensois Normand le 11 juillet 2014

4) Espoir et désespoir

   Les troupes allemandes subissent également de nombreuses pertes. Dès les premiers combats aux portes de Lens, les allemands utilisent un terrain contigu à l’église Saint Pierre, cité de la fosse 11. Ce cimetière est rapidement détruit par l’artillerie française qui ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres.

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   Sur les hauteurs de Lorette, des tombes sont creusées à la hâte compte tenu du nombre important de tués.  En février 1915, les occupants décident d’installer leur cimetière dans une zone moins exposée. Ils réquisitionnent un terrain appartenant au notaire Léon Tacquet derrière le cimetière civil français route de Douai.

   Ils y créent d’abord une fosse commune où, chaque jour, des chariots entiers sur lesquels sont empilés des cadavres arrivent.

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   A partir du mois d’avril 1915, des tombes sont creusées dans cet espace orné de monuments offerts par des régiments de l’empire.

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    Aujourd’hui, à l’entrée de ce cimetière, une petite plaque métallique située à même le sol nous rappelle qu’ici sont inhumés exactement quinze mille six cent quarante six jeunes allemands.

     Parmi eux, le plus jeune engagé de toute la Grande Guerre. Paul Mauk, qui voulait devenir médecin ″pour soulager les hommes et rendre service″. Il n’a que quatorze ans lorsque le 6 juin 1915, sur le front de Lorette, une balle perdue lui arrache l’avant-bras et met le feu aux munitions qu’il porte sur lui. Il meurt le lendemain, ″sans une plainte″. Paul Mauk était le sixième d’une famille de huit enfants.

paul mauk

   Au début du mois de mai 1915, on estime entre 15000 et 20000 le nombre de soldats allemands casernés dans Lens.

  Les nombreux obus qui tombent sur la ville apportent tout de même aux habitants un immense espoir : les alliés vont-ils reprendre la cité ? Le 10 mai, on apprend que les troupes françaises ont lancé une grande offensive. L’ordre est donné à toutes les troupes allemandes d’abandonner Lens. Emile Basly est de nouveau convoqué à la Kommandantur. Un officier lui dit d’un air narquois : «Vous allez être content, nous partons». Il exige que tous les Lensois restent confinés chez eux, volets fermés et lumières éteintes.

   Durant toute la journée et la nuit suivante, ce ne sont que précipitations, chargements de charrettes et de camions  réquisitionnés à la hâte, fuites rapide par la route de Douai. A l’aube, il ne reste plus un seul militaire allemand dans la ville.

   Pour les Lensois, sonne enfin la délivrance : l’occupation, si atroce fut-elle, n’a durée que quelques mois. Les soldats anglais, français et canadiens vont entrer triomphalement en ville. On les aperçoit route de La Bassée, route de Liévin, derrière l’église Saint Pierre du coron de la fosse 11. C’est le début de la bataille d’Artois préparée par le maréchal Pétain. Les femmes chantent, dansent, s’embrassent, dénichent des bouteilles de vin, préparent des oriflammes. D’autres fleurissent les tombes des soldats français de bouquets tricolores.  »La paix, enfin ! » croient-elles, espèrent-elles.

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   La nuit suivante est étrangement calme, les Lensois qui le peuvent ont repris possession de leur logement. De leur refuge plongé dans le noir, ils écoutent … le silence ! Aucun bombardement, aucune fusillade, aucun mouvement de troupes…  Et pour cause : faute de renforts, l’avance des troupes alliées est stoppée à quelques centaines de mètres de la ville. Le 11 mai, les soldats allemands reviennent, plus triomphants que jamais. ″Nous retournions en enfer″ écrira Emile Basly.

   Le 14, c’est avec tristesse et crainte que les Lensois voient défiler plus de 350 soldats des troupes alliées faits prisonniers cernés par des cavaliers allemands. Ils sont amenés à l’hôtel des Voyageurs, près de la mairie. Beaucoup sont blessés et gisent, l’air hagard sur des chariots sur lesquels se mêlent mutilations, agonies et cadavres. Le désespoir reprend la place de l’espoir.

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   Les soldats allemands sont aussi nombreux à payer de leur vie cette guerre. Les uns portent leurs camarades décédés sur des brancards de fortune. Des cercueils sont faits avec les rayons des magasins et même des portes de toilettes des maisons des mines.

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   Dès lors, nombre de soldats allemands considèrent Lens comme un centre de repos dans lequel ils se réfugient après les combats sanglants aux portes de la ville. Les bombardements, les dégradations, les morts ne les empêchent pas de « jouir des douceurs de l’arrière ». Pour cela, ils ont de plus en plus recours au pillage, aux vols, à la réquisition. Il faut dire qu’ils sont aidés en cela par quelques Lensois et Lensoises peu scrupuleux qui leur fournissent facilement bon vin, nourriture de qualité et prostitution en échange de quelques privilèges.

   Se considérant peut-être en vacances, ils n’hésitent pas à envoyer à leurs proches en Allemagne des cartes postales représentant Lens sous les décombres où l’on peut lire « Grüsse aus Lens » (Bon souvenir de Lens).

030 3 carte postale

    Après avoir fait la tournée des estaminets, les soldats allemands peuvent se rendre dans la rue des Jardins, près du canal, où de jeunes femmes font commerce de leur charme. Selon le commissaire Bourgeois, souvent des femmes et des jeunes filles sont violées. Certaines portent plainte mais beaucoup, craignant la honte et les représailles se taisent.

    Jugeant certainement que la ville n’est pas gérée correctement par des officiers trop peu sévères et qui pensent surtout à faire la fête, les autorités allemandes envoient à Lens le commandant Klaus, un homme rude, autoritaire et sans scrupules. Klaus va encore accentuer la terreur, n’hésitant pas à déporter ou fusiller des populations civiles.

     Avec lui, les Lensois doivent respecter le couvre-feu dès seize heures, laisser les portes de leurs maisons ouvertes jour et nuit, payer un laissez-passer et ne se déplacer qu’accompagné d’un soldat allemand. Il faut aussi obéir à de nombreuses obligations : balayer les rues et trottoirs après le passage des chevaux, saluer les officiers allemands. Il est interdit de se rassembler, de se rendre dans les églises, etc. Chaque infraction est punie sévèrement. Un jeune homme, accusé d’avoir frappé un soldat qui voulait le dévaliser est fusillé. Un vieux mineur est également passé par les armes pour avoir insulté un soldat allemand qui lui volait ses groseilles. Deux autres hommes possédant des pigeons sont arrêtés et déportés en Allemagne. Une femme surprise à offrir des cigarettes à un prisonnier français est condamnée à un mois d’emprisonnement.

    Tous les bâtiments publics ou privés sont réquisitionnés et occupés par les allemands. Les haras du notaire Tacquet servent d’écuries militaires.

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   C’est à cette époque que, pour l’exemple, sont arrêtés les premiers otages. Parmi eux, MM. Renard, quincaillier, Spriet, propriétaire de la fonderie, Fougerolle, ingénieur des mines, Schmitt, architecte et Eugène Courtin, l’ancien maire de Lens. Avec d’autres Lensois, ils sont envoyés dans des villes du département du Nord où ils sont assignés à résidence.

    Dans ce contexte terrible, les sous-sols de la ville servent de salle de classe à de  courageuses institutrices qui continuent d’enseigner. Ces cours ont lieu dans les caves de la salle de spectacle de l’Alcazar et des coopératives des mines que, tous les matins, des enfants rejoignent depuis leur maison en ruine en se faufilant sous le sifflement des obus, le sac tenu sur la tête pour une bien maigre protection. Il arrive que quelques fois, un matin, il manque un élève lors de l’appel, abattu par un tir d’obus sur le chemin de l’école. En 1916, vingt-six classes sont ainsi ouvertes grâce au courage des enseignants.

     Basly veut récompenser ces élèves particuliers qui apprennent à lire en vivant comme les taupes. Il demande à ses administrés de rechercher des livres parmi les décombres. Le jour de Noël 1915, dans ces conditions exceptionnelles, il donne un peu de joie à ces enfants en organisant une distribution des prix. Malheureusement les institutrices payeront leur courage et leur dévouement. Quelques jours avant l’évacuation totale de la ville, en avril 1917, une bombe tombe sur l’Alcazar, une femme est tuée et plusieurs enseignantes blessées.

    Une autre institutrice trouve la mort dans des conditions atroces. Mademoiselle Pruvost, bien connue et admirée dans Lens pour son courage et son dévouement n’est pas réapparue depuis plusieurs jours. Chargée de surveiller une maison inhabitée, elle y est retrouvée la tête enfoncée dans un baquet d’eau. Les soupçons se portèrent rapidement sue les soldats allemands qui logent dans le hangar voisin mais l’enquête n’aboutit pas. Klaus annonce qu’il se charge lui-même de retrouver les coupables… et classe l’affaire.

    Une famille entière ne fêtera pas ce Noël 1915, celle d’un mineur nommé Moisse. Le 22 décembre un obus tombe sur sa maison dans le coron de la fosse 1. Il est grièvement blessé et sera amputé d’une jambe. Sa femme et ses quatre enfants sont morts à côté de lui. Le même jour, rue de la Paix (nom peu adapté à l’époque), c’est un cheminot, Paul Leflon, sa femme et l’une de ses filles qui sont tués alors qu’ils se croyaient en sureté dans leur cave. A trois jours d’un bien triste Noël !

    Les soldats allemands et leurs officiers fêtent Noël tandis que la population apeurée est retranchée chez elle. On voit des soldats arriver en voiture, porteurs de paquets cadeau pour les officiers. Ces mêmes officiers qui interdisent aux Lensois de recevoir le moindre colis. Dans les hôtels et estaminets de la ville décorés et illuminés, ce ne sont que chants paillards et beuveries. Les officiers sont sur la Grand-Place, à l’hôtel des Voyageurs dont ils ont fait leur lieu de détente. Ils réveillonnent en compagnie de quelques jeunes Lensoises de petite vertu.

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   En ce jour de Noël 1915, alors que sur certaines zones de combats, les soldats respectent une trêve et font « ami-ami », il n’en est rien à Lens. Une grande messe de Noël est dite à la chapelle de l’hospice mais peu de Lensois osent s’y aventurer. De nombreuses bombes tombent sur le boulevard des Écoles et sur la place du Cantin. Le nord-ouest de Lens est aussi bombardé. Le lendemain, un communiqué officiel des forces alliées parlera d’un bombardement « réussi » sur la gare. Réussi, peut être militairement, mais toutes les rues avoisinantes sont touchées et on relève bon nombre de victimes civiles.

033 gare Lens fin 1915

     Seule maigre consolation pour la population, l’un de ces obus est tombé sur l’église Saint Léger tuant deux soldats allemands.

    Février 1916, les alliés sont aux portes de Lens, sur la fameuse côte 70. Les allemands décident d’évacuer les habitants des corons voisins. Sous la neige et par une température de moins quatorze degrés, les femmes, les vieillards et les enfants prennent ainsi la route de Valenciennes en charrette, à bicyclette, à pied, portant ou poussant dans des landaus, tirant dans des brouettes ce qui a pu être emporté. Ils quittent leur maison avec tristesse mais eux, sont au moins certains de ne pas mourir sous les obus.

     Pourtant certains ne veulent pas quitter leur maison tel Hyppolite Goubet qui habite rue n°15 de la cité de la fosse 11. Ce « vieux » mineur de 50 ans refuse d’obéir aux ordres d’évacuation mais laisse partir sa femme et ses sept enfants. Quelques jours plus tard, en observant les échanges d’artillerie du seuil de sa porte, il est tué par un obus qui tombe sur sa maison.

032 soldats allemands devant coron


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LENS et ses gares

Posté par Le Lensois Normand le 26 janvier 2013

LENS et ses gares dans Histoire gare1000

   Nous sommes en 1860 : la Compagnie des Mines de Lens créée huit ans plus tôt produit près de 1 600 000 tonnes de houille avec les deux seuls puits déjà exploités (fosses Ste Elisabeth et du Grand Condé). Le nombre d’habitants à Lens est passé de 2500 à 4000 en 10 ans, il devient nécessaire que la ville soit reliée au chemin de fer et possède sa gare.

    Il est difficile d’imaginer Lens sans gare mais c’était le cas jusqu’en 1860 comme le prouve cette carte des Chemins de Fer du Nord de 1853. 

gare1001 basly dans La ville

   La Compagnie des Chemins de Fer du Nord, créée le 20 septembre 1845 par le banquier James de Rothschild prend possession d’un grand espace au sud-ouest de la ville et décide d’y faire passer des voies ferrées et de construire une gare.

    La mise en service de la ligne entre Arras et Hazebrouck passant par Lens est à l’origine de la création de cet ensemble ferroviaire. Au départ, il n’est utilisé que pour le trafic de houille de la Compagnie des Mines : jusque là, le transport du charbon se faisait par le canal dont les quais de chargement étaient reliés aux fosses par les voies ferrées privées des Mines.

gare1002 cassan dans Lens

   Lens, ce n’était d’abord qu’une simple halte sur la ligne Arras-Dunkerque, la gare n’est ouverte au service des voyageurs qu’en 1863 et comporte alors 4 voies et deux quais pour le trafic des voyageurs, un faisceau de 7 voies pour les trains de marchandises et deux voies en impasse pour le garage des locomotives.

    Elle n’est composée que d’un seul bâtiment devant lequel a été ouverte une petite place.

    Mais Lens a sa gare, celle que les lensois allaient appeler ‘la gare du Nord’ en opposition à celle des Mines : la gare Sainte Elisabeth.

gare1003 chemin de fer

   Contrairement à aujourd’hui, le bâtiments-voyageurs se trouve exactement dans l’axe de la rue de la Gare qui a été tracée à l’initiative de Guislain Decrombecque et d’Edouard Bollaert afin de relier directement les voies ferrées à leurs exploitations ou usines.

gare1004 gare

    D’autres liaisons ferroviaires nécessaires au transport du charbon sont ouvertes par la suite. Elles relient la capitale du pays miniers aux villes importantes (Paris, Calais, Dunkerque, Lille ….). Ces lignes servent en même temps à la circulation des premiers trains de voyageurs.

Année

Ligne mise en service

1860

Prolongement de la ligne Arras-Hazebrouck jusque Dunkerque

1860

Lens-Ostricourt (vers Lille)

1869

Lens-Don Sainghain via Pont à Vendin et Bauvin-Provin

1879

Lens-Hénin Liétard-Carvin

1884

Lens-Armentières par Don Sainghin

1889

Lens-Frévent (le Tortillard)

1906

Lens-Brebières (vers Douai)

    Lens se trouve alors au centre d’un ensemble ferroviaire important.

gare1005 guerre

   Dans le même temps, les installations de la gare de Lens prennent de l’expansion pour répondre à l’augmentation du trafic. Lui ont été ajoutés :

Année

Constructions

1872

3 voies en impasse pour le chargement de wagons de marchandises

1875

une halle à marchandises

1879

une ‘fosse à piquer le feu’ et une grue hydraulique (pour l’entretien des locomotives)

1884

un faisceau de cinq voies relié aux lignes du chemin de fer des mines de Lens

1893

deux voies de garage pour le tortillard Lens-Frévent

1910

ouverture de la cour à marchandises

   Sur la photo ci-dessous qui date du tout début du XXème siècle: au premier plan, la tête de faisceau des voies affectées aux trains de marchandises puis les quatre voies du trafic voyageurs (un train y est en stationnement). Au centre de l’image, la grande halle aux marchandises et ses voies dites ‘de débord’ qui longent la rue Thiers (aujourd’hui rue Jean Létienne) et où stationnent de nombreux wagons en cours de manutention. Dans le fond, on distingue le bâtiment voyageurs derrière le buffet-hôtel.

gare1006 histoire

   Voici un plan paru dans l’ouvrage d’Alfred Buquet ‘Lens, son passé, ses houillères’ en 1950. On y voit les installations de la gare de Lens avec les évolutions de 1860 à 1910. On remarque aussi que la place de la gare, appelée ‘Cour des Voyageurs’, est beaucoup moins large qu’aujourd’hui.

 lens

   A partir de 1897, devant le nombre croissant de voyageurs, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de moderniser et d’agrandir le bâtiment de la gare avec :

- la mise en place d’une tour à bulbe avec quatre horloges

- la construction et l’ouverture d’un Buffet-Hôtel perpendiculaire à la gare

- l’extension des locaux pour les services administratifs

- la cour des voyageurs est pavée (1905)

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   Sur cette photo, on distingue au premier plan, les voies de la ligne Lens-Frévent qui emmènent le ‘Tortillard’ (ci-dessous) vers le Boulevard des Ecoles par la rue de la Paix.

tortillard reconstruction

   Les quais sont aussi aménagés pour un meilleur confort des voyageurs (agrandissement des abris de quai avec pose de banquettes, installation de toilettes et de passages planchéiés pour traverser les voies).

   En 1913, le trafic de la gare de Lens est de 900 000 voyageurs et plus de 2 000 000 tonnes de charbon.

   Mais il semble que ces travaux ne répondent pas aux besoins de la population. Le Député Maire de Lens, Emile Basly part en guerre contre la Compagnie du Nord.

    Le 9 mai 1910, avec Arthur Lamendin, le maire de Liévin, il fait voter une résolution par le Conseil Général du Pas-de-Calais demandant à la compagnie ferroviaire d’agrandir rapidement la salle des pas perdus et les salles d’attente à défaut de construire une nouvelle gare.

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   Le 30 septembre 1912, devant l’inaction de la compagnie, il fait appel au Ministre des Travaux Publics, Raymond Poincaré afin qu’il fasse pression sur les dirigeants des Chemins de Fer du Nord.

    Le 25 janvier 1913, le Directeur de la Compagnie écrit au Ministre afin de lui présenter un projet d’expansion tout en soulignant que la gare étant construite au dessus d’une exploitation minière, elle ne peut recevoir un étage supplémentaire et n’être donc agrandie que du côté de la cour des voyageurs pour éviter les affaissements. Basly trouve ce projet n’est qu’un  »rattrapage disgracieux » et diminuerai la surface de la place de la gare, déjà trop exigüe pour la population d’une agglomération de 100 000 habitants. En même temps, il demande à ce que les deux quais soient couverts d’un bout à l’autre et munis de banquettes.

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Emile Basly

   Courant 1913, on en est à ce point des négociations entre le Ministre, le Député-Maire et la Compagnie du Nord qui reste sur ses positions : la construction d’un nouveau bâtiment engendrerait des coûts importants qui ne pourraient être supportés par les seules recettes de la gare pourtant estimées par Basly à 10 ou 11 millions de Francs.

    Selon la Compagnie, seul un agrandissement sur la place n’est envisageable à cause des risques d’affaissements d’un édifice plus lourd.

   Arrive alors la première guerre mondiale qui, malheureusement, met un terme aux discussions. Dès le mois d’octobre 1914, Lens est occupée par les troupes allemandes. Mais les alliés sont aux portes de la ville. La guerre fait rage et les bombardements s’intensifient de jour en jour. La gare est la cible des obus afin d’anéantir le transport ferroviaire qui devient rapidement impossible.

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   Pour se déplacer en train hors de Lens, il faut rejoindre la gare de Billy Montigny. Les plus chanceux s’y rendent en voiture, d’autres en calèche ou à pied. Mais rapidement les autorités allemandes interdisent aux lensois de sortir de la ville sans autorisation.

    Les locaux de la gare qui ne voient plus de voyageurs servent alors d’abris provisoires aux soldats allemands et à leurs chevaux.

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   Voyant la fin et la défaite approcher, les troupes allemandes décident de raser complétement la ville. Lorsque les soldats canadiens entrent les premiers dans Lens en octobre 1918 après 10 jours de combats intenses et 4 ans de guerre et de bombardements, la gare, comme tout le reste de la ville, est complètement détruite.

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   Il faut alors rapidement relancer l’industrie. Les Compagnies des Chemins de Fer du Nord et des Mines de Lens désirent que le trafic ferroviaire soit le plus vite possible opérationnel : les transports par camions sont onéreux et d’un mauvais rendement au point de vue tonnage. Il faut donc impérativement pouvoir se resservir du chemin de fer dont toutes les voies sont dans un piteux état. Au départ, seule la voie ferrée vers Hazebrouck est rétablie par le 5ème Génie mais elle n’arrive qu’aux abords de Lens. C’est l’entreprise de travaux publics de M. Vandewalle qui effectue les travaux pour la Compagnie du Nord.

    Le 26 mai 1919, la Compagnie des Mines de Lens a rétabli complètement la ligne entre Lens Ste Elisabeth et Violaines et deux trains ouvriers et plusieurs trains de marchandises y circulent par jour. L’origine de la ligne se situe rue Bollaert où sera construite la gare Sainte-Elisabeth en 1926.

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   A compter du 1er septembre 1919, la Compagnie des Chemins de Fer du Nord fait passer chaque jour deux trains dans chaque sens sur la voie privée des Mines entre Lens et Pont-à-Vendin pour rétablir sa liaison Lens-Armentières qu’elle ne peut pas encore faire par Loison car deux des trois ponts du canal de la Souchez ne sont pas encore reconstruits. C’est à ce moment le seul moyen de quitter Lens par le chemin de fer.

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   Ce service de trains de voyageurs existe jusqu’au 20 février 1921 date de la remise en service de la ligne Lens-Don Sainghin par Hénin-Liétard. En attendant une nouvelle gare, un bâtiment provisoire en bois long de 40 mètres et large de 8 mètres est installé dans l’ancienne cour des marchandises (à l’emplacement actuel de la gare routière). Il fait office de gare provisoire tant pour les voyageurs que pour le personnel.

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   En ce même lieu se côtoient ainsi les wagons de marchandises et les trains de voyageurs comme ceux des nombreux ‘pèlerins-touristes’ venus de toute la France pour  »visiter » les ruines de Lens.

apresguerre14-18

   Dès le 22 juin 1919, le Conseil Municipal de Lens (alors exilé à Paris) dirigé par Emile Basly, décide d’autoriser la Compagnie du Nord à reconstruire une gare. Un article du journal ‘Nord-Matin’ paru en 1980 justifie cette décision hâtive (la ville n’est encore qu’un amas de ruines) par le fait que la municipalité de Liévin emmenée par son maire Léon Degreaux, est déjà intervenue auprès de la compagnie des Chemins de Fer du Nord et celles des Mines de Lens et de Liévin pour que la gare centre du bassin minier soit construite sur son territoire.

    Raoul Dautry, Ingénieur en chef de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord décide de confier la réalisation de la nouvelle gare de Lens à Urbain Cassan, architecte et chef du service des bâtiments de la compagnie. Ils commandent les travaux à l’entreprise parisienne Forestier, Alquier et Cie.

gare1015   Les travaux de la nouvelle gare commencent en janvier 1926. Il faut en priorité résoudre le problèmes des affaissements miniers qui ont atteint dans certains endroits de Lens quatre mètres entre 1870 et 1914. Sous la zone de la gare, une veine de charbon de 10 mètres de hauteur est en exploitation. Si ces affaissements ne sont pas pris en considération, la gare se trouvera rapidement en contrebas des voies.

   Pour leur faire face, Urbain Cassan imagine un procédé unique et révolutionnaire. La gare n’est pas construite en briques mais en ciment Portland artificiel armé provenant des Usines de La Loisne à Barlin.

usines-la-loisne-barlin

   La gare est composée de douze blocs indépendants les uns des autres. Ce qui fait que si l’un d’entre-eux s’affaisse, la structure générale n’est pas disloquée. La partie affaissée peut être remontée à sa hauteur initiale grâce à un système de vérins implantés dans des chambres installées dans les fondations et capable chacun de soulever 50 tonnes.

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   Le 17 septembre 1926, le gros œuvre est terminé. Les travaux ne concernent plus que les finitions et les abords. On voit se dresser l’impressionnant échafaudage de la tour des horloges.

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Le 19 avril 1927, la nouvelle gare est accessible au public. Les voyageurs découvrent alors l’architecture originale de la salle des pas-perdus avec ses fresques qui sont l’œuvre d »Auguste Labouret et, sur les deux façades, les grandes portes munies des grilles en fer forgé d’Edgar Brandt (un artiste ferronnier d’art et industriel de l’armement français).

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  Elève de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts, Auguste Labouret (1871-1964) est un grand artiste Maître Verrier à qui l’ont doit aussi les décorations des gares de Paris St Lazare, Albert, Saint Quentin, des grands magasins parisiens comme les galeries Lafayette, le Louvre, le Bon Marché, du paquebot Normandie, de nombreux casinos, théâtres ou cinémas. Il a aussi restauré les vitraux des cathédrales d’Amiens, Lyon, Quimper, Rouen…

   Pour ces mosaïques murales il a parfois employé de petits éléments de marbre, incrustés en relief dans le ciment et ensuite taillés au marteau. On y voit d’un côté les mineurs se diriger vers la fosse, barrette sur la tête, pic à l’épaule et lampe à la main. Avec en arrière-plan les terrils, chevalements et cheminées. De l’autre côté c’est le retour des mineurs chez eux, avançant la tête baissée, sans doute harassés par leur journée de labeur. Les autres mosaïques évoquent aussi le pays minier, les transports et l’industrie locale.

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  Le hall de la gare est immense sous la voute en arc de cercle et très lumineux grâce à la toiture équipée de multiples vitraux. Sur la photo ci-dessous parue dans ‘L’Illustration’ en 1927, on voit à gauche, le kiosque à journaux au dessus duquel se trouve une grande horloge, à droite, les guichets avec leur barrières de fer forgé et les sièges en bois. Dans le fond, le service des bagages et la consigne.

   A l’autre extrémité, les deux salles d’attente de première et deuxième classe entièrement carrelées surprennent les voyageurs avec leurs bancs recouverts de mosaïques en céramique.

   La nouvelle gare est beaucoup plus grande que l’ancienne : elle mesure 85 mètres de long. Elle peut ainsi répondre à la demande journalière de 2000 billets en 1927. Son architecture, totalement ‘art-déco’, rappelle la forme d’une locomotive de type 020; la tour d’horloges de 23 mètres en étant la cheminée, la gare elle-même la chaudière avec les deux portes rondes qui figurent les roues. A l’autre extrémité, le buffet semble en être le tender.

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   Les installations ferroviaires sont plus importantes qu’avant la première guerre. Elles comportent maintenant :

      – 6 voies à quai pour le trafic des voyageurs (dont deux en impasse)

      – 2 voies dites de circulation pour les trains passant sans arrêt

      – Une cour marchandises de 6 voies avec une grande halle

      – Un triage de 25 voies pour le trafic des wagons de marchandises

      – Un faisceau de garage de 8 voies pour les trains de marchandises

      – Un atelier de réparation des wagons

   La gare comporte aussi un local pour le trafic des colis, un bâtiment pour le service médical au dessus duquel se trouvent des logements (1), un local toilettes-WC sur les quais (2), un buffet (3) et un poste d’aiguillage pour gérer la circulation des trains en gare (4). (Photos publiées avec l’accord des concepteurs du site sur la cité des Cheminots de Lens : www.cdclens.fr)

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   Voici quelques photos du Buffet de la Gare (dont certaines sont aussi tirées du site sur la Cité des Cheminots de Lens). En haut : le buffet vu de la place et des quais lors de la construction. Puis deux vues de la salle à manger. Sur la troisième ligne : la buvette et la cuisine; enfin le buffet aujourd’hui, façades avant et arrière.

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   La nouvelle place de la gare est aussi agrandie par rapport à l’ancienne : elle s’étale maintenant de la rue de la Gare à la rue de la Paix. La cour des marchandises a été décalée vers l’ouest pour donner plus de place au trafic des bus qui viendront stationner face aux portes de la gare.

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    Initialement prévue le 26 juin, l’inauguration de la nouvelle gare n’a finalement lieu que le 14 août 1927, le même jour que le nouvel Hôtel de Ville.

   Le matin du dimanche 14 août vers 11 heures, les personnalités se retrouvent devant la gare. On y reconnait Emile Basly, le Maire de Lens, Alfred Maës, son premier adjoint, Myrtil Stirn, sous-préfet de Béthune et des représentants de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

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  Les cérémonies commencent par un dépôt de gerbes sur la plaque élevée en l’honneur des cheminots morts lors de la guerre 14-18. Puis, après avoir coupé le traditionnel ruban, les personnalités prononcent des discours dans le hall de gare décoré de draperies rouges et or tandis que des sociétés musicales entonnent l’hymne national sur le kiosque dressé sur la place. Ensuite, tout le monde se rend à pied en cortège jusqu’à l’Hôtel de Ville où continuent les festivités avec un grand banquet , des défilés dans les rues de Lens et une fête de nuit avec un grand bal populaire sur la Place de la République.

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   Les lensois sont heureux : ces inaugurations leur permettent de tourner définitivement la page après cette guerre qui a totalement ruiné la ville.

   Mais leur bonheur est éphémère : douze ans plus tard est déclarée la Seconde Guerre Mondiale. Lens est de nouveau victime de bombardements, les voies ferrées sont visées. Au printemps 1944, les bombardements alliés font de nombreuses victimes et d’importants dégâts mais, si les voies du triage, les locaux et ateliers se trouvant entre ces voies et le poste d’aiguillage n°7 sont pratiquement détruits, les bâtiments de la gare-voyageurs de Lens ne sont pas beaucoup touchés.

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   Cependant, de nombreux dégâts ont été occasionnés du côté du dépôt des locomotives de Méricourt devenu inutilisable. La cité des Cheminots, toute proche, a été cruellement frappée. Le seul bombardement d’avril 1944 (au cours duquel environ 1500 bombes furent larguées) y a tué 214 personnes et blessé plus de 200 dont de très nombreux cheminots.

   Fin 1946, le triage redevient opérationnel. Ce sont alors les années glorieuses pour l’activité de trains de marchandises de la SNCF avec le transport de houille et de ses sous-produits mais aussi de ciment, de verres, d’engrais ou d’autres produits industriels.

   Les lignes ferroviaires qui desservent le gare de Lens sont électrifiées à la fin des années 50 : en octobre 1957, Lens-Ostricourt-Lille; Lens-Arras en mai 1958, la même année que Lens-Don Sainghin; Lens-Dunkerque en janvier 1960.

   La gare en profite pour supprimer ces affreuses potences qui se trouvaient sur les toits et qui servaient à acheminer l’électricité et le téléphone.

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   La SNCF en profite pour moderniser le triage qui est à l’époque l’un des plus grand de la région avec 1500 à 2000 wagons de marchandises par jour. A ce trafic, il faut ajouter la trentaine de trains complets de houille ou de ses dérivés remis par les HBNPC et ses filiales ainsi que par d’autres entreprises locales (Verrerie de Wingles, Laminoirs de Lens, …)

    Ce nouvel ensemble ferroviaire comporte un faisceau de 30 voies de triage, un chantier de visite et de réparation, un autre faisceau de 8 voies pour recevoir et expédier les trains et des voies de circulation électrifiées. Les cinq postes d’aiguillages ont été modernisés pour être adaptés à la traction électrique.

   Pour faire fonctionner ce triage, les équipes de cheminots dirigées par un ‘Sous-Chef de gare de Première Classe’ travaillent en 3×8 et disposent de trois locomotives de manœuvre.

   En 1963, des travaux importants doivent être engagés dans le triage afin de relever les voies suite aux affaissements miniers. Plus de 100 000 mètres-cube de matériaux sont utilisés pour remettre à niveau ces voies dont certaines seront relevées d’un mètre vingt.

  Le 28 décembre 1984, le bâtiment des voyageurs de la gare de Lens fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques.

   Depuis les années 80, l’intérieur de la gare est souvent modifié pour répondre aux  »normes standards » de la SNCF : presque plus de guichets, plus de service bagages-consigne, plus de salle d’attente, les grandes portes rondes sont définitivement closes et beaucoup moins de cheminots le plus souvent remplacés par des machines automatiques. Les fresques d’Auguste Labouret semblent perdues dans cet univers ou tout est de couleurs vives, où tout est ‘tape à l’œil’. Le voyageur ne se délasse plus dans la gare en attendant son train: aujourd’hui, il se précipite, il court sans même un regard sur ce qui reste du travail des artistes qui ont créé cet espace.

2013 interieur

   Autres effets des temps modernes : la cour et la halle des marchandises qui longeaient la rue Jean Lestienne ont totalement disparu pour laisser la place depuis février 2009 à la nouvelle gare routière.

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   Autre évolution un peu surprenante : avant les travaux de rénovation de la place et de la gare routière, le local qui servait de halte au tortillard de la ligne Lens-Frévent était devenu pour un temps et avant sa démolition du bâtiment … une friterie !

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   Le triage aussi a été fermé : l’activité ‘marchandises’ de la SNCF ne correspondait plus aux besoins du monde actuel et coûtait trop cher à l’entreprise. Des tas de traverses usagées rappellent qu’avant, il y avait des voies ferrées à cet endroit. La végétation abondante dans les entre-voies prouve qu’il y a bien longtemps que les pas d’un cheminot ont foulé le ballast.

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    Après l’abandon par la SNCF du trafic de ‘wagons isolés’ (ensemble de wagons de marchandises et destinations différentes rassemblés dans un même train de triage en triage), la seule activité ‘fret’ qui existe encore à Lens concerne des trains entiers et occupe moins d’une dizaine de cheminots.

    Amputé d’une bonne partie de son faisceau, de ses postes d’aiguillages et autres bâtiments, l’ancien triage ne sert aujourd’hui qu’à garer quelques trains de service, rames de voyageurs ou locomotives.

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   La place de la gare devenue Place du Général de Gaule en 1970 est aujourd’hui totalement piétonne. Le parking qui s’y trouvait est maintenant dans l’ancienne gare routière, ‘le quartier des gares’ est en pleine évolution ……

    … Mais le bâtiment a toujours conservé son aspect extérieur original et surprend toujours les voyageurs qui descendent du train pour la première fois en GARE DE LENS.

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La Maison Syndicale de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 12 novembre 2012

Cet article a été écrit avec la collaboration de MM. Bernard Ghienne et Christian Vallez.

La Maison Syndicale de Lens dans Histoire msaujourdhui

   Après la catastrophe des Mines de Courrières qui a fait 1100 victimes, le Syndicat des Mineurs, dit « le Vieux Syndicat » emmené par Emile Basly, Arthur Lamendin et Henri Cadot veut étendre son influence dans le bassin minier en général et la région lensoise en particulier. Mais les cafés et estaminets qui servent de lieu de réunion deviennent trop exigus devant l’augmentation des adhérents.

   Il est alors décidé de construire à Lens un grand édifice qui démontrera à la population et aux directeurs des Compagnies Minières l’importance du syndicat. Il permettra aux mineurs de mieux se faire représenter et se défendre face aux conditions inhumaines imposées par les tout-puissants directeurs des Compagnies.

   C’est à Casimir Beugnet, trésorier du syndicat du Pas-de-Calais, et délégué à la fosse 2 des Mines de Béthune que revient la tâche de trouver l’argent nécessaire à la construction du bâtiment.

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   Il réussit à obtenir des subventions publiques (il faut dire que les grands responsables du syndicat sont aussi des élus municipaux ou des députés) mais aussi de l’argent issu de collectes effectuées auprès des mineurs syndiqués qui étaient près de 30 000 à cette époque. Son épouse tenant un estaminet dans la rue Decrombecque à Lens, il lui est facile de contacter les mineurs .

  En 1910 commence donc, dans la rue du Creusot, près de la place du Cantin la construction de cette immense bâtisse à l’architecture remarquable.

   Elle est inaugurée en octobre 1911 par Emile Basly entouré de tous les responsables du syndicat et de nombreux militants.

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   Le malheureux Casimir Beugnet ne vera pas cette inauguration : il décède subitement le 1er juillet 1910 à l’âge de 49 ans.

   En sa mémoire, le syndicat fait érigé une statue qui est installée au centre du jardin se trouvant dans la grande cour de la Maison Syndicale. Un peu plus tard, la Municipalité décide de débaptiser la rue du Creusot pour lui donner le nom de Casimir Beugnet.

msstatuebeugnet1 dans Lens

  Appelée aussi parfois La Maison des Mineurs du Nord – Pas-de-Calais, l’édifice est un modèle exceptionnel dans sa conception et son architecture. Elle est construite en briques rouges. Les différentes pièces sont disposées sur les deux niveaux de façon totalement symétrique par rapport au hall d’entrée. Au dessus du porche, à l’étage un balcon doit permettre aux orateurs de s’adresser à la foule des mineurs rassemblés jusqu’à la Place du Cantin.

  L’aile droite du bâtiment abrite le syndicat des Mineurs. Les ouvriers viennent y recueillir des renseignements et des conseils sur le fonctionnement des Caisses de Secours ou les aides familiales ou simplement rechercher l’aide du syndicat pour un problème personnel ou professionnel.

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   L’aile gauche est occupée par l’Imprimerie Ouvrière qui diffuse notamment le journal du vieux syndicat ‘Le Réveil’.

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  La rue du Creusot dans laquelle se trouve la Maison Syndicale donne sur la Fonderie Bracq qui disparaitra lors de la guerre 14-18..2

  Centre historique et incontournable des luttes ouvrières des mineurs, point de départ de nombreux cortèges syndicaux, elle est, jusqu’à l’extinction totale de l’exploitation charbonnière, le siège des syndicats de mineurs CGT du Bassin Minier.3

   Survient alors la Première Guerre mondiale. L’occupation allemande puis les combats pour la libération de la ville font que Lens est totalement détruite lorsque la libération arrive enfin. La Maison Syndicale, qui n’a pas échappé au désastre, est entièrement rasée.

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 Pendant la guerre, les réunions du Syndicat ont lieu à Bruay-en-Artois. A la fin des conflits, le Syndicat occupe des locaux provisoires installés sur la Place du Cantin.

   Emile Basly, en tant que Maire de Lens, commence dès 1918 les travaux pour rebâtir la ville. Dans son rôle de responsable syndical, il propose dès 1921 la reconstruction de la Maison Syndicale.

   Lors de la réunion du Conseil d’Administration du Syndicat des Mineurs du 9 avril 1921, il déclare : «Il est absolument nécessaire de désigner un architecte tout de suite afin de procéder rapidement à la reconstruction de notre Maison Syndicale». C’est Jean Goniaux, architecte douaisien, qui est choisi. (Source Gauheria n°76).

  La nouvelle Maison Syndicale, qui est édifiée au même endroit, est quasiment identique à la première.

Elle est reconstruite à partir de 1922. Face à son porche est ouverte la rue Florent Evrard, la reliant directement à la Place du Cantin.

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La similitude des deux bâtiments, voulue par les responsables syndicaux, est frappante : même matériaux, même dimensions, même sculptures. Seuls, quelques points de détails peuvent les différencier : les inscriptions ‘Secrétariat’ et ‘Imprimerie’ de part et d’autre du balcon ont été remplacés par des balustrades, un jardin ‘art-déco’ occupe désormais la cour centrale et le fronton reconstruit n’est pas totalement identique au premier.

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   Les motifs sculptés au dessus du porche marquent la volonté du Syndicat d’afficher sa puissance .

   Les lions, symboles de cette force encadrent des mineurs au travail glorifiant ainsi la force et l’endurance de ces hommes du fond :

  • à gauche, l’abattage au pic et à genoux

  • au centre, le boisage des bowettes

  • à droite, le roulage du barrou

   Au dessus de l’inscription ‘Maison Syndicale’, visible de très loin, une sculpture avec le chiffre 10 : l’année du début de la construction du premier bâtiment.

  L’inauguration a lieu le 16 septembre 1926 en présence d’Emile Basly, d’Henri Cadot et d’Alfred Maës qui est devenu entre-temps Député mais aussi le nouveau Secrétaire Général du Syndicat. Roger Salengro y prononça le discours. Nul doute que ce fut un jour de fête comme on en faisait alors avec grands discours, fanfares et banquet.

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  Entre temps, en 1919, le journal syndical ‘Le Réveil’, toujours imprimé dans cet édifice, est devenu ‘la Tribune du Mineur’ par décision du Conseil d’Administration du Syndicat du 8 juin 1919. (Source Gauheria n°76).

  La salle de spectacles située derrière la maison syndicale et ouvrant sur la rue Emile Zola est construite en même temps. En 1928, les propriétaires du cinéma-théâtre ‘le Casino’ situé rue de Paris proposent de louer la salle pour un loyer de 18 000 francs par an en précisant que le syndicat resterait prioritaire en cas de besoin. C’est une aubaine pour celui-ci toujours à la recherche de fonds.

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  Quelques années plus tard, le bâtiment est transformé en salle de cinéma. ‘Le Cantin’, qui tente de concurrencer l’Apollo. reste un cinéma de quartier avec ses films de série B. Après les évènements de mai 68 et la ‘libération sexuelle’, le Cantin est même connu pour être le premier cinéma lensois à projeter des films à caractère pornographiques. On est loin alors la vocation première de cette salle.

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  Pour faire face à la chute du nombre de spectateurs, il faut transformé la grande salle de 888 places en 5 plus petites. Malgré cela, le cinéma finit par fermer ses portes définitivement dans les années 90.

   Le site est ensuite racheté par un mouvement religieux considéré par certains comme une secte, ‘la Source’, qui modifie la salle afin d’en faire un lieu de culte. C’est cette ‘église’ qui sera à l’origine de la demande de classement du site. Finalement, les locaux sont définitivement fermés avant que le projet n’aboutisse et finissent par se dégrader.

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   La Maison Syndicale a été le centre de tous les conflits du Bassin Minier. Les responsables syndicaux y étaient ‘chez eux’. La photo ci contre démontre la force du syndicat (devenu la CGT depuis la scission de 1948) dans l’entre-deux guerres. On peut y voir tout le groupe de délégués encadrant leur Président Alfred Maës.

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   Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands réquisitionnent le Maison Syndicale. L’attitude des mineurs, qui se mettent en grève en 1941 autant contre les directions des Compagnies que contre l’occupant, leur procure un sentiment de vengeance. De nombreux attentats ont aussi pour auteurs des ‘gens de la mine’, les sabotages dans les fosses ralentissent la production que les occupants voudraient pourtant voir se développer. Les Allemands utilisent la Maison Syndicale comme prison pour les détenus civils de la région.

   Quelques années après la libération, la Maison Syndicale allait encore vibrer sur ses bases. Auguste Lecœur, qui vient de perdre sa place de maire de Lens, battu pas le ‘SFIO’ Ernest Schaffner, est à l’origine d’un important conflit. Les ministres communistes sont évincés du gouvernement, il n’en faut pas plus pour que la CGT déclenche un mouvement de grève nationale dans les charbonnages. Autant politique que revendicative, l’action oppose les mineurs aussi bien au gouvernement qu’aux toutes nouvelles houillères nationalisées. De grands rassemblements ont lieu un peu partout. A Lens, c’est, bien sur, à la Maison Syndicale et dans la salle de spectacle que les grévistes viennent manifester, écouter et ovationner les orateurs.

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   D’autres mouvements suivront comme en 1963 ou plus de 50 000 mineurs en grève se rassemblent à Lens pour manifester contre la politique de désengagement du Général De Gaulle et de son Premier Ministre Pompidou.

   Mais inéluctablement, le nombre de mineurs diminue, le syndicat perd de son influence mais le siège est toujours installé à la Maison Syndicale. Une figure emblématique va y passer une bonne partie de sa vie : Marcel Barrois, Président du Syndicat CGT des Mineurs.

  Le 14 janvier 1997, le bâtiment est inscrit à l’inventaire supplémentaires des Monuments Historiques en raison de son importance sociale.

   Bernard Ghienne, qui siégeait alors à la COREPHA (commission pluripartite chargée d’étudier les demandes de protection et de donner un avis au préfet de région) est chargé, étant lensois, par les services de l’Inventaire de défendre la nécessité d’un classement du site (la maison et l’ex-cinéma).

   Le Secrétaire de l’association Gauheria poursuit : «Le jour de la réunion, au moment où j’allais prendre la parole, un appariteur a informé la commission que le Maire de Lens (André Delelis) souhaitait être entendu. On l’a fait entrer et il s’est assis juste à côté de moi.6

  Pendant une demi-heure, il a développé tous les arguments possibles pour que la Maison Syndicale ne soit pas inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Quand j’ai pris la parole à mon tour, j’ai commencé par “Monsieur le Maire de Lens a tout à fait raison quand il dit que…”, puis j’ai dû remonter la pente : j’ai surtout insisté sur la valeur symbolique et sociale du bâtiment, ne mettant en valeur que l’intérêt artistique du jardin Art-déco qui se trouvait alors dans la cour, devant la statue de Casimir Beugnet. A la fin de mon exposé, le préfet a exigé un vote (procédure rarissime). L’inscription a été acquise par 3 voix de différence ».

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  En 1997 et 1999, le Syndicat CGT effectue des travaux importants de restauration de la Maison Syndicale. La plus visible est la création d’une verrière au dessus de la cour. En 2004, le Syndicat CGT cède la Maison Syndicale à la Région Nord-Pas-de-Calais. Propriétaire, la Région en a laissé la gestion et l’entretien à la CALL (Communauté d’Agglomérations de Lens-Liévin).

  Le bâtiment accueille maintenant un centre d’archives de l’histoire minière mais un travail de sauvegarde des archives doit y être effectué. Marcel Barrois soulignait en 2000 qu’il y était entreposé l’ensemble des numéros du journal syndical :’La Tribune’. Malheureusement, ces vieux journaux sont fragiles. Mal entreposés, à l’humidité, ils périssent.

La Maison Syndicale abrite aujourd’hui les associations «Mémoires & Cultures de la Région Minière» (créée en 1991 et dont le Président fut Marcel Barrois jusqu’à son décès) et «Gauheria» et est le siège du Pays d’Art et d’Histoire de Lens-Liévin. Des expositions temporaires y sont présentées, axées surtout sur l’histoire de la mine et des mineurs.

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   Le 30 juin 2011, lors d’une réunion du Conseil de la CALL, est créée une ‘Maison de Mémoire des Mineurs’ associé au projet ‘Mineurs du Monde’. Celui ci a une triple ambition : un travail de mémoire et d’archives, une prise de conscience et de mobilisation à l’international du bassin minier et une démarche de collecte de ressources pouvant permettre à chacun l’accès à cette histoire.7

    Le site principal de ce projet se trouverait sur le site de l’ancienne fosse 11/19 mais la totalité des archives (contenant plus de 25 kilomètres de documents inédits) serait entreposée dans les bâtiments de la Maison Syndicale et de l’ex-cinéma du Cantin.

   Quelques photos récentes de la Maison Syndicale :

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Maurice GARIN, un champion qui porta haut les couleurs lensoises

Posté par Le Lensois Normand le 19 juillet 2012

    Lorsque j’envisage d’écrire un article sur la carrière cycliste du lensois d’adoption Maurice Garin, je me dis: ‘Quelques lignes, quelques photos et ce sera vite fait!’. Mais au fur et à mesure que mes recherches avancent, je m’aperçois que Garin, ce n’est pas seulement le premier vainqueur du Tour de France. Cet homme a eu une vie sportive et extra-sportive passionnante et pleine d’évènements parfois croustillants.

   Alors, voici, à l’heure où le 99e vainqueur de la Grande Boucle 2012 va être connu et où, en même temps, le vélodrome qui porte son nom à Lens est appelé à disparaître, comment a vécu Maurice GARIN.

Maurice GARIN, un champion qui porta haut les couleurs lensoises dans Histoire MG001

    Maurice Garin est né le 3 mars 1871 à Arvier, commune située à 800 mètres d’altitude dans le Val d’Aoste en Italie. Quatrième d’une famille de neuf enfants et fils d’un laboureur et d’une servante d’hôtel, il eut une enfance misérable.

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    En 1885, la famille Garin décide de quitter ce monde de misère pour aller ‘chercher fortune’ ailleurs. Selon certaines sources, Maurice aurait été recruté alors par un ramoneur français, sa petite taille lui permettant de monter à l’intérieur des conduits de cheminée. Il exerce ce ‘métier’ d’abord en Savoie. Cette profession et sa taille (1.61 m pour 60 kg) lui vaudront plus tard sur les routes de France le surnom de « Petit Ramoneur ». On ne sait comment il atterrit ensuite à Reims en 1886 puis en Belgique. En 1889 à 18 ans, après la mort de son père, il recueille sa mère et ses frères et sœurs et s’installe à Maubeuge.

   Effectuant toujours ses déplacements sur son vélocipède, il se prend de passion pour le sport cycliste. En 1892, un dirigeant du club de Maubeuge le remarque alors et l’invite à s’engager dans une course de 200 km, Maubeuge-Hirson et retour. Garin termine 5ème sur un vieux vélo qu’il a trouvé d’occasion. Cela l’encourage à pratiquer ce sport avec plus d’intensité : il achète une machine neuve pour 850 francs et se lance alors dans la compétition.

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   On crut longtemps que c’est à cette époque que Maurice Garin devient français. Mais en 2004, un journaliste du journal italien ‘La Gazzeta dello Sport’ affirme avoir retrouvé l’acte de naturalisation de Garin qui date de 1901. Cette information s’est ensuite révélée exacte. Les victoires de Garin de la fin du 19è siècle sont donc à mettre au crédit de l’Italie.

   En 1893, il remporte sa première ‘grande course’ avec Dinant-Namur-Dinant en Belgique. Il enchaine avec les 800 kms de Paris au vélodrome des Arts Libéraux. Il s’installe alors à Roubaix où il prend une licence au club vélocipédique de la ville et devient professionnel dans l’équipe de la marque de cycles ‘La Française – Diamant’ à qui il restera fidèle toute sa carrière.

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    Aussi à l’aise sur piste que sur route, sa carrière cycliste s’envole avec de nouveaux succès en 1894 : le Grand prix d’Avesnes-sur-Helpe, Paris-Saint Malo et, sur piste, les 12 heures de Paris et les 24 heures de Liège. Il est sélectionné pour le match France-Belgique des 500 km à Bruxelles où il contribue largement à la victoire tricolore en étant le seul coureur à ne pas mettre pied à terre pendant toute la course.

   L’année 1895 commence dès janvier avec une course de préparation de100 km au vélodrome de l’Est de Paris où il termine 3ème. Il devient le 4 février le nouveau recordman du Monde des 500 km derrière ‘entraîneur humain’ en 15 h 02′ 30 ».

   Il enchaine par deux victoires aux 24 heures de Paris sur le vélodrome des Arts Libéraux puis au vélodrome d’Hiver où il réalise 701 km en 24 heures malgré la pluie et une température hivernale. Un journaliste de l’époque conclue son article ainsi: ‘Il est venu beaucoup de monde … pour faire une chaleureuse ovation aux vainqueurs, Garin a même été porté en triomphe’. Il est maintenant reconnu comme un grand champion.

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   Puis retour sur la route avec de nouvelles victoires dans Lille-Boulogne, Lille-Calais et Guingamp-Morlaix-Guingamp.

   En 1896, après avoir remporté de nouvelles épreuves comme Liège-Thuin, Tourcoing-Béthune, Paris-Le Mans ou Douai-Doullens-Douai, il se présente au départ du premier Paris-Roubaix qui se déroule ‘derrière machines multiples ou bicyclette‘ (terme du règlement de l’époque). Encore en tête à Seclin, il se fait reprendre et termine 3ème derrière Fischer et Meyer.

   Il se console sur les 252 km du ‘Paris-Mons’ qu’il gagne en 10h 23′ devant Frédérick.

   La première grande victoire qui le fera admettre définitivement parmi les ‘Forçats de la Route’ sera la seconde édition de Paris-Roubaix en 1997.

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  58 coureurs (dont 32 professionnels) se présentent au départ à 6h15 de la Porte Maillot à Paris sous une pluie battante. A  Doullens, il compte 25 minutes de retard sur un duo composé de Cordang et Frederick. Connaissant parfaitement le secteur et très à l’aise sur les pavés, il rejoint les deux hommes et se présente avec le seul Cordang sur la piste du Vélodrome de Roubaix où 6 tours de piste sont à accomplir. Son adversaire chute à quelques centaines de mètres de l’arrivée et c’est en roue libre, sous les ovations des spectateurs, que le ‘régional’ Garin remporte l’épreuve en 5h 13′ 5 ».

   Cette année là, il gagne deux autres courses nationales : Paris-Royan et Paris-Cabourg.

   En 1898, il est Président d’Honneur du club ‘La Pédale Roubaisienne’. Devenu plus routier que pistard, il se concentre sur de grands objectifs en se préparant dans des courses locales qu’il remporte aisément comme Valenciennes-Nouvion ou Douai-Doullens-Douai.

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   Un article de presse de 1898 relate que lors de l’épreuve des 48 heures de Roubaix, Garin a remporté le ‘record gastronomique’ à défaut de la course. Le journaliste écrit : ‘Il a boulotté en 24 heures 21 côtelettes, plusieurs kilos de riz, quelques omelettes, le tout additionné d’eau de Vichy et de bols de thé’.

  Ce ‘régime’ pas très diététique ne l’empêche pas de triompher de nouveau dans Paris-Roubaix en 3h 58′ 16 » et avec 29 minutes d’avance sur le second, Stéphane.

  Lors de l’arrivée de Garin au vélodrome de Roubaix; la toiture de la buvette s’est effondrée sous le poids d’une centaine de personnes qui s’y était installée pour voir l’arrivée. Il y eu une douzaine de blessés dont certains grièvement.

  Quelques semaines plus tard, il s’attaque pour la première fois à cet énorme morceau qu’est le ‘Bordeaux-Paris’ où il termine second derrière Rivierre. Son bon appétit est de nouveau mentionné dans cette dépêche de l’époque: ‘Garin, minuit treize, est tombé peu avant Angoulème. S’arrête, mange des œufs puis repart’.

  1899 voit de nouvelles victoires pour Maurice Garin : Tourcoing-Béthune et les 24 heures de Paris où il accomplie au Parc des Princes 684 kms. Il finit second du Bol d’Or au vélodrome Buffalo de Paris.

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   1900, l’année du nouveau siècle, il ne gagne pas de grandes courses mais obtient tout de même quelques places d’honneur :2e de Bordeaux-Paris (qu’il termine à moins d’une minute du vainqueur J.Fischer) et du Bol d’Or et 3e de Paris-Roubaix.

   Il abandonne peu à peu la piste (qu’il ne rejoint que pour des besoins ‘alimentaires’) pour mieux se consacrer aux épreuves sur route. Devenu donc français, il fait un triomphe dans le Paris-Brest-Paris de 1901. 25 coureurs professionnels et 114 ‘touristes-routiers’ prennent le départ le 16 août à 4h 53.  Garin arrive au Parc des princes le 18 peu après 9 heures alors que tout le monde ne l’attend qu’à partir de midi.

   Il racontera lui-même à un journaliste que lors de cette course, il faillit abandonner entre Saint-Brieuc et Guingamp lors qu’il se trouva face à un troupeau de vaches encadré par deux voitures ‘sans lanterne’. Emporté par son élan, il se retrouva au milieu des bovins qui, effrayés, faillirent le renverser et le piétiner.

   Il chute de nouveau à quelques encablures de l’arrivée et entre sur le vélodrome du Parc des Princes avec un cuissard déchiré et une belle plaie au genou gauche.

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   Maurice Garin gagne en 52h11′, battant Gaston Rivierre de 1h55. Hippolyte Aucouturier, le Suisse Michel Frédérick et l’Américain Charly Miller terminent dans cet ordre. Une fois passé la ligne, il reçoit le bouquet du vainqueur des mains de l’une de ses sœurs.

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    C’est après cette course que Maurice Garin annonce qu’il quitte Roubaix pour s’installer à Lens où il va se remarier.

   Il a prévu que les gains ramassés lors de ce Paris-Brest-Paris (20 000 francs) vont lui permettre d’ouvrir un commerce de cycles dans la cité artésienne.

   Mais bien que sous contrat avec ‘La Française’, il a fait appel à un autre sponsor qui lui assure assistance nourriture et soigneurs pour moins cher. ‘La Française’ menace de lui intenter un procès et demande 25 000 en dommages et intérêts. Finalement, un accord est trouvé à l’amiable et Garin reste sous contrat avec son équipe initiale et la représentera dans son magasin de Lens.

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    C’est aussi à partir de cette épreuve que des suspicions apparaissent le concernant. Il faut dire qu’à l’époque, de nombreuses ‘tricheries’ entachent la réputation des courses cyclistes. Il est de notoriété publique que certains coureurs usent de divers stratagèmes pour améliorer leurs performances. Point d’EPO ou de transfusions sanguines à l’époque, les tricheries sont plus ‘rudimentaires’. Les coureurs ne sont pas suivis pendant tout le trajet; seuls certains points de contrôle attestent de leur passage. Dans les grandes courses, ces contrôles sont si éloignés les uns des autres que des coureurs font parfois une partie du chemin en voiture ou même en train en faisant faire le trajet en vélo par un cycliste leur ressemblant physiquement. Les ‘remorquages’ par voitures ou engins motorisés sont aussi très courants.

   C’est donc le second de ce Paris-Brest-Paris, Rivierre, qui va porter réclamation contre Garin. Prenant pour témoin un commissaire de course, il accuse le nordiste de s’être accroché longuement à une voiture et d’avoir fait rouler son jeune frère César à sa place pendant un long trajet.

   Jugeant la déclaration du commissaire peu précise et sans preuve, la Commission Arbitrale ne modifiera pas l’ordre d’arrivée de cette course.

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    En 1902, il quitte donc sa femme et ses 5 enfants pour s’installer à Lens et se remarie. Son frère César, né en 1879, le rejoint quelques années avant de partir à Wattrelot. César est aussi coureur cycliste (il remportera quelques places d’honneur sur Paris-Roubaix notamment) et ‘monte d’ordinaire le tandem à pétrole qui ‘tire’ son frère ainé’ selon la presse de l’époque.

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    Cette année là, le Petit Ramoneur remporte Bordeaux-Paris en 19 heures 41′ 20 » à une moyenne de 30km/h et avec plus d’une heure d’avance sur le second, Lesna. Il peut même se permettre de s’arréter à plusieurs reprises pour se restaurer.

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   C’est donc tout naturellement qu’il s’engage pour le premier Tour de France, course cycliste créée par le journal ‘L’Auto’ dont le directeur-rédacteur en chef de l’époque, Henri Desgrange en devient organisateur. En préparation, quelques jours avant, le néo-lensois a disputé une course aux points au vélodrome d’Aix-les-Bains.

   Sur le Tour. il porte le brassard numéro 1. Le 1er juillet 1903 le départ de la course est donné à Montgeron, devant le café-restaurant ‘le Réveil Matin’.

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    Les coureurs prennent la destination de Lyon à 15h16. Garin, capable de rouler deux cents kilomètres sans boire ni manger, écœure ses rivaux dès la première étape en effectuant un Paris-Lyon de 467 kilomètres en 17 heures et 45 minutes.

   Il remporte les deux dernières étapes entre Bordeaux et Nantes le 13 juillet, puis entre Nantes et Paris le 18 juillet et s’adjuge le Tour après avoir parcouru 2 428 km, à la vitesse moyenne de 25.679 km par h. Son avance est de 2 heures 49 sur le deuxième Pothier, ce qui reste à ce jour le record du Tour. Sur les 60 partants, seuls vingt-et-un coureurs sont à l’arrivée; le dernier classé a pour nom Millocheau et termine à … 64 heures et 57′ de Garin.

   L’épreuve s’achève au Parc des Princes où les coureurs terminent ce que l’on appelle pas encore ‘La Grande Boucle’ par un tour d’honneur et une remise des prix (les gains du lensois s’élèvent à 6 075 francs). 20 000 spectateurs sont présents pour acclamer Maurice GARIN et ses suivants.

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Maurice GARIN avec son soigneur et l’un de ses fils

   Le 25 juillet, de retour à Lens, où il tient depuis plusieurs années un magasin de cycles (située dans l’actuelle rue René-Lanoy), il est accueilli à sa descente de train par plusieurs milliers de personnes qui défilent avec lui dans la ville. Il est reçu à l’hôtel de ville par le maire, Émile Basly.

   Aucun autre résultat marquant n’enrichit son palmarès cette année là. Sa meilleure place sera 4è de la course Toulouse-Bordeaux.

  En 1904, Garin effectue un début de saison plus que discret. Bien qu’inscrit, il ne prend pas le départ de Paris-Roubaix. A 33 ans, se concentre t-il sur le Tour de France ?

  Bien préparé, le héros lensois, est encore le plus fort du peloton dans ce Tour : une étape et le classement général. La rivalité est aussi plus intense, Lucien Pothier, son second et coéquipier à ‘La Française’ n’est qu’à 3 mn 28 sec, le troisième est ‘le petit frère’ César à 1 h 51′.

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   Ce Tour a été l’objet de nombreux incidents dus à la passion naissante pour cette épreuve et au chauvinisme de certains. A Lyon, les coureurs sont attaqués à jets de pierre et gourdins par les ‘supporters’ du champion local André Faure. A Nîmes, le régional F. Payan ayant été disqualifié, la foule inonde la route de milliers de clous ! (Ça ne vous rappelle pas certains faits récents ?). Des bruits courent selon lesquels les dirigeants de ‘La Française’ n’ont pas apporté uniquement une aide matérielle à leurs coureurs (les frères Garin et Pothier) …..

   Le 2 décembre après de multiples réclamations, comme ses trois suivants au classement, Garin est disqualifié par l’Union Vélocipédique de France pour tricherie. C’est donc, Cornet, initialement 5e à près de 3 heures de Garin qui figurera au Palmarès du Tour de France.

   Plusieurs coureurs sont suspendus à vie dont Pothier. Garin écope de deux ans. Cela sonnera la fin de sa carrière malgré une tentative de retour lors d’un Paris-Brest-Paris en 1911 à l’âge de 40 ans (il terminera 10e).

   En 1905, il quitte Lens pour ouvrir un commerce de cycles à Chalons-Sur-Marne mais fait rapidement faillite et revient dans la capitale du Pays Minier où il ouvre au 21 Rue de Lille (rue Lanoy aujourd’hui) un magasin de ‘vélocipèdes et de machines à coudre’. Quelques années plus tard, il est propriétaire d’un garage au 116 Route de Lille qu’il nomme ‘L’Economique’.

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   Victime des bombardements, le garage sera détruit pendant de la Seconde Guerre Mondiale mais l’ex-petit ramoneur le fera reconstruire au même endroit et le tiendra jusqu’à sa mort.

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   Le dimanche 16 août 1908, l’ex-champion est l’organisateur d’une course Douai-Lens-Douai appelée le Grand Prix Garin. Il offre au 1er amateur de la course montant une bicyclette ‘Maurice Garin’.une prime de 30 francs.

   En 1911, les organisateurs de Paris-Roubaix ne l’oublient pas. Le 3 avril, la célèbre course passe par Lens où un point de contrôle est installé au Café des Sports, rue de Lille, un établissement qui appartient également à Maurice Garin. La presse annonce que ce point de contrôle sera ouvert de midi à …. minuit et demi !

  Lors de la première guerre mondiale, il est mobilisé mais cela ne l’empêche pas, bien qu’à cours d’entraînement, de courir quelques épreuves de vétérans comme ‘Le Critérium des Ancètres’ en 1917 sur 50 km autour de Saint Germain en Laye.

   Toujours passionné de cyclisme, il donne le départ du Paris-Brest et retour en 1921 et en 1923, on le retrouve dans la banlieue parisienne pour une course de 100 km appelée :’Les Critérium des Vieilles Gloires’ organisé par le journal ‘l’Echo des Sports’.

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   En 1936, il est aussi au départ de la course Paris-Lens qui sera remportée par Roger Schoon et dont l’arrivée se trouve sur la piste du vélodrome de l’Avenue de Liévin construit quelques années plus tôt sur décision de la Municipalité d’Alfred Maës.

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  L’ ex-petit ramoneur crée après la Seconde Guerre une équipe à son nom qui porte les couleurs rouge et blanche. Le Néerlandais Piet Van Est appartient à cette équipe lorsqu’il remporte les Bordeaux-Paris de 1950 et 1952.

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   En 1953, il est l’invité du Cinquantenaire du Tour de France. Il est à Montgeron pour une reconstitution du départ de 1903. Puis à l’arrivée à Paris où, près un tour d’honneur au Parc des Princes et une série de photos avec le vainqueur de l’année Louison Bobet, Garin signe des autographes où il écrit : ‘Maurice Garin, vainqueur des Tours de France 1903 et 1904′, démontrant ainsi qu’il n’a jamais accepté son déclassement lors de la seconde édition.

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   La fin de vie de Maurice Garin ne semble pas avoir été facile pour lui et ses proches. Est ce suite au décès de son frère en 1951 puis de sa dernière épouse Désirée en 1952 que, selon certaines sources, il serait ‘devenu fou’ et errerait certaines nuits dans les rues de Lens ‘à la recherche du commissaire de course’ ?

   Il meurt à Lens le 19 février 1957 à l’âge de 86 ans. Il est inhumé dans le tombeau familial au cimetière est.

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    Le 31 janvier 1964, lors d’une réunion de Conseil Municipal, la proposition du Député-Maire Ernest Schaffner de donner au stade-vélodrome de l’Avenue Alfred Maës le nom de Maurice Garin est adoptée.

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   Lors du centenaire du Tour de France, en 2003, l’épreuve passe par Arvier, son village natal où un monument en son honneur est érigé et La Poste française émet un timbre de collection le représentant.

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  Beaucoup d’honneurs pour celui qui n’a jamais accepté avoir été sali un certain 2 décembre 1904!

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Le cimetière militaire allemand de LENS-SALLAUMINES

Posté par Le Lensois Normand le 11 juin 2012

Préambule : Cet article a été rédigé avec des informations reçues :

  • du dossier GAUHERIA n° 7 ‘Dans la fournaise de Lens 1915-1917, journal du Notaire Léon Tacquet’

  • de la revue GAUHERIA n° 71 de décembre 2009 consacrée au Cimetière Est de Lens (écrit par Christophe Lefèvre)

  • de mon ‘excellent’ traducteur franco-allemand Siegfried

  Très peu connu des lensois, le cimetière militaire allemand de Lens-Sallaumines qui se trouve derrière le Cimetière-Est, Route de Douai contient 15.646 corps de soldats germaniques. Créé en 1915 par les troupes allemandes qui avaient pris leurs quartiers à Lens, il est d’abord appelé  » Cimetière de Lorette » car c’est là qu’a été inhumée la plupart des soldats tombés au cours des combats menés sur les hauteurs de Lorette. Sont venus ensuite s’ajouter les morts au combat de toute la région de Lens.

Le cimetière militaire allemand de LENS-SALLAUMINES dans Histoire CA1001-1024x651

   Au début de la première guerre, les Allemands enterrent les corps des militaires tués au combat sur les pentes de Lorette mais devant leur nombre croissant, une fosse commune est ouverte au cimetière de Lens. Le 11 février 1915, il y a là entre 200 et 300 cadavres.

    Dans son journal édité par l’association GAUHERIA sous le titre ‘Dans la Fournaise de Lens’, Léon Tacquet, notaire et gendre du Directeur des Mines Elie Remaux, relate que le 12 avril 1915, un officier allemand le convoque pour lui annoncer que, sur ordre du Commandant du XIVème Corps d’Armée, les autorités occupantes réquisitionnent un terrain de 1,7 hectare lui appartenant aux Marais pour y installer un cimetière militaire. ‘Réquisitionner’ est bien le verbe à employer car, malgré les promesses faites par le Commandant, ce terrain ne sera jamais payé, du moins pendant tout le temps que durera la guerre. Grand éleveur et propriétaire de chevaux, Tacquet posséde également un grand haras (à l’emplacement où se trouve aujourd’hui le Lycée Condorcet) qui est aussi réquisitionné pour y loger les troupes et les chevaux de l’armée allemande.

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  A partir du printemps 1915, les soldats allemands ont donc leur propre cimetière. Il faut dire que le nombre de tués devient de plus en plus important et qu’aussi bien les Français et les Allemands ne veulent en aucun cas la promiscuité des tombes. Des ‘brigades’ allemandes sont spécialement chargées de ramasser les corps après chaque assaut.

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  Le 4 mai, l’officier allemand chargé du cimetière rencontre de nouveau Léon Tacquet et lui annonce qu’il ‘prend’ 16 ares de plus de terrain pour y faire ‘une petite forêt afin d’avoir de l’ombre pour visiter les morts‘.

   Il faut dire que la plupart des cimetières militaires allemands se fondent littéralement avec la nature dans la plus pure tradition de la mythologie germanique héritée des peuples scandinaves. La tombe individuelle est préférée aux ‘fosses communes’. La tradition veut que ces cimetières soient implantés près de bois ou de forêts afin que les arbres protègent les morts. Lorsque la présence d’un arbre interrompt une rangée de croix, on n’abat pas l’arbre. On déplace simplement les croix de quelques mètres. Le cimetière de Lens-Sallaumines n’échappe pas à la règle.

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 Le 13 juin 1915, une statue représentant l’Archange Michel est érigée dans l’allée centrale. Elle porte cette inscription en allemand : ‘Aux héros tombés glorieusement pendant les luttes autour de Lorette – La 28ème division d’infanterie’. Léon Tacquet qui trouve la statue ‘teutonne, lourde et massive’ signale qu’à cette date, il y a déjà 1900 tombes allemandes.

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  Cette statue, dessinée en Allemagne par un professeur de sculpture, a été a été construite à Lens même par des ouvriers d’une marbrerie locale, certainement la Maison Liénard.

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  En octobre, près de 4000 morts sont au cimetière. L.Tacquet rapporte que tous les jours, on en apporte 50 ou 100 de plus. Les cadavres, amenés par chariots entiers, sont déversés dans le champs voisin avant d’être mis dans des cercueils rudimentaires (certains sont fait avec les portes des WC de corons des cités minières) puis enterrés. En novembre, le Chef de Corps d’Armée convoque Emile Basly, le Maire de Lens, Elie Remaux, Léon Tacquet et d’autres notables de la ville pour assister à l’inauguration d’un nouveau monument au cimetière allemand.

  Le 14 mai 1916, c’est le 4ème Régiment de hussards du royaume de Bavière qui ‘remet officiellement un monument à la gloire de ses héros morts au combat aux autorités municipales’. Ainsi, Basly, Remaux, Tacquet et les autres furent ‘promptement invités‘ par le Général en Chef à déposer une gerbe au pied de cette stèle.

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  Le 2ème régiment de Grenadiers de la région de Bade (aujourd’hui Bade-Wurtemberg) aura aussi le sien avec comme épitaphe : ‘A ses héros tombés près d’Ablain et sur Lorette – le 2ème régiment de grenadiers de Bade, «empereur Guillaume 1er».

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   Selon la tradition allemande de l’époque, de nombreux autres monuments seront aussi érigés. Presque toutes les unités combattantes auront le leur comme le IVème Corps d’Armée ou le 42ème Régiment d’Infanterie.

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   A partir de janvier 1917, les Allemands interdisent l’accès aux cimetières de la Route de Douai aux civils français, Les bombardements incessants rendent l’endroit très dangereux. En avril, la ville est évacuée. Mais les combats continuent encore pendant plus d’un an. Le 3 octobre 1918 Lens est libéré mais il ne reste que des ruines. ‘Lens est rasé de fond en comble, pulvérisé : tout est à rebâtir, depuis le plus bel édifice jusqu’à la plus modeste habitation‘ écrira Alfred Buquet dans son ouvrage ‘Lens, son passé, ses houillères’. Le cimetière-est et sa partie militaire allemande n’ont pas échappé à l’anéantissement.

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   1919 est signé le Traité de Versailles entre les Alliés et les dirigeants allemands. L’article 225 de ce traité stipule :  »Les Gouvernements alliés et associés et le Gouvernement allemand feront respecter et entretenir les sépultures des soldats et marins inhumés sur leurs territoires respectifs. ». Les autorités françaises font donc remettre en état le cimetière.

    En 1926, après un accord passé avec les autorités militaires françaises, le «Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge» (Commission allemande des sépultures de guerre qui est une association privée) entreprend la reconstruction et l’entretien du cimetière militaire. Celui ci est entièrement repensé : fini les statues imposantes, le nouveau cimetière sera plus humble, plus discret. Pour marquer les tombes individuelles, le VDK utilise des croix de bois portant une plaque de zinc. Sous l’impulsion de son créateur, le Docteur Siegfried Emmo Eulen, outre l’entretien des sépultures le VDK entend, dans sa mission, travailler dans la coopération internationale et œuvrer pour des objectifs de Paix.

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   A Lens, les croix en bois sont remplacées par d’autres en petit granit belge en 1977 et le cimetière totalement réaménagé. A l’extrémité, un mur composé de pierres de granit suisse forme un fond quasi-uniforme à l’ombre de quelques ifs. Les tombes comportent en général deux noms, quelques unes portent l’étoile juive, très rares sont celles qui sont fleuries.

   J’ai visité ce cimetière il y a quelques semaines; Voici donc quelques images récentes du ‘Deutscher Soldatenfriedhof 1914-1918‘ de Lens-Sallaumines.

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   Une simple barrière en fer forgé sépare les cimetières militaire allemand et civil français. La sobriété a remplacé le sentiment de puissance que représentaient les imposants monuments. Seule, une plaque métallique située à même le sol a l’entrée rappelle qu’ici sont inhumés 15 646 jeunes gens morts pour l’ambition et l’idiotie de certains hommes, donc morts pour rien !

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  Au cimetière militaire allemand de Lens-Sallaumines, est enterré le plus jeune engagé de toute la Grande Guerre. Paul Mauk, qui voulait devenir médecin «pour soulager les hommes et rendre service». Il n’avait que 14 ans lorsque le 6 juin 1915, une balle perdue lui a arraché l’avant-bras et a mis le feu aux munitions qu’il portait sur lui. Il est mort le lendemain, «sans une plainte». Paul Mauk était le sixième d’une famille de huit enfants. L’histoire de la vie et de la mort Paul Mauk a été rapportée dans un article de l’Echo du Pas de Calais en octobre 2008 que l’on peut consulter sur Internet : http://memoire.pas-de-calais.com/images/pdf-nationalites/allemands.pdf .

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Guislain Decrombecque, Défricheur de la plaine de Lens

Posté par Le Lensois Normand le 10 juillet 2011

   Qu’évoque le nom de Decrombecque pour les lensois d’aujourd’hui ? Une rue qui donne sur le Boulevard Basly pour beaucoup ? Une statue qui se trouvait Place du Cantin avant la première guerre pour quelques uns ? Mais très peu connaissent la véritable histoire de Guislain Decrombecque, le défricheur de la plaine de Lens.

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  Au début du 19ème siècle, Lens n’était qu’un petit bourg d’environ 2500 habitants, essentiellement rural ne vivant que par la culture de quelques céréales. La terre est pauvre autour de la ville. Ne dit on pas alors : «Quand un lièvre veut traverser le riez (nom donné à la plaine de la Gohelle), il doit garnir sa besace». Guislain Decrombecque a trois ans au début du siècle: il est né à Lens, rue des Sans-culottes le 17 décembre 1797 (le 28 frimaire de l’an VI comme le disait alors le calendrier révolutionnaire).

  Vers 1810, son père, Maître des Postes, lui ordonne de quitter le lycée où il est pensionnaire pour rejoindre l’entreprise familiale. Dès 1816, il prend la suite de l’activité, hébergeant ainsi les voyageurs et soignant les chevaux faisant escale dans ses écuries. Il s’occupe également de la petite exploitation agricole.

  A son mariage en 1821 avec Sabine ROUSSEL, Lensoise d’origine et fille d’un marchand de vin, il possède 75 ares de labour du côté de la Route de Douai, près de la Deûle. De ce mariage naîtront 10 enfants. En 1932, il cesse son activité de Maître des Postes, celle-ci déclinant avec l’arrivée du chemin de fer et se consacre exclusivement à l’agriculture. ‘Ils seront un jour millionnaires‘ disait du couple le père Decrombecque. La ferme se trouve derrière l’église Saint Leger, à l’angle des actuelles rues Diderot et de Varsovie.

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   Pour se développer, Guislain Decrombecque a besoin de terrains. Dès 1832, il lorgne sur le cimetière de Lens situé près de l’hospice et mitoyen à ses terres. Pour cela, il entre en conflit avec la municipalité d’alors et use de divers stratagèmes comme écrire au préfet pour dénoncer l’insalubrité des lieux et le risque de contamination. En 1841, Decrombecque perd ce conflit : l’hospice devient le propriétaire du terrain et le cimetière est déplacé à son emplacement actuel Route de Douai. (Voir sur ce sujet, l’excellent dossier de Gauheria n°71 de décembre 2009 : Le cimetière de Lens de Christophe Lefevre).

  En 1836, jugeant qu’il faut joindre l’industrialisation à la production et constatant le nombre grandissant de sucreries dans le Pas de Calais (18 en 1828, 103 en 1838), il en ouvre une à Lens qui peut traiter 175 tonnes de betteraves. Betterave d’ailleurs qu’il utilise au maximum, recyclant les feuilles, la pulpe et la mélasse qu’il mélange au fourrage pour nourrir ses animaux. Il ne cessera d’élargir ses activités. A sa ferme, il ajoute alors plusieurs ateliers et industries annexes. En 1868, il possède : la sucrerie, une distillerie, un moulin à farine, un atelier de maréchal ferrant, une boucherie, un four à chaux, une briqueterie, etc…).

Grand cultivateur, il entreprend d’assécher les marais autour de Lens. Il utilise des méthodes nouvelles et audacieuses pour l’époque (utilisation d’engrais conçu sur place avec des cendres de houilles, de l’argile, des terres des dépôts de betteraves, du tourteau, du sang des abattoirs, et même des «déjections solides et liquides provenant du personnel de la ferme et de la sucrerie» selon le rapport de MM. Payen et Pommier à la Société Nationale d’Agriculture en 1849). En peu de temps, la terre stérile des marais lensois devient une terre riche et excellente pour la culture. Il modifie les règles de l’assolement, il laboure plus profond. Sa notoriété va grandissant et il est surnommé : « Le défricheur de la plaine de Lens« . Il est très souvent cité ou pris en exemple dans de nombreuses revues agricoles, vétérinaires ou chimiques tant pour ses méthodes de culture que pour la qualité de son élevage.

   Pour cela, il trouve facilement de la main d’œuvre : Lens n’est pas encore le Pays Minier qu’il deviendra. ‘Des hommes inoccupés encombrent nos villes tandis que nos campagnes manquent de travailleurs‘ (rapport de Payen et Paumier). Il emploiera jusque 2000 ouvriers pour l’ensemble de ses activités (culture et dérivés). Ouvriers et ouvrières qu’il sait récompenser ou punir. ‘M. Decrombecque surveille lui-même très attentivement tous les travaux dans ses fermes et ses fabriques. Il examine comment chacun exécute ses ordres… Dans ses visites à des heures différentes, on le voit noter avec soin tout ce qu’il observe. Il signale à leur intention tout ce qu’il remarque d’utile ou de défavorable. Lorsqu’on assiste à la paie, à mesure que chaque ouvrier -homme, femme, enfant- se présente pour recevoir le fruit de son travail, on remarque chez les uns une certaine inquiétude, chez les autres un air de satisfaction… C’est qu’effectivement, chez M. Decrombecque, une uniformité n’existe pas dans les salaires : ceux qui ont rendu service sont notés et leurs efforts se résument à la fin de la quinzaine en deniers comptans’ (La Revue des Deux Monde, tome 1-1856). Cette paie au mérite ne plaira pas, bien sur, à tout le monde à tel point que le ‘Journal Syndical’ de tendance anarchiste le surnommera ‘l’Exploiteur Agricole’.

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  Le 10 septembre 1846, dans une conjoncture politique très perturbée, Guislain Decrombecque devient Maire de Lens, succédant ainsi à son grand-père (Maire de la ville en 1793). Il conservera ses fonctions 19 ans (jusqu’au 29 septembre 1865). C’est le tout début de l’ère du charbon à Lens avec l’arrivée de nombreux ouvriers qui ne tardent pas à se fédérer. En 1849, il adhère dès sa création à ‘l’Association du Pas de Calais contre la propagande socialiste’. La même année, il reçoit la médaille d’Or de la Société Nationale d’Agriculture.

  Le 7 novembre 1849, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Il sera élevé au grade d’Officier le 29 décembre 1867, sa rosette lui sera remise par l’Empereur lui-même.

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  L’an 1852, c’est à la fois le rétablissement de l’Empire et la création des Mines de Lens. Decrombeque voit Lens s’agrandir à une vitesse vertigineuse, de nombreux chevalets apparaître tout autour de la ville et le nombre des administrés explose (2500 en 1846, 5700 en 1865) car de nombreux ouvriers sont attirés par cette nouvelle activité qu’est l’exploitation charbonnière.

  En 1853, la notoriété de Guislain Decrombecque est telle que le poète artésien Frumence Duchemin compose en son honneur une ode intitulée ‘Le Roi de la Plaine’ qui est publiée dans le journal ‘Le progrès du Pas de Calais’. (source ‘Lens de A à Z’ de Jérôme Janicki aux Editions Allan Sutton)

  Le 23 Novembre 1854, la Cour Impériale de Douai, jugeant en appel, condamne G. Decrombecque à payer 60 000 francs de l’époque de dommages et intérêts à un certain Lefebvre, pour non respect d’un contrat de vente de mélasse de betterave. Ceci ne l’empêchera pas d’être confirmé à son poste de Maire par Napoléon III en 1860.

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  En 1855, à l’exposition universelle de Londres, il est reconnu comme l’un des meilleurs agriculteurs français et reçoit le Grand Prix d’Honneur.

  En 1856, le ‘Journal d’agriculture pratique‘ par un reportage d’un certain Bouscasse vante les méthodes de l’agriculteur lensois pour nourrir son cheptel par un système de nourriture fermentée et hachée à base de fourrage broyé mélangé à de la mélasse de betteraves. Un schéma du bâtiment et un plan des cuves illustrent cet article dans lequel il est précisé que Decrombecque n’achète que des chevaux de trait «malades et poussifs» et qui, grâce à cette méthode, les remet sur pied en mois de 3 mois

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   Vers 1858, il est l’un des premiers en France à introduire le labourage à vapeur. Pour cela, il n’hésite pas à acheter ses engins à l’étranger (un rouleau brise-mottes en Angleterre, une herse en Norvège …). mais il utilise aussi des machines imaginées par lui, fabriquées et réparées dans ses ateliers comme les rouleaux dentés de différentes tailles selon le type de labourage désiré ou le plantoir à betteraves ci-dessous.

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  En 1859, son exploitation représente 250 hectares répartis sur 16 communes, 25 chevaux de trait et 30 boeufs de labour 300 vaches d’élevage 200 à 400 moutons.

  En 1861, c’est le décès de son épouse Sabine. ‘Une ménagère laborieuse, intelligente, douce aux serviteurs mais exigeant de chacun le devoir, et en donnant l’exemple’ (Journal du droit administratif 1860).

  En 1862, il reçoit la Prime d’Honneur du Département décernée par l’Empire. A cette époque, il cultive surtout la betterave (184 hectares), mais aussi le blé (85), l’avoine (50) et l’orge (14) aux quels il faut ajouter 19 hectares de prairies. Dans son rapport à l’empereur, le Ministre de l’Agriculture, Eugène ROUHER, conclue : «Chez Monsieur Decrombecque, le cultivateur intelligent se complète pat l’industriel habile».

  En 1865, après les élections qui ont vu la lourde défaite du gouvernement mis en place par Napoléon III, il crée avec François Brasme, député et propriétaire de la sucrerie de Bully-Grenay ‘Le cercle agricole du Pas de Calais’ (association républicaine) dont le but est ‘d’unir les forces agricoles de ce département‘ (Bulletin de la Société des Agriculteurs de France 1869).

  En 1867, il écrit dans «La Gazette du village» un article vantant les mérites des ‘cultures en billons’. Pour illustrer son article, il publie un dessin de ses semoirs et de la herse qu’il utilise.

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  C’est cette année là que Guislain Decrombecque verra son travail récompensé et sa notoriété atteindre son apogée. A l’Exposition Universelle de Paris où il présente son matériel, il est désigné Premier Agriculteur du Monde et reçoit le Grand Prix International d’Agriculture. Pour cela, on lui décerne un objet d’art créé par le sculpteur Charles Gumery : ‘L’Agriculture Glorieuse’.

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  En 1868, il s’étend sur 450 hectares. Outre la Ferme de Lens, (située entre la Route de Douai et la rue Etienne Dollet), il en exploite 4 autres : l’ex-ferme Rohart à Avion, Le Bois Rigaut, Le Bois de Lens et la ferme de la Folie à Vimy. À Béthune, lors d’un banquet organisé en son honneur, le Préfet prend la parole pour lui adresser des louanges.

  En 1869, il reçoit la Prime d’honneur des fermes écoles lors du concours national.

  1870, c’est la guerre entre la France et la Prusse. Pour palier au manque de numéraires, Decrombecque émet des billets de confiance qu’il garanti par des placements effectués dans une banque de Bordeaux. Sa monnaie est acceptée par les commerçants de Lens et des environs.

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    A la fin de l’année 1870, alors que le pays est toujours en guerre, Guislain Decrombecque s’éteint dans sa ferme de Lens. L’un de ses fils prend la suite de ses activités. Il décèdera en 1880 laissant à son beau-frère Jules Hugot, époux de sa soeur Olive, la direction des entreprises.

  Guislain Decrombecque, sorti du lycée alors qu’il n’avait pas encore 14 ans, décida sur le tard de se remettre à étudier. C’est son ami François Frasme qui le citera dans son projet de loi sur l’enseignement agricole en 1876 : ‘Quand, dans ma culture, j’ai été au bout de la pratique et de la meilleure connue, avide de faire mieux, je me suis mis à étudier. J’ai bientôt trouvé un nouveau champs d’activité et j’ai plus avancé en quelques années que je n’avais fait de toute ma vie.’ Et d’ajouter :’Faites étudier vos enfants car c’est un pauvre métier que l’agriculture réduite à elle-même. La science, seule peut la sauver‘ (Anales de l’Institut National Agronomique 1876).

  Le 26 avril 1890, est créée la S.A. des Etablissements Industriels et Agricoles Decrombecque dotée un capital de 800 000 francs qui exploite pour une durée de 18 ans le domaine laissé en héritage à ses enfants. Elle est liquidée en 1909 : la Société des Mines de Lens devient propriétaire des Etablissements Decrombecque. Le matériel de la société est mis en vente.

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  Sur la photo ci-dessous de la rue Diderot vers 1900, la grande demeure que l’on voit à l’arrière plan qui se situait au n°1 de la rue de Douai devait être le logement de la ferme. Après 1909, elle deviendra la maison de des Directeurs des Mines de Lens et sera habitée par Elie Remaux.

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  En 1903, un journal humoristique, ‘Le Glaneur Lensois’ publie en couverture une image de Decrombecque ‘semant le progrès’. Dans le fond, on aperçoit le monument érigé sa en mémoire.

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  Construit en 1901, ce monument, situé sur la Place du Cantin, vers la Route de Lille est remis officiellement à la ville de Lens par M. Maseler, Président du Comité du Monument, le 12 juin 1905 devant une foule de 50 000 personnes. Sur le socle, l’écu de la ville de Lens est encadré d’épis de blé. Un homme, représentant un ouvrier de l’exploitation, semble saluer son patron tout en labourant avec une charrue tirée par un bœuf.

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  Le monument est inauguré par Emile Basly, Maire de Lens, en présence de Joseph Ruau, Ministre de l’Agriculture, Jean Bienvenu-Martin, Ministre de l’Instruction Publique et Jules Mousseron, le mineur-poète.

  Ci-dessous, un article du journal ‘l’Humanité’ du 13 juin relatant cet événement :

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  La statue sera détruite pendant la Première Guerre. Il n’en restera que le socle. Certains émettent l’hypothèse que le buste en bronze a été enlevé par les Allemands pour être refondu comme les cloches de l’église Saint Léger.

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  Le socle restera sur la place plusieurs années après la fin de la guerre.

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  En 1925, le sculpteur Auguste Lesieux réalise un projet pour reconstruire le monument à l’identique. Il doit être placé à l’entrée de Lens, à l’angle des routes d’Arras et de Liévin. Cet emplacement déplait aux descendants qui lui préfèrent le rond-point du Chapitre (Rond point Van Pelt aujourd’hui) plus près de l’emplacement de la ferme. Des problèmes financiers font aussi que le projet traine tant qu’il n’aboutira jamais. A la place prévue, on installera le monument en hommage à Emile Basly.

  Au début du XXème siècle, la ville de Lens donna le nom de Decrombecque à la rue du Petit Faubourg qui donne sur le Boulevard des Ecoles (Basly aujourd’hui). De nombreux anciens lensois connaissent bien cette rue pour être allé faire des achats chez ‘Marchand Frères’, commerce qui resta plus de 100 ans à la même place.

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  Pour finir, cette image datant de 1907 représentant sur un panorama les personnages qui, pour l’époque, ont marqué le plus l’histoire de Lens : Condé, Decrombecque et Edouard Bollaert.

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  A noter, la fille de Guislain Decrombecque, Aglaé, née en 1833, épousera en 1855 Constantin Tacquet. Ils eurent trois enfants dont un certain Léon Tacquet en 1858. Notaire, propriétaire de haras à Lens, le petit fils du grand cultivateur deviendra le gendre d’Elie Remaux, Directeur des Mines de Lens. Pendant la guerre 14-18, dans le Lens occupé il écrivit un journal qui sera publié dans un dossier de Gauheria en 2004 sous le titre ‘Dans la fournaise de Lens’.

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